Et voilà le deuxième OS de la série Saisons :D Après l'Hiver, voici l'Automne x)
Arriverez-vous encore à deviner le couple et le narrateur avant la fin ? Bonne chance !
Il l'observe, il ne fait que ça. Il sait qu'il ne devrait pas, il sait qu'il n'a pas vraiment le choix. Il esquisse un sourire triste en l'observant, toute l'amertume cachée dans son coeur venant se refléter sur son visage. Il est étonnamment lucide en cet instant... Et pourtant. Il le voit, lui et son sourire joyeux, lui sa gaieté naturelle, lui et son arrogance si plaisante. Il ferme doucement les yeux, se laissant emporter par l'air de la musique qui résonne doucement. Il ne se rappelle pas qui a lancé la chanson, qui a acheté la radio même. Il se serait violemment énervé dans un jour normal. Nous sommes des criminels recherchés qui ont formés un alliance, pas des enfants de choeurs. Il rouvre les paupières et avise du regard le piano laissé dans un coin de la pièce.
Une idée le saisit et il affiche de nouveau un léger sourire. Il se lève lentement sous les yeux blasés ou étonnés de ses partenaires. Lui... Il ne fait même pas attention. Comme d'habitude. Ils enchaînaient disputes sur disputes de toute évidence. Il promena son regard sur sa chevelure rayonnante. On aurait dit une étoile. Voilà qu'il devenait sentimental... C'était une perte de temps.
Son regard se pose sur ma fenêtre. Les feuilles tombaient en tourbillonnant une à une, tapissant le sol d'un manteau orange-brun mêlé à du rouge, craquant quand on posait le pied dessus. Cette façon dont les couleurs s'harmonisaient. Si on lui avait demandé quelle était sa saison préférée, il aurait sans conteste choisi l'Automne. L'Hiver était trop froid, trop blanc, trop... uni. Et le chauffage... L'été, trop coloré, trop scintillant pour ses yeux fatigués, et la chaleur étouffante pour quelqu'un d'aussi habillé que lui. Le printemps... Le printemps était la saison des amours, la saison des fleurs, et il la détestait pour cette raison.
Il ne voulait pas être considéré comme sentimental, comme romantique. Il n'était incontestablement pas du genre fleur bleue. Il ne permettrait jamais à quelqu'un de l'appeler comme ça. De toute façon, qui le ferait ?
Il s'approche lentement de l'instrument, jetant un regard méfiant derrière lui. Personne. Ils étaient partis. Et pour cause, il n'entendait plus son rire amusé ou les soupirs des autres.
Ses mains frôlèrent la douceur infinie du piano, remontant le couvercle en bois avec tendresse presque. Il effleura les touches noires, faisant courir ses doigts sur leur surface nacrée. Son pied chercha sa place parmi les pédales en fer avant de poser légèrement son droit sur celle de gauche. Ses doigts appuient d'eux-mêmes sur les touches, comme si chacun savait d'avance quelle note composer sans son accord. Première fausse note. Il soupire, fronce les sourcils. Ce n'est pas dans ses habitudes pourtant. Il sait qu'il est doué. Du moins, il sait jouer sans fausses notes, il sait recopier n'importe quel morceau de musique, mais il n'est pas comme les grand talentueux. Il ne sait pas faire monter les larmes aux yeux de ceux qui écoutent, il ne sait pas chambouler leurs coeurs, ou faire surgir les émotions du fin fond de l'âme. Il sait jouer sans rien d'autre.
Il reprend son morceau qu'il compose au fur et à mesure que ses doigts viennent trouver les touches. C'est la première fois qu'il fait ça... Il ne sait pas vraiment ce à quoi il s'attend. Il croit... Il croit que c'est peut-être parce que pour une fois, il veut lui avouer indirectement. Il veut pouvoir le lui dire à travers les notes, à travers cette petite composition en son honneur. Parce que c'est en son honneur. Du moins, il le croit... Il n'est plus très sûr de lui-même si ce n'est des sentiments qu'il éprouve envers ce qu'il est en train de faire. Il pense... En quelque sorte il est fier de pouvoir faire ressortir ce qu'il pense. Même si ce n'est que pour un moment. Tout est éphémère comme dirait Deidara.
