Coucou tout le monde! Voilà (enfin!) la suite. Eh non, ce n'était pas la fin de l'histoire, bien entendu, et je m'excuse pour ce retard mais, comme je l'ai précédemment expliqué à "Nathéa", parfois les choses du quotidien prennent tout notre temps, surtout lorsque l'évènement en question est l'arrivée d'un nouveau petit bout de chou dans la famille. Bébé est né le 10 septembre dernier, et "super maman" a dû un peu délaisser ses personnages préférés. Mais ils me manquaient trop et vous aussi, d'ailleurs! Bref, voici la suite, et à très bientôt, j'espère!

13.

Nous recevons, aujourd'hui, la visite de Karen et Andrew Sixsmith. Alex a eu l'idée d'organiser un pique-nique, au bord de la petite plage. Une manière à lui d'officialiser notre nouvelle relation.

Je suis un peu stressée, je n'ai jamais eu l'occasion de jouer à l'amphitryon, encore moins avec des invités de cette qualité. Mais ce sont les meilleurs amis d'Alex et je devine que c'est important pour lui que nous ayons, eux et moi, une bonne relation.

Je donne un ultime coup de brosse à ma lourde chevelure avant de quitter la salle de bain. Alex est dans la cuisine, il s'occupe de vérifier que tout est prêt. Nous nous sommes amusés, ce matin, à confectionner des sandwichs faits maison. Non, dis plutôt que toi, tu as essayé de préparer des sandwichs pendant que lui se chargeait de… te déconcentrer…

Un frisson parcourt mon corps. Je m'arrête un instant pour l'observer et je ne peux m'empêcher de sourire béatement. Cet homme insaisissable me fascine toujours autant, même si cela fait déjà une semaine que nous vivons ensemble. Petit à petit, nous apprenons à mieux nous connaître, le voile de mystère qui l'entourait se lève lentement et ce que j'ai découvert ne m'a rendu que plus encore éprise de lui.

« Mon amour, tu es ravissante avec cette robe. »

Alex a relevé la tête et me regarde, les yeux brillants, émerveillé. Je souris en rougissant et admire à mon tour la manière exquise dont le pantalon en lin écru retombe sur ses hanches, et le contraste à la fois sexy et décontracté que donne sa chemise blanche avec les reflets argentés de ses cheveux.

« Toi aussi, tu n'es pas mal du tout, dis-je en enlaçant sa taille. »

Il se tourne vers moi, m'embrasse tendrement. Je hume sa poitrine, il soupire dans mes cheveux qui retombent en cascades dans mon dos.

« Es-tu réelle, petite lutine ? »

Je lâche un petit rire et frotte mon nez contre sa chemise.

« Je me posais la même question te concernant, dis-je dans un susurrement. »

Nos regards se croisent, ses prunelles captivantes contemplent mon visage, sa main opère de légers aller-retours sur ma hanche, ses traits affichent une sérénité que je lui ai rarement vue, il a un sourire empreint d'une douceur bouleversante.

« Tu es mon ange gardien, chuchote-t-il de sa voix mélodieuse. Je te dois la vie… »

« Tu ne me dois rien du tout, dis-je en fronçant les sourcils. »

Mais il m'interrompt en posant un doigt sur mes lèvres.

« Je te dois bien plus que cela. Je te dois cette nouvelle vie, je me sens renaître lorsque je suis avec toi. Je t'aime, comme jamais je n'aurais imaginé aimer à nouveau. »

Oh mon Dieu… Je crois que je me suis arrêtée de respirer. Ces aveux me laissent sans voix. Mon cœur fond, à l'instar de mon corps blotti entre ses bras.

« Alex, je…, dis-je dans un balbutiement. »

Mais la boule qui noue ma gorge m'empêche de parler. Je suis si émue que je n'arrive pas à freiner les larmes qui se sont accumulées sous mes cils.

« Mon amour, pourquoi pleures-tu ? s'inquiète Alex en me serrant contre lui. Qu'est-ce qui… »

Mais à mon tour je l'interromps en l'embrassant fiévreusement. J'aime cet homme, de tout mon être, mon amour pour lui emplit mon cœur, mon corps, mon âme. L'étau de ses bras se resserre doucement autour de moi, les miens se nouent derrière sa nuque, rien n'a plus d'importance, rien n'existe à part nous deux, nous deux et cet amour fou.

