Coucou tout le monde! Je sais que je ne poste pas très vite mais c'est que ma vie familiale est si prenante! J'aimerais d'ailleurs remercier particulièrement "Nathea" et "mmg..." pour vos encouragements et vos mots gentils. Merci pour votre fidélité! Et je dis à tous ceux qui me lisent: n'hésitez pas à m'écrire: vos avis, vos conseils, vos critiques... ça me ferait plaisir de partager avec vous vos idées et impressions. Bref, voici la suite et à très bientôt, j'espère!
16.
La porte de la salle de bain claque bruyamment derrière moi. Je m'empresse d'ôter les escarpins qui me martyrisent la plante des pieds, puis je me débarrasse de mes boucles d'oreille, défais mes cheveux et bataille, à nouveau, avec le zip de ma robe. Mes yeux fixent la porte à travers la glace au-dessus du lavabo en marbre. Du bruit me parvient de la chambre, Alex est là, juste de l'autre côté du mur, je l'entends remuer. Je retiens ma respiration. Est-ce qu'il va entrer ici ? Il n'a pas dit un mot dans la voiture. Ni depuis que nous sommes revenus dans notre chambre. Il boude. Il boude parce qu'il est furieux.
La colère, qui s'était quelque peu estompée après l'émotion de mes retrouvailles avec Jerry, m'envahit une nouvelle fois. Mais pourquoi diable est-il furieux contre moi ? Je n'ai absolument rien fait de mal ! Le reflet de mon visage s'altère par un violent froncement de sourcils. J'ai les joues en feu et les yeux rougis d'avoir pleuré. Je rebobine mentalement le déroulement de la soirée, les évènements qui se sont produits… et n'y trouve aucune fausse note de ma part. Mon comportement, à mon avis, a été irréprochable.
Tu as dansé avec un homme qu'il n'apprécie pas du tout, et il t'a trouvée en pleine discussion avec ton ex. Ça ne te suffit pas ? s'indigne ma conscience.
Je tape du pied, furibonde. Non, non et non ! Primo, je n'avais pas la moindre idée qu'il pouvait y avoir une quelconque mésentente entre lui et James, ce… type, comme il l'a nommé. Comment diantre aurais-je pu le deviner ? Secundo, ma rencontre avec Jerry a été totalement fortuite. D'ailleurs, j'aurais mieux aimé ne jamais le croiser dans de telles circonstances ! Et je parie que Jerry est du même avis.
Sors et parle-lui, me conseille la petite voix de la raison. Tu l'aimes. Ne laisse pas les choses s'envenimer.
Mais comment expliquer tout ceci à Alex ? Il peut se montrer tellement autoritaire, tellement bourru des fois !
Anne-Marie Martin ! Où est passée ta fierté ? Reprends-toi, bon sang ! Pourquoi devrais-tu te justifier, alors que tu n'as rien fait de mal ?
Les deux voix continuent de me torturer l'esprit : mon amour-propre blessé d'un côté, mon inconditionnel amour pour Alex de l'autre. Réprimant de nouvelles larmes de dépit, je m'engouffre, exaspérée, dans la douche italienne. L'eau chaude coule sur mon visage et mon corps, se mêle aux pleurs qui ruissèlent sur mes joues. Prendre une douche m'aide, d'habitude, à retrouver mon calme. Mais pas aujourd'hui. Je suis trop nerveuse, trop désappointée, trop d'interrogations me taraudent l'esprit.
Je ressors de la douche, quelques instants plus tard, le corps propre mais l'esprit toujours aussi embrouillé. Je brandis une grande serviette de bain que j'enroule autour de moi et tends l'oreille. Je ne l'entends plus. Que diable fait-il ? Je m'approche de la porte fermée et quelques brides de conversation me parviennent, lointaines. Il doit être dans le salon, il parle au téléphone. Il parle au téléphone au lieu de venir me parler, à moi ? L'amertume qui me faisait pleurer là tantôt, se mue en rage. J'entreprends de me rhabiller tout en pestant intérieurement. Monsieur Richman boude encore. Alors que c'est moi qui devrait lui en vouloir pour son impardonnable comportement de ce soir ! C'est si injuste !
J'ai fini de me vêtir. Je fixe à nouveau la porte, le cœur serré. Bon, il va bien falloir sortir d'ici. Je prends une grande inspiration, ouvre la porte brusquement et quitte la salle de bain.
