Reina soupira et entra à reculons dans le vestiaire réservé aux gardiens d'Eel. Comme elle s'y était attendue, il y avait peu de différence entre les vestiaires des faery et ceux des hommes. Elle en aurait au minimum pour le reste de sa journée à tout nettoyer.
Cela lui apprendra à essayer d'éviter les entraînements de Nevra. En même temps, elle finissait toujours au sol avant même de comprendre ce qu'il se passait. Elle avait l'impression d'être une poupée de chiffon avec laquelle Nevra mais aussi les membres de la garde s'amusait. Ce qui ne la motivait en rien à y aller.
Elle rassemblait les serviettes sales quand une autre gardienne entra dans le vestiaire. Elle avait de longs cheveux rouges sombres et des yeux dorés qui survolèrent la pièce avant de se fixer sur elle.
- De corvée toi aussi ? L'interrogea-t-elle simplement.
- Aussi, lui répondit-elle avec un sourire las.
- On n'est pas sortie de la tanière du Cryslam… Marmonna la nouvelle venue en se penchant pour commencer à ramasser à son tour le tas d'équipements abandonnés sur le banc.
Reina acquiesça et entreprit d'envoyer à la laverie le premier tas de serviette qu'elle avait récupérée.
Malgré l'aide de la seconde faelienne, il semblait à Reina qu'elles n'avançaient qu'à une allure d'escargot voire de kiampu qui n'a pas encore évolué.
Pour autant, elles terminèrent plus tôt que ce qu'elles s'étaient imaginées. C'était le début de soirée, et elles avaient encore le temps d'aller manger à la cantine plutôt que d'aller chercher leur repas directement dans la réserve.
Sa collègue avait enlevée le panneau qui informait que le nettoyage était en cours et venait de le ranger dans un casier quand une voix, que Reina aurait préféré évité d'entendre, retentit dans le couloir.
En entendant les bruits de pas se rapprocher, dans un réflexe aussi fou qu'incompréhensible elle décida de se dissimuler dans l'unique grand placard de la salle de douche, en y entraînant sa compagne de galère qui ne comprit pas immédiatement ce qu'il se passait. Placard qui accessoirement, se trouvait sous l'alignement des éviers disposés en face des desdites douches.
- Qu'est-ce que tu, commença à s'écrier ladite compagne en se débattant.
- Tais-toi! On va se faire repérer! Lui souffla Reina en la bâillonnant avec sa main.
Les pas venaient de s'arrêter près du vestiaire, et les deux faeliennes se figèrent en entendant la porte du vestiaire s'ouvrir.
- Mmh,mmh! Se mit à protester la grande rousse.
- Tu veux vraiment te faire découvrir?
- Mmh!
Reina grinça des dents, sa collègue n'était définitivement pas une ombre.
- Chrome n'est toujours pas revenu, retentit une voix.
Une même pensée traversa alors l'esprit des deux faeliennes: elles étaient fichues s'il les découvrait.
- Ce chiot a encore du se perdre, lui répondit son interlocuteur n'est pas comme s'il nous avait habitué à rentrer en temps et en heure.
C'est en reconnaissant la voix de la seconde personne qu'elles découvrirent l'ampleur des dégâts, ou de leur chance si elles réussissaient à rester discrètes.
Le chef de la Garde Absynthe et le chef de la Garde Obsidienne.
Reina déglutit silencieusement tandis que sa camarade fermait les yeux. Elles étaient pires que foutues si elles étaient repérées.
Reina avait voulu y croire. Croire qu'Ezarel serait assez pudique pour attendre que les douches soient vides pour prendre la sienne. Peine perdue. Il s'agissait maintenant d'une mission vitale que de ne pas se faire repérer. L'elfe l'avait suffisamment en grippe depuis qu'elle avait brisé un pot de miel, elle n'osait pas imaginer s'il la découvrait maintenant. Ce serait la fin de toute tentative d'intégration au sein de la Garde, voir même d'Eel tout entier.
- C'est tout de même inquiétant, Erika est avec lui, reprit le guerrier.
- Mets deux idiots ensembles et tu obtiens le double de bêtises.
- Erika est une jeune femme gentille et raisonnable.