Nous demeurons longuement enlacés, dans la tiède quiétude de la cuisine. Les rayons du soleil nous enveloppent doucement, le temps passe, comme dans un rêve…lorsque nous entendons le bruit d'une voiture. Alex pousse un soupir, il est temps de redescendre sur terre.

« J'y vais, fait-il en se dégageant à contrecœur de mon étreinte. »

Il dépose un dernier baiser sur mes lèvres avant de quitter la cuisine. Je le suis d'un pas plus hésitant, je suis très nerveuse. J'entends déjà la voix forte de Karen alors que la voiture n'est même pas encore garée. Je prends une grande inspiration avant de les rejoindre dans le vestibule d'entrée.

« Ah ! Annie, ma chérie ! s'exclame Karen dès qu'elle m'aperçoit. »

Elle me prend dans ses bras et m'embrasse chaleureusement, débitant en même temps un torrent de mots d'admiration et de reconnaissance à mon intention. J'encaisse tant bien que mal tout ce déluge d'affection, j'ai l'impression d'être happée subitement par un tourbillon insensé, lorsque, tout à coup, une voix vient à ma rescousse.

« Karen, pour l'amour du ciel ! s'exclame Andrew qui m'extirpe doucement de la ferme emprise de sa femme. Laisse-moi donc le plaisir de saluer notre nouvelle amie ! »

« Oh ! Tu as raison, excuse-moi, j'accapare cette ravissante jeune femme, comme à mon habitude, s'excuse Karen en me souriant d'un air faussement contrit. »

Son visage est tout rouge, mais sans doute pas autant que le mien. Andrew me salue à son tour, d'une manière bien plus discrète, se contentant de déposer deux légers baisers sur chacune de mes joues.

« Je suis ravi de vous revoir, ma chère, dit-il en me souriant d'un air très engageant. »

« S'il vous plait, appelez-moi simplement Annie. »

« Eh bien, Annie, nous voilà contents de constater que vous avez pu sortir Alex de cette apathie qui lui était devenue dangereusement habituelle ! »

Il se tourne vers son ami et le contemple amicalement.

« C'est un plaisir de voir comme tu as bonne mine, en effet ! s'exclame Karen en attrapant Alex à bout de bras. Et je sens que notre petite Annie n'y est pas étrangère, poursuit-elle en m'adressant un coup d'œil complice. Il me semble que tu as enfin trouvé chaussure à ton pied, Alex !»

Je me tourne vers Alex, rouge comme une pivoine et remarque qu'il sourcille, mal à l'aise. Son attitude raide, presque guindée, me donne cependant envie de rire.

« Je pense qu'il est temps de descendre, décide-t-il brusquement en invitant le couple d'un geste de la main à nous devancer. »

Je détecte une légère note d'irritation dans sa voix, il affiche cette moue presque dédaigneuse que je connais bien. Il déteste déjà être le centre d'attention, et encore moins lorsqu'il s'agit de sa vie intime. Cette réserve presque maladive est un trait de caractère qui ne le quittera sans doute jamais. Heureusement, Karen semble bien le connaître et ne se montre absolument pas offusquée par les manières un peu expéditives de son ami.

Le couple prend la tête du petit cortège tandis que nous les suivons en silence. Karen s'accroche à son mari, elle lui chuchote quelque chose à l'oreille et il émet un petit rire joyeux. Ils sont habillés sans prétention, elle en petite robe d'été en lin, lui en jean et T-shirt. Je les observe avec curiosité : même les stars ont leurs petits instants de normalité, après tout, me dis-je. Constatation qui balaye définitivement ma nervosité de ce matin.

Guinness nous dépasse et dévale les marches en bois en jappant allègrement. Il est d'aussi bonne humeur que son maître, aujourd'hui. J'entame prudemment ma descente. Je sens la main d'Alex qui cherche discrètement la mienne, il m'attire doucement en arrière afin que je vienne marcher à ses côtés. Je le regarde, quelque peu surprise, et il me rend un petit sourire réconfortant. Nos doigts se mêlent, s'agrippent les uns aux autres, nous n'avons pas besoin de paroles, nos yeux, la pression de nos mains en disent plus que mille mots, la complicité secrète qui, désormais, est presque magique, tout cela est tellement nouveau que j'ai encore du mal à y croire.