Alex n'est pas dans la chambre. La double-porte communicante avec le salon est close. Il parlait, à l'instant, mais il vient de s'interrompre. A-t-il entendu que j'étais sortie de la salle de bain ? Sans doute. Après un bref moment il finit, toutefois, par reprendre la parole puis, après quelques propos, le silence s'installe à nouveau. Mon cœur s'emballe, je m'approche de la porte, ma main se pose à plat sur la boiserie.
« Annie ? »
Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Je reste figée. Je peux entendre sa respiration heurtée de l'autre côté du panneau en bois. Il est en colère et il sait que je le suis également. C'est la première fois que nous nous disputons depuis que nous sommes ensemble…
« Annie… »
Sa voix, d'habitude si intimidante, n'est qu'un souffle et cela me lacère le cœur. J'ai la bouche sèche, je ne parviens pas à prononcer un mot. Je rebrousse chemin vers le grand lit recouvert d'un beau boutis écru, le sentiment mitigé. L'instant d'après, je l'entends ouvrir la porte puis je le sens s'approcher de moi en silence.
J'entreprends d'ôter, un à un, la multitude de petits coussins qui ornent le lit tout en évitant de croiser son regard. J'ai du mal à respirer, mes mouvements, inhabituellement brusques, font écho à la colère qui m'anime. Je sais qu'il se tient juste derrière moi, je sens son regard suivre chacun de mes gestes, je l'entends soupirer.
« Annie, je sais que tu es furieuse contre moi. »
Oui, je suis très, très en colère ! Je pince les lèvres pour ne pas répliquer. Voilà, moi aussi je peux bouder, Monsieur Richman !
« Annie, parle-moi, s'il te plait, dis-moi quelque chose. »
D'une main, il stoppe mes mouvements et me fait pivoter vers lui. Nous nous toisons une seconde dans un silence tendu. Alex m'observe avec prudence. Il a raison, cette situation ne peut pas durer, je ne peux pas demeurer éternellement ainsi, à supputer bêtement sur son étrange comportement.
« Pour quelle raison es-tu en colère contre moi ? »
Les mots essaient vainement de se frayer un chemin correct entre les trémolos qui obstruent ma gorge.
« En colère contre toi ? s'exclame Alex en haussant les sourcils. Mais c'est contre moi-même que je suis furieux, pas contre toi, voyons ! »
Hein ?
« Contre toi ? fais-je sans comprendre. »
Alex secoue la tête, il m'attire doucement vers lui et prend tendrement mon visage en coupe entre ses mains.
« Mon amour, pardonne-moi, chuchote-t-il d'une voix rauque. Je me rends compte que mon comportement envers toi, ce soir, a été inexcusable… Mais, crois-moi, tout ce que je voulais était nous protéger, te protéger, protéger ce que nous avons. Cet amour, je veux le garder secret, inviolé, je veux le préserver à tout prix, tu ignores à quel point les gens peuvent être méchants. »
Je le regarde en clignant des yeux.
« Mais… je pensais que c'était ta réputation que tu voulais préserver ! C'est ce que Karen a cru comprendre. »
« Eh bien, elle s'est trompée. Sache que je n'ai pensé qu'à toi en agissant tel que je l'ai fait, ce soir. J'ai cru bêtement qu'en te présentant comme une simple amie, que en t'évitant, je pourrais dissuader les plus bavards, les plus perspicaces, couper court aux commérages… »
Je lâche un petit rire amer. La scène des lavabos me revient à l'esprit.
« En tous cas, c'est raté, dis-je sombrement. »
« Oui, j'en ai conscience. »
Il a l'air soucieux, son front est coupé par une profonde ride verticale sur laquelle je pose délicatement un doigt. Ma colère vient de s'évaporer. C'est fou ce que j'aime cet homme, encore plus lorsqu'il a l'air si vulnérable.
« Oublions cette soirée, s'il te plait, dis-je doucement. »
Alex m'enveloppe de son doux regard et je peux lire dans ses yeux le profond soulagement qu'il éprouve. Mes mains se posent sur les siennes et les pressent tendrement.
Nos regards s'accrochent l'un à l'autre, une longue minute durant, alors qu'un sourire complice fend chacun de nos visages.
« Je t'aime, me souffle-t-il de son incroyable voix de basse. »
Mon ventre se noue puis s'éparpille en un million de petits papillons. Peut-il exister d'instant plus parfait ? Je hais me disputer avec lui ce qui, sans doute, se produira certainement assez souvent, vu que nous avons tous deux un petit caractère bien trempé.
« A quoi penses-tu, m'interroge Alex, qui me sonde de ses iris magnétiques. »
Je lâche un petit rire en rougissant.
