Le jardin de nos souvenirs


Le froid glaçait tout son être. Le froid n'était pas qu'extérieur. Il lui gelait chaque organe. Respirer lui était devenu difficile et elle ne sentait plus aucun de ses membres. Elle a avait l'horrible sensation d'être attiré dans un gouffre. Un gouffre très profond, et morbide et glacial. Un gouffre où la Mort elle-même ne souhaiterait pas aller. Elle essayait bien sûr de se retenir, de s'agripper à tout ce qu'elle pouvait pour réussir à s'échapper. Mais cette sensation de cloisonnement restait et s'accrochait à chaque parcelle de son corps. Ses yeux étaient hermétiquement clos. Les larmes ne pouvaient couler. Elle était même persuadée que si elle pleurait, les gouttes d'eau se transformerait en glace. Les parois qu'elle touchait dans sa chute étaient rocailleuses. Mais elle ne sentait rien. Ses doigts pouvaient très bien être en sang, elle ne s'en souciait pas vraiment. C'était comme si son esprit et son corps avaient été séparés. Sa première pensée fut pour le Docteur. Avait-il réussit à partir avec les autres élèves ? Était-il encore en vie à présent ? Sa deuxième pensée fut de se demander si c'était vraiment ça la mort. Était-ce vraiment tomber dans le vide éternellement ? Y avait-il une fin ? C'est justement quand elle se posa cette question que son monde chavira. Elle ouvrit les yeux d'un coup. La lumière changeait. Le monde, même l'univers entier, se reconstruisait autour d'elle. Le froid avait quitté son corps. Comme s'il n'avait jamais existé. Son souffle et les battements de son cœur se calmèrent instantanément. Elle se sentait comme sur un petit nuage, apaisée et sereine. Bien loin de ce qu'elle ressentait auparavant.

Elle était à présent dans un cimetière. Elle devait se recueillir sur la tombe de sa défunte mère. Des fleurs à la main, elle avança tranquillement dans l'allée caillouteuse. Ses bottes crissaient à chacun de ses pas. Elle aurait voulu être silencieuse pour respecter le repos qui était dû à tout ses morts mais elle ne le pouvait pas. Elle aperçu la tombe de sa mère et s'en approcha. Il y avait peu de monde dans le cimetière. Une vieille dame à sa droite parlait à une tombe, certainement celle de son mari. Il y avait un homme aussi non loin. Il était debout et semblait porter le malheur du monde sur ses épaules. Son regard était éteint, ses épaules basses et ses traits tirés. Elle ressentit comme un besoin irrémédiable d'aller le voir pour le réconforter. Tout son corps semblait être tiré vers cet homme. Et elle ne pouvait pas échapper à cette force. Elle était la marionnette et elle ne devait pas réfléchir. Elle avait juste à suivre cette pulsion, ce désir de lui demander ce qui n'allait pas. Rien n'était logique. Elle le devait. C'est tout.

Elle se dirigea donc vers cet homme. Il avait les mains dans les poches de son costume sali et déchiré. Elle arriva derrière lui et lui posa une main sur l'épaule. L'homme sursauta et se retourna. Clara ne pouvait pas détacher son regard du visage triste de l'homme. Elle avait l'impression de le connaître. Ses yeux bruns, ses cheveux en bataille, ce costume /cravate, ses converses, ses petites rides du sourire. Mais elle savait que si elle l'avait déjà vu, elle s'en souviendrait.

- Vous avez besoin d'aide Monsieur ? Demanda t-elle.

Il baissa la tête, un sourire sans joie sur les lèvres.

- Plus maintenant, répondit-il. C'est fini. Il a frappé quatre fois. Je dis juste au revoir à une amie. Il est temps pour moi de partir.

Clara le regarda partir et quitter le cimetière. Son long manteau brun flottant derrière lui. Elle ne savait pas pourquoi mais elle voulait pleurer. Sa vue se brouilla et le monde se mit à tourner de nouveau autour d'elle. Elle avait l'impression qu'elle allait s'évanouir, qu'elle n'existait pas. Le monde tournait. Elle était en enfer. Oui c'est ça, elle était en enfer et elle n'allait très certainement pas tarder à vomir. Le monde s'arrêta de tourner d'un coup et elle reprit vie.
La pièce dans laquelle elle se trouvait était spacieuse. Une foule s'était entassé dans un coin, attendant qu'on leur serve leur repas. Elle n'avait pas faim. Elle devait faire quelque chose, prévenir quelqu'un mais sa mémoire lui faisait défaut. Elle s'était assise à une table, à l'écart des autres, et réfléchissait. Mais un mal de tête la submergeait. Un bruit plus fort que les autres la fit sursauter et elle reprit totalement ses esprits. Un homme venait de s'asseoir en face d'elle. Les cheveux coupés très courts et une longue veste en cuir, il regardait tout le monde avec un air d'effarement et d'incompréhension. Il se tourna vers elle, l'examina attentivement puis lui fit un grand sourire.