Lorsque nous parvenons en bas, je remarque les coups d'œil à la fois surpris et amusés que nous lancent en catimini nos deux invités : je baisse le regard, je crois que j'ai rougi jusqu'à la racine des cheveux. Je tente machinalement de dégager ma main de l'emprise d'Alex : ce dernier tressaille, penche la tête de côté et me regarde, sourcils froncés. Ses yeux couleur avocat rétrécissent, comme à chaque fois qu'il essaie de sonder mes pensées. Puis il me dégote un petit sourire tout en secouant la tête et ses doigts pressent davantage les miens.

« Pas question que je te lâche, chuchote-t-il en se penchant à mon oreille. »

« Eh bien, eh bien, les deux tourtereaux ! s'exclame Karen. Nous voilà ravis de voir que tout va pour le mieux entre vous ! »

Alex ne commente pas. Il engage, en revanche, la conversation avec Andrew tandis que nous nous installons sur le sable fin. Les Sixsmith s'avèrent être des gens charmants. Le temps est splendide et la journée passe dans une ambiance des plus agréables. Andrew est un homme posé et cultivé, qui fait preuve de beaucoup d'éloquence et de sagesse. Il montre un vif d'intérêt pour mes études mais converse également sur des sujets divers, avec assurance et sans jamais montrer de vanité.

La personnalité de Karen tranche d'une manière étonnante avec celle de son mari. C'est une femme énergique, avec beaucoup de mordant et un sens de l'humour particulièrement piquant. Elle n'a, comme on dit, pas de cheveux sur la langue quand il s'agit de donner un avis. Cependant, sa volubilité et son apparente frivolité cachent un bon sens qui me surprend agréablement.

Après le déjeuner, elle me propose de faire quelques pas en sa compagnie le long de la grève. Nous cheminons lentement sur l'étroite bande de plage, là où le sable est frais et compact, là où les flots viennent expirer dans un dernier murmure. De paresseuses vaguelettes éclaboussent régulièrement nos pieds déchaussés, je respire à pleins poumons les embruns venus du large, l'enivrante brise marine fait ondoyer nos robes et nos cheveux. Au loin, les déferlantes se fracassent violemment contre les rochers. Le décor est enchanteur.

Le regard perdu, Karen garde le silence, fait qui me surprend, ce n'est absolument pas dans ses habitudes. J'ai comme l'impression qu'elle a intentionnellement voulu s'isoler avec moi, comme si elle voulait m'entretenir de quelque chose en privé. Nous nous arrêtons à un moment donné pour contempler le large qui s'étend à perte de vue.

« Ce lieu est magnifique, commente-t-elle. »

« Oui. »

Elle se tourne alors vers moi et me regarde d'un air énigmatique, en souriant à moitié.

« Vous êtes très amoureuse. »

Je la regarde en clignant des yeux. Ce n'est pas une question mais une constatation qui me fait rougir.

« Oui, dis-je. »

Cette conversation me met mal à l'aise. Avouer ce que je ressens ne m'est pas facile. Le sourire de Karen s'élargit.

« Ma chérie, vous n'avez pas à rougir de vos sentiments. Je peux tout à fait comprendre que vous soyez tombée sous le charme d'Alex. »

Une grimace narquoise erre sur ses traits.

« Il n'est certainement pas la personne la plus facile à vivre qui soit, il peut se montrer d'un têtu et d'un autoritaire ! Sans parler des jours où il décide simplement d'être insupportable… »

Un petit rire s'échappe de sa gorge puis elle me regarde à nouveau et son expression se fait plus douce.

« Cependant, reprend-elle, je comprends parfaitement qu'il puisse inspirer des sentiments tels que l'admiration et l'amour. C'est un homme très charismatique, j'en conviens, qui sait faire preuve d'une gentillesse et d'une générosité sans égale. »

Mon cœur se dilate en entendant ces paroles : c'est l'homme que j'aime, celui que j'ai appris à connaitre. Mon regard se porte inévitablement vers l'endroit où sont restés Alex et Andrew. Eux aussi se sont levés et, tout en discutant avec animation, Alex s'amuse à jeter un bâton à Guinness qui, inlassablement, va à chaque fois le chercher pour son maitre. Je sens que Karen suit mon regard : elle les fixe un instant et fronce les sourcils.