Les sons continuent de se propager dans l'air, tandis que lui-même est perdu dans ses rêves, tandis que lui-même songe à tout ce qu'il aurait pu lui dire mais qu'il n'a jamais eu le courage de faire. Et pourtant... Cela fait bien longtemps qu'il sont partenaires. Plus de dix ans s'il ne se trompe pas ? Cela remonte à longtemps... Il a l'impression que c'était hier. Et pourtant que le temps passe vite... Il est un des mieux placé pour le savoir...
Ses doigts continuent de jouer avec assurance, se posant sur les touches ivoires avec une délicatesse insoupçonnée chez lui. Il plisse les yeux de nouveau et replace une mèche derrière ses oreilles. Il a enlevé son bandeau tout à l'heure et ouvert la fenêtre pour sentir l'air frais s'engouffrer dans sa chevelure, lui donnant l'impression que c'est l'autre qui joue avec ses cheveux. Rêve sans espoir, mais rêve tout de même.
Ses paupières restaient closes, quelques fois agitées de quelques soubresauts nerveux mais rien de plus... Ses lèvres s'étaient entrouvertes de quelques millimètres devant la concentration, lui donnant une attitude de pratiquant de Yoga. Ridicule aurait-il dit en soupirant s'il s'était aperçu. Des pas résonnèrent en haut ainsi que quelques gémissements de douleurs précédés d'un BOUM. Sa concentration s'en trouva perturbé pour un instant et il s'arrêta l'espace de quelques secondes pour sourire. S'il devait deviner qui avait fait une rencontre forcée avec le sol ou un meuble, il parierait sur Deidara ou Hidan. L'un comme l'autre étaient d'une maladresse presque maladive. Ce qui le faisait sourire et se moquer d'eux. Comment un artiste - auto-proclamé - pouvait être si maladroit ? Et Hidan... C'était une habitude avec lui.
Il passa une main dans ses cheveux et reporta de nouveau son attention sur l'instrument de musique. Ses mains retrouvant leurs places parmi les touches ivoires et de jais. Il se surprit à chantonner également la mélodie à voix basse, improvisant les paroles sur le moment. Il trouvait qu'elles résumaient bien ses pensées... Un millier d'année. C'était exactement ça.
Heart beats fast,
Colors and promises
How to be brave ?
How can i love when i'm afraid to fall ?
But watching you stand alone...
All my doubt suddenly goes aways somehow.
Sa voix grave entonnait les paroles lentement. Il prit conscience du ridicule de la situation et se félicita que les autres ne l'avaient pas entendu. Ils aurait été charié jusqu'à la fin des temps avec une telle chanson. Il n'était pas une fille ! Il se pressa la tête entre les mains avant de se concentrer sur les bruits là-haut. Tout s'était tu. Il soupira de soulagement, comprenant qu'ils s'étaient tous éclipsés avant de l'entendre chanter. Chanter... Rien que le mot lui donnait des frissons. Se décidant d'un coup, il continua néanmoins à jouer les notes sur le pianos, ses mains courant le long des touches avec agilité. Ce truc lui remuait les entrailles... Il avait l'impression que tout leurs souvenirs lui remontait à l'esprit. Mauvais ça...
Il s'en rappelait de ces jours néfastes où suite à une nouvelle dispute de leur part, les missions leurs étaient attribuées en solo. Il se rongeait les sang pour lui, n'osant évidemment pas l'avouer. Il savait finir les missions toujours avant lui, et les jours comblant le vide de son absence était synonymes d'angoisse pour lui. Ils étaient des criminels... Il ne pouvait pas... C'était immoral. Il savait que les missions seraient toujours dangereuses, bien que moins pour lui, mais il avait toujours peur de ne pas le voir revenir.