Les deux gardiennes dissimulées dans leur placard plissèrent des yeux, agacées, en entendant les compliments adressés par Valkyon à l'humaine; pas vraiment humaine; qui avait débarquée il y a peu.
- Greluche, marmonna pour elle-même Reina.
A sa surprise, elle vit sa camarade hocher de la tête.
- Valkyrie? Souffla-t-elle le plus doucement possible.
Le regard empli de fierté de l'autre faelienne lui tira un sourire amusé. Il fallait dire que voir la grande rousse la regarder fièrement avec la bouche bâillonnée et tordue dans le placard était assez cocasse.
Elles entendirent les portes des casiers s'ouvrirent et qu'on y posait des objets lourds. Elles devinèrent sans trop de difficultés que le chef de la garde obsidienne venait d'enlever son imposante armure qui, pour leur plaisir, ne recouvrait que ses jambes et ses épaules. Reina, allongée sur sa camarade s'arrangea pour entrouvrir légèrement la porte du placard coulissante afin qu'elles puissent profiter de la vue alors que les deux faery continuaient de discuter.
Leurs pas se rapprochèrent de la douche et la simple vision des deux capitaines de gardes dans le plus simple appareil s'avancer vers les douches leur coupa le souffle. Le hasard devait être de leur côté se fit la réflexion Reina, plus tard en y repensant. Car Ezarel vint poser négligemment sa serviette sur l'évier juste au-dessus d'elles avant d'entrer dans une des douches. L'eau se mit à ruisseler sur le corps pâle de l'elfe. Les longs cheveux bleu de l'elfe se plaquèrent dans son dos finement musclé. La silhouette élancée de l'elfe devenait presqu'iréelle au fur et à mesure que la buée apparaissait et recouvrait les paroi de la douche.
Les yeux des deux gardiennes dissimulées ne cessaient de voler de l'un à l'autre des chefs de garde. Le contraste entre les deux les saisissait particulièrement. Tant Ezarel était svelte autant Valkyon était imposant. Son importante carrure, la façon dont ses muscles jouaient sous sa peau hâlée alors qu'il faisait passer le jet d'eau sur son corps était presque hypnotique pour les valkyries. Les nombreuses cicatrices sur son corps ne parvenait pas à gâcher sa beauté venant comme en contraire venir en souligner chaque courbe.
Inconscients des regards plus que pesants des deux gardiennes, le faelien et l'elfe continuait leur discussion en ignorant, qu'il y avait deux êtres prêtes à donner leur royaume pour devenir une de ses nombreuses gouttes d'eau qui glissaient le long de leur corps.
- Cesse de t'inquiéter, ce fichu chien ne se ferait pas attaquer il est toujours rentré indemne de ses missions.
- Erika a beau être une faelienne, elle sent encore énormément l'humaine. Un faery peut…
- Les kappa sont des êtres pacifiques et aussi stupide soit le chien il ne l'enverra pas en plein milieu du village.
Le guerrier ne répondit pas mais garda une expression concernée en se saisissant de son gel douche.
A ce moment-là, dans le placard sous l'évier les deux faeliennes gigotaient afin de se trouver une posture plus confortable. Enfin, l'une d'elle tentait de le faire tandis que la seconde essayait tant que bien que mal de suivre les mouvements de la première en évitant de faire le moindre bruit. Malheureusement pour elle, en essayant de se relever pour laisser de la place à sa collègue de se tourner sur le côté, elle se tapa la tête contre l'un des tuyaux de l'évier. Le bruit résonna faiblement au milieu du bruit de l'eau qui coulaient dans les douches mais fut assez important pour qu'Ezarel ferme le robinet de la sienne et fronce les sourcils.
- Peux-tu… Commença alors en chuchotant la grande rousse qui ne comprenait pourquoi la seconde valkyrie s'était figée.
Elle s'arrêta aussi sec quand elle vit le regard effrayant que lui lança cette dernière tout pivotant légèrement la tête vers l'ouverture du placard. Elle ne comprit pas d'abord cette réaction quand cela éclata comme une bulle dans son esprit. Le bruit des douches étaient nettement moins fort qu'auparavant. Elle se figea. Elles allaient être découvertes. C'en était fini de leur vie au sein de la garde.