« Ce qui me surprend le plus, enchaine-t-elle, c'est de voir à quel point lui aussi est épris de vous. »

Pardon ? Le sang me monte aux joues. Que signifie cette remarque ? Je toise Karen presque furieuse et je vois qu'elle devine mes pensées, car elle saisit brusquement mon bras.

« Oh ! Ne le prenez pas mal, s'il vous plait, Annie ! Je ne veux nullement insinuer que vous ne méritez pas l'affection qu'il vous porte. Je suis seulement étonnée par la rapidité avec laquelle vous avez conquis son cœur. Car il est plus qu'évident qu'il vous aime. Son regard, lorsqu'il se pose sur vous, est empli de bonheur, et il n'y a qu'une seule femme qu'il ait regardée de la sorte avant vous. »

Oh… Je comprends. Mon cœur bat à tout rompre. J'esquisse un sourire maladroit, je ne sais plus quoi dire. J'ai honte d'avoir douté des bonnes intentions de cette femme. Et je comprends mieux, maintenant, pourquoi Alex tient tant à l'amitié qui les unit.

Cependant, l'attitude de ma compagne change subitement. Elle emprisonne mon bras et m'entraîne avec elle, le visage grave.

« Annie, poursuit-elle dans un chuchotement, je tiens, néanmoins, à vous mettre en garde. »

Face à mon air surpris elle continue tout en tapotant ma main :

« Je sais que vous devez penser connaître Alex… mais ce n'est pas le cas. Ou, du moins, ne connaissez-vous rien au monde dans lequel il évolue en temps normal. »

Mon cœur se serre. J'ai déjà entendu ce discours ailleurs… et je devine presque ce qu'elle s'apprête à me dire.

« Vous n'avez pas la moindre idée de ce qu'est son quotidien, les gens qu'il côtoie, les tournages, les voyages incessants, les interviews, les paparazzis… Notre vie en tant que personnage public n'a rien d'amusant, je vous assure. »

Elle stoppe à nouveau et me regarde bien en face.

« Vous semblez être une jeune personne dynamique et intelligente. Mais surtout et avant tout, vous êtes libre, libre de vivre comme bon vous semble. Vous êtes une inconnue, et cela a bien des avantages. Et je ne sais si vous vous rendez compte d'où vous allez mettre les pieds. Chacun de vos gestes, de vos déplacements, de vos paroles, seront décortiqués, jugés… la pression sera grande, vous allez devoir faire preuve de beaucoup de courage, ma petite. »

« Sans doute avez-vous raison, dis-je d'une voix rauque. Mais je veux être avec lui et c'est tout ce qui m'importe. »

« Oh, je ne doute pas un instant de la profondeur de votre attachement, dit-elle en souriant chaleureusement. Seulement, il faudra vous préparer. La petite idylle que vous vivez en ce moment, dans ce petit paradis éloigné de tout, n'a rien à voir avec la vie que vous mènerez, une fois rentrés à Londres. »

Je baisse la tête et serre les dents. Je sais, au fond de moi, qu'elle dit vrai. Elle parle par expérience, ça se sent, et elle ne veut que notre bonheur. Mais je ne peux éviter de ressentir un vague agacement me tenailler le ventre. Pourquoi diable ne nous laisse-t-on pas simplement vivre notre amour ? Même si ces jours d'insouciance nous sont comptés, même si nous devrons bientôt nous extirper de cette bulle de bonheur parfait. Je n'ai pas envie d'y penser, c'est simple, non ? Je n'ai pas envie de gâcher ces instants magiques en réfléchissant déjà aux changements qui s'annoncent. Toutes ces leçons de morale ont le don de me taper sur les nerfs, à la fin !