Il ne savait plus depuis combien de temps, il s'était rendu compte que son regard lumineux le faisait rêver, ou que son torse pâle finement musclé l'invitait à la débauche. Depuis longtemps. Vraiment, vraiment longtemps. Bien qu'aveugle, il n'avait jamais voulu se le dire réellement, plongé dans l'illusion qu'il n'était qu'un de ses coéquipiers.
Maintenant il le savait. Depuis vraiment trop longtemps.
Et il ne s'en lasserait jamais. Il ne s'épuiserait jamais à le regarder lorsqu'il dormait ou dans chaque action pourtant banale qu'il faisait. Une vraie obsession. Il le savait. Ses doigts l'entraînaient lentement mais inexorablement vers une autre réalité. Celle où leurs sentiments seraient partagés, celle où il pourrait l'admirer en toute tranquillité.
Car non, vraiment. Il ne s'en lasserait jamais.
Toutes ses pensées lui reviennent en mémoire, chaque instant passé avec lui. Les plus importants, celle où il a cru avoir une place dans le coeur de son ami. Ami... Il n'est même pas sûr qu'ils le soient alors plus ? Quelle illusion. Mais il sait qu'il n'y a qu'une chose qui importe aux yeux de l'autre, et qu'elle prend tout son coeur.
Il ne sert à rien de rêver. Il se lève brusquement en rabattant le clavier du piano et s'éloigne en faisant les cents pas. Il en a plus qu'assez de ne songer qu'à ça, et de n'avoir que son visage en tête. Il veut oublier. Oublier. Car il sait que lui dire ne servirait à rien. Srictement à rien. Il n'est rien à ses yeux et il le sait. D
Il n'y a plus de place pour lui.
Il va se pencher à la fenêtre, ses cheveux volant sous la pression du vent. Il veut se changer les idées afin de ne plus y penser, il peut très bien y arriver. Pourquoi n'y arriverait-il pas ? Depuis tout ce temps... Il a su accepter le fait de ne jamais être plus qu'un coéquipier distant.
L'air frais de la nuit le surprend, il n'avait pas remarqué avoir été assis devant ce piano si longtemps. Perdu dans ses pensées, il a bien du y passer plus de trois heures. Mais que font les autres ? Ils devraient être rentrés depuis bien longtemps. Penchant sa tête brusquement, il fait craquer son cou, sentant avec délice les os émettre ces bruits répugnants. Lui, ça le détend. Peut-être est-il différent des autres. Peut-être... Après tout n'étaient-ils pas tous différents ici ? Des criminels.
Entre problèmes mentaux, assassinats, schizophrénie, malformations génétiques et autres, il n'étaient pas aidés. Mais aussi bizarre qu'elle puisse être, c'était en quelque sorte la famille qu'il n'avait jamais eu. Il sentit une bouffée de chaleur monter à cette évocation. Il inspire une grande goulée d'air pour se rafraîchir et manque de s'étouffer quand une feuille morte vient se coller sur son visage. La fixant avec un regard noir, il entreprend de la déchirer en fines lamelles comme pour l'accuser des ses malheurs. Pathétique mais ça lui fait un bien fou. Il sort un collier de sous sa tenue, le fixant avec un amusement mêlé à de l'amertume. Il était censé l'avoir jeté mais l'avait gardé. Il se rappelait des yeux qui se voulaient nobles et dignes mais emplis d'une tristesse lorsqu'il l'avait balancé dans la corbeille sans un seul regard dessus. Plus tard, lorsque l'autre était sorti de la pièce, il l'avait récupéré les mains tremblantes. Et enfilé. C'était son cadeau à lui. Ce souvenir le fit sourire tandis qu'il triturait la chaîne des doigts.
Parce que c'était ce que l'autre avait touché, effleuré, qu'il se devait de le garder.
Pris d'une inspiration subite, il retourna s'asseoir devant l'instrument, et rejeta ses mèches derrière lui avec un soupir agacé. Changeant totalement de rythme, il s'empara des touches et se mit à composer ce qui lui venait en tête, n'ayant aucun rapport avec ce qu'il avait créé auparavant.
