Chapitre 3 : TopBrush, aspirateurs de luxe
"Potter t'a invité à déjeuner ? s'écrie Tonks, sous le choc.
- Chuuuut… je fais en fronçant les sourcils.
Je jette un oeil par dessus mon épaule pour vérifier que Dolores et Padma ne sont pas dans les parages. Heureusement, l'espace détente est désert.
- Mais je croyais qu'il ne donnait aucun signe d'intérêt ? continue Tonk en chuchotant.
- Moi aussi… Jusqu'à hier ! Il m'a proposé par SMS qu'on déjeune ensemble. Avec un smiley et tout !
- Un smiley ? Putain, il est intéressé ! s'enthousiasme t-elle.
- Je te l'avais dit ! je fais fièrement. Il a fini par se rendre à quel point j'étais séduisant et canon… Et puis il a aussi apprécié ma personnalité exceptionnelle...
- Ne t'emballe pas non plus, me rembarre immédiatement Tonks. Si tu pars comme ça, tu vas faire tout foirer !
- Raaah ça va, c'est pas comme si c'était la première fois que je séduisais un mec !
- Oui, mais j'ai comme l'impression que Potter est un peu différent de tes conquêtes habituelles, rétorque t-elle.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? je demande, curieux.
Tonks prend soudain un air gêné.
- Ben... Qu'il est sans doute plus intelligent... finit-elle par admettre.
Ce que j'aime chez Tonks, c'est sa franchise. Non, vraiment, j'adore. Elle me fait prendre conscience des réalités.
- Tu insinues que d'habitude ils sont bêtes ? je l'interroge.
- C'est que…
- Quoi ? Dis-le.
Elle marque un temps de pause. Elle hésite, puis se lance :
- Tu aimes bien la facilité… Alors oui, désolée de te le dire mais tu sors avec des cons en général !
Rectification : ce que je déteste, chez Tonks, c'est sa franchise. Elle n'a aucune subtilité et vous balance tout au visage comme ça...
- Alors, avec lui, essaye de la jouer plus fine et plus subtile, d'accord ? ajoute t-elle.
Je hoche la tête distraitement. Vu comment son dernier conseil a été efficace, je ne suis pas certain que je vais suivre celui-là.
J'avoue, j'angoisse un peu pour ce déjeuner avec Potter. Tonks n'a pas tort. D'habitude, je joue la sûreté. Je choisis des mecs qui sont plus ou moins déjà dingues de moi. Avec Potter, ça risque d'être une autre paire de manches…
Il est 11h50 et je ne tiens plus en place. Potter a dit qu'il viendrait me chercher à midi. Je décide de me taper un trait pour me détendre avant qu'il arrive. Je passe ma main dans le tiroir de droite, sous les dossiers clients. J'attrape un petit sac en plastique contenant ce qui ressemble à s'y méprendre à de la farine (le Graal !).
Je commence à disposer consciencieusement un peu de poudre sur mon bureau en essayant de former un rail convenable quand on frappe à la porte.
Merde… A tous les coups il est en avance.
"C'est qui ? je fais.
- Harry Potter.
- Euh… Oui, deux minutes, j'arrive ! je m'écris.
Je remballe la coke à toute vitesse et sors de mon bureau. Potter est adossé nonchalamment au mur, mains dans les poches, vêtu comme toujours d'un costume sur mesure qui met en valeur son physique pour le moins… avantageux.
- Monsieur Potter, je fais avec un sourire charmeur. Comment allez-vous ?
- Très bien, et vous-même ? répond t-il avec un petit sourire timide.
- A merveille. Surtout depuis que vous m'avez invité à déjeuner.
Le voilà qui se met à rougir d'une manière absolument adorable. En fait, il n'est peut-être pas si froid, juste peu timide.
Et puis, le fait qu'il soit contrôleur des impôts ne doit pas aider. Il a sans doute déjà eu affaire à des gens qui tentaient de le manipuler pour éviter les sanctions de l'administration fiscale. Forcément, il doit être un peu sur la défensive.
