C'était une nouvelle liberté. Une extase sans nom que je découvrais en respirant l'air pollué de cette ville. Ma ville. Ce séjour en centre avait calmé mes ardeurs dans ma lutte pour le suicide, mais je n'y renonçais pas encore. Le mec désintéressé qui me servait de psy m'avait redonné une once de foi en l'humanité. Déjà je songeais à ne pas en finir tout de suite par respect pour ses efforts.
Par respect.
Hun… Ces mots avaient traversé mon esprit et s'étaient rapidement évaporés lorsque le souvenir avait ressurgi.
Son souvenir… Pas celui de Law…
Celui de l'autre…
Chaud…
Brûlant…
Et douloureux.
La pluie coula. Longtemps. Assez froide et abondante pour noyer la rage qui avait commencé à croitre en moi.
"T'es juste baisable"
…
Mon cœur s'emballa.
J'étais sorti depuis deux jours. J'étais resté dans un état léthargique et je m'en échappais lentement. Ma bonne conscience m'avait largué au bout de deux heures de sommeil et m'avait poussé à sortir.
Ne sommes-nous pas censés être deux pour une tragédie ? J'avais clairement l'impression d'être tout seul.
Une seule pensée pour lui me motivait à plonger toujours plus profondément. Ma vie n'avait pas de sens à l'extérieur. Elle n'avait pas de sens tout court.
Sans lui.
Et les chaudes mémoires de l'été ressurgirent. Les torrides mémoires. Les lourdes mémoires. Les sombres mémoires. Et j'allais dans la rue, déambulant, psychologiquement mort, sans soutient ni volonté. Mes jambes avançaient là où elles daignaient m'emmener, sans but précis. Elles avançaient et c'était le principal.
Je crois.
Déjà je sentais le massacre qui allait arriver.
La nuit tomba à l'endroit où je m'étais posé. Un trottoir, paumé en plein milieu d'une route moyennement fréquentée. Je n'attendais rien de particulier. Une sainte idée peut-être, quelque chose pour stimuler mon quotidien morose et nauséabond. Je me surpris à être nostalgique du temps qui m'avait détruit. Certains perdent un proche, finissent à la rue, meurent de faim, portent l'agonie du monde sur les épaules. Et j'étais là, à souffrir d'une pauvre rupture avec un pauvre idiot.
Vraiment un trou du cul nombriliste et faible le Ace ?
Ouais.
Je le savais et je m'en foutais royalement.
Pour moi, j'avais tout perdu. Je lui avais tout donné. L'amour et la confiance du monde, enfin, ma confiance et mon amour. Décidément je devenais de plus en plus orgueilleux. Quoi qu'il en soit, je m'étais tout repris violemment en pleine poire, et ça avait fini par me peser un peu trop. Bien sûr, il n'y avait pas que ça. J'avais toujours eu la réputation du mec bizarre, prenant les choses trop à cœur. Mais c'était comme ça. Je n'ai pas honte de dire que j'avais une sensibilité poussée à son paroxysme. Je vivais les choses à fond. J'aimais à fond.
Je l'aimais à fond.
Mon être était le sien. Un épagneul comme l'écrivait Shakespeare. Et c'était ça.
"Traite-moi comme ton épagneul, repousse-moi, frappe-moi, délaisse-moi, perd-moi ; seulement, accorde-moi la permission de te suivre, tout indigne que je suis. Quelle place plus humble dans ton amour puis-je mendier, quand je te demande de me traiter comme ton chien ? Eh bien, c'est cependant pour moi une place hautement désirable."
Un chien j'avais été. J'avais désiré l'être, je ne demandais que ça, mais il parait qu'il était à la mode d'abandonner son clébard sur le bord de la route lorsqu'il devenait trop encombrant. J'avais cherché la première voiture sous laquelle me jeter. Bien sûr, c'est une métaphore. J'avais simplement essayé de m'ouvrir les veines assez profond histoire de ne pas me réveiller immédiatement. J'avais dormi, un peu, mais on m'avait réveillé, cette fois comme toutes les fois qui avaient suivi. Je n'avais pas encore la maîtrise du rasoir. On m'avait appris comment faire au centre. Pas les employés bien sûr. Eux se contentaient de me rappeler l'être inférieur que j'étais. Une mère, qui avait testé la méthode sur ses enfants, m'avait expliqué le secret.
"Tranche à la verticale. T'es sûr qu'ils ne te récupèreront pas."