Le reste de la soirée passe sans que Karen n'aborde à nouveau ce sujet, ce pour quoi je lui suis intérieurement reconnaissante. Le soir, alors que nous leurs faisons nos adieux sur le perron de la maison, Karen se penche et me murmure un « prends soin de lui » en douce à l'oreille. Puis elle nous contemple un instant en souriant largement avant de monter à bord de sa voiture. Nous les regardons s'éloigner tout en leurs faisant des signes de la main. J'ai appris qu'ils logent chez un ami qui possède un grand domaine dans la région. Le véhicule disparaît dans les sous-bois. Alex se tient derrière moi : il s'approche et ses bras enlacent ma taille, il incline la tête, enfouit son visage dans mon cou et hume mes cheveux. Son souffle chaud électrise mon corps. Je pose mes mains sur les siennes. Mon Dieu, vais-je jamais me lasser de pareils instants ?

Impossible.

« Ai-je été assez convaincante en tant que maîtresse de maison ? fais-je dans un murmure. »

« Ne dis pas de sottises, tu as été parfaite, ils sont littéralement tombés sous ton charme, ronronne-t-il à mon oreille. Ce qui ne m'étonne aucunement, ajoute-t-il en soupirant d'aise dans ma nuque. »

Mon visage est en feu, j'ai vaguement le vertige, j'ai du mal à réfléchir d'une manière cohérente lorsqu'il est aussi proche de moi.

« Je pensais que c'était toi le charismatique ici, parviens-je à dire en riant doucement. »

Nos mains entrelacées tressautent sur mon ventre. Il ne répond pas mais je sens qu'il secoue la tête en signe de réprobation.

« Sottises, répète-t-il. »

Je souris avant de tourner mon visage vers lui. Il relève la tête, son regard en incandescence fait écho au feu qui embrase mon corps.

« Allez, rentrons, décide-t-il au bout d'un moment. J'ai faim… de toi. »

Je retiens mon souffle lorsqu'il m'entraîne vers l'intérieur de la demeure…

Me lasser… Impossible.


Seigneur, je suis tellement nerveuse…

Une crampe tiraille mon estomac. Je me regarde dans le miroir et porte une main à ma joue : j'ai le visage vermeil, brûlant. Nom d'un chien, est-ce bien toi, là ? s'exclame ma conscience pour la énième fois. Jamais je n'aurais cru que l'on pouvait, à ce point, transformer l'apparence d'une personne. Comme quoi les miracles existent !…Ha ha ha. Bon, d'accord, j'avoue que j'ai du mal à assimiler que ce reflet que j'observe depuis là tantôt est bien le mien. J'examine encore une fois cette jeune femme à la peau extraordinairement satinée, au regard discrètement fardé, aux lèvres de carmin, et je peine à me reconnaître, moi qui d'ordinaire me contente de mettre juste un peu de crème hydratante sur mon visage…

Mes doigts aux ongles parfaitement manucurés jouent négligemment avec les mèches qui retombent sur mon épaule : mes cheveux sentent la rose. Mon épaisse tignasse a été magnifiquement domptée en un enchevêtrement de fines nattes, regroupées et retenues derrière mon oreille gauche par un peigne aux fines dents argentées.

L'employée de l'institut de beauté vient de partir. Elle s'est déplacée expressément pour me prodiguer tous ces soins, ce qui m'a énormément embarrassée. Je n'ai jamais eu l'habitude d'être une privilégiée mais je pense qu'en contrepartie elle a dû être généreusement rémunérée. Alex en a bien les moyens, chuchote ma conscience sournoisement. La ferme ! Pas la peine de me le rappeler ! Je ne peux éviter de froncer les sourcils. Décidément, tout ceci me gêne au plus haut point !

Un frisson court sur ma peau lorsque mes yeux parcourent mon image, une fois de plus. Car, en plus de cette séance relooking, Alex m'a également fait cadeau de la sublime robe de soirée en mousseline vert émeraude que je porte, ainsi qu'une paire de magnifiques escarpins avec des talons à donner le vertige sur lesquels je me sens comme une déesse… Dieu du ciel, j'ai cru défaillir en découvrant les griffes de tous ces articles. Combien tout cela lui a-t-il coûté ? Je préfère ne même pas y songer. Une petite fortune pour moi, une bagatelle pour lui.