- Vous me flattez, se contente t-il de répondre.
Nous nous dirigeons jusqu'à l'ascenseur. En chemin, nous croisons Padma qui nous jette un regard dubitatif. Dix secondes plus tard, alors que nous attendons l'ascenseur, je sens mon portable buzzer dans ma poche.
Padma Patil (11:57) : Vous allez où avec Potter ?
Elle me fatigue.
- Un problème ? me demande Potter.
Je pousse un soupir.
- Non, juste Padma...
- Padma ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Oh euh… Rien, une histoire avec un client… je mens. Nous ne sommes pas d'accord sur un point avec Padma. Rien d'inhabituel. Nous avons pas mal de clash dans ce métier, vous savez !
De toute façon c'est un demi-mensonge, vu le nombre de fois où nous nous disputons avec Padma.
- A qui le dites-vous ! Dans mon boulot aussi. Pas besoin de vous faire un dessin...
- Haha, oui, j'imagine très bien que ça ne doit pas être tous les jours facile, d'être contrôleur des impôts.
Nous montons dans l'ascenseur. Potter hausse les épaules.
- Il faut s'habituer à être détesté par tout le monde, fait-il avec philosophie.
- Détesté… Vous y allez un peu fort, quand même.
- Personne n'aime voir un contrôleur fiscal débarquer.
Si, moi ! Quand il est aussi sexy, ça ne me pose aucun problème !
- Oui, c'est vrai. Mais c'est surtout parce que ça nous fait perdre du temps. Zach a dû trier une quantité de documents avant que vous veniez…
Et dissimuler deux-trois entorses au droit des sociétés, mais bon, c'est du détail…
Nous arrivons dans la rue.
- Je ne connais pas très bien le quartier... admet Potter d'un air gêné. Je me suis dit que le mieux était peut-être que vous choisissiez le restaurant.
- Ah parfait ! Dans ce cas je connais un italien pas mal au coin de la rue… Ou si vous préférez la bouffe asiatique, je connais un restaurant chinois pas loin.
- Les meilleurs restos chinois ne sont pas dans le treizième arrondissement ?
- Pas tous, il y a aussi un coin chinois dans le troisième.
- Bien, dans ce cas, je vous suis.
Nous continuons de bavarder gaiement. Bizarrement, ça me semble simple et assez naturel. Potter me parait beaucoup moins tendu que son comportement des dernières semaines aurait pu laisser présager.
A un moment, nous passons devant un couple d'hommes qui se tiennent la main. L'un d'eux porte même un tee-shirt avec le drapeau aux couleurs de l'arc-en-ciel. Je vois Potter les suivre du regard d'un air incrédule.
- Vous ne devriez pas les fixer comme ça, je fais avec un petit sourire moqueur.
- Je… Potter se met à rougir de nouveau. Désolé, j'étais juste… surpris.
- Surpris par quoi ?
- Je ne m'attendais pas à voir… Bref…
- Vous n'avez jamais vu un couple homosexuel ? je demande avec un sourire narquois.
- Si, bien sûr… Je… Nous ne sommes pas loin du quartier gay, c'est ça ?
- Oui c'est ça. Le Marais. Un des meilleurs quartiers de la capitale, si vous voulez mon avis. Vous êtes nouveau sur Paris ?
- Je suis arrivé il y a un mois. Je ne connais pas très bien encore, avoue t-il.
Nous arrivons bientôt au restaurant chinois. Nous commandons tous les deux puis allons nous installer à une table proche de la fenêtre. La conversation est toujours aussi aisée entre nous. Bientôt, je commence à lui partager des anecdotes croustillantes sur l'agence :
"... Et là, le type arrive avec trois call-girls et un kilo de coke et nous fait : Bah alors, on est dans la pub ou pas ? Bande de mauviettes ! Dolores lui a répondu : Si tu crois encore à ton âge que la pub c'est que de la drogue et des putes, c'est que tu as toujours rien compris au métier !
Potter éclate de rire.