Tarée qu'elle était. Elle en était une, elle.
Pas moi.
Mais ses conseils m'avaient été précieux, même si encore jamais exploités. L'idée de finir comme ses gosses me dérangeait un peu. Alors je continuais la méthode dite "classique". Celle que tous les emos So Tumblr pratiquaient avant d'aller exposer les clichés de leurs exploits charcutiers sur un maximum de réseaux sociaux parce que c'était "so hype". J'avais au moins la fierté de garder mes cicatrices pour moi. Le but n'était pas de les afficher. Je les conservais pour moi, comme le reste que je renfermais.
Aucun psy n'avait jamais réussi à me faire cracher la vérité sur Zoro.
Zoro, mon ex.
J'avais l'impression d'avoir tout vécu avec lui. Il avait en quelques semaines réussi à me faire oublier le concept ami/famille. Il était devenu tout. Plus important que tout. Même plus important que moi. Et plus taré que moi, finalement. Alcoolique, drogué, malade, dépressif, sans volonté. Et c'est ça que j'aimais. Il avait sans doute déteint sur moi.
L'orage qui planait au-dessus de nous avait finalement craché électricité, vent, eau et feu. Un orage aussi destructeur que notre relation.
J'aurais pu facilement me servir de cet échec pour me reconstruire, plus fort qu'avant, mais il m'avait manqué l'envie, la niaque et le courage.
Tout était arrivé trop soudainement. Son arrivée comme son départ. J'avais dépensé mes dernières forces pour le retenir.
Un franc fiasco.
Il avait fini par tout dérégler dans ma tête, me poussant à aimer toujours plus la mutilation de mon esprit. J'avais foncé dans tellement de murs barbelés, que rares étaient les choses qui m'atteignaient. Moi qui avais toujours tout vécu intensément, j'étais maintenant indifférent à tout ce qui ne me concernait pas.
La famine ? Leur problème.
Les guerres ? Leur problème.
La crise ? J'serais bientôt plus là donc finalement.
Le détachement dont je faisais preuve avait de quoi affoler. Affoler les autres. Pas moi. Je me sentais bien là-dedans. J'admets qu'au fond, c'était pesant, mais j'avais appris à aimer ça.
"Mais pourquoi t'as pas bougé ton cul pour aller mieux si t'étais mal ?"
Parce que.
Je ne voulais rien connaître d'autre. Avec lui, j'avais tout connu. J'étais aussi rongé par une fatigue et un déclin permanent.
Ne cherchons pas trop loin. C'était comme ça, et puis basta. Je voulais juste qu'on me laisse vivre ma belle-mort, sans histoire.
Puisque je me tue à vous dire que personne ne tenait à moi.
J'avais été renié de tous côtés. Des petits cons du lycée auraient peut-être pleuré ma mort parce que ça aurait été "si choquant de perdre quelqu'un qui mangeait à côté de moi tous les midis à la cantine" (alors que notons-le, je n'avais jamais mis un seul pied dans cette porcherie). Mes parents auraient feint quelques larmes pour faire bien devant le curé le jour de l'enterrement.
Finalement, peu de gens auraient pleuré, mais ils m'auraient oublié au bout de quelques mois et la vie aurait repris son cours.
Le klaxon d'un camion me tira violemment de cette énième analyse perso du passé, et je me décidais finalement.
Je devais bouger. Cette route était beaucoup trop tentante.
C'est donc avec ma traditionnelle nonchalance que je mis à marcher jusqu'au quartier le plus animé de la ville. Réputé pour ses bars et ses boîtes de nuit, ce lieu avait fait office de repaire aux lendemains de ma rupture. J'y venais régulièrement "me mettre des races" comme on l'entend si souvent. C'était dans ce bar que j'avais pris mes habitudes.
L'Amsterdam.
Une ambiance celtique revigorante, des bagarres comme on n'en voit que dans les films, et de l'alcool à profusion.
Et cette femme.
Les cheveux flamboyants, une voix enivrante, couvrant les bruits de ces vieux alcolos.
Une sirène parmi les requins.
Elle chantait incessamment, et vivait de son talent.
Oui elle chantait.
Elle chantait l'amour, l'océan, la liberté.
Elle vivait ce qu'elle chantait.
C'était comme si son aura recouvrait toute la pièce et apaisait les consciences les plus électriques.
Une aura couvrante.
Une aura étincelante.
Une aura apaisante.
Comme celle que pouvait avoir Zoro.
