Assise en tailleur dans un coin de la bibliothèque, Reina lisait, ou plus exactement tentait de déchiffrer l'un des livres de la bibliothèque. Cela faisait quasiment quatre mois qu'elle avait atterris dans ce monde, et quatre semaines qu'Alajéa passait tous les soirs dans sa chambre pour lui apprendre à lire, mais le résultat n'était pas encore probant. Elle soupira, ce n'était pas comme ça qu'elle allait trouver une solution pour rentrer chez elle.

« - Reina ma délicieuse humaine, c'est donc ici que tu te cachais...

La concernée ne prit même pas la peine se relever.

- Loin de toi, et de ta perversité naturelle. Compléta-t-elle en soupirant à nouveau.

Son chef eut un sourire et lui tendit sa main pour l'aider à se relever. Reina grimaça, c'était la fin de sa tranquillité. Nevra allait sans aucun doute, encore lui confier une mission à la mords-moi-le-noeud particulièrement ennuyante. Non mais franchement, pourquoi avait-il dû lui demander à elle la nouvelle, la stupide humaine comme disait certaines de ses consœurs de retrouver Kuro qui après une énième prise de bec avec la Fée d'Ezarel et sa plante carnivore avait décidé de bouder en haut des murailles ? Qu'est-ce qu'elle y pouvait si leur dernier jeu avait été d'essayer de plumer ce pauvre oiseau ? Enfin, pauvre oiseau, c'était beaucoup dire il était bien plus vieux qu'elle et pouvait être aussi borné que le chef de la Garde de l'Ombre.

Elle se mit debout à contrecœur et plaça dans la main de Nevra son livre. Il le posa sur un coin de la table sur sa droite et s'avança vers elle pour la coincer dans le coin de la bibliothèque. Reina haussa les yeux au ciel. Cela faisait longtemps que les tentatives de Nevra la laissait de glace et que ce dernier le savait. Il sortit de son espèce de veste de kimono rouge une bourse qu'il agita devant ses yeux. Reina résista à l'envie de la lui arracher de force. Il avait de bien meilleurs réflexes qu'elle.

- Tu tentes de m'hypnotiser ? L'interrogea-t-elle d'une voix neutre.

- Peut-être devrais-je tenter, lui susurra-t-il avec un sourire gourmand, et te mener dans ma chambre ?

- Nevra, tu sais que dans mon monde tu commets un délit ? Que tu devrais payer une lourde amende pour ce que tu me fais subir ?

- Vous punissez les hypnotiseurs ? S'étonna-t-il.

- Non, les harceleurs. Et plus particulièrement quand ces derniers se rendent coupables de harcèlement sexuel comme tu le fais à présent.

- Une chance qu'on ne soit pas dans ton monde alors. Souria-t-il en s'éloignant. Plus sérieusement, j'ai besoin que tu ailles en ville récupérer quelques armes que j'ai fais faire réparer ainsi qu'une commande de Valkyon. J'ai déjà vu avec le vendeur pour le prix, donnes-lui juste la bourse. N'oublie pas de les ranger dans l'armoire et de donner à Valkyon sa commande. Tu pourras retenir tout ça ?

Génial. Elle servait de livreuse. Non, vraiment, sa mission l'enchantait.

- Oui, fit-elle avec lassitude.

- J'espère, je ne voudrais pas devoir te punir... . Reprit-il avec un sourire charmeur en lui donnant la bourse.

- Rassures-toi je n'en t'en donnerais pas l'occasion. Lui répondit-elle d'une voix neutre en le contournant.

Elle sortit de la bibliothèque rapidement et sortit du quartier général. Nevra entamait franchement sa patience. Quatre mois. Quatre mois et il ne se lassait toujours pas. Qu'est-ce qu'elle lui avait fait pour qu'il s'acharne ainsi ? Elle s'arrêta en haut des escaliers menant au marché. Évidemment, il ne lui avait pas préciser quel marchand exactement. Ce type était définitivement une nuisance.

Une petite heure plus tard, Reina rentrait vers le quartier général. Le Purreru avait bien essayé de négocier mais elle avait coupé court en disant qu'elle n'avait que ce que Nevra lui avait donné. Et qu'elle n'y mettrait pas un manaa de sa poche. A croire que parce qu'elle sentait l'humaine, pour reprendre leurs mots, elle était un pigeon. Reina secoua la tête, et se dépêcha de rentrer au quartier général. Plus vite elle se serait débarrassée de cette corvée, plus vite elle pourrait retrouver Alajéa ou Keroshane pour qu'ils continuent à lui apprendre à lire.

