J'étais parti avant qu'il se lève en prenant soin de déposer un petit mot gentil histoire de le remercier pour l'action dont il aurait très bien pu se passer. J'étais animé d'une humeur particulièrement massacrante.
Je ne voulais voir personne.
Je ne voulais surtout pas entendre qui que ce soit.
La nuit que je venais de passer avait été particulièrement angoissante. Je m'étais senti bien et c'est sans-doute ce qui m'avait effrayé. Certains sont terrorisés par le noir et la solitude. Je l'avais été, il y a longtemps, mais ces peurs avaient été remplacées par la crainte d'autrui.
A vrai dire, même si être seul me faisait vomir à en crever, être avec quelqu'un me semblait encore pire.
J'avais essayé maintes et maintes fois de m'expliquer cette sensation. Cette peur de deux choses diamétralement opposées impossibles à fuir. Je pouvais en semer une mais je me retrouvais inéluctablement en présence de l'autre.
Il n'y avait aucune échappatoire. Je pouvais seulement me réfugier dans la soumission et l'attente.
Et qu'est-ce que j'avais attendu !
A force, je ne savais même plus ce que j'attendais.
Et c'est à la tombée des nuits sans lune, froides et brumeuses, que je me souvenais.
La mort.
C'est elle que j'attendais.
Cette planète n'est pas la Terre. Elle s'appelle Enfer. Pourquoi créer cet espace ailleurs alors que nous y sommes tous. Nous nageons dans ses vapeurs nauséabondes à longueur de journée. Ce monde est mort. Encore plus que je ne l'étais moi-même. J'étais un saint comparé à cette terre souillée, un ange au blanc immaculé.
Je pouvais me sauver.
Sauter de ce pont.
Me trancher la gorge sans pâlir devant la simple abomination de ce geste libérateur.
Accrocher ma ceinture à cet arbre et glisser mon cou dans un nœud soigneusement préparé.
Jeter allègrement mon corps sous un TGV et repeindre tout ce joli paysage d'un rouge éclatant.
J'en avais eu assez de parcourir ce chemin des larmes. J'avais emprunté celui de la silencieuse torture.
Cette torture provenait de la réflexion incessante dans laquelle j'étais plongé. Toujours réfléchir sur ma condition, sur les causes de mes maux. Je n'étais bon qu'à ça. Réfléchir. Chaque passage à l'action que j'effectuais se soldait par un échec.
Je n'étais même pas capable de me tailler les veines de manière efficace.
Peut-être que la vie était finalement mon destin.
Un rire s'échappa de ma bouche lorsque cette pensée pénétra mon esprit. Un rire méprisant, insolemment arrogant envers moi-même.
Je ne sais pas qui je mis au défi à ce moment précis, mais je ne pus m'empêcher d'articuler un "vivra bien qui crèvera le premier".
Je m'étais perdu longtemps dans mes raisonnements trop profonds mais si futiles, tant que j'en étais arrivé sans m'en rendre compte dans le quartier où je résidais. J'avais reconnu les jardins ternes et les maisons à l'âme volée. Envolée l'âme. Adieu et à jamais.
Elles étaient si belles avant.
Avant quoi ?
Avant que tu partes ?
Non. Ça remontait à plus longtemps encore.
Avant l'innocence, sans doute. Car même innocent je savais à quel point ces baraques respiraient la pourriture.
Par exemple, toi, mon tendre voisin, tellement bourré de fric que tu chiais des lingots d'or dans tes chiottes pavées de diamants. Je ne connaissais pas ton nom mais je savais que ta nana plus jeune de quarante ans se payait des gigolos qu'elle ramenait dans ton lit, avec les billets que tu empochais à cause ou grâce au sacrifice de ta vie sociale. Le pauvre bougre l'avait appris au bout de sept ans, et s'en était allé se tirer une balle avec l'un de ses révolvers de collection. Le sang avait certainement été dur à nettoyer sur la moquette du bureau.
Hm…
Une si belle moquette…
Je me rappelle aussi du monsieur au bout de la rue, qui, désespérément seul, avait acheté trois chihuahuas pour lui tenir compagnie. Il était finalement mort de solitude devant sa télé dans le fauteuil de son salon. Il était tellement coupé du monde que son corps n'avait été retrouvé que deux mois après son décès. L'identification avait d'ailleurs été difficile compte tenu de l'état du cadavre, rongé d'un côté par la décomposition, et de l'autre par ses chiens qui n'avaient finalement pas tardé à le rejoindre dans l'autre monde, eux-mêmes bouffés par les rats. Son enterrement n'avait eu lieu qu'en compagnie du curé et du fossoyeur. Et de ses chiens.
Pauvre homme...
Et surtout pauvres chiens.