Malgré tous ses défauts, il parvenait à être le protecteur, l'homme aimant. Car il m'aimait, je le savais, il m'avait aimé de toutes ses forces. Même si tout était fini.
J'entrais donc dans l'Amsterdam.
Non.
J'embarquais dans l'Amsterdam.
C'était plus qu'un bar, c'était un navire en pleine tempête, un concentré d'iode et de vapeurs de rhum, un parfum d'océan et d'algues. L'odorat n'était pas le seul sens stimulé. La voix de la femme aux cheveux de feu ne s'éteignait jamais, et elle s'élevait au sein de murs de l'établissement.
"Les plus sombres cieux font briller les étoiles les plus lumineuses. Je nous vois. L'aube d'une ère, la naissance d'un nouveau jour, cette constellation que je vois"
Elle chantait cette phrase avec une présence aérienne, elle semblait s'élever, doucement mais assurément.
Je fermai les yeux et me laissai adoucir.
Finalement assis sur une des chaises du comptoir, je pris simplement du rhum. Ici, il était servi en bouteille. Car ici, on était pirate ou on ne l'était pas. Je n'avais jamais bu un meilleur alcool ailleurs. Et dieu sait que j'en avais testé.
Les percutions derrière moi feignirent un rythme que je pensais reconnaitre. Ma voix allait s'élever en même temps que celle de la déesse. Mais je fus le seul à entamer…
"The wind across the water…"
Ma bouche se ferma lorsque je me rendis compte qu'il y avait eu méprise sur la chanson. La mélodie continua dans un son de cloche et d'orage. Les paroles s'ajoutèrent.
"Je vois ses yeux brillants, il soigne mon cœur brisé. A travers lui, tu seras toujours à mes côtés"
Ma tête se tourna progressivement vers la silhouette qui avait troqué son habituelle gestuelle pour une posture plus classique derrière son micro, sans perdre une once d'émotion.
"Je t'entends appeler mon nom, il se fond au silence quand je me réveille, un moment perdu dans le temps…"
Mes pensées furent naturellement orientées vers la seule personne que j'avais aimée de ma vie. En fait, il revenait toujours dans mes pensées. Mon monde avait tourné autour de lui, et c'était toujours le cas. Il était comme cette tâche qui ne part jamais sur ton vêtement préféré.
"Et cette période est révolue…"
A l'écoute de cette phrase, je réglai et me levai.
"Et cette période est révolue"
Alors que je marchais vers la sortie, je fis tomber la bouteille que je tenais.
"Mais le souvenir perdure"
Le rhum s'écoula entre les planches du sol, et tandis que je me mordais la lèvre pour ne pas laisser cette larme couler, les coups de poing retentirent derrière moi. Le nom que l'on donnait au rhum prenait alors tout son sens. J'avançais à travers le chant lyrique qui résonnait dans la pièce et dans ma tête, y assenant des coups de massue abominables.
"Ton souvenir… perdure…"
La porte claqua.
Je m'échappai en courant de cette rue, le cœur serré, seulement à la recherche de calme. C'est finalement après quelques minutes que je trouvai une place, dans la rue déserte à côté de la gare.
Je n'avais pas ressenti une telle puissance depuis longtemps.
Cette aura…
J'étais sorti de mon état quelques instants. Mon esprit s'était envolé loin, très loin, pendant un court laps de temps. Il était temps pour le futur.
Je devais me canaliser, souffler un coup.
Oublier ce qu'il s'était passé.
Reprendre le contrôle froid que j'avais d'habitude sur moi.
Après deux ou trois vertiges, je réussis à me stabiliser.
Juste à temps, car un homme vint à ma rencontre dans les ténèbres de la nuit.
-Tu fais les hommes ?
Je crus ne pas comprendre sa question au début. "Tu fais les hommes". Qu'est-ce que j'en savais ? Il n'avait qu'à être plus clair.
-J'ai bien peur de ne pas comprendre ce que tu veux dire…
-Tu suces ?
Ce fut immédiatement plus clair. Je répondis par la négative et il vint s'asseoir à côté de moi. Il sentait bon. Le genre de parfum agréable qui traduit immédiatement la propreté d'un homme.
-Tu fous quoi à c't'heure-là ici toi ? T'es encore un môme tu d'vrais être chez toi non ?
-Je suis partout chez moi. Ca fait bien longtemps que j'ai plus de domicile fixe. Je vadrouille sans arrêt et c'est bon comme ça.
