Un pas après l'autre - saison 7 - épisode 10 - Remords

Thomas était hors de lui. Il venait de découvrir que Jouret avait drogué Lucas avec de la datura toute la semaine, qu'il avait manipulé son fils et était sans doute responsable de ses cauchemars. Il voulait en découdre. Retourner la volière. Mettre plus bas que terre cette ordure.

Le commissaire Lamarck avait autorisé une perquisition surprise. Sorte d'opération coup de poing pour trouver la moindre preuve… qui prouverait que la volière n'était pas un établissement bienfaisant.

Sur le chemin de la perquisition, dans le couloir de la DPJ, Adèle rattrapa Thomas qui avait du mal à maîtriser ses nerfs.

"Thomas attendez…" Il se retourna vers elle. Il était impatient, nerveux et sur le point d'imploser. "Je me demande si… si cette perquisition n'est pas un peu prématurée. Là on va aller sur son terrain. Si on fait ça, ça va le braquer, le mettre sur la défensive".

"Bah tant mieux. Je n'ai pas envie qu'il se croie tout permis celui-là…" Son ton était profondément colérique. Il semblait vraiment blessé et inquiet aussi. Elle voulait le rassurer mais surtout qu'il ne parte pas à l'aveugle sur une fausse piste, qu'il ne se confronte pas à un échec.

"Attendez… Vous ne réagissez pas comme d'habitude. Là vous êtes dans l'affecte. Parce que Jouret s'en est pris à Lucas et je comprends que ça vous touche mais… Jouret il sait exactement ce qu'il fait. Là il vous manipule. Vous êtes en train de tomber dans son piège".

Il marqua un silence qui lui fit plus mal qu'une insulte. Puis la violence de son ton ensuite lui fit comme un coup de poignard en plein cœur. "Ecoutez… après ce qui vient de se passer avec votre sœur, je trouve un peu déplacé que vous me parliez de manipulation".

Il la laissa planter là. Elle savait qu'elle devait le suivre pour être présente lors de la perquisition. Mais elle mit plusieurs minutes à s'en remettre.

Rocher lui en voulait. Il en voulait à Adèle pour ce que Camille avait fait. Sa sœur jumelle avait manipulé tout le monde et avait détruit en un temps record tous les liens de confiance qu'elle avait tissés avec chacun des membres de cette équipe. Son équipe. Elle avait voulu faire du mal à Jess et à Ulysse… Elle avait couché avec Thomas…

C'est sans doute ce qui avait fait le plus de mal à Adèle. Elle s'était découvert une jalousie d'une force… Elle s'était appliquée depuis des semaines à construire des relations de confiance, amicales. Elle espérait plus avec Rocher mais pour bien plus tard. Elle voulait laisser le temps au temps. Et Camille lui avait tout volé. Il fallait recommencer à zéro.

Thomas… Thomas l'avait violemment envoyé sur les roses. Il ne lui avait jamais parlé comme ça. Enfin il y a trois ans si. Mais elle le reconnaissait aujourd'hui… C'était elle qui était insupportable à l'époque. Invivable. Sur la défensive tout le temps. Asociale. Ou exagérément sociable -comme cette fois où elle l'avait attendu à moitié nue, seulement vêtue d'une de ses chemises, sur son canapé. Ce qu'elle regrettait que leur relation ait commencé comme ça… Ce qu'elle regrettait d'avoir cru que sa sœur pouvait changer. Elle avait mis tous ses amis en danger. Ça n'arriverait plus jamais.

Les yeux embués de larmes elle courut derrière le commandant qui l'attendait déjà depuis plusieurs minutes dans la voiture. "Allez Adèle qu'est-ce que vous faites? On doit se dépêcher".

Il lui avait parlé comme du poisson pourri et maintenant il la pressait. Elle claqua la portière pour signifier son mécontentement. Ils roulèrent près d'une demi-heure dans un silence assourdissant… Des larmes tout aussi silencieuses coulaient sur les joues d'Adèle qui avait la tête appuyée contre la vitre et tentait tant bien que mal de cacher son émotion.

