Mór Bráthair
Chapitre 5 – Vongola Part II
Warning: T
Disclaimer : Reborn et ses personnages ne m'appartiennent aucunement, seul Kieran est ma propriété.
Bêtas Readers : Keiyner & ma Môman ~
Résumé : "Dis Squalo, il est où grand-frère ?" "Il est tombé dans un congélateur..." Puis huit ans passèrent, et tout a dérapé...
Informations : Encore un chapitre assez cool et sympa, j'espère qu'il vous plaira !
Lilly (Guest) : Déjà merci beaucoup pour ta review, elle m'a fait grandement plaisir ! Alors, je n'ai pas trop l'habitude de répondre aux reviews ainsi, mais au vu de ta question, je fais confirmer la règle de l'exception pour te répondre =p Donc, en ce qui concerne ce fameux doute par rapport au soir ou Ryohei a ramené Kieran chez lui, la réponse arrivera dans les prochains chapitres. Beaucoup d'autres réponses viendront d'ailleurs au fil de la lecture ;)
J'en profite également pour remercier tous les Guests qui me laissent des rewiews, sachez que ça me fait très plaisir ! Seulement, comme je l'ai dit, je n'ai absolument pas l'habitude de répondre aux reviews dans mes chapitres et je préfère le faire en privé =) De fait, n'hésitez pas à vous enregistrer sur le site ou à laisser une petite adresse mail pour que je puisse vous répondre ! ^^
Allez j'vous embête pas plus et j'vous laisse lire la suite de cette histoire ! Bonne lecture !
Choqué, Kieran regarda le Neuvième du nom par-dessus son épaule, ne parvenant pas à croire qui se tenait réellement là. Il comprenait de moins en moins ce qu'il se passait, son père n'était-il pas censé être en Italie, à diriger la Famiglia ? Alors que faisait-il ici ? Cette situation semblait de plus en plus irréaliste, et une sensation cotonneuse envahit son corps, le forçant à faire moult efforts pour rester debout.
Naoko regarda également le vieil homme, se demandant si ce dernier aimait particulièrement la plaisanterie, ou s'il était juste un très mauvais farceur. Il était totalement impossible qu'une personne âgée soit le père de Kieran ! Franchement, il l'avait trouvé où celle-là ? Un petit rire nerveux passa la barrière de ses lèvres, mais elle se reprit bien vite devant les regards noirs qu'elle reçut.
-C'est impossible ! finit-elle par répondre. Son père est en Italie et son frère est mort ! contre-attaqua-t-elle. Par pitié Kieran, tu ne vas pas croire ce que ces gens te disent ! Viens Kieran, on rentre à la maison ! ordonna-t-elle.
La voix de la rousse sortit l'adolescent de ses réflexions, et il posa un regard un peu perdu sur elle, avant de saisir toute la portée de ses paroles. Il fronça les sourcils, alors qu'il sentait son cœur sur le point de s'emballer. Puis il fit non de la tête, avant de reculer d'un pas devant le bras tendu de la jeune fille, se retrouvant de fait avec le dos collé à la poitrine de son père. Et la chaleur qu'il ressentit à ce contact rompit le contrôle qu'il s'exerçait de maintenir, son cœur partant au quart de tour pour une chevauchée épique. Il avait l'impression d'avoir un étalon sauvage dans la poitrine. Combien de temps depuis la dernière fois qu'il avait senti cette chaleur contre lui ? Qu'est-ce que ça faisait déjà quand ces bras se refermaient autour de son être ?
Instinctivement et sans s'en rendre compte, Kieran referma un bras autour de son torse, refermant ses doigts autour de son autre bras. Quelques gouttes de sueurs commencèrent à perler sur sa peau soudainement plus pâle en même temps qu'il avait l'impression tout à coup de manquer de souffle. Il commença à respirer plus vite, cherchant de l'air sans en trouver suffisamment. Il regarda rapidement autour de lui, à la recherche de quelque chose à laquelle se raccrocher avant de tomber, ses jambes tremblantes ne le supportant plus que faiblement.
-Kieran ? Kieran regarde-moi ! l'appela une voix de femme.
Relevant faiblement la tête, chacun put voir son regard azur emplit de terreur, avant que les yeux bleus ne se fixent sur la rousse.
-Kieran, l'interpella doucement cette dernière. Ça va aller, on va rentrer et tout va aller mieux, continua-t-elle sur le même ton.
Sauf que la réaction fut loin d'être celle qu'elle attendait, et le jeune brun se mit à secouer fébrilement la tête en signe de négation. Non il ne voulait pas rentrer ! Car s'il rentrait avec elle, sa voudrait dire qu'il abandonnait sa famille, encore une fois, et il ne voulait pas, pour rien au monde ! Maintenant qu'elle était enfin complète, il ne voulait plus qu'une seule chose : rattraper le temps perdu. Or, s'il rentrait, qu'est-ce qui ne lui disait pas qu'on allait l'enfermer ? L'empêcher de revoir son frère, son père ?
Puis ce fut trop, son esprit et son corps lâchèrent prise, soudainement. Ses yeux se révulsèrent et il sombra dans l'inconscience, tombant contre le torse de son paternel. Ce dernier referma immédiatement ses bras autour du corps de son fils, l'empêchant de dire bonjour au sol. Naoko voulut aussi se précipiter vers celui qu'elle considérait comme un petit frère, mais un simple regard du brun aux cicatrices suffit à la figer sur place. Xanxus laissa par contre les infirmiers prendre Kieran en charge, ce dernier ayant visiblement besoin de soins, et bordel il venait vraiment de...tomber dans les pommes ?!