Une voiture passa et illumina le visage de l'homme qui m'avait abordé. Pas du genre moche. Et même complètement consommable. Je commençais à reconsidérer sa proposition. Il m'avait l'air tout de même assez âgé. Pas trop bien sûr, mais bien plus que moi. Les cheveux d'un naturel blanc, je supposais. D'une carrure plutôt très musclée. Son odeur était vraiment entêtante sans être dérangeante. Virile. Le parfum de base s'accordait parfaitement à l'arôme du tabac.
Aphrodisiaque à souhait.
-Et toi ?
-J'cherche un plan.
Intéressant.
Je le voulais. Pour ce soir. Dans l'instant. Sans regret ni remords je pouvais me livrer à lui, corps et âme.
J'étais certes encore jeune, mais j'étais déjà trop vieux pour ne pas ressentir le manque de la chaleur d'un autre. Le manque d'ébats torrides qui m'avaient fait fondre, il y a un jour, un mois, un an… Je ne savais plus. Toute notion du temps avait disparu.
-J'peux p't'être t'aider ?
-Tu prends combien ?
De plus en plus intéressant le pépère.
-Tu proposes ?
-J'ai un budget de 60 balles pour une bouche et un cul.
Je me foutais éperdument du prix. C'était juste un supplément.
-Adjugé vendu.
-J'ai ma bagnole garée pas loin.
Je le suivis en silence, décontracté avec une pointe d'anxiété. Arrivé à la voiture, il me laissa monter à l'avant, puis alla se placer du côté passager.
-On sera peut-être mieux "installés" ailleurs.
J'acquiesçai et il démarra. Alors que nous roulions vers le centre-ville pour atteindre la périphérie opposée, je le vis passer sa main sur son pantalon, et je devinai ainsi ce que j'allais devoir faire sous peu. Avec une main sur le volant, je remarquai qu'il n'avait pas l'aisance suffisante pour retirer la boucle de sa ceinture. J'entrepris donc de l'aider, en laissant doucement mes mains glisser sur son anatomie qui commençait à déformer le tissu de son jean. Mes doigts défirent l'attache tandis que la base de mes mains reposait sur la bosse que je sentais de plus en plus à l'étroit.
Le cordon enlevé, je fis sauter sans ménagement tous les boutons qui faisaient office de braguette. Le membre prit tout de suite plus d'ampleur dans le sous-vêtement qui, plus élastique, permit à l'érection de se manifester sans entrave. Mon impatience grandit encore. C'était ce moment, érotique à souhait, que je préférais dans le premier ébat avec une personne. La découverte de l'anatomie de l'autre, d'abord à travers un tissu, puis à travers le toucher. Puis la mise à nu totale du sexe. Je voulais me faire languir un peu plus, mais le client en décida autrement.
Il dégagea son caleçon de sa main libre, découvrant un corps qui ne fit qu'augmenter ma propre excitation. Il ne voulait pas attendre, je le sentais. J'ignorai donc la traditionnelle "préparation de la verge" qui consistait en quelques caresses et coups de langue, et pris directement son membre en bouche. Le gémissement qu'il étouffa m'indiqua qu'il n'était pas préparé à un tel engouement de ma part. Je sentis la voiture dévier un peu, mais le chauffeur repris le contrôle. Sans traitement particulier, je laissais ma bouche glisser sur le sexe de cet amant d'un soir, le faisant parfois disparaitre au fond de ma cavité buccale. Des geignements sourds se mêlaient au bruit du moteur. Parfois je me demandais comment il pouvait réussir à maintenir sa trajectoire, les yeux fermés et la tête appuyée contre le siège. Sa conduite devint de plus en plus approximative lorsqu'il donna à l'une de ses mains la liberté de rythmer la cadence de mes vas-et-viens en la posant sur mon crâne. Je la sentis plus insistante lorsque ma bouche atteignait son pubis. J'avais compris qu'il voulait que je le garde plus longtemps. Je manquai à quelques reprises de m'étouffer, mais mon organisme semblait avoir oublié tout principe de régurgitation, ce qui n'était d'ailleurs pas plus mal.
Les gémissements se firent plus rauques, et il dégagea rapidement ma tête d'entre ses jambes.
-Ça craint si je jouis maintenant.