« Eh bien, je me disais que j'adore me rabibocher avec toi après une stupide querelle. »
Puis mes doigts se mêlent aux siens et j'entreprends de parsemer chacun d'eux de petits baisers, en murmurant à chaque fois un « je t'aime » contre sa peau… avant de l'attirer à moi et de l'embrasser langoureusement. Le baiser que nous échangeons est long, fiévreux, passionné, douloureux. Comme si nous nous retrouvions après une absence qui aurait duré une éternité.
« Je déteste me disputer avec toi, finit-il lui aussi par murmurer contre mes lèvres, une fois son souffle retrouvé. »
Je lève les yeux vers Alex. Son visage s'est rembruni. Il est temps de revenir sur terre et de parler de ce qui s'est passé aujourd'hui.
« Alex, explique-moi. James, c'est qui ? »
« Ce type est journaliste, Annie. Il travaille pour un magazine Londonien. »
Quoi !
« Un journaliste ? fais-je, stupéfaite. Mais… mais il m'a dit être écrivain ! »
Une lueur de colère traverse le dur regard d'Alex.
« Le salaud…, grommèle-t-il. Que t'a-t-il dit d'autre, cette ordure ? »
Je réfléchis un instant, j'ai encore du mal à digérer ce que je viens d'apprendre.
« Eh bien… qu'il écrit des récits, des récits biographiques… »
Alex lâche une série de jurons tandis que je commence, petit à petit, à comprendre.
« Oh mon Dieu, Alex… Tout ça, tout ce manège, c'était juste pour me soutirer des informations, n'est-ce pas ? Il écrit, en réalité, des articles sur les célébrités, c'est ça ? »
« Oui. »
Je m'écarte d'Alex, je suis profondément choquée. Et dégoûtée. C'est horrible. Comment a-t-il pu ?... Le souvenir du visage de James me donne la nausée. Mon Dieu, que lui ai-je raconté au juste ? Je fais les cent pas dans la chambre tandis que les souvenirs se bousculent dans ma tête.
« Ces parasites nous pourrissent la vie, reprend Alex en me regardant aller et venir. Ils sont comme ça, n'hésitent pas à user de tous les stratagèmes pour récolter de l'information. »
Je comprends mieux, à présent, l'attitude d'Alex, ses questions à propos de ma discussion avec James.
« Alex, je… je lui parlé de moi, de ma vie à Londres, dis-je. Mais je ne t'ai jamais mentionné. D'ailleurs, il ne m'a jamais posé de question à notre sujet, c'est étrange, non ? »
Une grimace morose erre sur le visage tourmenté d'Alex.
« Le salaud…, grogne-t-il. Tu ne comprends pas. Ce qu'il voulait c'était te connaitre, toi. Tout savoir sur toi, sur ta vie. Notre relation était déjà une certitude pour lui, sans quoi il ne t'aurait jamais abordée ! »
La bile me monte à la gorge. Mais bien évidemment… Comment ai-je pu me montrer aussi naïve, aussi idiote ! J'ai envie de me donner des gifles. Je m'appuie contre un guéridon, chancelante, ébranlée. Ce salopard s'est adroitement servi de moi et j'ai mordu à l'hameçon comme la crétine que je suis.
« Je ne comprends pas…, fais-je faiblement, au bout d'un moment. Qu'est-ce que ce salaud faisait là, à cette soirée ? Qui l'a invité ? »
« Karen, sans doute. Il était là pour couvrir l'évènement. Contrairement à moi, Karen aime partager les choses de sa vie avec la planète entière. La célébrité ne lui pose aucun problème. »
« Et que va-t-il arriver, maintenant ? Crois-tu que cette histoire sera mentionnée dans les médias ? »
« Je n'en sais rien… mais probablement que oui. Un tel scoop, c'est une occasion qu'il ne pourra pas rater. Le magazine va se vendre comme des petits pains. Surtout avec l'imminente sortie de « Emma, l'enchanteresse ». Je suis sous les feux des projecteurs, cette croustillante histoire tombe vraiment à pic. »
Le ton d'Alex exprime une profonde lassitude. Je commence, progressivement, à me rendre compte des difficultés auxquelles il doit se heurter au quotidien. Il est tellement réservé, tellement discret sur sa vie privée. Et maintenant cette histoire vient tout chambarder. Prise d'un élan de compassion, je vais à lui, enlace sa taille et enfouis mon visage dans sa poitrine. Le doux étau de ses bras se referme sur moi, il embrasse ma chevelure, son souffle réchauffe ma nuque, le duvet de mes bras se hérisse.
