Note : Merci à tous les reviewers et revieweuses : merguez, brigitte26, amlou, un guest, mustnaruto, Kelewan et Akadream ! Et bonne année à tous les lecteurs !

Réponse aux reviews anonymes :

amlou : Ravie de voir que tu suis toujours cette fic ! Drago a en effet l'air d'avoir compris la leçon, mais quand on est addict, c'est parfois compliqué de s'en sortir… Effectivement, j'ai moi-même découvert en écrivant ce chapitre à quel point il était dangereux d'essayer, même une fois, ce genre de choses. Pour autant, je pouvais difficilement imaginer une personne comme Drago, dans un milieu comme la pub, ayant un mode de vie totalement sain.

Guest : Merci beaucoup pour ta review, contente que ça te plaise et voici la suite :)


Chapitre 16 : Comme chien et chat

"Comment savoir si cette journée n'est pas la dernière ? On croit qu'on a le temps. Et puis, tout d'un coup, ça y est, on se noie, fin du temps réglementaire. La mort est le seul rendez-vous qui ne soit pas noté dans votre organizer."

99 francs, Frédéric Beigbeder


Six ans plus tôt, campus de H**

"Putain, c'est pas possible ! je m'exclame en raccrochant mon téléphone avec fureur. Quel enfoiré !

D'un geste de rageur, je donne un coup de pied dans la chaise qui se trouve en face de moi.

- Hum ? me fait Nott, allongé sur le lit, un joint dans une main et McBeth dans l'autre. Qu'est-ce qu'il se passe ?

J'ai envie d'arracher une à une les pages de son maudit bouquin, histoire qu'il arrête d'être cette insupportable image de sérénité.

- C'était ton père ? ajoute Blaise, les yeux rivés sur l'écran de son ordinateur (probablement en train de faire les comptes de sa startup ou je ne sais quoi de super important).

- Oui… je soupire en m'asseyant sur le petit canapé minable que Blaise a installé dans le coin de sa chambre. Ça fait une semaine que je m'engueule avec lui.

- Tout ça parce qu'il a découvert que Roger était ta petit ami ? interroge Nott.

- Ton, rectifie machinalement Blaise, désormais habitué aux fautes de français de Nott.

- Il n'accepte pas que je sois gay, j'explique. Il dit que c'est une maladie et que... que... Argh ! Quel putain de conservateur intolérant !

Je me sens plus révolté que jamais. En cet instant, je pourrais défendre tous les opprimés de la planète.

Nott hausse les épaules.

- Tant pis pour lui, alors, lâche t-il sur un ton laconique. C'est lui qui a le plus à y perdre.

Je sais pourquoi il dit ça. Parce que lui-même ne s'entend pas du tout avec son père, et est arrivé à un point où il s'en fiche totalement. Peut-être qu'il a raison, finalement. L'indifférence est la meilleure réponse. Sauf que je ne sais pas si j'en suis capable. C'est mon père, après tout. Et je ne sais pas si je suis prêt à le perdre.

- Ce n'est pas toujours si simple… souffle Blaise pour tempérer la déclaration de Nott. En tout cas, tu sais que tu es toujours le bienvenu à la maison, Drago, si jamais ça ne va vraiment pas avec tes parents.

- Je sais, je sais... je soupire tout en attrapant mon manteau. Bon, je décale les gars. On se retrouve tout à l'heure, à la soirée du BDE.

Je m'habille rapidement et claque la porte derrière moi. Je souffle un coup pour évacuer ma colère. Mieux vaut ne pas trop y penser pour le moment. C'est inutile. Ce soir, je profite, et on verra demain.

Je traverse le couloir pour rejoindre la chambre de Roger qui se trouve sur le même palier.

- Tu tombes bien, m'accueille t-il en m'embrassant. On allait se taper un rail avec Cédric, pour se mettre dans l'ambiance.

Je lève les yeux au ciel. Roger et sa coke…

- Ça va mieux avec ton père ? ajoute t-il. Il s'est un peu calmé ?

- Pas vraiment, je fais en haussant les épaules. Il a arrêté de crier qu'il allait me déshériter, heureusement, mais il dit qu'il ne veut plus me voir.

- Hum… Il changera peut-être d'avis, comme mon père. Il lui a fallu deux bons mois pour vraiment l'accepter mais depuis ça se passe plutôt bien, tu sais, fait Roger pour essayer de me remonter le moral.

J'entre dans la chambre et salue Cédric Diggory, le meilleur pote de Roger.