Le boss de la Varia jeta un nouveau regard assassin sur la rousse. Qu'est-ce cette famille de déchets avait osé faire à son frère pour le rendre aussi faible ? Il se souvenait d'un petit garçon intrépide, qui n'avait peur de rien et qui n'hésitait pas à désobéir aux règles. Et là qu'est-ce qu'il retrouvait ? Un ados chétif sur les bords, qu'une simple baffe semblait pouvoir faire valser, et qui tombait inconscient comme une foutue gonzesse ? Il allait y avoir deux ou trois petites choses à mettre au clair là ! Mais plus tard, un docteur venait d'entrer dans la chambre ou son frère était installé pour l'ausculter.
Remettant ses idées de meurtre à quelques minutes plus tard, il se dirigea vers la chambre pour observer l'homme soulever les paupières de son cadet, prendre son pouls et écouter sa respiration. Enfin le médecin se tourna vers eux, confiant quant à l'état de l'adolescent. Apparemment, il semblait aller bien, c'était déjà ça, restait à savoir pourquoi il était tombé dans les vapes !
-Tout va bien, confirma l'homme en blouse blanche, c'est juste une petite syncope. Est-ce qu'il a récemment été soumis à une forte période de stress ? demanda-t-il.
-Cela fait environ une semaine qu'il agit bizarrement, indiqua Naoko.
Tout le monde posa son regard sur la rouquine qui avait réussi à surmonter sa peur pour s'approcher, son inquiétude étant plus forte. Et sa réponse en surprit plus d'un, une semaine ? Cela correspondait au début de la bataille des anneaux, il y aurait-il un lien ? Décidément, il y avait de plus en plus de zones d'ombres dans cette histoire ! Xanxus nota d'éclaircir tout ça une fois sûr que son frère allait bien.
-Bizarre comment ? questionna le docteur.
-Hé bien...il était presque constamment dans la lune, même en cours, ce qui ne lui était encore jamais arrivé, dit-t-elle. Et puis, il y a eu sa crise d'il y a deux jours, continua-t-elle, c'était la première fois que ça lui arrivait. Il a...complètement disjoncté, et a commencé à se blesser lui-même, ce sont les blessures que vous voyez sur sa tête et ses mains, expliqua-t-elle.
Ainsi donc Kieran s'était fait ces blessures lui-même. Encore autre chose à expliquer, pourquoi diable le gamin s'était-il automutilé ?
-Vous connaissez la raison de cette crise ? enchaîna le médecin.
-Il n'a jamais voulu dire pourquoi, répondit la jeune femme.
-Je vois... Et a-t-il dormi cette nuit ? questionna encore le doc.
-Presque pas, intervint cette fois Dino. Il est resté éveillé une bonne partie de la nuit, avant de sombrer il y a environ deux heures, informa-t-il.
-Bien, dit l'homme à la blouse. Rien de très inquiétant, hormis cette crise, son organisme n'a simplement pas supporter tout ça et il est tombé inconscient. Il ira mieux après une bonne période de repos ! Est-il suivi par une psychologue ?
-Oui, par Mme Kawamori, lui dit Naoko.
-Très bien, je vais l'appeler de suite pour l'informer du dossier. Je vais également mettre ce jeune homme en arrêt maladie, il va avoir besoin de repos pour éviter une autre crise.
Sur ce, l'homme repartit pour s'occuper de ses affaires, et à peine les eut-ils quittés, que la rousse fut violemment plaquée contre un mur et maintenue d'une main de fer. Un hoquet de peur lui échappa sous le regard assassin incandescent du grand-frère de Kieran. Personne n'avait vu le coup venir et si certains voulurent tenter de venir en aide à la jeune femme, ils furent arrêtés par une flamme de fureur apparue sur la main de Xanxus. Mieux valait ne pas contrarier ce dernier pour le moment, ou la clinique entière en ferait les frais...
L'heure des comptes et des explications était venue.
-Qu'est-ce que vous lui avez fait ? demanda-t-il abruptement.
Il n'était pas difficile de deviner de qui il parlait, une seule personne comptant suffisamment à ses yeux pour qu'il se mette dans une colère noire à son propos. En étaient témoins les cicatrices qui commençaient doucement mais sûrement à apparaître de nouveau sur son visage.
-Mais...rien ! se défendit la rousse.
-Ne mens pas, la prévint-il.
-Je ne mens pas ! persista la jeune femme.
-Vous en avez fait un faiblard ! explosa l'assassin.
Et c'était ça qui le contrariait le plus au final, que son adorable petit frère soit devenu une gonzesse ! Alors qu'il aurait dut devenir un homme fort et sûr de lui, capable de palier à n'importe quelle situation, il était désormais tout le contraire ! Comment une telle chose avait-elle pu être possible ?
-Kieran n'est pas un faiblard ! gronda à son tour Naoko. Nous nous en sommes occupé pendant plus de sept ans alors que sa famille l'avait abandonné ! Nous l'avons éduqué pour en faire un homme respectable ! Pas un idiot irresponsable ! cria-t-elle en appuyant son doigt sur le torse de son agresseur.