- Un problème ? Entendirent-elles résonner lourdement dans la salle de douche.
Leurs cœurs palpitaient à une vitesse qu'elles ne pensaient pas atteindre un jour.
- Non, aucun. Finit par répondre Ezarel en reprenant normalement sa douche.
Les deux valkyries adressèrent une prière muette aux dieux eldaryens qui les avaient entendues. Avant de se repositionner correctement et de poursuivre leur séance d'espionnage.
Ezarel avait quasiment fini sa douche et observait les mouvements de bassins du guerrier qui étaient recouverts par d'épais bandages qui ne semblaient pas avoir beaucoup apprécié la douche.
- Il faudra refaire tes bandages une fois que tu auras fini. Lâcha-t-il. Ils sont en train de se relâcher.
Elles virent Valkyon acquiescer et recouvrir ses cheveux blancs de shampoing.
- J'en ai avec moi, reprit l'elfe, j'en profiterai pour vérifier l'état de ta blessure.
Un sourire presque pervers effleura les lèvres de Reina qui imaginait déjà une scène assez intense de yaoi entre les deux chefs de garde impliquant ces fameux bandages. Elle passa sa main sous son nez pour vérifier qu'elle ne saignait pas. Avec satisfaction elle constata que ce n'était pas le cas.
Le guerrier termina rapidement sa douche et en sortit pour passer la serviette sur son corps encore mouillé et dont les gouttes traçaient des sillons captivants entre ses muscles.
Elles retinrent leurs souffle en voyant l'elfe s'approcher du faelien qui lui tournait le dos, se débattant avec ses bandages pour les retirer. Les longs doigts de l'alchimiste se posèrent sur eux et défirent en quelques secondes les longues bandes blanches. Il dévoila ainsi la fine cicatrice qui venait s'ajouter à la collection déjà importante de Valkyon. Ezarel se pencha pour observer la cicatrisation de la blessure plus attentivement, son expression sérieuse fut dissimulée par ses longs cheveux bleu qui tombèrent devant son visage. Le contraste entre leurs corps se fit plus percutant encore et en devenait presque intime. Pour la première fois peut-être depuis qu'elles s'étaient dissimulées dans le placard, les deux gardiennes eurent un semblant de gêne. Un semblant uniquement. La vision était trop enchanteresse à leurs yeux pour qu'elles regrettent un jour leur décision.
Parce que voir les deux chefs de garde dans cette position serait pour elles un souvenir impérissable.
Trop tôt à leur goût, l'elfe se redressa pour aller chercher les nouveaux et bandages, et à leur grand désespoir Valkyon le suivit. Elles ne purent qu'entendre leur discussion depuis leur placard qui dura trop peu de temps pour laisser leur imagination vagabonder. Déjà retentissaient les bruissements de vêtements. Reina entendit un soupir de déception provenant d'en dessous d'elle, et croisa le regard malgré tout brillant de la seconde Valkyrie. Elle eut un sourire en coin.
Elle attendit d'entendre le bruit caractéristique de la porte des vestiaires se refermer ainsi que le bruit de leurs pas pour se dégager du placard.
- Je pense qu'on peut y aller.
La grande rousse acquiesça et en profita pour s'étirer une fois sortie. Le placard avait beau être grand, elle s'était retrouvée dans une position improbable avec une autre personne au-dessus d'elle ce qui avait quelque peu fait souffrir ses muscles. Mais le spectacle en valait le coup. Elle aurait été capable de supporter dix fois plus rien que pour ça.
Avec un sourire complice, les deux valkyries se précipitèrent vers la porte de sortie du vestiaire. Elle avait posé sa main sur la poignée de la porte quand elle se retourna vers l'autre gardienne dont les yeux verts clair l'interrogeait.
- Au fait, je m'appelle Liako.
- Et moi, Reina.
Liako acquiesça et jeta un coup d'œil dans le couloir avant de s'y engager. Elle fit un dernier signe de la main à Reina avant de partir rapidement. Reina s'éclipsa dans la direction inverse en se mordant les lèvres pour dissimuler son trop grand sourire.
Ce qu'elle ne vit pas, c'est l'ombre souriante dissimulée dans l'encadrure d'une porte se disant que la perversité était bien l'apanage de la garde de l'Ombre.
