Note : Et ce chapitre tombe à pic puisque votre humble auteur vient de postuler... DANS UNE BOITE DE PUB !
Merci à tous ceux qui ont reviewé, aimé, suivi... Comme toujours, ça me fait chaud au coeur !
Chapitre 17 : Un monochrome romantique
Bonjour à tous, c'est Drago Malefoy en direct de la clinique des Rosiers ! Et c'est une matinée mortellement ennuyeuse qui se profile à l'horizon (un peu comme tous les matinées ici…) ! Tiens, mais que vois-je ? Une porte qui s'ouvre à la volée ? Va t-il finalement se passer quelque chose d'excitant ici ?
"Il me casse les couilles, le doc ! s'exclame Millicent en s'asseyant sur sa chaise. Il ne veut toujours pas que je sorte ! Je lui ai dit que j'étais guéri, pourtant.
Elle rajuste sa jupe d'un geste rageur avant de croiser les jambes, un air profondément contrarié sur le visage.
- Mais non, la contredit Luna avec un air rêveur, tout en rajustant ses lunettes à monture multicolore. Il a parfaitement raison. Tu as encore un Joncheruine en toi.
Millicent la foudroie du regard.
- Ton Joncheruine, tu sais où tu peux te le mettre, Loufoca ? s'écrie t-elle de sa voix stridente.
- Du calme ! j'interviens avant que la discussion ne parte en bagarre comme la dernière fois. Millicent, si le doc a dit que tu devais rester, il a probablement raison. Et Luna, tu sais très bien que les Joncheruines n'existent pas.
Pour toute réponse, elle écarquille ses yeux, comme si douter de l'existence des Joncheruines était la plus grande hérésie qu'elle ait jamais entendu.
Totalement barrée, celle-là…
Millicent, de son côté, a toujours l'air aussi prête à l'étriper. On dirait Dolores et Padma aux heures de leurs grandes disputes.
Si quelqu'un m'avait dit que la vie en centre de désintox était encore plus folle qu'à Nimbus, je ne l'aurais pas cru. Mais il semblerait que rien, pas même la vie en agence de pub, ne vous prépare jamais à rencontrer des spécimens comme Millicent et Luna.
- Bonjour tout le monde ! fait soudain la voix enjouée de l'infirmière, Madame Chourave, qui coordonne notre groupe de parole. J'espère que vous allez tous bien depuis jeudi ! Je suis contente de vous revoir.
- Pas nous, grommelle Millicent dans sa barbe tout en croisant les bras.
Mon Dieu… Cette séance va être longue...
- Bon, fait Chourave en s'asseyant. Qui veut parler en premier et partager avec nous ses progrès ?
Un grand silence lui répond. Comme d'habitude, personne n'a envie de participer. En même temps, ce serait pour dire quoi ? Ce matin j'avais tellement envie de sniffer de la coke que j'ai failli agresser mon bol de céréales ?
(True story. Je sais, ma vie est pathétique.)
- Ah ! Mais j'oubliais, s'exclame Chourave en se frappant le front. Quelle étourdie ! Nous avons un petit nouveau, aujourd'hui ! Tu veux bien te présenter… huuum… Cédric, c'est ça ?
Un type de l'autre côté de la salle se lève. Il a l'air d'avoir à peu près mon âge, et aborde une barbe mal taillée. Il a les yeux injectés de sang, comme s'il sortait tout juste d'un bad trip. Son visage me dit vaguement quelque chose…
Oh p****, mais c'est Diggory ! J'ai bien failli ne pas le reconnaître ! Il a l'air d'une épave…
- Alors moi c'est Cédric… commence t-il.
- Bonjour Cédric ! répond en choeur le groupe avec un enthousiasme digne d'un enterrement.
Après les alcooliques anonymes… Je vous présente les junkies anonymes. Ouverts tous les mardis de 10 à 11 heures.
- J'ai vingt-huit ans et je suis ici parce que je suis accro à la coke, lâche t-il, laconique, un air profondément blasé sur le visage.
Puis, sans attendre, il se rassoit, défiant Chourave du regard de lui demander quoique ce soit d'autre.
- Bien, bien, bien, s'enthousiasme Chourave. Alors, qui veut partager son expérience de cette semaine avec nous ?