Cette drôle d'histoire m'avait inspiré une morale : "barre toi de chez ton maître avant d'être contraint de le bouffer pour survivre". Cette morale ne s'appliquait bien sûr qu'aux chiens. Ce que je n'étais pas jusqu'à preuve du contraire. Du moins, pas au sens propre.
J'avais besoin de bouffer personne pour survivre, moi. Je ne voulais même pas survivre. Finalement tout rentrait dans l'ordre.
Le chemin de la pourriture me menait à présent à l'endroit du désastre. Mon chez moi officiel, qui était pourtant loin d'être mon chez moi. J'en étais convaincu, je n'appartenais pas à ce milieu de bourges coincés, où tout le monde se souciait plus de son image que des choses vraiment importantes.
C'est ce genre de quartier qui aurait pu inspirer de magnifiques chansons à GiedRé, ou des pièces parfaites à Feydeau. Malheureusement, l'une n'était toujours pas assez trash pour écrire l'horreur de ce milieu, et l'autre était trop mort pour le parodier.
Car oui, même si ce milieu était apparemment bien éclairé, respirant joie et bonheur, il s'y cachait pourtant la misère et la moisissure. Car les fondations dorées de ces beaux quartiers reposaient sur la décrépitude de la terre sèche et remuée par les séismes du paraître. Ceux qui cherchent ici les rêves et les contes de fées y laisseront leur peau, leur salut n'existe pas entre ces murs.
J'arrivais finalement chez moi, et ouvrais la porte d'entrée avec toute la nonchalance du monde. N'attendant de réponse de personne, je ne pris pas la peine de m'annoncer. J'allais juste regagner ma chambre et reprendre ma vie d'avant, jusqu'au prochain appel de la fin qui surviendrait sûrement ce soir ou dans la nuit.
Mes plans furent contrariés par mon père qui déboula dans le couloir. Le regard noir qu'il arborait ne laissait rien présager de très joyeux pour moi. Je m'étais habitué avec le temps à son tempérament agressif et sa violence non contrôlée. Je ne me posais plus la question du pourquoi. J'étais le fils un peu trop original, appartenant trop à un autre monde pour être accepté dans cette baraque. Fut un temps où ils me soutenaient, mais j'avais divergé au-delà de l'acceptable dans leurs coutumes et croyances. Dans cet environnement ou l'image était ce qui primait sur le reste, je faisais tâche, et la violence était le seul moyen qu'ils avaient trouvé pour me faire payer mon anticonformisme.
Quelque-soit le prétexte, je me pris la patate de ma vie. Punition pour être parti trop longtemps sans prévenir ou simple pulsion, je n'en savais rien et je m'en foutais. J'attendais juste que sa crise finisse pour ensuite vaquer à mes occupations.
Les insultes fusèrent bientôt, je crois. Je ne me souviens pas. A vrai dire, je n'écoutais pas. Il pouvait déblatérer ses inepties tant qu'il le voulait, je n'en avais clairement rien à foutre. J'avais appris à arrêter de riposter. Ça ne servait à rien. La rigidité de sa connerie était inébranlable.
Ma mère arriva bientôt pour juger le spectacle pathétique dont j'étais l'acteur principal.
Je ne sais pas lequel des deux m'irritait le plus. Le gorille abruti qui me servait de père ou la plante verte qui m'avait engendré.
Quoi qu'il en soit, après quelques instants de passivité. Je sentis quelque chose en moi que j'avais réprimé depuis longtemps. Cette envie de ne plus me laisser faire que j'avais enfouie en me disant qu'elle ne me servirait plus à rien.
Elle surgit de manière inopinée, et se traduisit par un uppercut que j'envoyai dans la sale face de mon paternel. Bien que le coup n'eut pas le succès escompté, mes bras ne pouvant défier la montagne de muscle qu'il était, le temps qu'il se remette de la surprise de ma riposte me laissa une ouverture pour commencer à m'enfuir dans les escaliers. Après que ma mère ait hurlé un "tu dois le respect à ton père !" qui avait toujours eu le don de me faire rire, le concerné m'attrapa par le bras et m'envoya valser sur le sol du salon. Ma génitrice était devenue complètement hystérique tandis que mon paternel m'étranglait littéralement au sol. J'essayais de me dégager comme je pouvais mais c'était ridiculement perdu d'avance. J'étais secrètement partagé entre l'espoir qu'il me tue, et celui qu'il n'y parvienne pas. Je n'étais pas le réel fou dans l'histoire. Il l'était. C'était un grand malade, instable et dangereux, pour lui, et ceux qui l'approchaient. Tout le monde en avait peur, ma mère la première. Elle se pliait à tous ses caprices par peur de le voir s'énerver. Il régnait sur la famille à coup de gueulantes et d'intimidation. J'avais hérité d'une part de son caractère, mais j'en faisais visiblement meilleur usage que lui.
La pression qu'il exerçait sur ma gorge ne se relaxait pas. Il voulait vraiment me tuer ?