- J'avoue, c'est un peu l'image que j'avais du milieu, moi aussi. Avec les Porsche en guise de voiture de fonction et les vacances à Ibiza.
- Il faut faire la part des choses. Évidement, les rumeurs sont en partie vraies. Mais ça dépend aussi pas mal des personnes concernées. Je suis convaincu que Dolores n'a jamais touché à la coke de sa vie, par exemple.
- J'espère pour elle, parce que c'est illégal, me fait Potter. En fait, c'est même passible d'un an d'emprisonnement.
Quoiiiiii ? Un an d'emprisonnement ?
- Ah oui… Quand même… je murmure.
- Heureusement que dans votre agence, tout le monde est clean, fait Potter avec un petit sourire narquois.
- Évidemment haha…
Je n'aime pas du tout la tournure que prend cette conversation… Je crois que je commence à devenir tout rouge là... Qu'est-ce qu'il se passe si Potter découvre que je prends de la coke ? Il va me dénoncer ? Oh mon Dieu, pitié, pas la prison ! Il parait qu'ils prennent une douche par semaine ! Je suis trop délicat pour ça !
- Je suis juste contrôleur des impôts, vous savez. Pas policier, ajoute Potter d'un air taquin.
Ok, on se calme, il plaisante. Il va pas m'arrêter ! Tout est sous contrôle...
Aller Drago, c'est le moment de te ressaisir et de contre-attaquer !
- Dommage, j'aime bien les hommes en uniformes, je lâche avec un sourire séducteur.
- Ah, vraiment... Et est-ce que vous aimez les hommes tout court aussi ? fait Potter, entrant dans mon jeu.
Il a un petit sourire effronté sur les lèvres qui n'est pas pour me déplaire. Il a l'air d'avoir pris un peu confiance par rapport au début du rendez-vous. Il paraît plus détendu et sûr de lui.
- Hum… Disons que ça dépend de qui, je réponds. Pourquoi ?
- Oh… Pour rien. Je ne sais pas. Vous devez bien avoir une petite idée.
Il a toujours un petit sourire en coin.
- Pourquoi vous dites ça ? je demande, intrigué.
- Parce que vous me faites des appels du pied depuis une semaine, peut-être ?
Ouah, c'est quoi ce nouveau Potter qui va droit au but ? Je l'adore ! Surtout laissez-moi celui-là, il est beaucoup mieux.
- Touché, je réponds en me mordant la lèvre. Et alors, qu'est-ce que vous en avez pensé ?
Il fait semblant de réfléchir.
- Pas très discret, finit-il par lâcher.
- Mais efficace ?
- Peut-être.
Oh yeah ! And Drago Malefoy scores !
Il marque une petite pause puis ajoute, l'air soudain plus sérieux :
- On ne m'a pas dit que du bien de vous, vous savez.
- Qu'est-ce que vous entendez par là ? je demande, soudain inquiet.
- Disons simplement que votre réputation vous précède. On dit que vous êtes un séducteur. Un très bon séducteur même. Je ne suis pas sûr que je cherche ce genre d'histoires sans lendemain.
- Alors pourquoi m'inviter à déjeuner ? je fais.
- Parce que je me suis dit que je pouvais peut-être vous laisser votre chance et apprendre à vous connaître, tout compte fait, explique t-il.
- Je comprends mieux votre changement soudain de comportement...
- Exact. Donc ne rêvez pas, Malefoy… M'avoir ne sera pas si simple.
La porte de la salle de réunion s'ouvre à la volée et Dean débarque comme un dément en hurlant :
"TopBrush, parce votre maison mérite le meilleur !
Surprise, Tonks sursaute et renverse une partie de son café sur sa blouse blanche.
- Qu'est-ce que tu racontes ? je demande. C'est quoi ce slogan de merde ?
- Je désapprouve à cent pour cent, ajoute Padma. Aucune originalité, aucun concept, aucun esprit de marque…
- Vous ne comprenez pas les gars… s'exclame Dean, après avoir repris son souffle. Je les ai vu. Les affiches.
- Les affiches ?