Elle jette un oeil à l'assistance qui l'entoure, à la recherche d'un visage plus avenant que les autres. Peine perdue. Tout le monde regarde ailleurs, pour ne pas être interrogé. On dirait une classe de collégiens.
- Millicent ? demande t-elle finalement avec un petit sourire crispé.
- Qu'est-ce que vous voulez qu'je vous dise ? grommelle Millicent avec humeur. Moi, je voulais sortir aujourd'hui, mais le doc veut pas.
Pour montrer son mécontentement, elle shoote dans la chaise de son voisin de droite, qui n'ose même pas protester.
- Je suis sûre que le docteur Dumbledore a une excellente raison pour te garder ici, répond Chourave sur un ton réconfortant. Tu dois lui faire confiance ! Et je te rassure, nous pensons tous que tu es en très bonne voie de progression !
- C'est ça… Vous me dites ça depuis trois semaines. J'en ai marre de vous et de cette bande de junkies, s'agace Millicent.
- Eh, toi aussi t'es une junkie ! rétorque un type de l'autre côté de la salle.
- J'avoue, arrête de te croire supérieure à tout le monde, renchérit un autre, un ancien héroinoman qui ne peut pas supporter Millicent.
- Moi, je prenais juste du LSD, se défend t-elle. Rien à voir avec vos histoire de merde d'héroïne.
Eh c'est reparti… 2361ème épisode de "Pourquoi Millicent ne devrait pas être ici parce qu'elle n'est pas du tout accro à la drogue, non, elle ne fait juste qu'en parler toute la journée mais à part ça elle est totalement clean".
- Bon, on va pas partir dans une comparaison des drogues, non plus ? je m'agace.
- Toi, le coké, ta gueule, rétorque le premier type. Les petits riches qui sniffent de la poudre, on les connait… C'est à cause de connards comme vous qu'on est tous dans la merde. Bande de suppôts du capitalisme !
Oh non, pitié… Ne me dites pas qu'en plus d'accueillir des junkies, cet hôpital abrite aussi des communistes… On va jamais s'en sortir.
- Ouais, ça je te confirme qu'on est des connards, intervient soudain Cédric qui semble s'être réveillé de sa torpeur. Moi, je gagne 15-K mensuels. Sans compter la voiture de fonction, les stocks options et le parachute doré. Je suis un connard et je t'emmerde. Profond.
- Sale merde ! siffle le type.
- Mais une merde avec de la thune.
Je vois Chourave commencer à suer à grosses gouttes. La situation risque de méchamment dégénérer si personne ne s'interpose. Encore une remarque provocatrice de Cédric et je crois que le type l'étrangle sur le champs.
- Pourquoi se chamailler de cette manière ? intervient soudain la voix, douce et rêveuse, de Luna. Nous sommes tous unis dans cette souffrance. Aidons-nous mutuellement à nous débarrasser de ces Joncheruines qui se sont emparés de nous…
- Les Joncheruines, c'est comme ça que tu parles de l'héro ? s'amuse une autre fille à gauche de Millicent.
- Bien sûr que non, balaye Luna d'un revers de main. Ca n'a rien à voir.
- Par contre il faut avoir pris de l'héro pour les voir, ironise Millicent.
- Formidable, formidable, s'enthousiasme Chourave. Vous voyez que vous avez plein de choses à dire. Alors euh… Monsieur Harper, c'est ça ?
Elle s'adresse à un type taciturne à côté de Cédric, et lui demande de raconter sa semaine et les difficultés qu'il a pu rencontrer.
Le reste n'est pas très intéressant. Pour passer le temps qui semble interminable, je m'amuse à imaginer les gens qui m'entourent dans des pubs pour voiture (Cédric serait terrible pour vendre des BM et Millicent des Renault). A la fin de la séance, Chourave se dirige directement vers moi, avant même que j'ai le temps de me lever de mon siège.
- Monsieur Malefoy, me fait-elle avec un grand sourire bienveillant. Je tenais à vous dire que le Docteur Dumbledore et moi-même sommes très fiers de vos progrès…
- Euh… Merci ?
- Et c'est pourquoi nous avons décidé de vous accorder la faveur que vous nous aviez demandé la semaine dernière. Vous aurez donc quartier libre samedi après-midi.
- C'est vrai ? j'exulte (ça doit faire trois semaines que je leur demande le droit de sortir). Oh trop bien !
