Bonjour tout le monde! ça faisait longtemps que je n'avais rien posté, je m'en excuse, j'ai été très paresseuse, et très occupée à la fois, vacances en famille oblige. Mais comme toujours je reviens vers mes personnages qui me manquent trop. J'espère que vous passez tous, où que vous soyez, d'excellentes vacances, bonne lecture et à bientôt!

23.

« Voilà, nous sommes arrivés. »

Alex vient d'arrêter sa voiture devant la haie de sa maison à Hammersmith. Lentement, le portail automatique s'ouvre et, pendant ce temps, je ne peux m'empêcher de jeter un coup d'œil avec un petit serrement au cœur, vers l'endroit où j'avais attendu l'autre soir, dans la neige.

« Ça va ? »

Alex penche la tête et m'observe avec intérêt.

« Oui. »

Je ne lui ai rien dit à propos de ce jour et des heures que j'ai passé là à le guetter comme une demeurée. A quoi bon ? Je ne veux plus penser à tout ça, c'est du passé, maintenant.

Nous échangeons un sourire. Voilà, c'est le grand jour, un moment important, je vais enfin découvrir la demeure d'Alex, pour de vrai. Un mélange d'exaltation et d'angoisse étreint mon cœur en cet instant. Je suis à la fois terriblement excitée mais également paniquée à l'idée de vivre ici. Nous ne sommes plus à la maison perchée. Ici, je suis chez lui. Ou plutôt, chez « eux ». C'est la maison d'Alex et d'Ella, leur foyer pendant de nombreuses années. Ses murs ont été témoins de leurs jeunes années d'amour mais aussi des dernières semaines vécues ensemble. C'est un lieu chargé de souvenirs, de souvenirs réels et particulièrement poignants.

Après avoir franchi le portail, nous nous garons juste devant la maison. Je déglutis et m'extirpe du véhicule, le cœur battant. Nous nous trouvons dans un charmant petit jardin clôturé par une haute haie de verdure qui protège la propriété des regards extérieurs. La maison, dont je n'avais que vaguement aperçu les fenêtres du premier étage, est une belle bâtisse de briques, de style géorgien. De chaque côté, deux allées conduisent à l'arrière vers ce que je devine être un somptueux jardin au charme tout à fait anglais.

Prenant ma main dans la sienne, Alex me conduit vers le perron lorsque, soudain, j'entends un vacarme du diable en provenance de l'arrière de la maison.

« Oh mon Dieu ! Guinness ! »

L'énorme bête surgit brusquement sur le côté et me saute au cou en aboyant joyeusement.

« Guinness, comme tu m'as manqué ! dis-je, les larmes aux yeux. »

Nous nous câlinons mutuellement durant un long moment, c'est fou de voir à quel point je me suis attachée à cette bête !

« Tu lui as beaucoup manqué aussi, il n'était plus le même sans toi. »

Je lève la tête vers Alex qui nous regarde, un sourire attendri aux lèvres.

« Oui, les hommes de cette maison ne sont plus les mêmes sans toi, renchérit-il en haussant les épaules. »

Mon sourire s'élargit et mon cœur se réchauffe car je sens qu'il est plus ému qu'il ne parait. Je me redresse et vais pour l'embrasser lorsque, tout à coup, apparait un homme au le seuil de la maison. D'une cinquantaine d'années, il est impeccablement vêtu d'un costume trois pièces et se plante devant nous, l'air ridiculement solennel.

« Bonsoir, monsieur, dit-il en fixant les arbres derrière nous. »

Le visage impassible, il me lance un bref regard mais n'émet aucun autre commentaire.

« Garfield, je vous présente Annie, annonce Alex d'un ton tout aussi compassé. Elle vivra désormais ici, avec moi. »

« Bien, monsieur. Je vous souhaite la bienvenue, madame. »

« S'il vous plait, appelez-moi Annie, dis-je vivement embarrassée. »

Alex se tourne légèrement vers moi, un petit rictus relevant le coin de sa bouche. Je fronce les sourcils, nous nous toisons durant une infime seconde en silence, tandis que Garfield, imperturbable, récupère les clés de la voiture avant de s'éclipser.

« Quoi ? fais-je en haussant les épaules. Je ne vais quand même pas être appelée « madame » toute la sainte journée ! Franchement ! »

Alex ouvre la bouche, la referme, soudain un sourire énigmatique efface la grimace sévère de ses traits et une étrange étincelle éclaire ses yeux.

« Tu n'as pas changé, toujours aussi entêtée, hein ? fait-il en m'attirant brusquement vers lui. »

Il enfouit son visage dans mon cou, soupire, me serre encore plus contre son torse.

« Comme tu m'as manqué, souffle-t-il dans mes cheveux. Ton caractère têtu m'as manqué, cette manière que tu as de me défier m'as manqué, tout en toi m'a manqué. »

Sa voix est grave et vibrante, je sens à quel point il est ému et sincère et j'en suis toute bouleversée. Je me pelotonne contre sa poitrine, profondément touchée, les larmes sur le point de jaillir. Nous nous étreignons longuement, dans un silence absolu, rien ne vient perturber cet émouvant moment, pas un bruit, pas une parole, uniquement nos deux respirations étouffées et le son de nos cœurs battant l'un contre l'autre.