Done it all, had my cake now
Diamonds, brilliant, and Bel-Air now
Cold Autumn nights mid October
When you and I were forever wild
The crazy days, the city lights
The way you'd play with me like a child*
C'était exactement ce qu'il voulait transmettre, ce qu'il voulait lui dire. Rien n'importait plus en cet instant que ces notes jouées, que ces effleurements rapides de touches, que ces sons produits, que la mélodie qui s'élevait dans l'air. Peu importe ce qu'en disait les autres, - dont certaines personnes étaient visées particulièrement incluant un blond - ça, c'était véritablement de l'Art. La musique qui vous collait à la peau, l'air que vous fredonniez sans pouvoir vous arrêter, cette.. Harmonie, c'était de l'Art à l'état pur.
Il s'était piégé dans sa propre mélo-manie. Dans ce concerto qui lui faisait naître un sourire. Un vrai. Le genre de sourire qui vous illumine le visage, qui vous fait envier son possesseur, qui vous fait rayonner.
Seulement soudain des bruits derrière lui brisèrent la bulle de musique dont il s'était entouré. Il continua néanmoins à jouer la mélodie de toute ses forces, de toute sa concentration. Il mènerait ce morceau à bout. Il lui donnerait une fin, triste ou non, mais une fin. Il comprenait enfin le concept de ce qu'on appelait une passion. Bien sûr, il en avait une, mais on la jugeait... Malsaine. Néfaste pour son esprit, pour sa santé.
Will you still love me when
I'm no longer strong and enough for you ?
Will you still love me when
I got nothing but my aching soul?
Le bruit derrière lui s'était intensifié à un moment avant de disparaître. La personne était-elle partie ? Il s'en moquait. Si c'était lui... Non il ne voulait pas y penser. Tant pis, il se concentrait uniquement sur l'instrument de musique. Rien d'autre ne comptait en ce moment. Rien d'autre... Absolument rien... La blanche, la noire, la blanche, la blanche. Droite, gauche, gauche, gauche, droite. Les touches, voilà ce qui comptait le plus. Les touches. Surtout pas son visage. Non, non, ne pas y penser, ne pas y penser, ne pas... NE TE RETOURNES PAS ! s'ordonna-t-il mentalement en continuant à jouer d'une façon plus lente. Sa concentration était troublée, et il ne pensait plus qu'à la personne derrière lui. Qui était-ce ? L'autre ? Ou bien un des membres ?
C'était de la torture de ne pas se retourner. Surtout lorsqu'il entendit un bruissement juste derrière lui. Qui était-ce ? Qui était-ce ? La même litanie ne cessait de se répéter dans son esprit torturé.
Qui se tenait derrière lui ?
Will you still love me when I'm no longer strong ?
La dernière phrase de sa chanson résonna dans le silence tandis que sa voix grave se taisait.
Deux mains se posèrent sur ses épaules, deux mains froides, deux mains qui le maintinrent en haleine, se demandant qui pouvait-ce bien être. Il ne se retournerait pas. Il voulait avoir la surprise.
Une voix trancha lentement le silence empreinte d'une douceur insoupçonnable chez quelqu'un comme lui.
- Je le jure.
Il manqua de suffoquer, tandis qu'il respirait d'une façon de plus en plus rapide, son coeur accélérant ses battements. Il retourna lentement son visage, comme au ralenti, pour laisser le temps à son cerveau de s'imprégner de la phrase dîte.
Des lèvres s'écrasèrent contre les siennes, ne lui laissant pas le temps de répliquer. Il sentait son coeur, ses coeurs, battre la chamade. Le rouge lui monta lentement aux joues tandis qu'il répliquait à ce baiser, de toute ces forces.
L'interrompant brusquement, son interlocuteur lui chuchota quelques mots à l'oreilles, emplis d'arrogance et de tendresse en même temps.
- Bordel... Tu pensais vraiment que j'avais rien remarqué ?
Ses joues s'empourprèrent de plus belle tandis qu'il attirait Hidan vers lui en répliquant :
- Ta gueule et embrasses-moi.
Non... Décidément pas fleur bleue.
Alors ? :D
