Un pas après l'autre - saison 7 - épisode 10 - Recommencer
(Oubliez la scène de la péniche et mon OS "Là où tout commence" pour lire cette histoire).
Thomas et Adèle étaient assis au bureau de la criminologue. Ils affichaient un air grave, inquiet. Le jeune Lucas était terrorisé. Il attendait qu'Agathe, sa copine, appelle. C'était leur seule chance de faire voler en éclats l'organisation de Jouret, de mettre un terme à cette secte qu'était la volière, puis surtout de sauver Agathe et sa famille.
Adèle était arrivée en cours d'enquête… Puisqu'elle avait passé la première partie en hôpital psychiatrique, à la place de Camille, qui s'était amusée à détruire pièce par pièce tout ce qu'elle avait construit avec ces personnes jusqu'à présent.
Camille avait foutu en l'air son amitié naissante avec Emma. Elle avait détruit la jeune femme en s'attaquant à sa relation avec Hyppolite. Elle avait aussi brisé la confiance de l'informaticien envers Adèle. Envers tout le monde. Elle avait parlé et fait peur à Lucas. Elle avait couché avec Rocher. Adèle ne maîtrisait plus rien. Mais l'enquête, ça, elle pouvait le gérer.
Ce qu'elle pouvait faire aussi, en attendant qu'Agathe appelle, c'était mettre les choses au clair avec Thomas…
"Pfff toujours rien", commença-t-elle par dire. "Il est déjà 22h… Mon fils est inquiet et moi aussi d'ailleurs". Silence. Elle ne savait pas comment aborder ce sujet. Elle décida d'y aller à l'instinct, ce qu'elle faisait rarement.
"Je repensais à ce qu'Emma nous a dit tout à l'heure. Elle n'a pas forcément tort sur tout… Je ne veux pas qu'il y ait de non-dits entre nous. Je sais pour… pour euh… pour Camille et vous. Je sais".
Il afficha un air intrigué mais très sérieux. Grave. Il savait bien où elle voulait en venir. Camille avait certainement dû lui parler pour lui faire du mal.
"Qu'est-ce que vous savez?" Elle haussa les épaules. Le dire, ça lui faisait mal. Parce qu'elle savait qu'après ça, ils mettraient des mois à s'en remettre, à se refaire confiance. "Ce qui s'est passé"… "Il ne s'est rien passé". Emma avait raison. Tout le monde mentait tout le temps dans cette équipe ou quoi?
"Vous n'êtes pas obligé de me mentir vous savez". "Non je n'ai pas besoin… C'est pour ça que je ne le fais pas… Elle est venue chez moi. Elle a essayé et c'est tout. Ce n'était pas… c'était pas vous". Ses derniers mots moururent sur ses lèvres. Un long frisson parcourut l'échine d'Adèle. Elle voulait tout envoyer balader, faire valser ses dossiers, lancer loin la tête de mort bleu marine qui trottait fièrement sur un tas de livres… Elle voulait tout envoyer balader pour se blottir dans les bras du commandant comme le matin même sur sa péniche. Juste pour qu'il la réconforte et qu'il contienne toute sa peine dans ses bras musclés.
A la place elle secoua doucement la tête, désabusée. "Je suis désolée pour tout ça". Rocher se redressa un peu. "Moi aussi je suis désolé. Emma, Courtène… et même moi, on vous dit que vous n'y êtes pour rien mais on vous en veut quand même… Parce qu'elle a votre voix… elle a votre visage". "Je sais oui". Il poussa son téléphone sur le côté et planta ses yeux dans ceux d'Adèle. "Ce que je voulais vous dire… C'est que… Vous savez si on s'est tous sentis trahis c'est parce qu'on a énormément confiance en vous. Votre sœur n'aurait rien eu à détruire si vous n'aviez rien construit".
"Je ne sais pas comment je vais faire pour réparer tout le mal que Camille vous a fait… A vous, à Hyppo et Emma. Elle a brisé tellement de murs que je ne sais pas par où commencer pour reconstruire des relations de confiance avec vous tous".
Thomas se permit de prendre une des mains d'Adèle dans les siennes. "Adèle, j'ai toujours confiance en vous. Plus que jamais maintenant que je vois à quel point ça vous touche tout ça… Je vous confierais ma vie et celle de mon fils s'il le fallait… Honnêtement… je pense que sur ce coup, c'est à vous de me détester…"
"Pourquoi?" "J'ai… j'ai embrassé votre sœur et…" Elle le coupa. "Vous ne pouviez pas savoir que… enfin je veux dire…" Il la coupa à son tour. "Je ne savais pas que c'était vous. Mais j'aurais dû m'en rendre compte à ce moment-là… Parce que ce n'était pas comme… comme… enfin je n'ai rien ressenti. Ça m'a troublé. Parce que ça a…"
Il resserra un peu sa prise sur la main d'Adèle, parce qu'il ne voulait pas qu'elle s'enfuie et il fallait qu'elle entende la suite. "Ça a remis en question tout ce que… hum… tout ce que j'ai commencé à… ressentir pour vous depuis quelques mois. Quand j'ai compris que c'était Camille, ça m'a rassuré de ce côté-là". Il sourit. "Je ne suis pas complètement fou finalement".
La main d'Adèle tremblait dans celle de Thomas. Elle ne disait rien. Son regard était tombé sur leurs mains jointes. Elle ne pouvait pas soutenir son regard. Pas encore. Elle savait, elle aussi, qu'elle avait des sentiments pour lui. Elle avait eu beaucoup de doutes. Mais elle avait compris qu'elle était éprise quand, avant de s'inquiéter pour elle-même, elle avait été profondément jalouse lorsque Camille avait décroché à la place de Thomas. Et qu'elle lui avait fait croire toutes ces choses…
Elle releva la tête d'un coup, fixa ses yeux dans ceux de Thomas et enlaça ses doigts, avant de serrer aussi fort qu'elle pue. C'était la seule réponse qu'elle était capable de donner pour le moment. Lui faire comprendre qu'elle n'irait plus nulle part. Jamais.