Je ne sais combien de temps s'écoule ainsi, alors que nous nous tenons là, sur le perron, enlacés l'un à l'autre, ivres de nous retrouver. La Terre aurait pu être engloutie que cela ne nous aurait en rien dérangé. Au bout d'interminables et intenses minutes, Alex se résigne à desserrer un peu l'étau de ses bras. Un petit sourire flotte sur son visage légèrement rougi. Il caresse ma joue, me regarde encore un moment, muet, ses prunelles me dévisageant d'une manière pénétrante. Puis il lâche un petit soupir et esquisse un geste de la tête en direction de la bâtisse derrière nous.

« Viens, je vais te montrer la maison. »

« Garfield est ton chauffeur ? »

Je pose la première question qui me vient à l'esprit, dans l'espoir d'alléger un peu l'atmosphère.

« Oui, mais il s'occupe aussi d'autres choses, lorsque c'est nécessaire, m'explique Alex. »

« Il habite ici ? »

« Oui, il a son propre appartement, dans l'aile est de la maison. »

D'accord... Nous ne serons donc pas tout à fait seuls, chez nous. Je fronce les sourcils. Cette nouvelle vie est plus étrange que je ne l'imaginais.

Je sens qu'Alex m'observe en douce, devine-t-il mes sentiments ? Il se penche vers moi et, me prenant tendrement par la taille, me fait pénétrer à l'intérieur de la maison.

« Ne t'inquiète pas, il ne nous importunera pas, susurre-t-il soudain à mon oreille. Garfield est très discret, de plus son appartement est indépendant du reste de la demeure. »

Je lève la tête, nous échangeons un regard complice. Un sourire serein éclaire son visage, une lueur particulière brille dans ses yeux. Je souris à mon tour, la joie qu'il tente de cacher est contagieuse. J'ai le cœur gonflé de bonheur.

Nous nous retrouvons dans un large vestibule, deux jolis guéridons s'appuient le long des murs et un long tapis couvre le sol. Face à nous, un grand escalier conduit à l'étage. Waouh… C'est vraiment plus impressionnant que je ne l'avais pensé.

« Bonsoir, monsieur. »

Merde ! C'est qui ça encore ? Un petit bout de femme, aux cheveux poivre et sel, vient d'apparaître au seuil d'une pièce. Son visage tout en rides affiche une expression bienveillante et ses yeux rieurs se posent immédiatement sur moi.

« Bonsoir, Mary. Voici Annie. »

« Bonsoir, Annie. Monsieur m'a beaucoup parlé de vous. Je suis ravie d'enfin faire votre connaissance. »

« Mary est une vieille amie de la famille et c'est elle qui s'occupe de la maison, m'explique Alex. »

OK… waouh. Que d'informations, que de nouveautés ! Je souris à la vieille dame qui ne cesse de me couver de son regard vivace.

« Je vais monter ta valise, me dit Alex en désignant l'étage d'un geste de la tête. Mary, voulez-vous s'il vous plait conduire Annie au séjour ? J'arrive dans une minute. »

Il disparait promptement et je me retrouve seule avec la vielle femme qui me guide très gentiment vers une porte sur la droite et qui ouvre sur un vaste living. J'avance lentement dans la pièce et la première chose qui me frappe est la décoration. Nous ne sommes définitivement plus à la maison perchée. Ici, le style est nettement plus raffiné, plus moderne, moins rustique. Les murs et le mobilier sont de couleurs claires, dans les tonalités du beige, crème et blanc. Les objets de décorations et les tableaux constituent de discrètes notes de couleurs mais le décor reste, toutefois, très sobre. L'aspect est épuré, l'atmosphère neutre, on y respire la tranquillité, mais une tranquillité toute mondaine.

« Je vais préparer le thé, déclare Mary qui est discrètement restée silencieuse jusque-là. Avez-vous envie de quelque chose en particulier ? »

« Au fait… je ne prends que du café, dis-je en rougissant légèrement. »

« Très bien. Et que désirez-vous d'autre ? Nous avons des biscuits, des scones, des pains au chocolat…»

Mince ! Je n'ai pas l'habitude de me faire servir.

« Eh bien… ça m'est égal, je prendrai ce que prend Alex d'habitude. »

« Bien. Et pour le diner ? »

Au secours !

« Je verrai cela avec monsieur, si cela vous convient, décide Mary, un sourire aimable sur les lèvres. »

« Oui, merci, Mary, dis-je, profondément reconnaissante. »

Je soupire intérieurement. Je ne suis pas habituée à ce genre de choses. Ne pouvons-nous pas simplement manger un bon plat de spaghettis ? Guinness ne m'a pas lâchée d'une semelle, il tournoie impatiemment autour de mes jambes en haletant. Je remarque le regard étonné de la vieille dame. A l'évidence, l'attachement de la bête pour moi la surprend.

« Guinness et moi sommes de très bons amis, dis-je en flattant encore la crinière ambrée du chien. Il ne m'a pas oubliée. »

« J'en suis ravie car cette bête n'est pas très sociable d'ordinaire. »

Elle sourit puis disparait. Mon regard se promène autour de moi. J'ai l'impression d'être dans un décor de catalogue. C'est franchement intimidant. Mes yeux s'arrêtent soudain sur un énorme tableau, accroché au-dessus de la cheminée, une aquarelle qui représente un beau paysage printanier. Elle est signée « Ella ». Hum… Je me sens tellement petite face à tant de talent…

« Je peux l'ôter de là, si cela t'incommode, chuchote tout à coup Alex derrière moi. »

Je me tourne vers lui alors qu'il s'approche de moi à pas de félin.