Est-ce qu'elle venait de traiter le chef de la Varia d'idiot irresponsable ? Et d'avoir de surcroît abandonné son frère ? La seule chose qui l'empêcha de cramer définitivement cette donzelle fut la voix du Neuvième.
-Suffit ! ordonna ce dernier.
Et lorsque chacun posa ses yeux sur le Vongola Nono, personne n'osa plus parler, car si quelques instants auparavant ils avaient été en présence d'un père de famille, ils étaient maintenant devant le chef de la Famiglia, et la légère flamme de la dernière volonté allumée sur sa canne mit tout le monde au pas. Ainsi Timoteo posa un regard sévère sur la jeune femme, qui devait sans doute être sympathique en d'autre temps, mais par l'accusation qu'elle portait sur Xanxus, elle l'accusait lui aussi. Or ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait accepter, pas quand on portait un jugement erroné, qui plus est sans rien savoir.
-J'ai été le seul décisionnaire de placer Kieran au sein de votre famille pour son propre bien, expliqua-t-il d'une voix sévère. Je vous remercie de vous en être occupé durant tout ce temps, mais il est désormais temps pour lui de rentrer avec nous, trancha-t-il. Dino-san, enchaîna-t-il pour palier à toute protestation, voudriez-vous bien raccompagner cette jeune fille ?
-Bien entendu, répondit le blond.
Le boss Cavallone se dirigea vers la rouquine, un sourire enjôleur aux lèvres, et la prit gentiment par les épaules pour la libérer de Xanxus. Ce dernier étant désormais concentré sur son père il ne fut pas difficile de lui arracher sa victime.
-Venez avec moi, lui dit-il doucement.
Elle voulut protester, mais il lui mit un doigt sur les lèvres pour lui intimer le silence, mieux valait ne pas rajouter de l'huile sur le feu. Elle sembla comprendre et garda donc les lèvres closes, suivant bien sagement le Cheval Ailé. Ce ne fut qu'une fois sur le pas de la clinique qu'elle reprit la parole en se tournant vers le mafieux.
-Je vais prévenir la police vous savez ? le prévint-elle.
-Je suppose qu'il ne sert à rien de vous dire que cela est inutile, répliqua-t-il.
-Comme si j'allais vous laisser enlever un enfant.
-Vous semblez réellement vous inquiétez pour lui, c'est touchant.
-Bien sûr, il est comme mon petit frère !
-Mais il a désormais son grand-frère et son père avec lui, êtes-vous certaine qu'il reviendra avec vous ?
Naoko pinça ses lèvres de frustration et de colère, tout en jetant un regard noir à son interlocuteur. Ce dernier ne se laissa nullement démonté, Reborn était bien pire que cette demoiselle !
-Vous savez, reprit-il, moi aussi au début j'ai eu du mal à croire qu'il était le fils d'un homme aussi influent. Puis en regardant dans ses affaires, j'ai trouvé ceci, dit-il en sortant une photographie de sa poche intérieure.
Il tendit alors le cliché à la jeune femme qui l'attrapa avec fébrilité pour le regarder. Ses yeux s'écarquillèrent en reconnaissant le vieil homme assis sur un fauteuil, et le brun avec les plumes à côté de lui, mais sans cicatrices. Et dans les bras de ce dernier, un petit garçon qu'elle reconnut sans mal. Ainsi, c'était vrai ? Si Kieran avait cette photographie dans ses affaires, c'était sûrement qu'il s'agissait de sa famille. Sans qu'elle ne puisse les retenir, des larmes commencèrent à couler sur ses joues, elle mit même une main devant sa bouche pour retenir un hoquet. Une flopée de sentiments, tous différents, monta en elle.
Culpabilité. Elle avait tenté de séparer l'adolescent de sa famille enfin retrouvée, passant sans doute pour un monstre. De quoi avait-elle l'air maintenant ? Et en plus elle les avait insultés et menacés, elle leur avait totalement manqué de respect.
Joie. Finalement le grand-frère de Kieran était en vie. Combien de fois en avait-il rêvé ? Combien de fois s'était-il réveillé en pleurant parce qu'il venait de revenir dans une cruelle réalité ? Combien de fois avait-il espéré ce jour sans oser y croire officiellement ? Même son père était de retour pour s'occuper de lui, pouvait-on espérer plus beau dénouement ?
Tristesse. Cela voulait-il également dire que le jeune garçon allait les quitter définitivement ? Ne le reverrait-elle jamais ? Après avoir passé tant d'années avec lui, elle aimerait pouvoir continuer à le voir de temps en temps, avoir des nouvelles, savoir s'il allait bien, ce qu'il devenait. Après tout pour elle il était devenu comme un petit frère, même si lui refusait de les voir comme une famille.
Doute. Mais au final le choix revenait à l'adolescent, et après avoir renié sa famille après tant d'années, est-ce que ça irait pour lui ? Saurait-il se réintégrer correctement ? Elle se souvenait de ses débuts difficiles à la maison, est-ce que ces gens sauraient recréer l'exploit de calmer le brun ? Et si malgré tout il revenait vivre avec sa famille d'accueil, comment cela se passerait-il ? Ce vieil homme avait-il vraiment le droit de décider pour lui, pour tout le monde ?
Deux bras se refermèrent autour d'elle et la rouquine se retrouva coincée contre un torse puissant. Elle y enfouit son visage pour y pleurer, et s'agrippa à la veste de l'homme comme un naufragé se serait accroché à une bouée.
