Chapitre 5 : Merci Dean !
Je suis comme paralysé, incapable de faire le moindre geste, de bouger pour m'éloigner de Dean ou de dire quoique ce soit. J'ai l'impression d'assister à la scène comme un spectateur extérieur totalement impuissant.
Dean passe un bras autour de mes épaules et commence à se justifier :
"Nous… nous pensions pas que nous croiserions quelqu'un que nous connaissons ici, fait-il, feignant la gêne. Tous nos collègues l'ignorent, vous savez. Nous voulons que cela reste un secret.
Mon pauvre Dean, si tu savais ce qui se trame là, tu n'essayerais pas d'attendrir Potter de cette façon. Au mieux, il est complètement indifférent, au pire… Au pire il nous déteste. Il me déteste.
Tonks avait raison. J'ai peut-être le don de faire tout foirer. Même quand j'ai décidé sérieusement de ne pas faire n'importe quoi. C'est à dégoûter d'être honnête.
- Je vois, murmure Potter.
Son visage est totalement fermé. Il est impossible d'y lire la moindre expression. Est-il furieux ? Déçu ? Indifférent ? Je ne saurais le dire.
C'est le moment que choisit l'hôtesse pour intervenir :
- Messieurs Thomas, Malefoy… fait-elle en se raclant la gorge pour attirer notre attention.
Avant qu'elle n'ait le temps de mentionner notre rendez-vous avec Rogue, Dean la coupe.
- Notre chambre est prête, Mademoiselle ? fait-il avec son habituel sourire charmeur.
Devant l'air perdu de l'hôtesse, il lui fait un petit signe discret avec les yeux dans la direction de Porter puis dit :
- Nous avons vraiment hâte d'avoir ce moment d'intimité, vous savez !
Pour appuyer son propos, il descend son bras autour de ma taille.
Je le déteste.
- Euh… Oui, patientez encore quelques minutes, murmure l'hôtesse qui visiblement à plus ou moins compris le malaise. Et vous monsieur ? demande t-elle à Potter.
- Harry Potter, contrôleur fiscal. J'aimerais voir le directeur de cet établissement, monsieur Severus Rogue.
Je vois l'hôtesse nous jeter un regard paniqué. Dean lui fait un léger non de la tête. L'hôtesse fait semblant de consulter son ordinateur. Je ne sais pas si Potter se rend compte de leur petit manège.
- Monsieur Rogue n'est pas disponible pour le moment, se contente de répondre l'hôtesse. Il est en rendez-vous.
- Bien, dans ce cas, j'attendrais, répond Potter. Ça ne durera pas trop longtemps ?
- Euh… Non, non, je ne pense pas, répond t-elle.
Potter acquiesce et part s'installer plus loin. On dirait qu'il ne se doute de rien. Dean m'adresse un geste discret de victoire.
Je sais que je devrais être content pour Nimbus, mais je suis aussi terriblement dépité à l'idée que rien ne pourra rattraper ce qu'il s'est passé. Potter et moi c'est bel et bien définitivement mort… Ou alors je vais devoir ramer comme un fou pour pouvoir le récupérer.
Dean murmure un merci à l'hôtesse qui lui rend un sourire éclatant. Je crois qu'elle craque un peu pour lui (en même temps, qui ne craque pas pour Dean ?). Avec un petit geste, elle nous désigne l'ascenseur.
- Si vous voulez bien me suivre, messieurs, ajoute t-elle.
Une fois dans l'ascenseur, Dean laisse éclater sa joie.
- Ouf, j'ai eu tellement peur que Potter devine pourquoi on était là ! Mais je crois qu'il a cru à notre fausse idylle, fait-il en me donnant un coup de coude. Et merci mademoiselle, on vous doit une fière chandelle ! ajoute t-il à l'adresse l'hôtesse.
Celle-ci rougit de la tête au pied et murmure un vague je vous en prie. Elle est définitivement sous le charme.
Je laisse Dean tout à sa joie. De toute façon, il ne comprendrait pas, il n'est même pas au courant de mon histoire avec Potter.
Je sais que je me suis mis dans une situation délicate. Mais l'avenir de ma boîte était en jeu, je ne voyais pas d'autre solution que de laisser Dean faire son cinéma. Je sais, vous me trouvez nul d'avoir choisi mon boulot à Potter. Mais je vous avais prévenu : je suis quelqu'un de superficiel.
Pour autant, je compte bien tout faire pour récupérer Potter.
Finalement, à notre grande surprise, Rogue a accepté presque immédiatement de collaborer avec nous. Nous n'avons même pas eu besoin de le menacer. Il s'est contenté de marmonner quelque chose à propos d'un crétin arrogant comme son père puis nous as promis qu'il confirmerait la version de Zach.
