Un pas après l'autre - saison 7 – épisode 3 – Confiance
Adèle s'était un peu incrustée sur l'affaire de la disparition de Nina Aguilar. Entre Camille dans le coma, Ulysse à s'occuper, le déménagement avec Jess… Elle était usée psychologiquement et voulait juste se "reposer" en faisant quelque chose qu'elle maîtrisait vraiment, en exerçant son métier: la criminologie.
Et puis, elle avait beau essayer de se tenir éloignée de la 3e DPJ, elle y revenait à chaque fois. Quand il y avait Chloé, elle s'était tout de suite sentie bien ici. Et maintenant que la place dans l'équipe de Rocher était libre… elle se disait qu'elle pourrait peut-être la prendre un jour, quand elle se sentirait prête. Après tout le commandant, Hyppolite et même Emma, ils semblaient tous lui faire confiance.
Mais là elle se confrontait à un nouvel obstacle. Un autre criminologue qui n'acceptait pas ses méthodes, refusait de suivre ses intuitions, et surtout pensait qu'elle n'était là que parce que les enlèvements… elle connaissait mieux que quiconque. Le Guennec…
Le commandant Rocher et les deux criminologues étaient sur le point de se rendre en pleine forêt, vérifier un puits dans lequel la petite Nina pouvait potentiellement être enfermée. Mais Le Guennec avait pris Adèle entre quatre yeux pour essayer de la faire fuir. Qu'elle ne soit plus dans ses pattes sur cette enquête. Heureusement, Rocher ne l'entendait pas de cette oreille.
Adèle et lui attendaient Le Guennec dans le couloir de la DPJ, près de l'accueil où Jess travaillait. La jeune criminologue fut tout à coup en proie au doute.
"Il est… il est… il est insupportable ce type mais je pense qu'il a raison… J'ai peur de m'intéresser à cette affaire pour de mauvaises raisons… J'ai peur de manquer de lucidité là", expliqua timidement Adèle à Rocher.
"Je ne pense pas. De toute façon c'est un peu tard pour avoir des scrupules vous ne croyez pas?" lui répondit Rocher, qui ne voulait pas voir Adèle partir avant qu'ils aient retrouvé la petite Nina Aguilar.
"Non. Je n'ai pas envie de vous embarquer dans une mauvaise direction". Son histoire, l'enlèvement d'elle et Camille par Argos, tous les traumatismes de ses huit années de séquestration… elle avait juste peur que tout ça remonte à la surface, lui pollue l'esprit et l'empêche d'être objective dans cette affaire. Une petite fille était en danger. Elle ne voulait pas lui faire courir de risque supplémentaire.
Mais Rocher la suivrait les yeux fermés. Il lui confierait sa vie, celle de son fils, sans hésiter. On avait voulu briser cette femme. Elle était plus forte que jamais à présent. Il fallait juste qu'elle s'en rende compte… qu'elle voit… qu'elle sente… qu'elle ressente même, qu'elle n'était plus seule.
"Ecoutez… évidemment qu'il y a des similitudes entre les deux affaires. Il y en a toujours", lui dit-il de son ton rassurant. En posant sur elle un regard rassurant. Et non un regard de pitié comme elle pouvait le voir chez ces personnes qui connaissaient son histoire. "Puis c'est dans votre nature de toute façon. Vous ne pouvez pas vous empêcher de mettre votre nez de partout. C'est pour ça que Chloé avait confiance en vous… Et moi aussi".
Gênée elle ne parvint plus à tenir son regard et se mit à fixer ses pieds. Puis Le Guennec revint et passa devant eux pour aller à la voiture. Elle leva vers Rocher un visage souriant, qui en disait long sur la reconnaissance qu'elle éprouvait. La confiance du commandant était tout ce dont elle avait besoin en ce moment. Un premier petit caillou sur un long chemin. Un chemin qui la mènerait vers une vie normale.