-Tout va s'arranger, ne vous inquiétez pas, murmura le chef Cavallone.
Et Dino garda la jeune femme contre lui pour la consoler, parce qu'il ne pouvait décemment pas laisser une demoiselle en détresse –son honneur de mafieux en prendrait un coup ! Et puis, maintenant les choses ne pouvaient qu'aller mieux, après tous ses malheurs. De disait-on pas qu'après la pluie venait le beau temps ? Vieux proverbe français qui se révélait souvent juste.
L'écho d'une explosion dans son dos le fit quand même douter. Ce s'rait déjà pas mal si cette clinique survivait pour commencer...
Les mots du Neuvième forcèrent Xanxus à changer de cible et ce fut désormais sur le vieil homme que son regard incandescent se posa. Ainsi c'était lui qui était à l'origine de toute cette merde ? Sans déconner, il n'aurait pas tapé un peu trop fort dessus pour qu'il en arrive à pareil foutoir ? Il lui avait faire perdre autant de neurones que ça ? A moins qu'il n'ait choisi de se venger sur Kieran pour ce que lui-même avait fait, mais c'était très loin d'être le genre du Boss des Vongola. Restait le cerveau qui partait en couille, seule explication plausible selon lui.
-Tu m'expliques le vieux ? commanda-t-il plus qu'il ne demanda.
De toute façon, soit on lui répondait, soit il se défoulait sur quelqu'un, la clinique –sauf la chambre de son frère– et sans doute les maisons voisines. Et pour information, il s'en foutait royalement de la montagne de papiers qui arriverait sur son bureau et celui du Neuvième, déjà parce que les siens c'est Squalo qui allait les refourguer, et ensuite ça ferait une petite vengeance contre son père pour l'avoir transformé en Mister Freeze. Bon ok, il l'avait enfermé dans Mosca en retour, mais ça comptait pas vraiment, une dizaine de jours contre huit ans ça se valait pas !
En face de lui, Timoteo soupira, cherchant le meilleur moyen d'aborder le problème sans que son interlocuteur lui saute à la gorge, car soyons honnête, il n'avait absolument aucune envie de se battre à nouveau contre Xanxus ! Ils étaient tous les deux affaiblis, dans un hôpital, et proches de la chambre de Kieran qui se reposait. Sans oublier que s'il venait à être de nouveau obligé de geler Xanxus, le petit brun sombrerait sans doute définitivement dans la folie, et quand on voyait ce que ça donnait quand il faisait juste une petite crise... Non vraiment, son cadet avait déjà largement assez souffert de tout ça.
-Environ six mois après ta tentative pour me renverser, commença-t-il prudemment, Kieran a subitement arrêté de parler, du jour au lendemain. Il a vu les meilleurs médecins, mais sans succès, la cause étant dès lors sûrement psychologique. Puis il a commencé à s'isoler de plus en plus, j'ai donc décidé de l'éloigner quelques temps du manoir, espérant que ça lui ferait du bien de changer d'air.
-Quelques temps ? reprit Xanxus, soupçonneux.
L'autre rouquine de mes deux n'avait pas dit que ça faisait sept ans que Kieran était avec elle ? Soit elle avait menti, soit le Nono Vongola avait une appréciation très à lui de "quelques temps".
-Il continuait à venir pendant les vacances, mais restait toujours aussi distant. Puis tout à coup il a décidé de ne plus venir, allant jusqu'à finalement couper tout contact. Cela fait sept ans que je ne l'avais pas revu, et trois ans que je n'avais des nouvelles que par les services grâce auxquels je l'avais placé.
Quelque part, Xanxus fut fier de son petit frère, heureux que sa disparition l'ait touché au point qu'il rejette l'homme qui en était responsable. Mais c'était tellement faible, que ce qui prit le pas fut à nouveau la colère, sourde et incontrôlable, parce que ça le foutait vraiment en rogne que son cadet ait ainsi été écarté de la vie de la Famille. Bordel, d'où personne n'avait été le cherché ? Pourquoi ils avaient les choses dégénérées à ce point ? Comment être sûr que cette famille où il était ne lui avait pas monté la tête avec des histoires bidon ? Et puis surtout...
Sans prévenir, le boss de la Varia enflamma sa main pour tirer en direction de son second, toujours coincé sur son fauteuil roulant. Sous la puissance déployée, ce dernier roula jusqu'au mur, qui ne résistat pas au combo que le véhicule forma avec la flamme, et s'écroula donc sur lui-même. Ainsi la chambre derrière eut-elle droit à un agrandissement express avec le couloir...
-Maa Squ-chan ! ~ Je savais que tu étais pressé de me revoir, mais était-ce vraiment une raison pour détruire le mur ? Il y avait une porte tu sais !
-Ta gueule putain de drag-queen ! Et qu'est-ce tu penses être en train de foutre boss de merde ?!
-Savoir ce que tu branlais putain de Requin !
Et il osait clamer qu'il était son second, alors qu'il avait laissé tout ça arriver ? Et dire qu'il avait un instant escompté que cet abruti d'argenté ait pu s'occuper de son frère, histoire d'en faire un homme. Mais non, ça aurait été trop beau hein ? Au lieu de ça, c'était comme si personne ne c'était réellement occupé du destin de Kieran, et ça avait tendance à le mettre encore plus en colère, preuve en était des cicatrices qui commençaient à apparaître de nouveau sur son visage.
-Qu'est-ce tu crois ? Bien sûr que j'ai réclamé le môme !