Avant de sortir avec Roger, je m'étais souvent demandé comment Cédric faisait pour toujours être parfait. Délégué représentant des élèves, investi dans de nombreux projets associatifs et premier de sa promotion… Ce type me paraissait surréel. Comment faisait-il pour toujours avoir de l'énergie, toujours être aimable avec tout le monde quand moi je devais lutter tous les matins pour me lever et aller en cours ?

Maintenant, je comprends mieux : il est coké en permanence.

Deux rails ont été soigneusement tracés sur la table de nuit, n'attendant plus que d'être sniffés.

- T'es sûr que tu veux pas essayer, Drago ? me demande Roger avec un petit sourire.

- L'alcool fera l'affaire, je réponds en désignant la bouteille de vodka qui traine sur son bureau.

- Rooh… s'exclame Cédric. Ça ne te fera pas de mal ! Et puis, tu verras : les soirées sont toujours meilleures quand t'es sous coke !

- C'est vrai, approuve Roger. Allez Drago, juste pour cette fois. Pour emmerder ton connard de père !

Et après tout… Pourquoi pas ? C'est vrai que j'ai toujours refusé jusque là. Sans doute parce que Blaise m'avait expliqué que certaines personnes devenaient accros dès la première prise.

Mais, en même temps, Blaise a tendance à tout dramatiser. A chaque fois que Nott a un rhume, il dit qu'il a attrapé le cancer du poumon à force de trop fumer.

Alors… Peut-être que je devrais essayer après tout. Qu'est-ce que ça peut faire ? Ce n'est pas comme si j'allais recommencer. C'est juste pour voir les sensations que ça procure. Juste pour m'amuser un peu.

Et surtout oublier…

Oublier mon putain de père.


Retour au présent, Hôpital Hôtel-Dieu (Paris)

Il est là, sur le pas de la porte, un parapluie dégoulinant sous le bras et un air fatigué sur le visage. Il est là, et j'ai l'impression que c'est comme s'il n'était jamais parti. Il a toujours le même petit sourire, toujours la même fossette au coin des lèvres, toujours les mêmes cheveux en batailles, toujours les mêmes yeux insupportablement verts.

Bref, il est toujours aussi... lui. En un mot : toujours aussi craquant.

Un petit silence suit son entrée. Chacun de nous se dévisage avec un mélange de stupéfaction, de plaisir et de méfiance, n'osant engager la conversation. Qu'est-ce que sont censés se dire deux ex qui se sont séparés en mauvais termes et se retrouvent réunis parce que l'un d'eux a fait une overdose ?

La tension dans l'air est presque palpable.

- Je… je commence.

- Comment… prononce t-il au même moment avant de s'arrêter pour me laisser parler.

J'esquisse un sourire.

- Je vais mieux, je poursuis donc. Les médecins ont dit que j'étais hors de danger. Je dois cependant rester un peu à l'hôpital pour me reposer.

Il pousse un soupir. Toute la tension dans ses épaules parait s'évacuer d'un coup.

- Tant mieux… souffle t-il. Je… J'étais tellement inquiet lorsque j'ai reçu le message de Zabini. Je suis désolé de ne pas être venu plus tôt. Je… Je n'étais pas sur Paris à ce moment là et… Bref, j'étais complètement paniqué lorsque j'ai reçu le message. Je sais qu'il ne faut pas rigoler avec ces choses-là.

- C'est vrai… Tout le monde m'avait prévenu. Mais tu me connais, je n'aime pas écouter les avertissements, je constate avec un petit rire.

- Il faudrait peut-être que tu les écoutes, maintenant… réponds Harry sur un ton tendre, mais ferme.

Un autre silence. Je sais qu'Harry est embarrassé, parce qu'il est partagé entre son inquiétude et sa rancœur. Il ne veut pas trop en dire pour me montrer que, malgré la situation, il n'a pas oublié les raisons de notre séparation.

Je comprends très bien le message. Après tout, je commence à le connaître, mon Harry. Je sais comment il est : tout en sentiments retenus, en choses non dites et en regards qui expriment mieux que les mots l'ampleur de ses émotions.

- Merci d'être venu, je murmure. Je… Je suis content de te voir.

Ma phrase est sortie avec une maladresse consternante. Peut-être parce qu'avec Harry j'ai toujours peur de mal faire, toujours peur de le perdre… Qu'est-ce que je dis ! Je l'ai déjà perdu, de toute façon.

C'est peut-être ça qui me rend encore plus vulnérable, finalement. La peur que cette fois-ci soit juste une parenthèse, qu'il ne soit venu que parce que je lui faisais pitié, et qu'il repartira aussitôt dès que j'irais mieux.

Mais je ne veux pas ça. Je veux qu'il reste. Je veux lui montrer que je suis prêt à me battre pour lui, même depuis un lit d'hôpital.