« Pourquoi ce tableau me gênerait-il ? Il est magnifique. »

Alex pose ses paumes sur mes hanches et m'attire vers lui. Ses captivants iris plongent dans les miens, songeurs.

« Annie…, dit-il en secouant la tête. Tu mens très mal. »

« Je mens ? »

Ma voix qui est montée d'une octave trahit malgré moi mon désarroi. Je dévie mon regard du sien, le visage en feu. Délicatement, il relève mon menton avec son index et me force à le regarder en face.

« Ma chérie, il faut que tu me parles si nous voulons que ça marche entre nous. »

« Je sais. »

Mais je n'ai pas envie de dire des choses qui pourraient te blesser, surtout s'agissant de ta femme. Je me mords les lèvres violemment et reste muette.

« Annie ? »

« Alex, il me faut juste un peu de temps pour m'habituer à cette nouvelle situation, tu comprends ? Tous ces changements… ça me chamboule. »

« Je comprends. Je suis tout aussi chamboulé que toi, crois-moi. »

Il tourne la tête vers la toile gigantesque et la contemple, l'expression impénétrable.

« Il y a énormément de toiles à elle ici, dit-il d'une voix tranquille. Mais je puis comprendre que tu veuilles changer la décoration, enchaine-t-il en se tournant à nouveau vers moi. Je ne tiens pas à ce que tu te sentes en étrangère dans cette demeure. Tu es chez toi, ici. »

« Merci, dis-je en posant ma main sur sa joue. Mais, je ne veux rien changer, vraiment. Tout est parfait. Ta maison est très belle. »

Je ne veux surtout pas faire pression sur lui pour quoi que ce soit. Cependant, je remarque que dans son regard persiste une ombre d'angoisse, malgré le sourire qu'il affiche. A l'évidence, toute cette situation est aussi déstabilisante pour lui qu'elle ne l'est pour moi.

« À quoi penses-tu ? dis-je en pressant doucement la ride qui sillonne son front. »

« Je pense… que je t'aime. Que je t'aime comme jamais je n'aurais imaginé aimer à nouveau, lâche-t-il d'une voix vibrante. »

Prise de court, je le regarde, mes paupières clignant à toute vitesse, tel le million de papillons qui vient d'exploser au sein de mon ventre.

« Je t'aime aussi, dis-je en caressant les contours de sa joue. Ma vie n'a aucun sens sans toi. »

Son visage se contracte, ses traits durcissent puis s'adoucissent en une fraction de seconde. Il prend mon visage en coupe entre ses mains et ses prunelles plongent dans les miennes.

« Mon Dieu, quand j'y pense… j'aurais pu te perdre, à cause de ma bêtise, chuchote-t-il d'une voix rauque. Pardonne-moi. Je me suis conduit comme un vrai idiot. »

« Arrête ! dis-je en posant ma paume à plat sur sa bouche. Ne parlons plus de tout ça, s'il te plait. »

Vivement émue, je l'attire vers moi et dépose sur ses lèvres un baiser fiévreux. Je l'entends gémir, ses bras se nouent derrière ma taille et me serrent contre sa poitrine. Mm… bon sang, j'ai tellement envie de lui…

« Voici le café, monsieur. »

MERDE ! Mary, imperturbable, vient déposer un plateau sur la petite table basse. Puis elle se redresse et nous regarde en souriant, les prunelles éclairées par une petite lueur énigmatique.

« Merci, Mary, dit Alex, impassible, en me tenant toujours blottie contre lui. »

« Ça doit lui faire tout bizarre, dis-je lorsque la vieille dame s'est éclipsée. »

« Quoi donc ? »

« Eh bien, de me voir ici avec toi, dans cette maison. »

Un doux sourire transfigure le visage d'Alex habituellement sévère.

« Mary est une personne pleine de bon sens. L'important pour elle est de me voir heureux. »

« Tu es heureux ? »

L'émotion fait vibrer ma voix. En guise de réponse, il resserre l'étau de ses bras autour de moi et m'embrasse passionnément. Oh mon Dieu. Je crois que je vais défaillir. Mon désir pour lui réapparait, plus fort que jamais, au creux de mes entrailles. Mon corps électrifié s'accroche au sien. Mon pouls assourdit mes oreilles, le sang bat fiévreusement dans mes veines. Je me perds dans cette étreinte qui me fait oublier tout le reste, Mary, Garfield, les mauvais souvenirs, ces derniers mois… tout s'efface, il n'y a plus que lui et moi. Lui et moi, à tout jamais.

« Annie… tu viens de sortir de l'hôpital…, chuchote Alex entre deux baisers. »

« Mm… »

« Annie… »

« Mm… ? »

Je l'embrasse encore, ignorant ses faibles protestations.

