Un pas après l'autre - saison 7 - épisode 4 - Première étape

Adèle commençait à comprendre ce qu'était la vie normale d'une jeune femme mère de famille et criminologue. S'occuper d'un enfant, aller au travail tous les matins (sans bébé si possible…), avoir des interactions avec ses collègues, se confronter aux émotions des familles de victimes, affronter la mort en face à chaque nouvelle scène de crime…

Mais elle se sentait traquée… fatiguée de regarder derrière elle tout le temps… effrayée d'un jour tomber sur Argos… qu'il vienne lui reprendre Ulysse et Camille… Elle avait beau essayé, elle n'arrivait pas à confier Ulysse à quelqu'un d'autre. A le laisser seul avec des inconnus. Elle cogitait à chaque pause dans l'enquête. Elle se disait qu'elle faisait vraiment une mauvaise tutrice pour le petit garçon… Elle ressassait les dernières heures en voiture quand Rocher s'immisça dans ses pensées. Il voyait qu'elle était en plein doute. Et que ça n'avait rien avoir avec l'enquête…

"Je me suis renseigné sur la crèche d'Ulysse. Il n'y a pas eu d'inondation. Il n'y a pas eu grève. Il y a juste des puéricultrices parfaitement compétentes pour s'occuper de lui", commenta Thomas.

"J'ai… j'ai vraiment essayé je vous jure. J'étais devant l'entrée avec la poussette et je… je n'ai pas pu. Je n'y arrive pas! Je peux… Je ne peux pas le laisser à des inconnus". Adèle était gênée de voir ses faiblesses exposées face au commandant.

"Bah les séparations c'est toujours difficile". "C'est… c'est difficile sauf que tous les gens ne vivent pas avec la certitude qu'un psychopathe veut kidnapper leur enfant. J'ai peur tout le temps… Je ne supporte pas de me sentir comme ça. Exposée".

"C'est à cause de ça que vous avez arrêtée votre colocation avec Jess avant d'emménager?" "On nous a livré un bouquet à l'appart et… et dessus il y avait un carte avec A… Je ne sais pas ce qui m'a pris j'ai complètement paniquée. J'ai cru que c'était Argos. En fait c… c'était juste Anatole. Le voisin du dessous qui… enfin il voulait juste nous souhaiter la bienvenue… Du coup j'ai loué une péniche".

"Une péniche?!" Décidément cette femme était pleine de ressources… Elle avait trouvé une péniche en un claquement de doigts alors qu'elle avait mis des semaines à trouver un appartement.

"C'est un peu étrange mais je me sens bien, je me sens libre. Je peux bouger quand je veux. Simple. Rassurant".

Rassurant, c'est ce qu'il essayait d'être pour elle. Il s'en voulait tellement d'avoir été si méchant avec elle il y a des mois. Il s'entendait encore lui aboyer +je ne sais pas ce que vous cherchez mais il n'y a pas de place pour vous dans ma vie+. Pourtant… il y en avait bien une de place pour elle dans sa vie. Il en était intimement convaincu. Mais ne savait pas trop quand il avait commencé à penser ça. Puis ne savait surtout pas à quelle place lui-même pensait…

"Vous savez Adèle… On est là… Moi je suis là, je suis avec vous. Vous n'êtes plus toute seule c'est fini ça". Elle le regarda, de ce regard brillant qu'elle n'affichait pas souvent. Un regard plein de reconnaissance. Ses lèvres s'étirèrent en un timide sourire. Elle ne savait pas quoi dire. Il avait été si brusque avec elle par le passé. Et maintenant… il était là pour elle. Sa présence suffisait à l'apaiser.

"Merci… Vous… vous avez déjà fait beaucoup pour moi… je… juste merci". Il resta les yeux concentrés sur la route mais se mit à sourire. Puis à lui dire de sa voix si rassurante (sa grosse voix bourrue aurait plutôt dit Hyppolite) qui enveloppait Adèle d'un voile protecteur étranger. Elle se sentait bien quand il lui parlait. Même de la pluie ou du beau temps elle s'en fichait.

"Si vous avez besoin de plus… je ferais plus". Mais où voulait-il en venir? De quoi parlait-il? Plus… Comment ça plus? Les questions fusaient dans la tête d'Adèle… mais cette voix y mit fin, encore. "Je veux dire que je suis là si vous avez besoin de parler… Je peux même garder Ulysse parfois si vous voulez prendre un peu de temps pour vous. Vous n'acceptez de le confier qu'à des gens de confiance. Mais vous me faites confiance, non?" "Oui… plus que quiconque".

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