Il parait hésiter quelques secondes, se demandant probablement s'il est convenable d'admettre que lui aussi est heureux d'être là, avant de répondre :

- Moi aussi, je… tu m'avais manqué.

Son ton est sincère même si je le sens sur la réserve. Il y a toujours ce froid, entre nous.

Il s'approche du lit et se laisse tomber sur la chaise prévue pour les visiteurs - celle sur laquelle Blaise était assis hier, avec Nott.

- Des gens sont passés te voir ? me demande t-il, sur le ton de la conversation, comme s'il cherchait à éviter le moment où il faudra aborder les vrais sujets - la drogue, mes mensonges, et surtout, nous.

- Oui, il y avait Blaise, Nott, Tonks et Dean hier quand je me suis réveillé, je raconte. Ensuite Zach et Dolores sont passés plus tard dans la journée, puis Astoria dans la soirée.

- Tu es bien entouré, alors. C'est important.

Un nouveau silence. Celui-ci est plus naturel. Plus réconfortant.

- J'étais sérieux, tu sais, fait soudain Harry.

- A propos de quoi ? je demande, surpris.

- A propos des avertissements que tu devrais écouter. Tu… Il faut vraiment que tu arrêtes la coke. Je sais que ça ne sera pas facile mais… Tu peux le faire. Il y a des gens qui peuvent t'aider…

J'acquiesce.

- J'en ai conscience, ne t'inquiète pas. J'étais justement en train de regarder des centres de cure de désintoxication sur le net avant que tu arrives.

- Parfait ! s'exclame t-il. Tu en as trouvé un qui te plait ?

- Je ne sais pas, je fais en haussant les épaules. Il y en a un pas loin d'ici qui pourrait me convenir. Mais…

- Mais quoi ?

Je pousse un soupir.

- Je… J'ai vraiment envie d'arrêter. Vraiment. Mais ça a l'air tellement dur. Je te jure Harry. Mon corps en réclame déjà alors que ça fait à peine deux jours ! Il ne veut que ça, c'est… c'est…

Je baisse la tête en signe d'abattement.

- Même là, même maintenant… Je ne peux pas m'empêcher d'y penser… D'avoir tellement envie…

Avec douceur, Harry me prend la main la serre. Sa paume est si chaude contre la mienne. Je sens les battements de mon cœur s'accélérer.

- Évidemment que ça sera dur, Drago… Mais ça ne veut pas dire que c'est insurmontable. Bien au contraire. Tu es un battant. Je sais que tu peux y arriver ! Et tu ne seras pas seul. Tu auras toute une équipe médicale autour de toi pour t'aider. Et tous tes proches pour te soutenir ! Tu as des amis formidables, Drago. Nott et Blaise, tes collègues et ton ex femme ! Ils sont tous là pour toi. Et moi aussi je… Je passerais te voir, si tu veux.

Je me contente de lui serrer la main en guise de remerciement, trop ému pour répondre.


Deux jours plus tard, toujours à l'hôpital

Dring, driiing.

"Allo ? je décroche.

- Oh Drago, Drago, c'est formidable ! me parvient la voix enthousiaste de Tonks dans le combiné.

- T… Tonks ? Qu'est-ce que… ?

- Nimbus est hors de danger ! Nimbus est sauvé ! Drago tu m'entends ? Nimbus ne disparaîtra pas !

- Oui, oui je t'entends. C'est une super nouvelle ! je m'exclame. Qu'est-ce que… Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Le procès était ce matin ?

- Oui ! confirme Tonks. On ne t'en avait pas parlé pour ne pas te perturber.

Je lève les yeux au ciel à cette déclaration.

Ils ont vraiment cru que j'étais fragile ou quoi ?

- Le juge a été clément, c'est ça ? je demande.

- Non, pas du tout ! Nimbus a écopé de la peine maximale. Il fallait s'y attendre, en même temps…

- Alors quoi ? je fais, surpris.

- Eh bien figure-toi que Zach, ce petit cachottier, avait trouvé un acheteur (un américain) très intéressé par un rachat éventuel mais qui attendait tout de même de voir le montant de l'amende pour prendre sa décision. Zach ne nous en avait pas parlé pour ne pas nous donner de faux espoirs. Finalement, quand Zach l'a appelé ce matin après l'audience, le type a dit ok pour racheter Nimbus.

- C'est génial… je murmure. On a… On a tellement de chance.

- Raison de plus pour bien te remettre ! s'enthousiasme Tonks à l'autre bout du fil. On te veut tous en pleine forme à ton retour ! Bon, je dois te laisser, Zach veut qu'on fête ça dignement. Mais je tenais absolument à te l'annoncer.

- Merci Tonks, je fais avec gratitude.