Nous rentrons donc vainqueurs à Nimbus, même si cette victoire a pour moi un goût amer. Les autres nous félicitent et se réjouissent de la nouvelle. Padma admet même que mon idée n'était pas si mauvaise que ça, finalement. Tonks nous annonce ensuite qu'Ollivander nous a sélectionné pour sa campagne de pub. Tous mes collègues sont euphoriques. En temps normal, je serais aussi en train de me réjouir, mais aujourd'hui je n'y arrive pas.
"Et en plus j'ai réussi à avoir le numéro de la charmante hôtesse, décidément c'est une super journée ! fait Dean.
Parle pour toi, je pense tout en me servant un café.
Nous nous remettons bientôt à travailler, même si j'ai la tête ailleurs.
"Et là, bam ! Slogan, meufs en bikini et surfeurs aux adbos de rêve ! s'exclame Dean qui nous présente son idée pour une campagne de pub pour une agence de voyage.
- Moi je voyais plutôt petite famille en randonnée dans la montagne et grande piscine avec des enfants qui plongent dedans… fait Tonks, dubitative.
- Je suis d'accord avec Tonks, intervient Padma. On est sur une cible familiale, là. On ne va pas les convaincre avec trois bimbos et un surfeur peroxydé.
- On devrait même leur suggérer de changer la couleur de leur logo, ajoute Dolores. Là, ça fait trop voyages haut de gamme pour les couples sans enfants alors qu'ils veulent toucher…
- J'y vais, je coupe.
- Qu… quoi ? bredouille Dolores.
- Je ne me sens pas bien, je vais rentrer. Désolé les gars.
Et, sans plus écouter les protestations de mes collègues, je me rue vers la sortie. J'ai besoin d'air. Alors que je vais quitter les locaux de Nimbus, je croise Potter, qui doit probablement rentrer de son rendez-vous avec Rogue. Lorsque nous nous croisons, il me jette un regard noir. Je n'ai pas le courage de l'arrêter pour lui parler et m'expliquer. J'irais m'excuser plus tard. Pour l'instant, j'ai juste besoin de me remettre de mes émotions.
En sortant, je décide que j'ai besoin de mon "psychologue" personnel. J'appelle donc cet enfoiré de Nott.
"Quoi ? fait-il en décrochant.
- C'est Drago, je marmonne. T'as une minute ?
- Tu sais bien que j'ai toujours du temps pour toi, mon chou, répond t-il avec un ton ironique.
Je lève les yeux au ciel. Il faut toujours qu'il se la joue occupé.
- Pour cent balles, tu as toujours le temps, non ? je demande avec malice.
- T'es sérieux ? s'étonne t-il.
- C'était une dure journée.
- Ok. Je suis chez toi dans dix minutes.
Je raccroche. Lorsque j'arrive chez moi, Nott se tient déjà devant la porte de mon immeuble, les mains négligemment rentrées dans les poches. Je l'invite à entrer et bientôt, nous sommes tous les deux assis sur mon canapé à siroter un thé vert fumant.
Il n'y a pas de mots pour décrire ma relation avec Théodore Nott. C'est un peu le genre de choses qui ne s'expliquent pas. Le genre de relations tellement malsaines que personne n'a jamais pris le temps de trouver un nom pour les qualifier. Le genre de relations dont je suis spécialiste.
"Potter, hein, fait-il après que je lui ait raconté mes malheurs. Connais pas, c'est pas un de mes clients.
- Évidemment… C'est un contrôleur fiscal.
- Et alors ?
- Je pense que c'est le genre à respecter la loi.
- Quel ennui… soupire Nott en s'allumant une clope. Je n'aime pas les gens comme ça.
- Potter n'est pas ennuyeux.
- Bien sûr, fait-il dubitatif. Écoute, je pense que le mieux que tu puisses faire c'est lui dire la vérité, ajoute t-il.
- La… la vérité ?
- Oui, tu lui déballes tout. Que vous étiez là pour parler à Rogue et que vous avez fait ça uniquement dans le but de cacher un abus de bien social.
- Tu crois que je devrais mettre ma boîte en danger pour… pour Potter ?
- S'il est important, oui, je crois que tu devrais le faire. Après, c'est à toi de décider. Je ne t'ai jamais vu prendre une décision qui ne servait pas tes intérêts, je doute que ça commence aujourd'hui. Mais au moins, j'aurais essayé de te convaincre.
Je reste silencieux un moment, considérant les paroles de Nott. C'est vrai, est-ce que je serais capable de faire quelque chose qui me mette autant en danger ? Est-ce que j'ai suffisamment envie de connaître Potter pour ça ?
- Bon, fait Nott, m'interrompant dans mes réflexions, trêves de bavardages, je suppose que tu veux ce pourquoi je suis venu ?