- La campagne publicitaire TopBrush 2017 a été lancée ! Ils ont trouvé une autre agence de pub pour faire le boulot.
- Quoi ? Mais ça fait trois semaines qu'on travaille sur leurs aspirateurs de merde ! s'insurge Tonks. Ils ont craqué ou quoi ? Zach est au courant ?
- Je suis sûre que c'est ces imbéciles chez Weasley's qui nous ont piqué le contrat… grommelle Dolores.
- Doucement sur les conclusions hâtives… fait Padma. Mais par contre c'est quoi ce délire d'embaucher une autre agence dans notre dos ?
- Surtout pour faire des slogans pareils, critique Dolores.
- On est d'accord, le vrai problème, c'est le slogan, j'approuve. Jamais vu un truc aussi lamentable. De la pub-poubelle, tout simplement.
- On en parle, de notre pub pour Distina la semaine dernière ? fait remarquer Dean en haussant un sourcil ironique.
- C'était un cas de force majeure ! je proteste.
- Stop les gars, c'est pas le sujet là ! s'exclame Tonks. Le vrai problème c'est qu'on s'est fait piquer un gros client !
C'est le moment que choisit Zach entrer dans la salle de réunion.
- TopBrush nous est clairement passé sous le nez, nous confirme t-il, l'air sombre. Entre ça et le contrôle fiscal, ça ne va pas fort pour l'agence en ce moment… D'ailleurs, en parlant de contrôle fiscal, j'ai un gros problème les gars…
Oulah, si Zach vient nous en parler c'est que c'est vraiment la mouise.
- Qu'est-ce qu'il y a ? fait Padma, inquiète.
- C'est Cormac, mon associé…
Ah oui, j'ai toujours tendance à l'oublier, celui-là. En fait, Zach n'a pas fondé Nimbus tout seul. Ils étaient deux à apporter du capital lors de l'immatriculation de Nimbus au registre des sociétés. Cormac avait en effet hérité d'un gros pactole après le décès d'un proche. Il voulait le faire fructifier, et avait accepté d'investir dans le projet de Zach. Mais dès le départ, il était prévu que Zach seul se charge de la gestion de l'entreprise.
- Il se trouve qu'il a détourné de l'argent de la société. Il s'en servait régulièrement pour se payer une chambre d'hôtel au Ritz pour passer la nuit avec sa maîtresse.
- Q… Quoi ? s'écrit Dolores. Et tu étais au courant ?
Zach pousse un soupir.
- Cormac a apporté plus d'un million à Nimbus à l'immatriculation de la société… Et il a participé de manière généreuse à la dernière augmentation de capital…
- Donc tu es en train de nous dire que tu cautionnes un abus de bien social depuis toutes ces années ? demande Tonks, incrédule.
- J'étais coincé les gars, ok ? Cormac est notre plus gros investisseur !
- Zach, franchement, c'est pas sérieux ! le sermonne Padma.
Ça y est, elle est passée en mode moralisatrice. On dirait presque cette conne de Granger ! Elle a bien fait de se casser chez la concurrence, celle-là, d'ailleurs.
- Ça suffit ! s'exclame Tonks. Ce n'est pas comme ça qu'on va résoudre le problème !
- Mais comment on cache un truc pareil ? demande Dean. C'est déjà dans les comptes de l'entreprise de toute façon, non ?
- Oui… soupire Zach. Potter est d'ailleurs venu me demander à quoi servait cette chambre, et je lui ai dit que c'était pour recevoir des clients et signer des contrats… Mais il n'avait pas l'air de me croire. Je ne sais pas quoi faire.
- Il va enquêter pour savoir si c'est vrai, fait Dean. Il ira interroger le patron de l'hôtel pour lui demander qui venait lorsque cette chambre était réservée au nom de Nimbus.
- Donc il faut juste que le patron de l'hôtel aille dans notre sens et confirme ta version, je remarque, songeur.
- Et comment on fait ça ? demande Dolores. Il n'y a aucune raison qu'il fasse ça pour nous !
- C'est simple. On lui fait du chantage.