Je lâche un soupir. C'est, dans notre relation, ce qui me dérange le plus : cet abîme existant entre la mince bourse universitaire dont je dois me contenter et les moyens financiers dont lui dispose. L'idée même me donne le vertige, j'ai encore du mal à me faire à l'idée que je fréquente un homme riche : il faudra te trouver un boulot le plus vite possible, une fois que tu seras à Londres ! maugrée ma conscience. Pas question que tu vives à ses dépens !

Je grogne intérieurement alors que je bataille avec la fermeture Eclair de ma robe. Je suis si nerveuse que j'en ai les mains qui tremblent. Tu peux bien trembler, ma vieille ! s'écrie la petite voix dans ma tête, exaltée. Car, aujourd'hui débute, sans doute, ce qui sera ta nouvelle vie. Ce soir, tu passeras du statut de « mademoiselle tout le monde » à celui de « la compagne d'Alex Richman ». Ce soir, lors de la grande réception que va donner Karen dans un des plus prestigieux hôtels de Paris à l'occasion de ses dix ans de mariage avec Andrew, réception à laquelle, bien entendu, nous avons été cordialement invités Alex et moi. Ce soir, le monde va découvrir ton existence et plus jamais tu ne seras une inconnue.

Tout le monde sera là, m'a-t-on expliqué. Des membres de leurs familles respectives bien sûr, des amis proches, mais aussi et surtout, des acteurs et actrices, des agents, des gens du monde du cinéma, des journalistes et je ne sais qui d'autre encore. Mon Dieu, c'est angoissant… mais, également, tellement excitant ! Je ne sais absolument pas à quoi peut ressembler ce genre d'évènement mais je devine que nous allons probablement être le sujet principal de papotage de cette soirée. Notre couple est si insolite ! Notre différence d'âge, les milieux si différents d'où provient chacun de nous… Les gens ne se montreront pas tous aussi tolérants que l'ont été Karen et Andrew, pour qui leur amitié avec Alex passe avant tout, c'est évident.

Je ne cesse de penser encore et encore aux avertissements de Karen, à ceux de Julie, de ma mère. Serai-je vraiment capable de tenir le coup, ce soir ? J'inspire profondément. Mon reflet fronce les sourcils. Mais, bien sûr que tu tiendras le coup !... Bien entendu, ce n'est pas comme si ta mère allait te présenter sa nouvelle recrue au club de couture, raille la petite voix dans ma tête.

Je secoue la tête, je me sens ridicule d'avoir de telles appréhensions. Je laisse mon imagination divaguer un instant : je songe, pour me changer les idées, aux V.I.P. que je pourrai peut-être croiser ce soir et l'idée à elle seule fait frémir mon corps. Ben, voyons, ricane ma conscience. Toi ? La petite amie d'ALEX RICHMAN ?

Je ne peux m'empêcher de sourire. J'avais presque oublié ce détail.

« Mon amour, tu es splendide, chuchote soudain une voix derrière mon dos. »

Alex se tient dans l'encadrement de la porte de la salle de bain. Je vois le reflet de son visage souriant me contempler dans le miroir. Ses prunelles me reluquent d'une manière si indécente que j'en ai la chair de poule. Le rouge me monte au visage, j'ai des papillons dans le ventre. Comment peut-il encore me faire un tel effet ?

Je prends une grande inspiration avant de me tourner vers lui. Mes yeux le considèrent de haut en bas et mon cœur s'emballe, affolé. Nom d'un chien, il est à tomber en smoking ! Je bave lamentablement durant une ou deux secondes mais, presque immédiatement, ma stupide admiration est refoulée par l'angoisse qui me noue le ventre. Nom de Dieu, Annie ! Tu es réellement avec ALEX RICHMAN ! crie ma conscience, survoltée. Le voir ainsi apprêté me fait prendre conscience de ce que je refusais de voir jusque-là. Tu es avec Alex Richman, l'homme mais aussi l'acteur et cette vérité se fait de plus en plus omniprésente au fur et à mesure que le temps passe. Reprends-toi, Annie, bon sang ! Cette lâcheté ne te ressemble pas du tout !

J'avale ma salive et chasse les idées noires de mon esprit. Cette soirée se doit d'être parfaite, et elle le sera dès lors qu'Alex se trouvera là, à mes côtés.

« Ça va? Pas trop nerveuse ? s'enquiert ce dernier. »

Il s'est approché de moi et, d'un geste aérien, caresse mes cheveux.