Nous étions sortis de la ville depuis quelques kilomètres déjà. Le pilote emprunta un chemin forestier et se gara sur le côté. L'endroit était désert. Il coupa les phares ainsi que le moteur, et laissa juste le plafonnier nous éclairer. Sans aucune patience, il attrapa mes bras et m'installa sur lui, m'embrassant sans ménagement. Nos langues se mêlèrent, échangeant passion et envie. Je sentais son sexe sous moi, impatient d'en subir plus. Je délaissais la bouche de mon client pour aller explorer son cou, le mordant et le suçant avec ferveur.
Il aimait ça, mais il me remit bientôt sur mon siège pour se déshabiller un peu plus.
Il enleva ses chaussures et son pantalon. Alors que je l'imitais, il reprit le contrôle de ma bouche. Cet échange eut un goût particulièrement exquis. Je me sentais désiré, et c'était maintenant dans mon pantalon que je n'avais pas encore enlevé que j'en ressentais les conséquences. Je coupai court au baiser pour retirer tout le tissu que j'avais sur mon corps, de mon t-shirt à mes chaussettes, en passant par le sous-vêtement.
C'était comme la liberté. Mon anatomie revivait dans cet espace sans limite. Je me rassis sur les cuisses de mon amant qui avait seulement conservé une dernière pièce de ses vêtements. Il recula son siège pour me faire de l'espace, et nous nous embrassâmes à nouveau, avec toute la fougue qu'une excitation débordante peut donner. Je dégageai à nouveau son sexe, et pris nos deux érections en main, les massant ensembles. Le contact de nos peaux ne me donna que plus d'envie.
J'enlevai donc promptement son boxer et m'empalai sur son sexe, sans aucune préparation. Je n'en avais pas besoin. Je voulais juste le sentir, en moi, sans attendre. Je ne voulais pas de cette frustration préliminaire. Et il n'en voulait pas non plus. Nous étions tous les deux là pour la même bestialité.
Nos gémissements retentirent dans la voiture, sans gêne, aucune. Et pourtant le plaisir y était. Mes hanches remuaient inlassablement sur lui. Entre deux geignements, je réussis à lui demander son nom. Smoker.
Il voulut reprendre le contrôle. Il ouvrit sa portière, et, toujours en moi, sortit en me portant et fit le tour du véhicule pour passer du côté passager. Il recula le siège, s'agenouilla et me bascula, dos sur le tableau de bord. C'était maintenant lui qui gérait la cadence, agitant son bassin avec une certaine force, et une maîtrise parfaite de mon plaisir. Cette position manquant cruellement de confort, je me retrouvais quelques instants plus tard à genoux sur le siège passager, les coudes côté conducteur, et Smoker au-dessus de moi satisfaisant toujours plus ma faim de plaisir.
Je le prévins que je sentais l'orgasme approcher.
-Je veux te voir.
Il me laissa me retourner face à lui et repris son activité, une main sur le siège, l'autre appuyée sur le volant.
Nous finîmes en même temps, lui en moi, et moi sur moi. Il s'affala sur mon corps, fébrile, et nous reprîmes notre respiration, nos corps transpirants d'excitation.
-Viens passer la nuit chez moi… J'en veux encore plus.
Je n'avais rien à faire, et rien à perdre, mais pour une raison encore un peu floue aujourd'hui, je déclinai son invitation. Il me donna quand même son adresse et son numéro de portable, au cas où j'eus besoin de ses soins un jour futur. Je savais que ce n'était pas la dernière fois que nous nous croisions, et j'attendais la fois d'après avec impatience.
Nous nous séparâmes après quelques embrassades. Remis de nos émotions, il me raccompagna à l'entrée de la ville.
Cette soirée avait été satisfaisante, et je songeais maintenant à rentrer. Et pourtant, il m'en fallait encore plus. La redescente de l'excitation m'avait fait refuser l'invitation de Smoker à passer la nuit chez lui, et je le regrettais. Certes j'avais son numéro de téléphone, mais l'obliger à revenir une heure après était un peu inenvisageable. Il aurait pris ça comme du foutage de gueule.
C'est donc sans aucune pudeur ni gêne que je me mis à marcher le long du trottoir dans l'espoir que quelqu'un s'arrête demander mes soins. Je n'attendis pas longtemps. Cinq minutes tout au plus.
En effet, une voiture noire se gara à côté de moi. La fenêtre côté passager descendit doucement, sans que je puisse voir le conducteur.
-Envie d'un peu de compagnie ?
-Non merci Ace c'est gentil.
Je sentis mon sang se glacer dans mes veines.
Cette voix.
L'homme se pencha vers la fenêtre, et la lueur des réverbères confirma son identité.
-Je…