A grand coups de hurlements d'ailleurs, mais ça c'était peut-être utile de le préciser. De toute façon le résultat resterait le même...
-Et je lui ais naturellement refusé la garde de Kieran, précisa le Neuvième. Je n'aurais en aucun cas toléré qu'il fasse de lui un second Xanxus, anticipa-t-il quand le regard de son premier fils se posa sur lui.
-Pourquoi, t'avais trop peur qu'il fasse pareil ? rispota le brun aux cicatrices.
-Non, répondit derechef son paternel. Il est n'est pas comme toi, ce n'est pas sa place, encore moins son destin.
Et il savait qu'il n'aurait jamais rien à craindre de son second fils. Ce dernier n'irait jamais réellement à son encontre, il avait un caractère bien trop doux pour cela.
-Alors quoi ? Tu comptais en faire un homme de main inutile ? rétorqua Xanxus avec véhémence.
-J'aurais plutôt escompté qu'il puisse devenir le futur Conseiller Externe, répliqua Timoteo.
Ceci eut au moins le mérite de fermer le clapet à son interlocuteur, qui pour le coup ne sut quoi répondre. Conseiller Externe, vraiment ? Il voulait faire de Kieran le deuxième homme le plus influent de la Famille ? Remarquez, s'il avait réussi son coup d'état, nul doute que c'était ce que Xanxus aurait fait également. Mais là où l'un se serait assuré le soutient du CEDEF en y plaçant son plus jeune frère, le deuxième préférait en faire une réelle tête pensante, indépendante et forte. Le genre de personne qui saurait prendre des décisions en accord ou non avec le prochain boss, mais toujours dans l'intérêt de la Famille.
-Encore faudrait-il rattraper la merde que vous avez foutue ! lança finalement le chef de la Varia.
Puis sans attendre de réponse, il pénétra dans la chambre de son petit frère, histoire de vérifier que tout allait bien et attendre son réveil. Le Neuvième quant à lui soupira et relâcha la pression de ses épaules, le pire avait été évité. Oui, un mur détruit et un Squalo bon pour des soins supplémentaires, c'était vraiment le meilleur scénario possible ! Le pire incluant la disparition soudaine d'une ville, ou au moins une portion. Et aller expliquer ça aux infos ! Enfin, maintenant il pouvait respirer et espérer, à propos de jours meilleurs et d'une famille enfin réunie...
Ses sens s'éveillèrent peu à peu, d'abord son ouïe, le gazouillement lointain des oiseaux, des bruits étouffés de voix, comme s'il était isolé quelque part. Son odorat ensuite, et le parfum agréable d'une fleur, ainsi que la senteur diffuse du désinfectant, lui faisant faiblement froncer le nez. Puis le toucher, celui des draps rugueux sur sa peau, les pansements sur son corps, et surtout, cette main qui passait et repassait tendrement dans ses cheveux, le poussant à se réveiller.
Avec précaution, il ouvrit doucement les yeux, papillonnant des paupières pour s'habituer à la lumière. La première chose qu'il vit, fut une silhouette penchée au-dessus de lui, et il fallut quelques secondes à sa vue pour s'adapter à son environnement et enfin distinguer un visage barré de cicatrices où se reflétaient deux yeux incandescents. Un doux sourire ourla alors ses lèvres, tandis qu'il refermait à demi les yeux sous la caresse qui persistait.
-Te rendors pas Princesse, souffla une voix grave.
Huh ? Princesse ? C'était quoi ce surnom ridicule ? oO
Kieran rouvrit brusquement les yeux, observant son frère avec étonnement, cherchant à comprendre d'où il tirait cette appellation. D'autant qu'il se souvienne, il ne l'avait jamais appelé sauf pour...
-Y'a que les bonnes femmes pour s'évanouir au beau milieu d'un couloir.
Ah ouais nan, il ne rêvait pas, il se foutait bien de sa gueule ! Sans trop réfléchir, Kieran lança instinctivement son poing contre l'épaule de Xanxus. Ce n'était rien de bien méchant, même pas un coup, certainement pas de quoi faire mal, plus une sorte de taquinerie, pour montrer son mécontentement, parce que c'était ainsi qu'il agissait avec ses amis. Son visage affichait une adorable moue boudeuse, alors que son aîné lui lança un regard surpris. Son petit-frère venait-il vraiment de le frapper ? Semblant alors réaliser la portée de son geste, le plus jeune retira son poing comme s'il avait été brûlé, le ramenant contre sa poitrine. Pinçant les lèvres, il détourna le regard, gêné, ne sachant pas trop comment agir.
De son côté, l'ancien candidat Vongola fronça les sourcils, n'étant pas sûr de la façon dont il devait prendre ce geste. Kieran avait-il voulut lui donner un coup ? Le taquiner ? Le pousser ? Autre chose ? Alors il décida de ne pas réagir, observant simplement son cadet. Et plus il le regardait, plus il se rendait compte qu'il était face à un inconnu... Oh, il le reconnaissait, les traits de son visage, ses yeux, c'était bien son diablotin de petit frère. Sauf qu'il n'avait plus sept mais quinze ans, et il avait grandi sans lui.