« Tout ceci est de ma faute, assène-t-il d'une voix sourde. Jamais cette ordure ne t'aurait approchée si j'avais été là, à tes côtés, comme il se devait d'être. Pardonne-moi. J'ai cru pouvoir te protéger de ces requins, et c'est le contraire qui est arrivé. »
Je lève la tête, bouleversée par ces mots.
« Ne dis pas de sottises. Tu n'as pas à me protéger, crois-moi, je suis capable de me défendre seule. »
Un petit sourire glisse sur les lèvres d'Alex. Derechef, ses larges paumes entourent mes joues.
« Mon amour, tu es si précieuse à mes yeux, chuchote-t-il de sa voix mélodieuse. »
Je déglutis. Mon Dieu… comment ne pas fondre lorsque Alex Richman en personne me susurre de tels mots d'amour de sa voix ensorcelante ? J'agrippe ses cheveux, l'attire à moi et, à nouveau, nous nous embrassons longuement. Puis nous demeurons un long moment enlacés en silence. Je sens, cependant, qu'il est tourmenté, sa respiration est nerveuse. Il se fait du souci, pour moi encore une fois.
« Et moi qui croyais que tu étais jaloux de James…, dis-je tout à coup en gloussant. »
Je lève les yeux vers Alex et le dévisage d'un air mutin. J'ai envie de détendre l'atmosphère, je ne supporte pas de le voir soucieux, d'autant plus lorsque je sais que je suis la cause de son ennui.
« Tu sembles déçue que tel ne soit pas le cas, s'étonne Alex. »
« Hum… peut-être, dis-je en haussant les épaules d'un air faussement insouciant. »
Je vois une flamme traverser son regard reptilien. Il hausse un sourcil et les commissures de ses lèvres se relèvent en une moue scandaleusement sexy.
« Je vois…, murmure-t-il. Eh bien, sache que te voir danser avec lui… (Il s'interrompt, son regard se durcit et un rictus sévère trouble les traits de son visage.). Te voir danser avec ce type, reprend-il, m'a donné une folle envie de lui casser la figure ! »
Un sourire idiot fend mon visage tandis que celui d'Alex s'assombrit derechef.
« Mais ce qui m'a le plus troublé, enchaine-t-il, c'est de te voir en compagnie de ton… ami. »
Je retiens ma respiration. Alex m'observe de ses prunelles félines, cherchant une nouvelle fois à deviner ce que je ressens. Je lui décoche un sourire apaisant et secoue la tête.
« Jerry fait partie du passé, maintenant, dis-je d'une voix calme. Tu n'as pas à être jaloux de lui. »
« Je sais et je ne le suis pas. Mais je ne pense pas que lui ait pris les choses de la même manière. À l'évidence, ton… ex n'a pas encore digéré votre séparation. »
Le souvenir du dernier regard que m'a lancé Jerry me donne un serrement au cœur.
« Peut-être, dis-je. Nous ne nous sommes pas séparés en de bons termes. »
Je ferme les yeux. Alex pose sa paume sur ma nuque et m'attire doucement à lui.
« Les séparations ne sont jamais faciles, chuchote-t-il contre mon front. Dans une certaine mesure je le comprends. Jamais, moi, je ne pourrais me résoudre à te dire adieu… »
Je tressaille. Me séparer d'Alex… Le seul fait d'y penser me déchire le cœur. Ce serait le cauchemar, j'en serais dévastée, anéantie, je le sais. Je lève les yeux, Alex m'observe en silence, le regard plein de tendresse. Voir tant d'amour dans les prunelles d'un homme aussi taciturne… cela me secoue l'âme et les entrailles. Je l'aime, à la folie, littéralement. Je crois bien que je perdrais la raison si nous devions nous séparer un jour… Je chasse immédiatement cette sombre idée de mon esprit et mon regard croise à nouveau celui d'Alex. Je sens qu'il devine ce à quoi je pense. Je sais qu'il devine ma détresse intérieure. Un sourire rassurant étire les commissures de sa bouche tandis que ses doigts caressent ma chevelure dans mon dos.