« Tu es une petite coquine, susurre Alex en souriant contre ma bouche. »

Je souris à mon tour en agitant la tête de haut en bas. Mon désir pour lui efface la fatigue, le sommeil. Mes doigts pressés déboutonnent déjà sa chemise alors que mes lèvres reprennent possession des siennes. J'ai tant rêvé de pareils instants, qu'il m'est impossible de résister.

Je l'entends soupirer, gémir. Il emprisonne ma taille et me colle violemment contre lui. Mm… son corps étroitement serré contre le mien trahit son désir pour moi. Je souris tout en fourrageant sa chevelure de mes doigts. Nous sommes consumés par la même passion et je sais qu'il vient déjà de rendre les armes.

J'ai vaguement conscience qu'il me soulève de terre pour me porter jusqu'à une chambre à l'étage, comme il l'a si souvent fait à la maison perchée, mais je suis tellement submergée par mon désir pour lui que j'ai du mal à me fixer sur les détails de la réalité. Nos mains sont hâtives, nos corps deux brasiers impatients.

J'entreprends d'ôter un à un ses vêtement, le cœur battant, et je retrouve, exaltée, la délicieuse sensation d'être dénudée, caressée de ses mains, embrassée de ses lèvres. Mes mains avides de lui redécouvrent avec émerveillement le toucher de son corps tellement beau, l'odeur de sa peau fait vaciller mon esprit, la douce chaleur qui se dégage de son torse m'étourdit délicieusement.

« Tu m'as tellement manqué, dis-je à son oreille tandis que mes doigts caressent les muscles de sa poitrine, suivent les reliefs de son ventre, de ses hanches, chaque parcelle de son corps envoûtant. »

Son regard irradie, ses traits sont tendus, sa mâchoire frémit à chaque fois que je le touche.

« Annie…, susurre-t-il en retenant son souffle. »

Je sens qu'il est surpris de me voir aussi entreprenante, mais il ne dit rien. Un petit sourire sexy erre sur ses lèvres. Sa poitrine se soulève à une cadence effrénée, sa respiration se fait de plus en plus bruyante. Il me prend tout à coup par la taille, me soulève du sol et m'allonge sur le grand lit.

À son tour, il frôle, touche, embrasse, goûte ma peau, lentement, avec tendresse et passion à la fois. Il me couvre de ses doigts, de sa bouche, il me torture, délicatement, délicieusement, il est partout, je suis à bout de souffle, je gémis, me tortille, cet homme me fait perdre la tête.

« Alex…, dis-je, haletante. »

« Mm…, grogne-t-il en se hissant sur moi. »

Il s'appuie sur ses coudes et balaye les mèches de cheveux qui recouvrent mon front d'un geste de la main. Son visage n'est qu'à quelques centimètres du mien, son regard est intense, hypnotique.

« Annie…, souffle-t-il contre mon nez. Si tu savais combien je t'aime… »

« Alex… »

Mais les mots s'étranglent dans ma gorge. Fourrant son visage dans mon cou, il me possède soudainement, m'arrachant un long gémissement. Ma respiration reste en suspens, mon cœur va éclater dans ma cage thoracique. Mes doigts s'enfoncent dans son dos, l'attirant vers moi, loin, toujours plus loin… vers un lieu où nous nous perdons, finalement, ensemble.


Mm… Je me sens tellement bien. Mes paupières sont lourdes, mes membres engourdis. Je m'étire mollement avant de me tourner sur le flanc. Mm… je suis bien au chaud dans des draps soyeux, avec encore une fois cette douce sensation de chaleur qui réchauffe le côté de mon corps. Soudain, les incroyables moments de la veille refont surface dans mon esprit. J'ouvre les yeux.

« Bonjour, mon amour. »

Alex est là, face à moi. Une bouffée de chaleur inonde mon cœur.

« Bonjour. »

Un énorme sourire étire sans cesse mes lèvres, tandis qu'Alex continue de me contempler en silence. Un masque de sérénité apaise les traits de son visage que je dévore, fascinée.

« À quoi penses-tu ? s'enquiert-il après un moment. »

« J'essaie encore de me persuader que tu n'es pas un rêve. »

Ses prunelles s'emplissent de douceur. Il se penche vers moi et dépose un petit baiser sur mes lèvres.

« Voilà, à présent moi aussi je suis certain de ne pas rêver, chuchote-t-il tout contre ma bouche. »

Puis il s'écarte et de ses doigts il happe l'une de mes mèches folles avec laquelle il joue négligemment.

« Ce matin en me réveillant, j'avais, moi aussi, du mal à croire que tu puisses être là, dans mon lit, dit-il. »

Dans son lit… Je ne sais pourquoi tout ce qu'il dit me parait tellement sexy. Annie, tu es désespérément amoureuse, se moque la petite voix dans ma tête.

« Comment te sens-tu ce matin ? me demande-t-il en fronçant soudain les sourcils. »

« Je me sens divinement bien, dis-je en riant doucement. »

Mes doigts jouent avec la toison de son torse. C'est tellement soyeux et tiède et frémissant à la fois, et cette odeur… Mm… un subtil mélange de parfum et de l'odeur de sa peau qui m'enivre. Mes cuisses se contractent machinalement. Est-ce possible ? Nom d'un chien, j'ai toujours autant envie de lui !