Il écrase sa cigarette dans le cendrier. La lumière faible du salon fait jouer des ombres sur son visage. J'ai toujours trouvé qu'il avait des traits bien dessinés. Dans la pénombre, il est d'une beauté saisissante. Moi, je suis juste un beau blond au sourire charmeur. Mais lui, c'est le brun ténébreux dans toute sa splendeur.
- Évidemment, je réponds en commençant à sortir mes billets.
Lorsque Nott sort de mon appartement, une heure plus tard, je me sens un peu mieux.
J'avoue que j'ai vraiment des doutes sur ce que je devrais faire pour Potter. Voilà deux jours qu'il m'ignore et qu'il m'évite. Mais je n'arrive pas à me résoudre à faire ce que Nott m'a conseillé. Pourtant, je crois bien que c'est la seule solution pour que la situation puisse se débloquer entre nous, et que Potter accepte à nouveau de me parler.
Cependant, ce n'est pas aujourd'hui que je pourrais faire quoique ce soit. Nimbus participe à un salon sur le monde de la communication. Ça me laisse une journée de répit pour réfléchir à mon plan d'action.
Lorsque j'arrive, j'évite les hôtesses qui distribuent des prospectus pour les visiteurs et je me rends directement dans l'espace réservé aux exposants, à la recherche du stand de Nimbus. Aucun de mes collègues n'est encore arrivé, ce qui ne m'étonne pas. J'ai tendance à être le plus matinal de tous. Je me rends rapidement compte que nous avons été placés en face de nos concurrents préférés, les Weasley's.
Génial… je pense. Il a fallu qu'ils mettent les deux boîtes de pub les plus en vue de Paris en face !
Évidemment, parce que les ennuis ne viennent jamais seuls (ça ne serait pas drôle sinon), Hermione choisi ce moment pour faire son apparition. Il y a encore peu de monde dans la salle, ainsi je suis certain qu'elle va m'apercevoir.
"Hermione, je la salue, plus pour être poli qu'autre chose.
Elle me jette un regard noir puis détourne la tête, comme si je n'existais pas. J'avoue que je suis un peu surpris. Je sais qu'Hermione ne me porte pas dans son cœur, mais je ne pensais pas que c'était à ce point. Elle a presque l'air en colère contre moi.
Elle commence à s'installer tout en m'ignorant, puis soudain, comme prise d'une impulsion subite, elle se précipite vers mon stand.
- Ecoute-moi bien, siffle t-elle. Si tu t'approches encore d'Harry, je te réduis en poussière, t'as compris ?
Elle a l'air mortellement sérieuse.
- Ha… Harry ? Tu connais Potter ? je demande.
Puis soudain, je réalise.
- C'est pour ça qu'il se méfiait de moi ! Qu'est-ce que tu es encore allé raconter, Hermione ?
- Simplement la vérité. Que tu prends les amants et les jette ensuite comme de simples mouchoirs usagés.
- Ne caricature pas non plus ! je m'agace.
- Tu veux qu'on refasse la liste de tes conquêtes quand on était à Nimbus ensemble ?
- Arrête Hermione...
- Très bien ! Anthony Goldstein de chez Poufsouffle Corp., Seamus Finnigan, le stagiaire de l'été dernier, Adrian Pucey, l'ancien assistant de Zach, Kevin Entwhistle de la compta, Terry Boot, qui était quand même le petit ami de Padma, sans bien sûr oublier Cormac McLaggen et Zacharias Smith, les deux associés de Nimbus. J'avais juste l'impression que cette boîte était un immense baisodrome !
- Tous ces gars ne cherchaient rien d'autre qu'une relation sans lendemain comme moi. Je n'ai jamais fait de mal à personne !
- C'est ça le problème avec toi, Drago. Tu crois que tu ne fais de mal à personne alors que tu ne fais que ça. Tu t'es tapé le mec de Padma ! Comment est-ce que tu penses qu'elle l'a pris ? Tu crois qu'elle ne t'aime pas par l'opération du Saint-Esprit ? Et Kevin, tu es bien sûr que tu lui avais expliqué que c'était sans lendemain ? Parce qu'il n'avait pas l'air d'avoir compris ! Quant à Seamus, il a dû démissionner à cause de toi !
- Qu… quoi ? Mais n'importe quoi ! Seamus trouvait simplement l'ambiance trop stressante. Kevin, ce n'est pas de ma faute s'il se fait des films en permanence… Et pour Boot, je ne savais pas que c'était le mec de Padma !
- Des excuses, toujours des excuses…
- De toute façon, si ça peut te rassurer, je pense que c'est définitivement mort avec ton pote Potter, alors arrête de te faire du soucis.
- Évidemment. Je savais que tu ne tiendrai pas vingt-quatre heures. Maintenant, tiens-toi loin d'Harry. Sinon, je te jure que je te castre !
Puis, sans plus un regard pour moi, elle retourne à son stand, un air furieux sur le visage.