Pour un peu, j'aurais envie de prendre Chourave dans mes bras et de lui faire un gros câlin. Trois semaines coincé dans cette clinique, avec pour seule compagnie décente Millicent et Luna (c'est pour dire….), j'étais vraiment en train de péter un câble.
Plus tard, à la cantine de la clinique
"Tu sais ce qui me manque le plus de notre période en école de commerce ? demande soudain Cédric en mordant dans sa pomme.
Hum… Voyons voir…
Les ventriglisses avec des extincteurs ? Le restau universitaire hors de prix ? Les campagnes BDE où tu bouffes des crêpes Nutella toute la journée ? Les capotes gratos ? Les profs qui se la racontent parce qu'ils ont bossés chez LVMH ? Les soirées jusqu'à huit heures du mat ? Les cours avec des noms bullshit genre "Optimisation des interfaces intégrées de la supply chain" ? Les rails à trois heures du matin ? Les pâtes matin-midi-soir quand t'as plus de thunes à la fin du mois ou juste la flemme de faire les courses ? Les forums d'entreprises où tu lèches les couilles des RH des plus grosses boites CAC40 ? Les inconnus que tu ramènes dans ta chambre pour baiser comme des porcs ?
Ou peut-être simplement…
- L'insouciance, je réponds.
Cédric arque un sourcil surpris.
- Ouais, pas faux, reconnait-il. Mais j'allais dire le fait qu'on s'ennuyait jamais. Toujours une association, une soirée, un événement, n'importe quoi pour s'occuper. Maintenant, j'ai l'impression de passer mon temps à m'ennuyer… Mon boulot, c'est toujours la même chose.
- Viens travailler dans la pub alors.
- Je suis pas fou non plus.
- C'est parce que tu ne t'en donnes pas les moyens. (Tout le monde peut être fou s'il s'en donne les moyens, c'est bien connu.) Tiens d'ailleurs, ça me fait penser : j'ai besoin de conseils d'un type pas fou.
- Vas-y.
- Où est-ce que tu emmènerais un type que tu aimes vraiment bien samedi aprèm ?
- Je n'ai jamais rencontré un type que "j'aime vraiment bien". Seulement des types que "j'aime bien". C'est pour ça que ça n'a jamais marché… souffle t-il, pensif. Mais je crois que je l'emmènerais au vernissage de Karevitch, le "nouveau génie de l'art moderne" (selon l'Obs).
J'écarquille grand les yeux.
- T'es branché art moderne toi ?
- Voyons Drago, depuis quand les vernissages sont à propos d'art ? Bien sûr que non ! Les gens y vont pour bouffer des petits fours hors de prix et ricaner devant des toiles blanches qui valent deux millions d'euros. Il n'y a pas plus romantique, je t'assure.
Le samedi
"Tu as l'air en forme, remarque Harry en guise de préambule alors que je me glisse dans sa voiture.
- Merci d'être venu me chercher, je réponds simplement en m'affalant sur le siège en cuir.
Il hausse les épaules, comme pour signifier que ce n'est pas grand chose. Aujourd'hui, il porte une chemise à carreaux dont les manches sont retroussées sur ses avants-bras. J'ai terriblement envie lui arracher.
Du calme, Drago, du calme...
- Désolé de ne pas être passé cette semaine, mais j'étais vraiment super occupé. On contrôle les comptes d'une grosse boîte en ce moment et…
- Hey, hey… je fais. Harry, on sort plus ensemble, tu n'as rien à me promettre ! Je peux comprendre que tu sois occupé ! Et puis, tu es dispo cet après-midi, c'est ce qui compte.
- Je ne pouvais pas louper ta première sortie… admet-il avec un petit sourire gêné.
C'est étrange, cette situation. Pour un peu, j'aurais l'impression qu'on est de nouveau en couple.
Je veux dire, objectivement, on fait tout comme un couple. On se voit régulièrement, on s'envoie des messages toutes la journée, on veut toujours avoir des nouvelles de l'autre, et quand on se voit, l'affection entre nous est palpable.
Sauf qu'on n'est PAS en couple.
Et ça, je dois m'efforcer de m'en rappeler à chaque seconde qu'on passe ensemble.
Ce qui, en plus du sevrage de coke, peut s'avérer plutôt exténuant.
- Bon alors, tu m'emmènes où ? demande t-il, cette fois-ci avec un air de gamin surexcité.
