Un pas après l'autre - saison 7 - épisode 10 - Là où tout commence

Thomas avait envie de s'enfermer chez lui à vie et de ne plus en ressortir. Il était mort de honte… Mort de honte de n'avoir pas remarqué tout de suite que Camille avait pris la place d'Adèle. Mort de honte d'avoir laissé la jeune femme souffrir. Mort de honte surtout d'avoir embrassé sa sœur jumelle…

Il n'avait rien ressenti quand ses lèvres s'étaient posées sur celles de Camille, et que cette dernière l'avait goulûment embrassé en retour. Mais le commandant s'était seulement dit qu'au final, tout ce qu'il croyait ressentir pour Adèle depuis quelques mois, ce n'était que de l'affection, rien de plus. Alors quand il avait découvert la manipulation de Camille… il avait compris au contraire que c'était bien plus que ça.

La jumelle maléfique avait voulu se débarrasser de Jess et faire du mal à Ulysse. Rocher voyait bien que ça faisait mal à Adèle bien plus que les électrochocs… Dès qu'elle l'avait appelée, il avait pris sa voiture et roulé à toute vitesse vers la péniche. Il était arrivé vite. Tellement vite que les pompiers étaient arrivés juste après lui. Puis Hyppo et Lamarck étaient venus aussi.

Ils venaient juste de tous repartir. Jess étant un peu choquée, Hyppo l'avait accompagnée à l'hôpital puis il avait proposé de prendre Ulysse chez lui pour la nuit. Le petit garçon, qui allait bien, avait été content d'apprendre qu'il allait dormir chez le papa de son copain Sidney. Avec Sidney bien entendu.

Thomas avait voulu rester un peu plus. A la fois pour s'excuser mais surtout parce qu'il avait besoin d'être près d'elle. Pour lui-même. Adèle revenait sur le pont de la péniche.

Le commandant et la criminologue étaient appuyés sur le garde-corps. Après plusieurs minutes de silence gêné, Thomas décida de parler.

"J'aurais dû comprendre plus tôt… C'était là juste sous mes yeux". Elle répondit sur un ton qui montrait qu'elle ne lui en voulait pas. Elle s'en voulait plus à elle-même de s'être laissée bernée. "Moi aussi c'était sous mes yeux. Depuis… trop longtemps. Je crois que… je n'avais pas envie de voir ce qu'elle est devenue. C'est… J'ai peur".

Ce que ça lui faisait mal au cœur de la voir dans cet état… Il avait bien fait de rester. Elle avait besoin d'être réconfortée. Alors il posa doucement sa main sur son dos et quand elle se redressa, il ne résista pas à l'envie de l'étreindre. Il l'encercla de ses bras et elle se blottit tout de suite contre lui, alors il resserra son étreinte et elle laisse reposer sa tête au creux de son cou. Sans rien dire, il la berça doucement en lui passant une main dans les cheveux.

Ils restèrent comme ça longtemps. Il avait tenté de se reculer mais Adèle avait croisé ses bras dans le dos du commandant pour ne pas le laisser partir. Pas tout de suite. Sa présence ne faisait pas que la rassurait. Elle en avait besoin. Elle avait besoin de le sentir tout près. C'était vital. Viscéral.

Elle ne maîtrisait rien de ce qui se passait dans sa vie actuellement. Elle était à la merci d'Argos et de Camille… Mais ça… ce qu'elle commençait à ressentir pour lui… ça elle le maîtrisait totalement.

Le jour commençait à tomber et elle frissonnait. "Je vais devoir y aller Adèle", murmura Thomas. "Et puis vous commencez à avoir froid, il faut rentrer". Ils se séparèrent, échangèrent un regard et un sourire, puis rentrèrent dans la péniche.

Rocher se dirigea vers la porte pour partir mais elle le stoppa. "Attendez… Vous… vous pourriez rester avec moi encore un peu? Juste le temps que Jess revienne… J'ai peur de rester toute seule". Oui il voulait rester et qu'elle lui demande, ça le touchait. Mais il ne sut quoi répondre. "S'il vous plait elle ne devrait plus tarder. Je vous demande une heure. Pas plus".

Pour toute réponse, Thomas sourit à Adèle, enleva son gilet gris et le posa sur le dos d'une chaise. "Dans ce cas… je fais la cuisine". "Faites-vous plaisir. Je vous laisse fouiller dans les placards. J'ai besoin de me rafraîchir". "A tout de suite".