Elle passa en coup de vent dans la pièce du quartier général réservée aux armes pour la Garde d'Ombre et se dirigea vers la salle d'entraînement des Obsidiens. Elle entrouvrit la porte et s'immobilisa dans l'entrée, surprise par le nombre de combattants qui s'y entraînaient. Les chocs entre les armes résonnaient sourdement dans la pièce. L'odeur de transpiration imprégnait les lieux malgré les vitres ouvertes. Elle s'avança un peu pour observer les passes d'armes violentes entre les Obsidiens et les Obsidiennes, elle s'étonnait qu'il n'y ait aucun blessé. Comment pouvait-ils se combattre aussi sérieusement alors qu'ils étaient si soudés autour d'une bière ? N'avaient-ils pas peur de frapper trop fort, trop vite et de blesser l'autre ? Et comment diable faisaient-ils pour bouger aussi rapidement ces armes lourdes ? Reina avait essayé de soulever une épée une fois, et avait peinée à la tenir droite plus de quelques minutes. Alors échanger des coups avec et la tenir droite pendant plusieurs heures ne serait-ce que pour s'entraîner ? Très peu pour elle.

C'était une des raisons qui faisait qu'elle s'estimait assez chanceuse d'appartenir à la Garde de l'Ombre. Une Obsidienne l'interpella en la voyant rester immobile dans l'entrée :

- Je peux t'aider ?

Reina se retourna d'un bond vers son interlocutrice.

- Je cherche Valkyon. Nevra m'a demandé de lui remettre sa commande.

L'Obsidienne se retourna pour chercher le concerné du regard. Reina en profita pour admirer les muscles finement dessinées sur la peau pâle de la combattante. Elle lui envia ses longs cheveux bleu foncés et ses yeux dorés qui ressortaient plus clairs que jamais. La guerrière semblait dans son élément et il émanait d'elle une certaine confiance en elle-même. Une confiance que n'avait pas Reina qui se sentait terriblement banale, en plus d'être inutile dans ce monde.

- Tu l'as loupé de peu, lui fit gentiment l'Obsidienne en se retournant. Je pense que ce serait mieux que tu la dépose directement dans sa chambre. Tu sais où c'est ?

- D'accord oui, merci je vais y aller.

Reina lui rendit son sourire avant de partir en refermant la porte. Les Obsidiennes étaient gentilles, mais elle était toujours mal-à-l'aise en leur présence. Elle traversa les couloirs à pas rapide en espérant que Valkyon serait toujours dans sa chambre au moment où elle arriverait. Elle frappa plusieurs fois à sa porte avant de se décider à entrer. Visiblement le destin ne voulait pas qu'elle le croise aujourd'hui. Elle jeta un coup d'œil à la décoration plus que sobre de sa chambre et déposa sur le bureau le coffret en bois que lui avait remis le Purreru. Elle allait quitter la pièce quand le bruit d'une porte qui s'ouvre la surpris. Elle fit volte-face pour se retrouver devant Valkyon qui la dévisagea avec étonnement.

- Reina ?

Celle-ci se mordit les lèvres et ferma les yeux un court instant avant de reprendre une expression neutre. Cette journée n'était peut-être pas si mauvaise que ça après tout.

- Nevra m'a demandé d'aller ta commande en même temps que les aiguilles pour la Garde des Ombres. Je l'ai déposé sur ton bureau.

Alors surtout ne pas rougir. Ne pas laisser traîner ses yeux.

Il fallait dire que voir le chef de la Garde d'Obsidienne à moitié nu, et uniquement recouvert par une serviette avait de quoi mettre de bien meilleure humeur. Elle observa à la dérobée quelques gouttes d'eau qui glissaient le long de ses épaules. Elle s'interdit de regarder plus bas, pour ne pas se faire griller.

- Merci.

Reina acquiesça et lui tourna le dos pour partir. Une fois la porte refermée, Reina passa une main sur sa joue. Celle-ci était devenue brûlante. Elle essaya tant bien que mal de refréner l'immense sourire qui naissait sur sa bouche. Finalement, c'était une bonne journée.