« A quoi songes-tu, petite mystérieuse ? Tu rougis sans cesse. »

Etouffant une exclamation, je me mords les lèvres et enfouis mon visage dans son cou. J'hume avidement les senteurs de son corps, des senteurs qui me donnent un doux vertige, qui me grisent, cet homme est comme un narcotique pour moi, mon amour pour lui, une drogue de laquelle je ne peux me passer.

« J'étais en train de songer que tout en toi m'a manqué, à moi aussi, dis-je en semant de petits baisers le long de sa clavicule. »

Je me sens particulièrement émue en ce moment, j'ai une irraisonnable envie de rire, de pleurer et de crier, le tout à la fois.

« Annie ! tu pleures ? »

Alex essaie de me regarder mais je m'obstine à cacher mon visage dans son cou. Je noue mes bras derrière sa nuque, mes larmes mouillent ses cheveux et son épaule. Merde ! Merde ! C'est tellement idiot ! Je me sens horriblement gênée de réagir de la sorte mais je n'y peux rien. Je suis dépassée par les émotions. Alex me serre doucement contre son cœur et caresse mes cheveux tout en me berçant en silence.

« Ce n'est rien, finis-je par bredouiller entre deux hoquets. Ça doit être l'effet de toutes ces heures passées à l'hôpital, sans connaissance, ou peut-être une réaction aux médicaments… »

Je me redresse et m'essuie les joues du revers de la main. Alex, assis à côté de moi, fait monter et descendre sa paume le long de ma colonne vertébrale.

« Tu as besoin de te reposer, dit-il. »

« Non, je t'assure, physiquement je me sens parfaitement bien, c'est juste que… ma sensibilité est trop exacerbée, c'est bête. Trop d'évènements, trop d'émotions… »

« Ça passera, il te faut du temps, et du repos. Retourne te coucher. »

« Non, vraiment, je… »

« Chut ! intime-t-il, agacé. Laisse-moi donc m'occuper de toi ! Tu as été mon ange gardien tant de fois, à mon tour maintenant de l'être pour toi. Repose-toi, ma chérie. Viens. »

Il s'allonge à nouveau et ouvre grand les bras, lieu où j'échoue avec bonheur. Je me blottis paresseusement au creux de sa poitrine, ferme les yeux, la chaleur de sa peau m'étourdit peu à peu, les battements de son cœur sont une berceuse douce et apaisante qui finit par m'entrainer dans un calme sommeil.


« Un vrai feu, dans une vraie cheminée, c'est tellement romantique. »

Blottis l'un contre l'autre sous un épais plaid, nous regardons, Alex et moi, les flammes danser dans leur enceinte de briques et de pierres.

« J'ai absolument tenu à la garder lorsque j'ai acheté la maison. Ça donnait un air rustique au living que j'aime beaucoup. »

« C'est charmant, dis-je en me pelotonnant dan le creux de son épaule. Tu as eu raison. »

Dehors la neige s'est remise à tomber. L'épaisse couche de ouate étouffe les bruits de l'extérieur, rien ne vient troubler le calme de notre soirée hormis le crépitement des bûches dans l'âtre. Guinness, installé à côté de nous sur le tapis, s'est endormi.

« Ça te dirait de danser ? propose Alex tout à coup. »

Il se lève sans attendre ma réponse et se dirige vers une petite bibliothèque dans le renforcement du mur, sur le côté de la cheminée, où sont rangés livres et CD de tous genres. Je le regarde intriguée, puis une voix rompt soudain la quiétude, une voix d'un autre temps, lente et sensuelle.

« The Platters, dis-je dans un murmure. »

Alex, tourné vers moi me tend la main en une invitation que je ne peux qu'accepter. Je me lève et l'enlace en ronronnant. Sa main emprisonne tendrement la mienne, il me tient collée contre lui, ses doigts caressent délicatement le creux de mes reins.

« Tu te souviens, nous avions dansé le jour de ton anniversaire sur cette chanson, chuchote-t-il à mon oreille. »

« Oui, je me souviens, puis tu m'avais embrassée sous la pluie, dis-je en enfouissant mon visage dans son cou. »

« J'étais tellement confus à l'époque. Dépassé par mes propres sentiments et dominé par mes craintes et mes démons… Je pensais à toi, tu avais quelqu'un dans ta vie et en même temps, je te voulais pour moi, d'une manière totalement déraisonnable. »

« Heureusement, dis-je en souriant dans sa chemise. »

Nous dansons lentement, nous savourons ce moment où chacun de nous, en silence, retourne mentalement jusqu'à ce jour si spécial et le souvenir de ce tout premier baiser. Notre slow se prolonge et même lorsque la chanson s'achève, Alex continue de me fredonner de son incroyable voix les paroles à l'oreille, articulant chaque mot d'une manière délicieusement lente et sensuelle. C'est une expérience magique, envoutante, j'en ai la chaire de poule, c'est fou ce que cet homme parvient à me faire ressentir.


Ce soir se tient la grande première d'Emma l'enchanteresse. Je me regarde une dernière fois dans le grand miroir et un sourire se dessine sur mes lèvres. La jeune femme dans la glace semble étonnement calme. Je me sens sereine, épanouie, être à nouveau avec lui, avec Alex, me donne l'impression de revivre. Je ferme les yeux, inspire profondément, mes poumons s'emplissent d'un oxygène revigorant, l'insupportable douleur, ce trou béant au creux de ma poitrine, tout a disparu. Mon cœur bat joyeusement dans ma cage thoracique, j'ai bonne mine, mon visage a repris des couleurs, mes joues sont moins creuses, mes yeux moins cernés brillent. L'amour fait des miracles.