- Je suis un être vraiment stupide. Tellement stupide que je ne sais pas où je suis ! Pourriez-vous m'aider ?

Elle l'examina. Il mentait, ça se voyait aussi bien que le nez au milieu du visage. Mais elle se ravisa de lui faire une réflexion et s'interrogea plutôt sur son comportement. Il paraissait à l'aise et sans tourment. Elle se dit alors qu'il venait peut-être ici pour contrôler les agissements de tout le monde et voir si elle faisait bien son boulot. Elle n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche qu'une de ses collègue s'approcha de lui pour lui parler elle-même de leur travail.

- C'est le Satellite 5, cette station est une gigantesque tour de diffusion transmettant des nouvelles un peu partout sur Terre. Je peux vous faire visiter si vous voulez.

L'homme se leva et elle le regarda partir sans ne rien pouvoir y faire. Une impression étrange la taraudait. L'impression d'avoir loupé le coche. L'impression qu'elle devait lui dire quelque chose d'important. Quelque chose qu'elle avait sur le bout de la langue mais qui ne voulait pas sortir. Son souffle se bloqua et les vertiges revinrent. Elle était dans un couloir sombre. Puis dans un ascenseur. La porte coulissa et elle en sortit. Il faisait froid, horriblement froid. De la neige tombait et pourtant elle était toujours sur le vaisseau, elle en était persuadée. L'endroit était désert. Ses bottines laissaient des traces dans la neige et elle n'aimait pas la sensation qu'on pourrait la suivre à la trace. Elle ne savait plus comment elle était arrivé là mais elle y était. De la buée s'échappait de ses lèvres gercée par le froid et ses joues étaient rouge. Elle descendit quelques marche précautionneusement et entra dans une pièce différente du reste du Satellite 5. Elle était obscure et enneigée. Des ordinateurs renvoyaient les images des bureaux du Satellite 5 mais ses ordinateurs étaient contrôlés par des sortes de zombies glacés. Elle n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il s'était passé qu'un homme apparut devant elle. Son visage était pale et ses cheveux étaient aussi blancs que la neige. Il lui souhaita la bienvenue et il présenta son patron : le Puissant Jagrafess de la Hadrojassic Maxarodenfoe sacrée, une créature gluante qui vie collée au plafond de la station et à besoin du froid pour vivre. Elle voit une ombre se former derrière elle et l'homme à la veste de cuir apparaître avec une jeune femme blonde. Mais c'est trop tard pour elle. Elle sent déjà son sang se glacer dans ses veine. Sa peau durcit et devient glace. Elle a envie de hurler. La douleur ... Elle ne ressent plus que cela. Elle a l'impression qu'on lui plante mille piques de glace dans le cœur.

Et elle tombe de nouveau. Toujours le même gouffre. Glacial. Cette fois, elle n'espère plus et se dit que l'atmosphère est tellement glacial qu'elle risquerait de tomber sur des stalactites et de s'y empaler. Elle accepte cette mort mais elle éprouve tout de même du remord. Elle n'a pas eus le temps de lui dire ... A cet homme elle n'a pas eus le temps de lui dire ... Son esprit s'embrouille et se brouille. Tout devient vagues et flous. Elle ne sait plus rien. Elle a tout oublié. De nouveau. Et elle recommence. Elle repart à zéro.

Le monde se remet à tourner mais c'est réel cette fois. Son vaisseau, L'Alaska, est en chute libre. Elle ne contrôle plus rien. Elle va s'écraser. Elle ne sait pas où elle est. Elle a peur. La chute sera très certainement mortel. La vitesse la pousse vers son fauteuil. Elle a perdu le contrôle. Les larmes coulent le long de ses joues. De la neige, toujours de la neige. Mais cette fois, elle s'y écraserait. Elle ferma les yeux instinctivement en attendant le choc qui arriva beaucoup trop tôt pour elle. L'arrière de son crane était en sang. La tête lui tournait toujours. Son cerveau embrumé n'arrivait toujours pas à réaliser ce qu'il venait de se passer. Elle n'entendait plus rien, seul un son continu et strident lui vrillait les tympans. Elle s'arracha de son fauteuil et tituba entre les installations du vaisseau. Une partie était en flamme à présent. Elle s'agenouilla et vomit tripes et boyaux. Son corps n'en pouvait plus. Elle rampa vers la porte qui menait vers l'extérieur et la tira d'un coup sec, passant toutes les étapes de sécurité du vaisseau. Elle tomba et roula tout le long du vaisseau pour atterrir ventre à plat dans la neige. Le froid lui fit reprendre ses esprits. Elle ne bougea pas pendant quelques minutes, profitant de ce moment de repos. Elle se remit debout avec difficultés et marcha. Marcha. Marcha encore. Marcha pendant des minutes qui lui parurent des heures. Jusqu'à ce qu'elle atteigne une sorte de porte de bunker entrouverte.

