Chapitre 2 : Sexpresso
« Bon, si on résume la situation : on est dans la merde, fait Tonks en réunissant ses documents. Personne n'a trouvé d'idée géniale et on voit le client demain… Zach va carrément péter un câble !
- J'ai toujours dit que cette équipe manquait d'organisation, approuve Padma.
Depuis son retour de congé maternité, elle prend un malin plaisir à critiquer tout ce que nous avons fait en son absence. Et ce logo il est moche, et ce powerpoint il n'est pas assez bien finalisé, et cette pub elle manque de punch... Elle m'avait vraiment pas manqué, avec ses petites leçons à deux balles sur comment faire correctement notre boulot. C'est toi qui a ramené deux millions avec la campagne Nestlé ? Non. Alors ferme-la !
- On peut encore sauver les meubles, je fais. Si on s'y met maintenant, qu'on prend dix-huit cafés et qu'on finit à quatre heures du matin...
- Evidemment, toi, ça ne te pose pas de problème, rétorque Padma. De toute façon c'est plus ou moins ton mode de vie habituel, mais certains d'entre nous ont des obligations autres que le boulot, figure-toi !
Et c'est reparti pour un monologue d'un quart d'heure sur le fait que maintenant elle a des devoirs de mère, et blablabla… Ne fais pas ce boulot alors ! Etre publicitaire dans une petite agence comme celle-ci, c'est vivre pour son boulot. Tu dors boulot, tu respires boulot, tu manges boulot, tu clopes boulot... Tu te branles boulot même parfois ! Mes seuls moments de vie privée sont quand j'ai encore la foi de me traîner en boîte de nuit après le travail, vers minuit-une heure du matin. Et encore, j'y vais souvent avec Dean.
- Bon on s'y met ? intervient Dolores. Chacun essaye d'y mettre son maximum. On peut vraiment faire quelque chose de correct si on travaille comme des fous.
Évidemment, personne n'ose broncher. C'est Dolores.
- Je vais chercher du café. Qui en veut ? je demande.
Tonks et Dean lèvent la main. Parfait, ça me fait une excuse pour me casser de la salle de réunion quelques minutes. Ras-le-bol de Padma. Une semaine qu'elle est rentrée et elle me fatigue déjà !
Lorsque j'arrive dans la petite cuisine où se trouve notre machine à expresso, Potter et ses sublimes fesses s'y trouvent déjà. Il est en train de fixer la machine d'un air perplexe.
« Vous avez besoin d'un coup de main ? je demande d'un air aimable. Qu'est-ce que vous voulez ?
Potter a l'air surpris.
- Non… Non, c'est bon, je vais me débrouiller.
Devant son petit air perdu, je sens ma résolution flancher.
Quelle résolution ? Eh bien, celle que je m'étais faite après ma discussion avec Tonks. A savoir : ne plus tenter de faire du rentre-dedans à l'irrésistible agent du fisc qui se tient en face de moi. J'ai tenu quatre jours. C'était très dur, mais je l'ai fait. Malheureusement, je crois que je ne vais pas pouvoir résister plus longtemps. Il est vraiment à tomber aujourd'hui avec sa chemise parfaitement cintrée et ce pantalon qui lui fait des fesses de la mort qui tue...
- Dites-moi ! j'insiste.
- Un cappuccino.
- Ben voilà… Je vais vous l'allumer.
J'ai envie de faire une allusion sexuelle, là. Résiste Drago, résiste !
En même temps, c'est pas comme si le conseil de Tonks de le laisser venir avait fonctionné… Au contraire, même, j'ai plutôt eu l'impression qu'il m'évitait ces derniers jour. Ce n'était pas vraiment l'effet attendu...
Je le vois se lécher doucement les lèvres pour les humidifier. Oh. Mon. Dieu. Tant pis pour Tonks et ses conseils à la noix ! Drago en mode forceur va faire son come back !
- C'est un Sexpresso, je fais en désignant la machine. Vous connaissez ?
Potter fait non de la tête.
- En fait, il faut juste attendre qu'il soit chaud et ensuite une fois qu'il est bien chaud, on le caresse comme ça…
J'appuie sur le bouton pour les cappuccinos.
- Et voilà.
Petit sourire sensuel et le tour est joué !
Honnêtement, je m'attendais vraiment à ce que Potter ait une non réaction, comme les autres fois. Aussi, je suis plus que surpris lorsque je le vois rougir de la tête aux pieds ! Le séduisant contrôleur du fisc ne serait-il pas si insensible à mes charmes finalement ?
- M… merci, murmure t-il.