« Un peu…, fais-je en grimaçant. »

J'essaie de paraître désinvolte et le regarde, un masque de confiance peint sur le visage. Je ne veux surtout pas qu'il devine mes tourments. Cela ne ferait que le conforter dans l'idée que les différences trop importantes qui existent entre nous auront raison de notre amour, idée que je refuse catégoriquement d'envisager.

« Annie ? Qu'y a-t-il ? Quelque chose te tracasse ? insiste-t-il. »

Merde. Comment peut-il me deviner de la sorte ? Je me tortille, mal à l'aise. D'une main il relève mon menton afin de croiser mon regard fuyant.

« Ce n'est rien, dis-je, fortement embarrassée. C'est juste que… tu m'intimides, finis-je par avouer dans un murmure. »

Je le vois hausser les sourcils.

« Moi ? T'intimider ? s'exclame-t-il, incrédule. »

« Oui, toi. Toi et ton… smoking. »

Alex me regarde un instant avant de partir d'un petit rire amusé.

« Ne te moque pas de moi ! fais-je, indignée. Tu ne te rends pas compte à quel point tu peux avoir l'air distant avec tes airs de Monsieur l'acteur mondialement connu… »

Ma phrase est soudainement interrompue par ses lèvres qui déposent délicatement un baiser sur les miennes tandis qu'il m'attire vers lui.

« Est-ce que cela suffit pour te prouver que c'est toujours le même homme qui se trouve face à toi ? chuchote-t-il de son incroyable voix hypnotique. »

J'acquiesce en silence, mon corps s'est tout ramolli rien qu'au contact de ses bras.

« Ne pourrions-nous rester ici, au lieu d'aller à cette fête ? fais-je en me lovant amoureusement contre sa poitrine. »

« Hum… j'avoue que c'est terriblement tentant comme alternative…, souffle-t-il dans mon oreille. »

Sa main descend le long de ma colonne vertébrale, mon dos à moitié nu se hérisse au toucher délicat de ses doigts, je sens qu'il joue malicieusement avec le curseur du zip tandis qu'il sème de légers petits baisers sur mon épaule et, pendant ce temps, son autre main me torture doucement en dessinant de petits cercles sur le creux de mes hanches. Je l'entoure de mes bras, je n'ai même pas besoin de me hisser sur la pointe des pieds avec mes talons aiguille, c'est si facile de le caresser dans le cou, de mordiller le lobe de son oreille, de jouer avec sa chevelure, de lui murmurer combien je l'aime… Je ferme les paupières, je hume son parfum, l'odeur délicieuse de sa peau, de ses cheveux…C'est un doux supplice, un rêve duquel je ne veux me réveiller. Je sens les muscles de sa poitrine se contracter nerveusement, sa respiration se fait aussi chaotique que la mienne, son souffle me titille la nuque, ses bras m'entourent et me maintiennent fermement pressée contre lui alors qu'il continue de m'embrasser. Chaque nerf de mon corps est en alerte, je me laisse aller et je crois pendant un moment qu'il va rendre les armes… lorsque, soudainement, il fait marche arrière.

« Mon amour…, finit-il par susurrer d'une voix éraillée en s'écartant légèrement de moi. Nous devons y aller, ce serait très impoli de notre part de ne pas le faire, ne crois-tu pas ? »

Je marmonne contre son torse en signe de protestation et lève vers lui un regard suppliant, mais il ne cède pas. Il me regarde et un petit sourire coquin efface la tension qui, la minute d'avant, tendait les traits de son visage.

« Nous aurons toute la nuit, murmure-t-il en me dégotant une œillade pleine de sous-entendus. »

Je lui rends son sourire, le cœur battant et le ventre délicieusement noué.

« Allez, viens, la voiture nous attend. »

« OK, fais-je à contrecœur. Donne-moi juste le temps de prendre ma pochette, dis-je en me soustrayant péniblement de sa douce étreinte. »

Je regagne la chambre à pas rapides. Nous sommes arrivés à Paris hier dans la soirée. Nous avons fait le trajet en voiture. La suite qu'il a réservée est magnifique. La chambre à coucher est immense et très design. Le salon attenant est décoré dans un style plus classique, les murs sont d'une couleur gris bleuté qui met en valeur les meubles clairs. Tout ici respire le raffinement et l'élégance. Je regarde à nouveau autour de moi en poussant un énième soupir. J'ose à peine toucher aux objets posés çà et là tant tout me semble précieux et délicat. Ce monde de luxe auquel je ne suis pas habituée me fait rêver mais me fait peur également.