Qu'est-ce qu'il aimait ? Qu'est-ce qu'il mangeait, son plat préféré ? Est-ce qu'il aimait toujours la glace à la fraise ? À quels jeux jouait-il maintenant ? Quel genre de sport pratiquait-il ? Est-ce qu'il savait se battre ? Quelle musique préférait-il écouter ? Avait-il un groupe ou un artiste préféré ? Etait-il déjà tombé amoureux ? Avait-il connu son premier baiser ? Est-ce qu'il connaissait les risques ? N'était-il pas un peu trop jeune pour ça ?
Tant de questions sans réponses, et il se rendait peu à peu compte qu'il ne connaissait rien de la personne à laquelle il tenait le plus. Il était face à un inconnu.
Le fil de ses pensées fut interrompu lorsqu'on toqua doucement à la porte. Sans attendre de réponse, la personne entra directement dans la chambre, souriant doucement aux deux personnes présentes. Ces dernières ayant deux réactions très différentes, car si le premier grogna en apercevant la personne âgée, le deuxième lui sourit timidement.
-Ah, tu es réveillé ! lança joyeusement le Neuvième Vongola.
Laissant la porte se refermer, le chef de la famille s'avança tranquillement en direction du lit. En même temps, Kieran se redressa en position assise, ramenant légèrement ses genoux vers lui, triturant ses doigts de gêne. Il n'était pas sûr de ce qu'il fallait faire. Agir comme avant ? Faire comme s'il était face au boss Vongola ? Après tout, il l'avait rejeté pendant si longtemps qu'il ne serait pas étonné d'être déshérité, surtout qu'il ne connaissait plus vraiment son père. Puis tout à coup, ça lui sauta aux yeux, il ne connaissait plus rien de sa famille, ils étaient devenus des étrangers pour lui, et sûrement le contraire était-il vrai aussi. Et sans qu'il ne puisse les contrôler, des larmes commencèrent à rouler sur ses joues.
Alors, tendrement, Timoteo referma ses bras autour de son plus jeune fils, calant la tête de ce dernier sur son épaule, lui chuchotant de douces paroles rassurantes. Il comprenait la détresse de son cadet, ce n'était pas le genre de situations auxquelles il était préparé. Lui-même ne le reconnaissait plus et savait qu'il lui faudrait apprendre à connaître l'adolescent qu'était devenu le petit brun. Au final, seul Xanxus n'avait pas changé. Mais pour l'heure, il lui fallait déjà calmer et rassurer Kieran.
Là où Xanxus faisait partir ses peurs les plus superficielles, c'était son rôle, en tant que père, de faire disparaître ses peurs les plus effroyables. Là où son grand-frère chassait les mauvais rêves, lui était chargé d'apaiser ses cauchemars. Parce que ce n'était pas d'un simple geste de la main et d'un banal câlin dont le plus jeune avait besoin, mais de plus, de beaucoup plus, de ce que seule la présence d'un père pouvait apporter. Car s'il avait beaucoup grandi, Kieran restait encore un petit garçon, il n'avait que quinze ans. Et même s'il se dirigeait doucement mais sûrement vers l'âge adulte, il n'y était pas encore, et il avait toujours besoin des bras d'un père pour le rassurer.
De son côté, le chef de la Varia n'était pas sûr de la façon dont il devait réagir. Auparavant, il aurait simplement prit le plus jeune dans ses bras, ébouriffé la petite tête brune, essuyer ses larmes et l'aurait fait rigoler pour qu'il oublie ses pleurs. Mais face à un ado, on faisait comment ? Leur père semblait déjà mieux se débrouiller que lui ! D'ailleurs peut-être devrait-il les laisser ? Après tout, ses relations avec le Nono n'étaient pas au beau fixe ! Contrairement à Kieran qui ne semblait pas éprouver de haine particulière envers ce dernier. Et puis, il avait déjà pas mal accaparé son petit frère, et de ce qu'il en savait, le vieux ne l'avait pas vu depuis longtemps.
Sauf qu'il n'eut pas le temps d'esquisser un seul mouvement pour se retirer, qu'une main se glissa dans ses cheveux, le faisant basculer avec autorité contre un torse qu'il n'avait pas rencontrer depuis longtemps ! Huh ? Il rêvait ou est-ce que l'autre vieux sénile lui faisait...un câlin ?! Non mais il avait passé l'âge bordel ! Et de toute façon il n'en avait jamais eu besoin ! Il s'apprêtait à se libérer violemment quand les paroles du Neuvième le stoppèrent.
-Siete finalmente tornato a casa !
...Et il osait sortir ça aussi naturellement ? Il se foutait de sa gueule là ? Après tout ce qui c'était passé, il osait faire comme si de rien n'était ? La présence de Kieran n'excusait pas tout, encore moins l'hypocrisie ! Car il ne se voilât pas la face, il faudrait finir par tout expliquer à son petit frère, sa tentative pour renverser leur père, ce qu'avait fait ce dernier pour l'en empêcher, Gola Mosca pendant la Bataille des Anneaux, la vérité sur sa condition... Et personne ne saurait comment réagirait l'adolescent, mal sans doute, et personne ne pourrait lui en vouloir. Aussi Xanxus se détacha-t-il sèchement de Timoteo, laissant échapper un grognement, sous les yeux étonnés de son cadet.
Ce dernier, toujours parfaitement calé contre le torse de son père, observa les deux autres membres de sa famille. Le regard triste du Neuvième Vongola, et l'air contrarié de son aîné lui laissait clairement sous-entendre que quelque chose c'était passé entre eux. Une histoire sans doute qu'on ne lui avait pas racontée, mais qui avait changé...non, brisé, cette chose avait brisé un lien entre son père et son frère. Il se demanda alors si c'était possible de le réparer, s'il pourrait retrouver la famille unie qu'il avait connue, ou s'il devrait s'accommoder d'une famille semblait-il désormais déchirée.