« Allez viens, allons nous coucher, dit-t-il en me prenant par la taille. La journée a été longue. Nous avons besoin de repos. »
Je me sens très fatiguée mais je n'ai, en vérité, aucune envie de dormir. Nous nous blottissons l'un contre l'autre et tentons de trouver le sommeil. Les heures défilent dans un silence absolu, interrompu seulement par nos respirations agitées. Alex, à qui je tourne le dos, ne parvient pas plus que moi à se calmer. Son souffle nerveux réchauffe mon cou, je sens longuement la pression de sa main posée sur ma hanche. Je suis, moi-même, sous l'emprise d'une inhabituelle anxiété. Les évènements de la journée n'en finissent pas de se dérouler encore et encore devant mes paupières fermées. Je sais que ce qui s'est produit ce soir aura des répercussions sur notre futur, et je prie pour que les dégâts ne soient pas trop graves… Je finis par sombrer, aux premières lueurs du jour, dans un sommeil inquiet.
C'est le vide qui me réveille, le lendemain matin. Le creux dans le drap que ma main tâtonne fébrilement. J'ouvre les yeux. Alex n'est plus à côté de moi. Je l'entends parler de l'autre côté de la porte, il est au salon. Il s'exprime vite et bas mais je note que les intonations de sa voix caverneuse sont sèches, sévères. Je bondis du lit et quitte la chambre et après un rapide passage à la salle de bain, je rejoins Alex. Pendu à son téléphone, il fait les cent pas dans la pièce tout en fulminant. Je m'arrête et l'observe, hésitante. Lorsque nos regards se croisent je lui souris mais il ne me rend pas mon sourire. Aïe, quelque chose ne va pas. Il a sa mine « contrariée », celle des jours où il est de très mauvaise humeur. En réponse à mon air interrogateur il me fait signe de tête en direction de la table basse à côté du canapé, où est posée sa tablette. Hein ? Perplexe et anxieuse à la fois, je la brandis et y jette un coup d'œil…
Merde…
Je dois m'assoir. Machinalement, mes doigts frôlent l'écran, les images défilent, c'est moi, nom d'un chien ! Des photos de moi sur Internet, des photos d'hier soir… J'avale ma salive, ce n'est pas trop grave encore… mais qui diable m'a prise en photo ? N'importe qui aurait pu le fait, au fait. Avec leurs téléphones c'est devenu tellement facile… et je ne m'en suis même pas rendue compte ! Je fronce les sourcils, exaspérée, puis appuie sur un autre onglet.
Nom de…
Le titre d'un article vient de me sauter aux yeux. Il s'agit encore une fois de moi… de moi et d'Alex. Je clique d'un doigt tremblant, je lis le début… puis je fais défiler encore pour jeter un coup d'œil aux commentaires…
Seigneur, c'est un cauchemar.
Dégoûtée, je change derechef d'onglet. D'autres articles encore qui parlent de notre liaison, d'autres commentaires encore plus venimeux…
J'ai la bouche sèche et le ventre noué. On me traite de tous les noms, le nom d'Alex est compromis, notre amour entaché, sali…
« Annie… »
Je sursaute, Alex vient de poser sa main sur mon épaule. Je me rends compte que des larmes roulent sur mes joues.
« Annie, je suis tellement désolé, chuchote Alex d'une voix rauque. Tout ça est de ma faute… »
Je me lève et me tourne vers lui. Il a le visage grave. Le mien est en feu, mon cœur bat sourdement contre mes tempes.
« Non. C'est moi qui suis désolée. Ta réputation… »
« Arrête ! m'interrompt-il brusquement. Ma réputation n'en souffrira pas autant que la tienne, crois-moi ! »
Je le regarde, interdite par la soudaine colère qui crispe les traits acérés de son visage.
« Tu n'as pas à te soucier de moi, reprend-t-il d'un ton plus doux. Je viens de parler avec Franck… C'est mon agent, précise-t-il, je l'avais averti hier de ce qui s'était passé, de ce qui risquerait de se produire, aujourd'hui. C'est lui qui m'a appelé ce matin, aux premières heures… Il s'occupera de tout. »
Il pose sa paume sur ma joue et ses yeux plongent longuement dans les miens.
« Je me fais du souci pour toi, pour tes études, pour ta vie... »
Il lance un regard écœuré vers la tablette restée sur le canapé.
« Je suis tellement désolé pour… tout ça, dit-il en désignant l'objet d'un large geste de la main. Tout ceci est de ma faute, à moi et à moi seul, répète-t-il, sinistre. »
Mais pourquoi ne cesse-t-il de répéter ces paroles ? Un étrange sentiment s'empare de moi, un inexplicable serrement au cœur, un poids qui me noue la gorge. Mes mains agrippent sa chemise.
« Alex…, parviens-je à dire dans un souffle. »
Ses prunelles se posent à nouveau sur moi, sombres et inquiétantes.
« Nous devons rentrer au village, sur le champ, décide-t-il tout à coup. »
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