- Surprise ! je fais avec un petit sourire malicieux. Je ne te dirais pas tant qu'on n'est pas arrivé. Tourne à droite.
Au bout d'une dizaine de minutes, nous arrivons enfin devant la galerie qui accueille l'exposition. Harry fronce les sourcils.
- Je te préviens, si c'est encore une de tes expos sur la publicité au temps de l'ère digitale, je…
- Non, non, je lève les yeux au ciel. J'ai bien compris que mes délires de publicité te barbaient. Cette fois-ci, c'est beaucoup mieux ! C'est un vernissage d'une expo d'art moderne.
Harry prend un air perplexe.
- Rien à voir avec la pub ? insiste t-il sur un ton suspicieux.
- Absolument rien du tout, je promets. En fait, on s'en fout de l'expo. Ce qui compte, c'est qu'il servent des toasts au foie gras.
Je vois ses yeux s'illuminer d'un coup à la mention du buffet qui nous attend.
- Ah, mais tu aurais du commencer tout de suite par là… fait-il avec un air malicieux. Tout à coup, je me sens beaucoup plus intéressé par l'art moderne…
Quelques minutes plus tard nous sommes en train de contempler un monochrome, deux petits fours et une coupe de champagne dans les mains.
- Magnifique, n'est-ce pas mon cher ? je demande en imitant la voix d'un amateur d'art moderne prétentieux.
- Splendide, répond Harry, entrant dans mon jeu. On sent réellement l'intention de l'auteur. Cette représentation à la fois si juste et si touchante du vide… Ce vide en chacun de nous…
J'étouffe un rire.
- Tu devrais bosser pour une galerie d'art. Ils ont besoin de type comme toi pour trouver une raison d'être aux toiles et à leur prix indécent, je remarque avec ironie.
- A ton avis celle-ci vaut combien ? C'est quand même juste une toile que le mec a peint en blanc…
- Il commence à être très reconnu donc je dirais… Deux millions ?
Harry écarquille les yeux.
- C'est vraiment n'importe quoi, déclare t-il, outré.
- En même temps, depuis quand on vit dans un système où tout est logique ? je fais en haussant les épaules. C'est la loi du marché.
- Merci Drago pour l'instant cynisme, s'amuse Harry.
Je lui envoie un clin d'oeil moqueur.
- A ton service.
Harry attrape deux toasts au saumon avant de demander.
- On sort un peu ?
Une fois dehors, je décide d'allumer une clope. Oui, il faut bien remplacer la coke par quelque chose hein…
- Déjà fatigué par l'expo ? je l'interroge sur un ton taquin.
- Mouais, je n'ai jamais été très convaincu par l'art moderne de toute façon, grommelle t-il.
- Tu fais un truc de soir ? je demande, l'air de rien, changeant de sujet pour quelque chose qui m'intéresse bien plus.
Il a l'air surpris. Il fronce les sourcils.
- N… Non, rien de particulier. Pourquoi ?
- Eh bien… Il se trouve que j'ai réussi à avoir ma soirée aussi…
- Drago… soupire t-il, se renfermant soudain d'un coup. Tu ne devrais pas en profiter pour voir tes amis ?
Son attitude a complètement changée à l'évocation de la soirée. Je ne comprends pas… Qu'est-ce que j'ai dit qui n'allait pas ?
- Mais… je proteste. C'est avec toi que…
- Non, non… Drago écoute, on n'est plus en couple.
- Je sais, je me contente de répondre. Je suis parfaitement au courant.
- Je… Je ne peux pas. Je suis désolé.
Il détourne la tête en prononçant la dernière phrase, comme s'il avait peur d'affronter les conséquences de ses paroles. Comme s'il avait peur de voir la déception sur mon visage.
- Harry, pourquoi tu réagis comme ça ? Je ne comprends pas… je souffle.
- Parce que… Parce que je ne veux pas que tu crois que…
- Que je crois quoi ? je le coupe. Qu'on va se remettre ensemble ? Rassure-toi Harry. J'ai bien compris que c'était mort.
La seconde où la phrase sort, je la regrette immédiatement. En plus, ce n'est même pas vrai.
- Dans ce cas, si c'est mort… souffle Harry, un air à la fois peiné et furieux sur le visage. Autant que je m'en aille maintenant.
- Mais…
J'ai à peine le temps de protester que déjà Harry a disparu.
Eh merde… Quel con !