And the winner is : Drago Malefoy !
« Tu voulais me voir ? je fais à l'adresse de Dolores.
Elle est accoudée à son bureau, Gervita sur les genoux et une immense thermos de thé dans les mains.
- Oui, je devais te parler de quelque chose. Entre.
Je déteste quand Dolores me "convoque" comme ça.
- Qu'est-ce qui se passe ? Si c'est à propos de la campagne pour les dentifrices, j'ai…
- Rien à voir, me coupe t-elle immédiatement.
Elle se lève sa chaise. Elle porte une de ses éternelles robes rose vif. On dirait un bonbon géant.
Ou un crapaud. Oui, c'est ça. Elle a des faux airs de crapaud avec son espèce de double menton.
- Drago, on a tous vu ton petit manège avec… Comment s'appelle t-il déjà ?
- Har... Potter
- Oui, exact. Potter. L'agent du fisc. Il faut que tu arrêtes tout de suite.
- Qu… Quoi ?
- Drago, Drago, mon chou… Tu ne vois pas le genre de problèmes qu'on aurait si tu fricotais avec un contrôleur fiscal ?
- Au contraire. Ça pourrait… Le rendre plus clément à notre égard, je tente misérablement pour me défendre.
- Drago, s'il-te-plait… intervient une voix derrière moi.
- Padma…
Elle se tient sur le pas de la porte, les mains sur les hanches.
- On sait comment ça finit avec toi, poursuit-elle en fermant la porte du bureau de Dolores. Ça finit toujours mal. Tu vas lui briser le cœur et il nous détruira dans son rapport.
- Je ne te permets pas de faire des commentaires sur ma vie amoureuses Padma… Tu crois que tu es un exemple peut-être ? je contre.
Avant d'être une maman bien rangée, je crois me souvenir qu'elle a eu son lot d'amants…
- Laisse-moi réfléchir… fait Padma avec un ton doucereux. Oui. Par rapport à toi, ce n'est pas très compliqué.
- On en reparle de la fois où tu t'es tapé un client... En plus le type était marié !
- Et toi avec le stagiaire l'été dernier ?
- Ça suffit ! s'exclame Dolores, s'interposant entre nous. Le problème n'est pas de savoir si Drago a une vie amoureux recommandable ou non. Le problème c'est qu'il ne faut pas se frotter à un agent du fisc. Crois-moi, mon chou… J'ai eu une histoire avec l'un d'eux dans ma jeunesse. Ça c'est très mal fini.
- Je suis un grand garçon, je rétorque, glacial. Je gère mes relations comme j'en ai envie. Mêlez-vous de vos affaires !
Je quitte le bureau de Dolores en claquant la porte.
Brrr… Brrrr…
Je jette un oeil au réveil. Sept heures du matin. Un samedi. Mais qui est-ce qui m'appelle à une heure pareille ? Franchement, ce n'est pas trop demandé d'avoir ses grasses matinées respectées de temps en temps ?
« Quoi ? je grommelle en décrochant.
- C'est moi, fait Dean.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- C'est Potter. Il a débarqué chez moi tout à l'heure.
- Chez toi ?
- Il voulait vérifier mes costumes, savoir si ça correspondait bien avec mes frais. Il vient de partir. Il va venir chez toi ensuite, c'est obligé.
- Merde !
Je me lève d'un bond. Il faut que je mette tout en place avant que Potter ne se pointe. D'abord, cacher tout ce qu'il y a de suspect dans cet appartement (comme ma coke par exemple). Ensuite, m'arranger un peu tout donnant l'impression que je viens juste de me réveiller. En mode je suis une bombe même au saut du lit.
J'ai à peine le temps de me faire une coupe de cheveux faussement décoiffée sexy, que l'on sonne à la porte. Je me précipite pour aller ouvrir, stratégiquement vêtu d'un simple boxer moulant.
« Bonjour Monsieur Potter, je l'accueille.
Il est toujours aussi bandant, dans son costume bleu marine.
- Bonjour, Monsieur Malefoy. Je viens chez vous pour vérifier quelques points relatifs à vos notes de frais.
- Entrez, je vous en prie.
- J'aurais besoin de voir tous vos costumes.
- Mais bien sûr.
Je le conduis vers mon dressing. J'essaye d'avoir l'air le plus sexy possible en me déhanchant un peu. Je n'ai pas l'impression que ça marche. Potter a l'air plus intrigué par ma déco que par mon corps dénudé.