Elle raccroche. J'ai le cœur qui bat à mille à l'heure et, si je n'étais pas aussi faible, je crois que je me serais levé pour faire une danse de la joie. Au lieu de ça, j'improvise des mouvements de bras.

C'est le moment que choisi Harry pour entrer dans ma chambre. Il a sous le bras un petit paquet cadeau.

"Tu t'essayais à un nouveau style de danse ? me demande t-il avec un petit rire.

Il entreprend d'imiter ma danse des bras improvisée.

- Pff… C'était bien plus élégant que ça, je râle pour la forme.

- Mais certainement, approuve Harry en s'approchant du lit.

Il me paraît plus souriant et plus détendu qu'en début de semaine. Il est de moins en moins sur la réserve, de moins en moins froid à mon égard. J'ai bon espoir de pouvoir faire évoluer la situation entre nous d'ici peu.

- En fait, je viens de recevoir une très bonne nouvelle : figure-toi que Nimbus est sauvé ! je lui explique.

Je vois son visage se fendre d'un sourire heureux. La dernière fois qu'il était venu, je lui avais expliqué la situation délicate dans laquelle la boîte se trouvait, et j'avais bien vu qu'il en était peiné. Je pense qu'il s'en voulait aussi d'être à l'origine de ces ennuis, même s'il n'avait fait son métier.

- C'est une excellente nouvelle, s'exclame t-il. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Je lui raconte rapidement tous les détails de l'histoire.

- Eh bien, béni soit cet américain, remarque Harry. Il empêche la disparition d'une des boîtes les plus barges de Paris.

- La boîte la plus barge de Paris, tu veux dire, je le corrige avec un sourire taquin. Avoue que tu n'as jamais vu pire.

- Non, ça, je peux te l'assurer. Le premier jour, quand je suis arrivé et que j'ai vu tous ces chats, je me suis vraiment demandé où j'étais tombé, avoue t-il.

- Ah, ça m'a fait aussi cet effet-là, au début. D'ailleurs, Dolores vient d'ajouter un nouveau membre à sa tribu de félins. Dis bonjour à Ollivander !

Je lui montre une photo du chaton sur mon téléphone. C'est un adorable main coon au pelage brun qui rend tout le monde fou à Nimbus, parce qu'il est à la fois terriblement mignon et insupportable.

- Ollivander ? demande Harry. C'est une obsession chez elle de tous leur donner des noms d'entreprises ou quoi ?

- Elle les nomme d'après les campagnes menées par Nimbus, je réponds. Ollivander a simplement eu moins de chance que les autres.

- Parles-en à Mr Propre… grommelle Harry.

- Qui au passage n'est pas propre du tout. Il a uriné plusieurs fois dans mon bureau, je remarque.

- Voilà pourquoi je préfère les chiens aux chats ! affirme Harry. Ils sont bien plus respectueux.

- Les chiens ? je fais avec horreur. Oh, non ! Les chats sont biens supérieurs aux chiens ! Ils sont bien plus… Indépendants, fiers et mystérieux que tes chiens qui sont toujours contents et remuent leur queue de manière stupide.

Harry lève les yeux au ciel.

- Le chat est un animal bien trop prétentieux pour moi. Alors qu'un chien est toujours loyal et fidèle ! argue t-il.

Nous continuons de nous chamailler quelques minutes à ce sujet, avant que la discussion ne se redirige sur le sujet de ma cure de désintoxication.

- Je me suis inscrit dans cette clinique dont je t'avais parlé, je l'informe. Ce n'est pas très loin du quartier où nous habitons.

- Je passerais te voir alors, affirme Harry. Tiens d'ailleurs, ça me fait penser…

Il attrape son curieux petit paquet cadeau.

- Je me suis dit que tu ne pourrais pas lutter contre ton addiction sans une petite aide… fait-il en me le tendant.

Je l'ouvre et y découvre à l'intérieur une boîte de mes chocolats préférés.

- Pour quand ça n'ira pas… souffle Harry. Le chocolat est le meilleur remède contre presque tous les maux. C'est un vieil ami à moi qui me l'a appris.*

- Harry, tu… Merci… D'être là, je murmure.

- C'est normal, souffle t-il. Je sais qu'on s'est disputés… Mais pour autant, je veux que tu saches que je serais là pour toi au cours de cette épreuve.

Nous échangeons un long regard. Un regard qui en dit plus long que toutes les paroles.

Et là, dans ses yeux verts brillants, dans ses yeux qui me fixent avec tendresse, je vois.

Je vois toute l'affection, tout l'amour contenu.

Et soudain je sais que rien ne sera insurmontable.

Parce qu'Harry m'aime encore.


* Lupin, bien entendu !