Cette petite semaine passée avec lui a été si trépidante, si effrénée qu'il me semble qu'il s'est écoulé des mois depuis ce jour où j'avais échoué dans ma petite chambre d'étudiante, complètement désespérée.

Mais je ne veux plus penser à tout cela, une vie nouvelle s'ouvre à moi, un monde nouveau et excitant m'attend, un nouveau départ, avec Alex. J'observe mon reflet et une étrange sensation de déjà vu s'empare de moi tout à coup, l'impression d'avoir déjà vécu ce moment. Je remonte mentalement jusqu'à cette fameuse soirée à Paris, les souvenirs viennent à ma rencontre, des flashs d'instants douloureux que je m'empresse de chasser de mon esprit. Non, je ne dois plus penser à tout ça, je ne dois pas avoir peur, je n'ai pas peur. Les circonstances sont différentes, je me sens différente, notre relation a tellement évolué, cette amère expérience a eu l'avantage de nous rapprocher, il n'existe plus de barrière entre nous, plus de tabous, plus de peurs ni d'appréhensions. Nous avons ouverts nos cœur l'un à l'autre, nous avons, désormais, la conviction que nous ne pouvons vivre l'un sans l'autre. Notre amour aura gagné et plus rien ne peut l'ébranler à présent.

J'observe mon reflet, très satisfaite. Je suis vêtue d'une robe en velours noir cintrée à la taille qui s'évase plus bas en une traîne discrète. Mon visage légèrement maquillé est dégagé, mes cheveux sont retenus en arrière en un petit chignon et je ne porte pour tout bijou qu'une paire de boucles d'oreilles, deux petites perles grises en forme de poires qui s'harmonisent avec le reste de ma tenue. Le tout me donne un air sobre et élégant. C'est parfait, je me sens tellement à l'aise. Je suis surprise de voir combien je suis calme. Sans doute la pression sera-t-elle plus palpable dans quelques instants, lorsque la grosse voiture noire se sera arrêtée devant l'entrée de l'Empire et qu'Alex s'apprêtera à faire sa grande apparition sur le tapis rouge. Seul. Car il est entendu que je ne le rejoindrai que plus tard, une fois à l'intérieur, à l'abri des flashs de paparazzis.

C'est mieux ainsi, mieux pour lui et pour moi. Intégrer la vie d'Alex après la période difficile que je venais de traverser, tout en reprenant mes études, n'a pas été une mince affaire. Rien n'est parfait et ma nouvelle vie n'est pas si simple. Le quotidien d'Alex est excitant mais aussi très épuisant et il ne m'a fallut que quelques jours pour m'apercevoir combien sa vie diffère de celle que nous vivions à la maison perchée. Ces sept derniers jours m'ont également permis de comprendre qu'il valait mieux pour mon propre équilibre et pour l'équilibre de notre relation, que je reste dans l'ombre. Du moins au début. Alex et moi voyons les choses de la même manière, nous sommes deux personnes discrètes et réservées et garder notre relation cachée nous procure un plaisir secret, cette complicité renforce notre amour et rend notre quotidien mille fois plus excitant.

« Annie ? »

« J'arrive ! »

Mon cœur s'emballe. Je prends une grande inspiration, récupère ma pochette posée sur le rebord du lavabo puis quitte la salle de bain. Alex, à tomber dans son smoking, m'attend dans la chambre. Je m'arrête un instant pour le regarder et ne peux m'empêcher d'admirer encore une fois cet homme que j'aime. Oui, cet homme est définitivement l'homme de ma vie.

« Prête ? »

Alex penche un peu la tête sur le côté et me contemple en souriant.

« Prête. »

Son sourire s'accentue, ses lèvres se relèvent en cette petite moue qui me donne le frisson, il enlace ma taille d'un bras et dépose un chaste baiser sur le haut de mon front.

« Tu es sublime ce soir, murmure-t-il contre mes cheveux. »

Je me sens rougir, comment peut-il toujours me faire cet effet ?

« Merci, tu n'es pas mal non plus, dis-je en caressant le revers de sa veste de mon index. »

Je le suis jusqu'à la voiture que Garfield a garée devant l'entrée. Je suis particulièrement excitée ce soir : je vais enfin revoir ma sœur et sa petite famille. Tant de choses se sont passées durant ces quatre mois. Nous avons eu une longue conversation, Julie et moi, il y a quelques jours de cela. Nous avons longuement parlé de tout ce qui était arrivé, de mon état de santé, de ma réconciliation avec Alex, de mon récent emménagement chez lui. Julie a été parfaite, elle me comprend, me soutient et je sais que je peux, désormais, compter sur elle, quelle que soit ma décision.

« À quoi penses-tu ? me demande Alex tout à coup alors que l'auto file doucement à travers le trafic londonien. »

Sa main presse tendrement la mienne posée sur la banquette arrière.