La voix de Timoteo le sortit soudainement de ses pensées.
-Grand Dieu, comme tu as changé ! souffla-t-il en le regardant.
Le petit brun eut un petit sourire, un peu triste, un peu gêné, il n'était pas le premier à lui avoir dit ça. Et ouais, d'une certaine manière, ils avaient tous pris un coup de vieux...
Le livre glissa lentement de ses mains, s'échouant au sol dans un bruit mat, s'ouvrant sur une page au hasard. Un papier glacé en profitant pour glisser depuis la couverture où il était auparavant coincé. Le bruit attira tous les regards vers la silhouette endormie du jeune adolescent. Ce dernier avait la tête calée contre le hublot, le buste légèrement en avant, et ses bras reposaient sur ses cuisses. Sa bouche légèrement entrouverte laissait échapper un filet d'air qui venait créer de la buée sur la vitre. Tous furent amusés où attendris par le tableau qu'offrait le jeune garçon.
Belphegor étant le plus proche, ce fut lui qui s'empara du cliché pour le regarder, tombant sur une scène immortalisée plutôt insolite. Il s'agissait d'un petit salon, le même genre que pour recevoir des invités. Au fond il y avait une étagère avec tout un tas de bouquins et de dossiers empilés dans tout les sens, ce qui s'agençait très bien avec le bout de bureau qui apparaissait sur la gauche de la photo. Le contenu posé sur ce dernier semblait vouloir concurrencer l'étagère à lui tout seul. Au premier plan se trouvait une table basse en verre, sur laquelle trônait une bouteille de vin et un verre rempli au quart ou vide aux trois-quarts, c'était selon le point de vue.
Mais le plus intéressant était ce qu'il se passait sur le grand canapé noir au milieu de la photographie. Son chef, qui semblait plus jeune, était allongé de tout son long, les pieds posés sur l'accoudoir, et il n'avait même pas pris la peine d'enlever ses chaussures. Sa tête était calée sur son bras, ses yeux fermés et un air serein sur le visage, tandis qu'il tenait un petit corps contre lui, l'entourant de son deuxième bras pour prévenir toute chute. Il s'agissait d'un petit garçon, âgé de peut-être trois ans, maximum quatre, endormi sur son torse, ses petits poings fermement accrochés à la chemise de son aîné. Il n'eut aucun mal à le reconnaître...
-Ushishishi, je me demande si le bureau du boss est toujours autant en bordel ?
Sa remarque attira tous les regards sur lui, et plus particulièrement sur ce qu'il tenait à la main. Ce fut Squalo qui lui arracha le papier glacé des mains.
-Voiiiii ! Tu penses faire quoi là ?
De la poigne du Capitaine, la photo passa entre les doigts de Lussuria qui la lui prit pour y jeter un œil.
-Maa ~ il était si mignon déjà à l'époque !
-Je ne pensais pas que tu étais versé dans la pédophilie Lussuria.
-Ushishishi, on dirait que tu es jaloux Mamon ?
-Voiii ! C'est quoi cette discussion de merde ?
-Fermez vos gueules.
La voix de leur boss eut le mérite de mettre toute la Varia au pas et chacun se tut. Levi en profita pour retirer le cliché à Lussuria et aller le donner à son boss, un genou à terre devant lui.
-Pour vous, boss.
-Tch.
Xanxus attrapa un peu violemment la photographie pour y jeter un œil, avant de la poser sur la table face cachée. Ainsi donc Kieran avait gardé des photos de sa vie passé au manoir. Pas que ça le gênait qu'on voit ce genre de chose, il avait de toute façon fait payer le photographe pour avoir osé l'immortaliser sans sa permission, des fois que vous vous demandiez pourquoi Lussuria portait toujours des lunettes. Tout le monde était au courant de l'amour qu'il portait à son petit frère et à quel point il était protecteur avec lui. C'était plus le bordel de ses hommes qui risquait de le réveiller qui l'énervait –un vrai frère poule.
Il porta d'ailleurs un instant son regard sur son cadet qui dormait toujours à poing fermé. Remarquez, si on prenait en compte le décalage horaire et la semaine plus ou moins mouvementée qu'il venait de vivre, il avait naturellement besoin de récupérer ! Entre Lussuria qui avait failli l'étouffer, trop heureux de retrouver son "petit bout de chou", Bel qui n'avait pas arrêté de l'embêter, Mamon qui l'avait étudié et Squalo qui faisait que gueuler depuis son fauteuil... On ne pouvait pas dire que la semaine à la clinique avait été de tout repos !
C'était donc assez naturellement que le jeune brun les avait suivis, il fallait dire aussi qu'il ne leur avait pas trop laissé le choix. En tout cas, ce n'était pas le chef de la Varia qui allait l'empêcher de venir ! C'était plutôt leur père qui avait été un poil hésitant, par rapport à ses cours, et autant dire que Kieran avait contré chacun de ses arguments, faisant preuve d'une volonté de fer. Et finalement il était ici avec eux, séchant allègrement les cours –une première dans sa vie ça aussi.
Xanxus referma les yeux et bascula sa tête contre le dossier, déclarant ainsi l'incident clos et signifiant à chacun de retourner à sa place, dans le silence de préférence.