Thomas avait regretté, dès qu'il lui avait tourné le dos, la façon dont il lui avait parlé tout à l'heure. Il voyait bien qu'elle était mal. Ils allaient arriver d'ici dix minutes. Il ne voulait pas qu'ils arrivent fâchés à la volière.

"Adèle". Il lui lança un regard, elle n'avait pas bronché. "Adèle… s'il vous plait". Elle passa ses mains sur son visage pour essuyer discrètement ses larmes et le regarda enfin. "Vous ne m'avez jamais parlé comme ça".

Il concentra à nouveau son regard sur la route. "Enfin pas depuis…" "Je sais Adèle. Je sais. Je suis profondément désolé. Je ne voulais pas vous blesser. C'est juste que… plein… plein de choses se mélangent là. C'est un peu trop pour moi. Je m'en veux d'avoir fait confiance à des gens qui ont mis la vie de mon fils en danger… Je m'en veux d'avoir cru que Camille…" Il frappa de toutes ses forces sur le volant et la fit sursauter. "PUTAIN!"

Il la regarda encore une fois et faillit sortir de la route. Il reconcentra son attention sur sa trajectoire. Et reprit sa litanie. "Je suis désolé ok Adèle? J'ai eu peur pour mon fils. Vous pouvez comprendre maintenant que vous avez Ulysse non? Va falloir me pardonner d'être un sale con parfois parce que… Je peux être un sacré con parfois mais là ça dépasse l'entendement. Comment j'ai pu ne rien voir? J'aurais dû le savoir. J'aurais dû m'apercevoir que Camille avait pris votre place".

"Ça va aller Thomas". "Non ça ne va pas. Ce n'est pas normal". "Vous ne pouviez pas savoir". "J'aurais dû… Vous n'êtes pas comme elle". Elle sourit en coin. Elle n'avait pas l'habitude qu'on insiste pour lui faire des excuses. Même si pour le coup, personne ne devait s'en vouloir pour rien dans cette histoire.

"Et je suis comment alors?" Il lui jeta un regard intrigué. Puis un second qui avait l'air de dire +ok je me mets à table+. Un sourire apparut aussi au coin des lèvres du commandant. Il changea de vitesse et en profita pour laisser sa main glisser vers elle. Il attrapa la sienne et l'étreignit quelques secondes, avant de repasser ses deux mains fermement sur le volant.

"Vous êtes forte. Vous savez ce que vous voulez. Vous êtes digne de confiance. Toujours là pour les gens auxquels vous tenez. Vous êtes attachante… sensible… be… euh butée aussi. C'est parfois un défaut mais ça vous pousse à aller au bout des choses… ne rien laisser au hasard dans les enquêtes. J'étais… j'étais content d'apprendre à vous connaître… Et puis Camille a un peu tout brisé".

"Vous ne voulez plus apprendre à me connaître?" "Non non pas du tout ce n'est pas ce que j'ai dit au contraire mais…" "Qu'est-ce qui s'est passé avec Camille, Thomas? Qu'est-ce qui s'est passé entre vous et Camille?"

Ils arrivaient à la volière. Thomas se mit à ralentir le plus possible. Il fallait qu'ils finissent cette conversation. Adèle savait… "Elle m'a… elle m'a manipulé. Elle est venue chez moi pour dîner et…" Adèle ferma ses yeux comme pour ne pas entendre la suite. "On s'est embrassés mais… ça s'est arrêté là. Parce que ce n'était pas… enfin j'ai senti que quelque chose clochait. Que vous n'étiez pas vous-même… Enfin ça me paraît évident pourquoi maintenant mais sur le moment… Ce n'était juste pas comme…" "Je sais oui…"

Ils avaient été blessés. Tous les deux. Ça prendrait du temps pour se refaire confiance. "On arrive". Il coupa le contact et allait sortir mais c'était au tour d'Adèle d'attraper la main de Thomas. "Promettez-moi juste de… de plus me parler comme ce matin… de plus me regarder comme si je vous avais trahi… de continuer à… croire en moi… juste croire en moi. Ça me suffira". Il resserra sa prise. "Je crois que c'est dans mes cordes".