« Je songe à ma sœur, je suis impatiente de la revoir, de les revoir tous. J'imagine mes neveux, je pense à Tomas, il doit être aux anges. »

« J'en suis certain, il gardera de très beaux souvenirs de cette soirée. Je suis heureux d'avoir pu leur faire plaisir. »

Je lui souris puis me hisse vers lui et dépose un baiser sur ses lèvres.

« Merci. »

« Tu n'as pas à me remercier, Adrien a été génial avec moi, je ne l'oublierai jamais. »

Nous traversons les boulevards parés des illuminations de noël, les lumières orangées défilent sur le profil d'Alex qui observe un instant les badauds d'un air rêveur.

« Je suis heureux de voir que tout s'est arrangé entre ta sœur et toi, dit-il ensuite. »

« Oui, je sais. Je le suis aussi. Notre relation a beaucoup changé. »

Je ne lui ai rien révélé des confidences que m'a faites Julie sur son passé. C'est un secret entre elle et moi, un secret lourd et douloureux, qui nous a rapprochées dans un moment difficile, et que je garderai à jamais enfoui dans mon cœur.

Nous ne sommes plus très loin de l'Empire, je sens le trac monter d'un cran. Ma main tâtonne dans ma pochette, je sors mon téléphone et me mets à pianoter machinalement sur l'écran, histoire de calmer un peu ma nervosité. Jen m'a bombardée de messages depuis ce matin.

Nom d'un chien ! Grande première ce soir ! Profite, profite !

Plein de stars en vue, la chance ! Salue Alex de ma part.

N'oublie pas de faire plein de photos ! Je t'envie ! Tu me manques.

Fais-moi signe, tu vas mieux j'espère ?

Je souris, cette chère Jen, toujours aussi dépassée par ses émotions. Je fais défiler l'écran. Brusquement, mon sourire s'efface en lisant le dernier message.

Au fait, Tom m'a dit que Jerry est rentré hier soir. Pas de nouvelles ?

Jerry est rentré, il est ici, à Londres. Il ne m'a pas appelée. C'est bizarre. Mes yeux parcourent le message plusieurs fois sans réellement le lire. Mon esprit est en pagaille, mon sang bouillonne dans mes veines. Pourquoi ne m'a-t-il toujours pas appelée ? Est-ce que j'ai envie qu'il m'appelle ? Je fronce les sourcils, ferme les yeux et me pince l'arrête du nez. De mauvais souvenirs me hantent, des instants que je préférerais oublier. Une soirée arrosée, une nuit cauchemardesque…

« Chérie, ça va ? »

J'ouvre soudainement les paupières, parcourue par un horrible frisson. Alex scrute mon visage d'un air inquiet.

« Ça va ? répète-t-il. Tu es pâle, tu ne te sens pas bien ? »

« Non, ça va, dis-je en m'efforçant de sourire. Le stress sans doute. Regarde, on est arrivé. »

La voiture aborde enfin l'Empire sur Leicester Square. Je retiens mon souffle. Nom d'un chien ! Il y a un monde fou, c'est incroyable ! Mon cœur s'affole d'un coup, mes mains deviennent toutes moites et j'ai l'impression soudaine que le sang a déserté mes jambes.

« C'est impressionnant, dis-je dans un souffle en regardant la masse de gens agglutinés, bravant le froid de cette nuit de décembre uniquement pour apercevoir leurs acteurs préférés. »

« Oui, mais on s'y habitue avec le temps. Tu es certaine de ne pas vouloir descendre avec moi ? Ça ne te tente pas, le tapis rouge, la séance photos et tout le reste ? »

Je me tourne vers Alex et le dévisage, perplexe.

« Est-ce que tu veux que je t'accompagne ? »

« Ce n'est pas à moi d'en décider. Mais je veux que tu saches que m'accompagner ne me dérangerait en rien. »

Il se penche vers moi, prend mon visage en coupe entre ses main et m'embrasse.

« Je veux que tu fasses ce dont tu as envie, chuchote-t-il. Je ne veux pas que tu te sentes obligée de me faire plaisir. »

Je souris malicieusement en m'écartant de lui.

« Quel égocentrique vous êtes, monsieur Richman ! Sachez que vous n'êtes pas le centre de l'univers et soyez certain que j'agis comme bon me semble. »

Je fais un effort pour ne pas me mettre à rire mais je ne peux m'empêcher de pouffer face à l'air ahuri d'Alex. Puis les commissures de ses lèvres s'étirent en une moue amusée.

« Très bien, mademoiselle. Je vois que vous vous débrouillez très bien toute seule et que vous n'avez nullement besoin de moi. Soit. »

« J'aurai toujours besoin de vous, monsieur, dis-je en entourant son cou de mes bras. »

Je pose ma tête sur son épaule, hume l'odeur de son cou, sens son cœur battre contre mon oreille, savoure la caresse de sa main sur mon dos.

« Je t'aime, dis-je. J'aimerais rester ici, comme ça avec toi, pour toujours. »

Il ne dit rien. Ses bras me pressent contre lui, son visage cherche le mien, nous nous embrassons passionnément.

Mais ce moment est brusquement interrompu par un petit coup donné sur la vitre. Je me redresse, toute étourdie. La voiture est arrêtée, Garfield est descendu et attend dehors devant la portière. Heureusement, la vitre fumée nous protège des regards indiscrets. A l'extérieur, le brouhaha est indescriptible, la ferveur des fans redouble, Alex est La star incontestée du film, tous attendent impatiemment de le voir, enfin.