Adèle revint une demi-heure plus tard. Thomas était devant la cuisinière, le torchon sur l'épaule comme s'il était chez lui. Elle regarda son portable avant de le rejoindre. Jess avait envoyé un message. +Je ne rentre pas encore tout de suite. Ils sont débordés ici. Les résultats de ma prise de sang ne sont toujours pas arrivés… Ne m'attends pas pour manger. Bisous+.

Thomas fit volte-face la poêle en main et faillit tout faire tomber en sursautant. Il se rattrapa de justesse et posa tout sur le plan de travail. "Je ne vous avais pas vu. J'ai failli gâcher les seuls aliments qu'il y avait dans le placard".

Adèle fit une moue intriguée et ouvrit le frigo. Quasi-vide. "Oh ok Jess a tout dévoré en quoi? 72 heures? On va devoir doubler les doses… Et du coup, on mange quoi?" "Spaghettis sauce bolognaise maison. Ca ira?" "C'est parfait". Elle posa une main sur l'épaule de son ami puis recula comme si elle s'était électrocutée. Elle dressa deux couverts. Et en installant la table, elle se rappela du message de Jess.

Quand Thomas vint s'asseoir, elle lui expliqua. "Jess ne va pas rentrer tout de suite. Ils ont pris du retard aux urgences". "Ce n'est pas bien grave. Lucas est chez mes parents". "Je croyais que vous deviez rentrer?" "Pas vraiment je ne voulais juste pas m'incruster si vous aviez besoin d'être un peu seule". "Oh non surtout pas… Je vous sers les pâtes?"

Ils discutèrent de tout et de rien pendant qu'ils mangeaient. Rocher lui raconta un peu sa vie d'avant, comment il avait surmonté le décès de sa femme grâce à son fils, les problèmes rencontrés dans l'éducation de ce dernier… Il parla aussi de son arrivée à Paris, de comment c'était de travailler avec Chloé.

Adèle n'avait pas grand-chose à raconter qu'il ne savait pas déjà. Alors elle parla un peu de son enfance jusqu'à son enlèvement, des quelques souvenirs qu'elle avait.

Puis son récit arriva au moment de l'entrée d'Argos dans sa vie… elle perdit pied. "Il m'a volé ma vie. Et il va recommencer". Elle se leva brusquement et lui tourna le dos pour qu'il ne voit pas les larmes couler sur ses joues. "Je ne le laisserais pas faire. Je vous le promets". Il se leva et se rapprocha d'elle doucement. "Adèle… Adèle regardez-moi". Elle s'essuya furtivement le visage puis obtempéra.

Elle était adossée à l'îlot central de la cuisine et lui était face à elle. A seulement quelques centimètres. Il étreignit ses coudes avec ses mains, en les caressant doucement avec ses pouces.

"Je vous ai déjà dit que vous n'étiez plus toute seule Adèle. Il y a Ulysse bien sûr mais aussi Courtène, Jess, Emma et même Lamarck". Il marqua un silence. Il oubliait quelqu'un dans la liste. Lui-même. "Et vous Thomas? Vous êtes où?"

Il fit un mouvement de la tête pour lui montrer qu'il ne voyait pas vraiment où elle voulait en venir. Puis il comprit. "Je suis là. Je suis là maintenant, je serai là demain, après-demain… Je ne vous lâcherai jamais. Tant que vous aurez besoin de moi, je serai là".

A ces mots, l'air se chargea tout de suite en électricité et leurs regards ne se lâchèrent plus. Thomas se rapprocha un peu plus d'Adèle. A tel point que leurs bassins se collèrent. Il rangea une de ses mèches derrière son oreille et posa sa main droite sur sa joue. Puis il se pencha vers elle pour l'embrasser. A peine ses lèvres avaient effleuré celles de la jeune femme que Jess ouvrit la porte de la péniche à la volée. Ils s'écartèrent vite pour s'éloigner à deux bons mètres l'un de l'autre. Mais si elle n'avait rien vu de compromettant, la blonde incendiaire n'était pas dupe.

"J'interromps quelque chose?" Adèle leva les yeux au ciel. "Ça va je plaisante. Je prends la relève commandant. A moins que vous vouliez rester dormir". Ça le fit sourire. Mais il attrapa son gilet, l'enfila et se dirigea vers la sortie. Il repassa devant Adèle et déposa un baiser sur sa tempe. Avant de faire la bise à Jess. "Mesdames, à demain". Elles répondirent en cœur la même chose.

Au contact de la nouvelle Adèle, en étant au quotidien avec cette équipe, qui fonctionnait comme une famille, avec ses hauts et ses bas, le cœur de pierre du commandant s'adoucissait. Et il le savait, il était même sur le point de fondre.