Ma mère continuait de brailler à côté, alors que je commençais à voir des étoiles tournoyer.
Je ne sais pas ce qu'il se passa à ce moment, mais un bruit assourdissant retentit.
L'étreinte exercée se détendit. Ma mère se tut alors que des bruits de pas couraient en direction du salon.
Mon père se retourna.
A la surprise générale, Trafalgar surgit dans le salon et terrassa mon père d'un coup de genou qu'il lui envoya dans la tête.
Ma mère se remit à hurler, mais mon attention reposait sur Law, qui pouvait se féliciter d'avoir à ce moment toute mon estime et ma reconnaissance éternelle.
Mon géniteur se redressa, prêt à en découdre, mais n'ayant pas récupéré du coup précédent, le psy attrapa le col de son haut sans ménagement, et lui décrocha le plus beau soufflet que je n'avais jamais vu de toute ma courte existence.
Il le regarda dans les yeux, puis déclara dans un calme olympien :
-Refaites ça une seule fois et je vous encule avec votre propre tête.
J'étais sans voix.
Après l'avoir relâché, il me releva et m'entraîna vers la sortie de la maison. La porte d'entrée était littéralement explosée.
Il m'emmena à sa voiture, démarra et prit la route.
Un silence de mort régnait. Lui était concentré sur sa conduite, et moi j'étais là, la tête contre la vitre, toujours sous le choc de ce qu'il venait de se passer.
Il sortit une cigarette et m'en tendit une, toujours sans un mot.
Je brisai le silence en articulant difficilement un "merci" qui se voulut presque inaudible.
Il me demanda simplement si mes blessures me faisaient mal, ce à quoi je répondis par la négative.
Le temps s'était suspendu dans l'habitacle, jusqu'à l'arrivée à son domicile.
Après avoir coupé le contact, il descendit et m'ouvrit la portière, prêtant un soin particulier à mes pas qui se voulaient hésitants et approximatifs.
Mes jambes s'étaient transformées en une étendue infinie de coton, flottant au milieu de cet espace figé dans le temps, ancré dans l'éternel.
Malgré le sang qui naissait, coulant le long de mon front et de mes joues, malgré la souffrance physique que j'éprouvais, je me sentais bien.
C'est une fois à l'intérieur de la maison que je redécouvris la chaleur et la protection qui avaient disparu depuis des années.
Dans le silence des bras qu'il noua autour de moi.
Dans la chaleur, la protection et le silence de ses bras.
Je me rappelle.
C'est à ce moment, alors que j'étais mort aux yeux du monde, qu'il avait réussi à me ramener des ténèbres, en bas, prisonnier de l'étreinte des ombres.
C'est à ce moment-là, que ça a commencé.
Remarque de fin de chapitre : Yosh ! Hey nan sérieux c'est adorable de suivre ma fic vous êtes super mignons et tout et tout vos messages et vos reviews me font boom boom à mon p'tit cœur de fragile !
J'suis vraiment désolé de péter votre délire de fin de chapitre mais sérieusement, honnêtement, y'a pas une option pour foutre un vrai commentaire "d'auteur" (lawl) au début et à la fin des chapitres ? Parce que j'aimerais vachement répondre à certaines reviews laissées par des lecteurs anonymes mais j'sais vraiment pas utiliser ce site… Et au passage T'inquiète KawaSca j'ai parfaitement saisi l'ambiance de ta review et franchement j'ai fort fort ri ! J'ai réussi à pécho un petit ordi de merde qui doit avoisiner les quatre pouces et demi donc pour écrire les fics c'est pas tip top… Mais t'inquiète j'me barre de la fac donc j'vais trouver un taff et acheter un Flofinator digne de ce nom pour écrire plein de chapitres et tout et tout ! Hier j'ai regardé Joséphine Ange Gardien et j'ai découvert ma vocation. J'vais faire Chippendale j'suis sûr que ça peut rapporter gros ! Merci vraiment beaucoup pour ta review cher ami de sexe non identifié (mâle ou femelle ?)
Quoi qu'il en soit merci vraiment à tous ! Vos messages me poussent à écrire avec plus ou moins d'assiduité, mais toujours avec autant de passion ! Parce que ce qui me fait plaisir, c'est de VOUS faire plaisir. Et j'le pense en plus donc c'est cool !
J'crois qu'on est arrivés à peu près la moitié de la fic ! Bref j'vous fais plein de p'tits poutous virtuels et j'espère que la suite de cette fic vous plaira toujours autant ! (enfin si elle vous plait quoi)
A plus dans l'bus !
Attah nah ça c'était vraiment nul à chier.
Bref vu que j'ai pas trouvé de manière descente ou digne de vous dire "à plus tard", donc on va s'arrêter là. KISSU KISSU ! (bientôt j'vais faire des commentaires plus longs que mes chapitres ça craint…)