Elle y entra et s'y réfugia. Un sourire illumina son visage. Trois petites grenouilles la dévisageaient. Mais ces grenouilles n'étaient pas banal. Elles étaient bleus avec de petites taches rouge. Elle se baissa et commença à en caresser une. Sa texture était celle d'un chat au poils longs. Elle sentit alors son corps lui-même changer. Elle était devenue une grenouille. Elle pouvait sauter dans tout les sens. Elle vivait enfin. Elle suivit les autres grenouilles et fut d'un coup encerclés par de tout autres espèces. Un éléphant rose avec de très longues oreilles, une limace grisonnante, un lapin au long cou, un cerf zébré et plusieurs lama gluants. Elle leur sourit en papillonnant des yeux. Ils s'approchèrent d'elle. Trop près. Beaucoup trop près. Elle paniqua. Non elle ne voulait pas. Elle ne les connaissait pas. Elle voulait qu'on la laisse tranquille. Qu'on la laisse vivre en paix. Un son étrange la sorti de son rêve étrange. D'un coup, elle redevint elle-même. Et elle les vit vraiment cette fois. Ce n'était pas des animaux difformes et sortis de son imagination. Des Daleks. Une centaine de Daleks.

Elle couru. Le plus rapidement possible. Elle ne sentait pas ses jambes. Ses muscles refusaient de la suivre. Mais il fallait qu'elle avance. Elle se retrouva dans un cul-de-sac. Elle frappa de toutes ses forces contre le mur qu'elle pensait être une porte. Mais il n'y avait aucune issue. Elle était prise au piège. Un Dalek s'avança vers elle. Elle gémit.

- Non ... Non ... Je vous en supplie ...

Les larmes coulaient sans discontinuer.

- Je ne veux pas ...

Elle se débattait de toutes ses forces. Elle luttait. Mais on ne lutte pas contre l'évidence. Elle savait maintenant ce qu'elle devait dire. Oui elle savait ce qu'elle devait dire au Docteur. Oui maintenant, elle savait pourquoi on lui avait fait revivre tout ça. Elle ouvrit les yeux et croisa des yeux marrons. Les yeux de son geôlier.

- J'ai compris. Je me souviens ...

- Le lui répéteras-tu ? demanda t-il.

Sa demande fut interrompu par l'arrivée du Docteur en personne, venant récupérer Clara.

- Je croyais vous avoir interdit de lui montrer.

- Je n'ai rien fait. Elle a agit d'elle-même.

Peter Davidson se releva. Quelques minutes plus tôt, il était accroupi près de Clara, attendant qu'elle se réveille. Cet homme de quarante-cinq ans dirigeait un centre spatiale cherchant à provoquer des stimulus imaginatifs de la part de tout êtres vivants. Il avait expérimenté plusieurs substances et certaines avaient beaucoup de succès. Celle qu'il venait de tester sur Clara révéler les souvenirs les plus enfouis du subconscient. Cette substance avait tout de suite attiré l'attention de Clara mais le Docteur avait refusé catégoriquement qu'elle en fasse l'expérience. Premièrement car la substance n'avait jamais été testé auparavant à part sur de souris et des chimpanzés. Deuxièmement car il savait que cette substance servirait plus tard comme moyen de torture psychologique. Et troisièmement, car il avait apprit de source sûr que cette substance pouvait provoquer des lésions irréversibles et même pire, la mort. Mais Clara n'en avait fait qu'à sa tête et maintenant, elle savait qu'elle avait eut raison. Car elle savait à présent. Elle se souvenait de ce qu'elle devait dire au Docteur. Deux choses. Deux choses qui lui avaient sautés aux yeux. Leurs destins étaient liés. Elle n'avait cessé de le suivre, de le poursuivre. Mais ce n'était pas uniquement pour le sauver. Non, elle avait deux messages à lui faire passer.

Elle se leva et s'approcha lentement du Docteur. Peter sortit, les laissant seuls.

- Quand l'hiver sera présent, quand la lune brûlera, quand le froid brisera tout espoir, quand l'eau mouillera le feu, quand tout ce qui était vivant deviendra mort, alors seulement à ce moment tu mourras. Mais pour l'instant, je n'ai qu'une chose à te dire. Quelque chose d'important. De vital. Tu n'es pas le dernier.