…
L'intuition d'Adèle était proche de la réalité. Mais Nina n'avait pas été enfermée par Manzoni dans le puits près de la cabane. Angèle Simon, l'amie d'enfance de Cécile Castagnan, la mère de Nina, avait fait le coup. La fillette allait bien. Juste un peu déshydratée. Ses parents étaient à ses côtés à l'hôpital.
Adèle sortait justement de cette chambre d'hôpital. Elle était heureuse d'avoir bouclé sa première enquête depuis… depuis que Chloé était partie et que Camille était dans le coma. Rocher était là aussi. Il téléphonait. Elle attendit qu'il raccroche.
"Ah bon? Il vous a dit pourquoi? D'accord… Merci commissaire". Thomas avança de quelques pas vers Adèle. "C'était Lamarck. Il nous félicite. Le Guennec a donné sa démission". La criminologue parut surprise. Mais pas tant que ça… "Pourquoi?" demanda-t-elle, feignant d'être interloquée.
"Apparemment il aurait un problème de gestion avec la figure maternelle. Ou alors c'est les antidouleurs qui lui sont montés à la tête". Il souriait. Il savait bien qu'elle était derrière tout ça mais il s'en fichait. Lui non plus ne supportait pas Le Guennec. Elle aussi avait envie d'éclater de rire. Mais se retint et fit comme si de rien n'était.
"Bon j'y vais. J'ai un déménagement qui m'attend". Elle tourna les talons et commença à partir. Mais en un seul mot, il bouleversa le cours de sa vie. "Restez". Elle se figea puis lui fit face. "Adèle ça marche plutôt bien entre nous. Vous ne trouvez pas?"
Elle était si touchée. Elle n'avait vraiment pas été facile avec lui au début… Elle avait eu un comportement déplacé. Elle s'en voulait toujours d'ailleurs. Pendant qu'elle réfléchissait à ce qu'elle allait lui répondre, elle avait des flashs de la nuit qu'ils avaient passée ensemble. Une nuit sans lendemain. Sexuellement, elle n'avait rien à redire. C'était… parfait. Mais émotionnellement… l'Adèle d'aujourd'hui n'aurait vraiment pas abordé les choses de la même manière.
"On a déjà essayé… Je ne suis pas faite pour travailler en équipe. Je n'ai pas la discipline"… +Mais vous pourriez m'apprendre+, pensa-t-elle si fort.
"C'est amusant ça… La dernière personne qui m'a dit ça, on a travaillé quatre ans ensemble", lui dit-il le sourire aux lèvres, avec la conviction qu'il avait gagné. "Vous devriez en parler à un psy". "Vous auriez quelqu'un à me recommander?"
Adèle laissa échapper un rire et s'approcha de Rocher. Un pas après l'autre, elle entrevoyait son avenir. Elle allait parler mais il avait une dernière chose à dire avant. "J'ai confiance en vous. Vous êtes faite pour bosser avec nous. Dans cette équipe. La question est: est-ce vous vous avez confiance en moi?" Elle n'hésita pas une seule seconde. Cet homme avait tout fait pour lui ramener sa sœur. Il lui avait sauvé la vie quand Camille avait essayé de la tuer au port… "Evidemment".
Il hocha la tête comme pour dire "alors qu'est-ce que vous attendez?" mais ne dit rien. Elle lui tendit la main et il la serra pour conclure le "deal". "J'accepte votre offre". "Faites attention… je ne suis pas un garçon facile au quotidien". Elle parut choquée. Parce que cette phrase sortie du contexte pouvait dire tout à fait autre chose.
Il se rendit compte qu'il avait peut-être dit une connerie. Il pensa aussi à la nuit qu'ils avaient passée ensemble. Il avait pour le coup joué le garçon facile. +Je vais vous demander de vous rhabiller et de partir s'il vous plait+ puis elle avait pété un câble, s'était effondrée dans ses bras et il avait été faible…
"Pardon", murmura-t-il. "C'est… c'est plutôt à moi de vous demander pardon. Je n'ai jamais été très sympa avec vous… Mais bon, maintenant on a du temps pour apprendre à se connaître et à travailler ensemble", lui lança-t-elle. "J'aurais pas dit mieux. On avance… un pas après l'autre".