Il se trouve que j'ai un sens de la décoration très particulier. Depuis que je me suis installé dans cet appartement, je n'ai jamais vraiment eu le temps de le décorer. Alors j'ai récupéré quelques affiches publicitaires - il y en a toujours qui traînent au bureau - et je les ai accrochées un peu partout. Mon appartement doit ressembler à une sorte de temple de la pub.
Je regarde Potter fouiller mon dressing. Il a l'air si concentré sur ce qu'il fait que je n'ose pas vraiment l'interrompre.
- Vous vous souvenez du prix de celui-là ? me demande t-il soudain en sortant un magnifique costume noir Hugo Boss que j'ai acheté il y a quelques mois.
- Euh… Non, pas vraiment, je réponds, surpris. Entre trois cents et cinq cents je dirais.
- Il n'est pas dans vos tickets de caisse. Vous l'avez acheté quand ?
- En janvier, je crois.
- Vous n'avez rien pour le prouver ?
- Je… Attendez, je vais regarder dans mes relevés bancaires.
Je consulte l'application de ma banque sur mon smartphone dans l'espoir d'y trouver le montant que j'avais dépensé pour le costume.
- Voilà, il est là, je fais en lui montrant mon relevé de compte. Quatre cents soixante dix-huit euros chez Hugo Boss. Et comme vous pouvez le voir, je n'ai plus rien dépensé chez eux depuis.
- Vous pouvez m'envoyer une copie d'écran de ce document ? me demande t-il.
- Oui, je… Je vous l'envoie par SMS ? je tente, espérant qu'il ne va pas me répondre qu'il préfère les mails.
Donne-moi ton numéro, donne-moi ton numéro…
Il hoche la tête et me griffonne son numéro sur un morceau de papier.
- Voilà.
Oh yes ! Et maintenant, j'ai le numéro de Potter !
Sur l'écran, une femme avance. Elle est brune. Très belle. Elle porte une délicieuse robe blanche qui lui arrive juste au-dessus du genoux. Elle adresse un grand sourire charmeur à l'auditoire.
"Vous me trouvez belle ? C'est sans doute vrai. Je n'y pense pas vraiment. Moi, je préfère dire que je suis authentique.
Elle se dirige vers le frigo.
- Mais la vérité… continue t-elle. C'est que j'ai un secret. Saurez-vous le garder pour vous ?
Elle pose un doigt sur sa bouche, puis ouvre le frigo.
- Mon secret… C'est Distina, mon yaourt allégé. Parce qu'être bien dans son corps passe par une alimentation saine…
Zach interrompt Dean dans sa lecture.
"Bon, les gars, écoutez… commence t-il.
Je jette un oeil à Dean. Il est aussi tendu que moi. J'ai les mains un peu moites là. Ça passe ou ça casse… On a servi à Zach LA publicité culcul par excellence. Celle sans aucune originalité, rien de subversif, ennuyeuse à mourir… J'avoue que j'ai un peu peur qu'il nous trucide sur ce coup. Mais bon, il fallait bien qu'on improvise puisqu'on avait pas commencé deux jours avant le rendez-vous avec le client. Padma a peut-être raison finalement, à propos de notre manque d'organisation.
- C'est pas mal, conclut-il.
Ouff… Il est dans un bon mood aujourd'hui.
Zach dans un mauvais mood fait très, très peur.
- Vous pouvez y aller.
En sortant, je passe devant le bureau de Padma.
- Attends, Drago, me fait-elle en m'indiquant de venir dans son bureau.
Dolores est là aussi.
- Quoi ? Vous voulez encore me parler de Potter ? Ecoutez les filles, de toute façon, il ne se passe rien entre moi et ce type… Il s'en fiche totalement. Alors lâchez l'affaire. Tout comme moi d'ailleurs.
C'est vrai. Cette fois-ci, j'ai vraiment décidé de laisser tomber. De toute façon Potter s'en fiche totalement. Si ça se trouve, j'ai juste mal interprété son comportement, la dernière fois. Il a peut être rougi uniquement parce que je l'avais mis mal à l'aise…
- Euh… En fait, on voulait te parler de la campagne pour les brosses à dents électriques… Mais c'est très bien si tu laisses tomber pour Potter, fait Padma, surprise. Très bien même.
Le malaise...
- Ah… Euh… Et du coup qu'est-ce que vous vouliez me dire à propos des brosses à dents ?
- Il faut qu'on peaufine la propal… commence Padma
Je sens mon téléphone vibrer dans ma poche. C'est un message.
Harry Potter (14:53) : Merci pour la copie d'écran ! ;) Ca vous dirait un déjeuner demain midi ?
J'ai peut-être parlé trop vite.