« Annie ? »

« J'arrive. »

Je suis Alex jusqu'en bas, ma main discrètement agrippée à son bras. L'ambiance feutrée de l'hôtel m'intimide. Je sens quelques regards curieux qui nous suivent lorsque nous traversons le grand hall d'entrée et je baisse la tête. Et ce n'est que le début…, me rappelle ma conscience.

A l'extérieur, une imposante et rutilante Land Rover nous attend. Un homme en costume sombre s'empresse à notre rencontre et ouvre la portière arrière pour moi.

« Ni Limousine ni Rolls Royce ? fais-je malicieusement. »

« Je n'aime pas me faire remarquer, m'explique Alex en haussant les épaules. »

Je glousse. Parce qu'on passera inaperçus dans une telle bagnole ? Je m'introduis dans le véhicule, l'habitacle embaume un mélange de cuir et de vaporisateur aux fragrances de lilas. Je cligne des yeux en regardant autour de moi, même ici le raffinement s'impose. Alex s'installe à côté de moi, il m'enveloppe de son bras, je me blottis contre lui. Les vitres fumées se referment sur nous, la voiture démarre en douceur, elle glisse sur le bitume. Les lumières de Paris défilent devant nos yeux, nous les admirons ensemble tandis que nous gardons un silence complice.

« J'ai pensé que nous pourrions faire un saut chez toi, juste avant de rentrer à Londres, dit Alex, tout à coup. »

Je sursaute et le dévisage, étonnée. Il penche la tête vers moi, un sourire empreint de douceur sur le visage.

« Il ne serait pas convenable que tu retournes en Angleterre sans avoir fait tes adieux à ta famille. Je suis sûr que tes parents seraient heureux de te revoir, au moins une dernière fois, avant la rentrée. J'ai pensé que nous pourrions y aller tous les deux, qu'en penses-tu ? »

Mon cœur se serre. C'est vrai, la semaine prochaine nous seront ensemble à Londres, moi pour mes études, lui pour la promotion de « Emma, l'enchanteresse ». Une nouvelle vie commencera pour nous, une vie qui ne me laissera certainement plus le loisir de contacter mes parents aussi souvent qu'avant.

« Ce serait génial, en effet, dis-je en enfouissant mon visage dans son cou. »

Il m'attire à lui, m'entoure de ses deux bras, me serre contre son cœur. Je pose ma tête sur sa poitrine, une odeur exquise exhale de ses vêtements, un léger et enivrant parfum masculin qui saoule mes sens. Le reste du trajet se fait dans un mutisme total. Les boulevards de la capitale sont bondés en cette soirée de week-end. La traversée des Champs Elysées est l'unique occasion où nous échangeons quelques propos sur la beauté de Paris.

« Voilà, nous sommes arrivés. »

Alex s'est un peu redressé et je l'imite le cœur battant la chamade. Je regarde par la vitre, bouche bée. Nom d'un chien ! Une file de voitures, plus luxueuses les unes que les autres, nous précède. Au loin, devant l'entrée de l'hôtel magnifiquement illuminé pour l'occasion, un ballet incessant de portiers qui se pressent pour recevoir les invités. Mon anxiété monte d'un cran. Je hasarde un regard du côté d'Alex, en quête d'un encouragement, mais je me ravise. Que diable lui arrive-t-il ? Sa mâchoire est contractée, son regard dur, ses traits crispés. Ce soudain changement de comportement m'intrigue. Que se passe-t-il ?

Nous nous garons devant l'entrée. Le portier s'avance rapidement dans notre direction. Alex ne bouge pas, cependant. Je le dévisage, perplexe. Son visage est fermé, hermétique, il arbore ce rictus sévère et ce regard reptilien qui lui confèrent cet air si rébarbatif.

« Alex ? »

Je pose ma main sur la sienne. Il a une sorte de tressaillement avant de lâcher un petit soupir.

« Allons-y. »

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