« Allez, vas-y, dis-je. Je te reverrai plus tard. »

« Tu es sûre ? »

« Certaine ! Garfield se chargera de me guider, je serai entre de bonnes mains. Ne t'inquiète pas pour moi. »

« Bon, j'y vais, alors. A plus tard. »

Il dépose rapidement un dernier baiser sur mes lèvres avant d'ouvrir la portière. Dès qu'il apparaît, la foule en liesse se met à hurler. Le vacarme devient indescriptible, les flashs crépitent à tout va, Alex avance en faisant des signes de la main, je le vois s'arrêter devant une rangée de fans, il se prend en photo, signe des autographes et, tout à coup, durant une infime seconde, un horrible sentiment d'abandon m'opprime le cœur. Ça y est, il a suffit qu'il franchisse cette portière pour qu'Alex devienne Alex Richman, l'acteur, une personne qui n'appartient pas qu'à moi mais à tous ces gens qui s'arrachent une photo avec lui. C'est un personnage public, lointain, distant, étranger. Ces sombres réflexions me sapent le moral, je me sens tout à coup terriblement seule. Tu aurais du l'accompagner, idiote ! Idiote !

« Il y a une autre entrée, plus discrète, je vais vous y déposer, personne ne vous remarquera, m'explique Garfield qui a regagné sa place derrière le volant. »

Il doit trouver mon comportement étrange, quelle femme seine d'esprit refuserait d'accompagner son acteur ultra connu de compagnon lors d'une telle occasion ?

Je soupire, très abattue. La voiture s'éloigne de la masse humaine, laissant la place à une autre limousine derrière nous.

« Voulez-vous que je vous accompagne à l'intérieur ? s'enquiert Garfield après un moment. »

« Oui, j'aimerais bien, merci, Garfield, dis-je. Vous connaissez l'endroit ? »

« Oui. »

Il se tait et me lance un petit coup d'œil à travers le rétroviseur d'un air hésitant.

« Vous aviez accompagné Ella, autrefois ? dis-je du ton le plus naturel possible. »

« Oui. Parfois elle aussi préférait laisser monsieur faire ce genre d'apparitions seul. Monsieur a toujours été très discret sur sa vie privée. »

« Je sais. »

« Ensuite, ils se retrouvaient à l'intérieur, dans la salle de projection, poursuit Garfield. Je vais vous y conduire. »

« Merci Garfield, c'est très gentil à vous. »

Je sais que je ne devrais pas avoir de telles conversations avec le personnel d'Alex. Mais je ne peux éviter de me sentir reconnaissante envers Garfield en cet instant. Je me sens étrangement mieux, tu as besoin qu'un membre du personnel te rappelle combien Alex apprécie de garder sa vie privée secrète ? me morigène sévèrement ma conscience. C'est vrai, je ne dois pas céder à mon manque d'assurance, à mes stupides faiblesses. L'important est que vous êtes ensemble, garde ça en tête !

J'inhale profondément, plusieurs fois de suite, pour me redonner du courage. Tout à coup, mon téléphone m'avertit d'un nouveau message. Ça doit être Jen, encore une fois. Je jette un rapide coup d'œil à l'écran tandis que Garfield attend de pouvoir arrêter la voiture.

Regarde ce lien, m'écrit-elle simplement.

Je fronce les sourcils. Mais que diable… ? Je clique sur le lien qu'elle m'indique, très intriguée et tombe sur un article qui vient de paraître dans un magazine britannique.

Alex Richman, le terrible secret derrière la légende.

Le titre me fait tressaillir. Le terrible secret ? Je lis fébrilement quelques lignes… oh, non… Ils parlent de sa tentative de suicide. Ils parlent de cette nuit épouvantable, de ce terrible épisode que nous avons tant tenu à garder secret.

Comment est-ce possible ? Comment est-ce possible ? Personne n'est au courant de cela, personne hormis Adrien, Jen et moi. Et, bien sûr, Andrew et Karen. Comment est-ce possible, alors ? Je sais que mon beau-frère et que ma meilleure amie ne trahiraient jamais ma confiance. J'en suis certaine. Les amis d'Alex non plus, d'ailleurs. Alors comment ? Je ne comprends pas, comment ?

Les idées se bousculent, tourbillonnent dans ma tête, mille et une pensée s'entrechoquent dans mon esprit en une fraction de seconde. Je songe aux conséquences de cet article, à ce que va penser Alex d'Adrien, de Jen… ou de moi. Non, non, il me connait, il les connait, il ne peut y croire. Je réfléchis à toute vitesse, mon crâne va exploser, ils l'ont fait exprès, cette information est divulguée au pire moment possible, c'est fait exprès.

Que va penser Alex de tout ça ? Que va-t-il penser de tout ça ?

Il sera terriblement déçu. C'est horrible.

« Voilà, c'est ici. »

Garfield a ouvert la portière et attend que je descende.

Voilà, j'espère que ça vous aura plu! Comme vous devez vous en douter, la fin de l'histoire est proche. Eh, oui, il le faut bien. Le prochain chapitre sera donc sans doute le dernier. Alors je vous dis à toutes et à tous à très bientôt! Et encore une fois n'hésitez pas à m'écrire!

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