Ce fut une main sur sa joue qui le réveilla en sursaut, et sur le moment il ne sut pas du tout où il était. Il regarda tout autour de lui pour découvrir une chambre d'enfant avec des murs couvert d'un papier peint qui représentait un paysage nocturne tout en ombre – un arbre, la lune, des animaux, les étoiles, un avion dans le ciel... Il y avait aussi un petit bureau posé dans un coin, et des coffres à jouets à côté, et les armoires étaient directement incrustées dans le mur, leurs portes peintes en bleu pour mieux se fondre dans le décor. Il était dans un lit un peu petit, il rentrait tout juste dedans, et ses draps étaient de couleur blanche, avec des petits moutons dessinés dessus, en accord parfait avec les taies d'oreillers.
Une table de chevet était juxtaposée au lit, une lampe de chevet en forme de mappemonde posée dessus. Cette dernière, allumée, éclairait un visage qui le rassura aussi tôt. C'était son frère qui était venu le réveiller, et qui attendait patiemment qu'il ait fini son introspection des lieux avant de prendre la parole.
-C'est l'heure de manger, et le vieux aurait aimé que tu viennes avec nous, lui expliqua-t-il.
Kieran acquiesça doucement et se leva, ses pieds nus se posant sur une douce moquette d'un gris sombre, il attrapa ses chaussettes et ses chaussures, avant de sortir de son ancienne chambre –qui n'avait pas changé en sept ans avait-il remarqué. Il frissonna quand il marcha sur le carrelage froid et s'empressa de s'habiller les pieds avant de suivre son frère jusqu'à la salle à manger, observant tout autour de lui.
S'il déduisait bien, ils étaient au manoir des Vongola, et il avait été transporté sans même qu'il n'ait été réveillé. Lui qui avait voulu revoir les paysages d'Italie était un peu déçut, mais en contrepartie il se sentait beaucoup plus en forme. En tout cas il ne reconnut pas grand-chose sur le trajet jusqu'à la grande salle où ils retrouvèrent leur père. Le manoir avait pas mal changé, il était certain qu'il pourrait s'y perdre très facilement aujourd'hui.
Lorsqu'ils arrivèrent, l'adolescent eut la surprise de voir un comité réduit, son père et Squalo était déjà installés, mais le plus étonnant était la quatrième personne installée qu'il reconnut instantané comme étant le gardien de la Foudre de son père, Ganauche. Ce dernier vint l'accueillir avec un sourire pour lui ébouriffer amicalement les cheveux.
-C'est vrai que t'as pas mal grandit ! lui dit-il.
Kieran répondit à son sourire avant de se jeter contre son torse, il était heureux de le retrouver, comme tous ceux qu'il avait revus jusqu'à présent. Et puis il s'était toujours bien entendu avec Ganauche, contrairement au gardien de son frère. Il se rappelait très bien qu'étant petit, il avait toujours détesté Levi, croyant qu'il ne cherchait qu'à lui voler son frère, avec qu'avec Ganauche c'était toujours une partie de rigolade.
Finalement, ils s'attablèrent tous ensemble et commencèrent à manger dans la presque joie et bonne humeur. Il y avait une tension qui continuait à régner dans l'air, sans que le plus jeune ne parvienne à identifier clairement d'où çà venait. Xanxus restait silencieux, ce qui ne changeait pas trop de d'habitude, mais ce qui l'était plus était qu'il semblait particulièrement contrarié par quelque chose, enfin plus que d'habitude pour le coup, parce que sinon son grand-frère semblait toujours contrarié. Squalo restait Squalo et gueulait pour un oui ou pour un non. Son père était exactement pareil que dans ses souvenirs, ce qui le dérangeait un peu alors qu'il avait parfois l'impression d'être encore pris pour un enfant de huit ans. Tandis que Ganauche essayait de mettre de l'ambiance.
Bref, l'ambiance qui résultait de tout ça était plutôt bizarre, mais il décida de faire comme si de rien était, du moins jusqu'à ce que son aîné ne se lève pour partir sans un mot, cassant le peu d'effort de l'assemblée pour avoir un peu de bonne humeur. S'il y avait bien une chose qu'il ne supportait pas c'était cette atmosphère de mensonges et de faux semblants qui régnait autour de son petit-frère. Le Neuvième Vongola lui avait demandé de ne rien dire pour le moment et que cela se ferait en temps et en heure. Sauf qu'il détestait devoir mentir à son cadet, et jouer à la gentille famille réunie c'était pas pour lui !
Kieran jeta un regard triste à son frère alors qu'il quittait la salle, se demandant ce qu'il se passait. Avait-il fait quelque chose de mal ?
-T'inquiètes pas, s'éleva la voix de Squalo à côté de lui. C'est juste que ce crétin de boss ne sait pas aborder un problème autrement qu'avec ses flingues.
Et c'était vrai en soi, chaque fois que Xanxus avait rencontré un problème dont Squalo ne s'occupait pas, il avait simplement utilisé ses armes, enfin quand sa simple aura dévastatrice et son charisme de Dieu des Enfers ne suffisaient pas à eux seuls. Pas qu'il n'était pas intelligent –loin de là–, mais c'était juste sa façon de faire. Le chef de la Varia était quelqu'un de direct, il n'y allait jamais par quatre chemins, disait toujours ce qu'il pensait. Aussi devait-il il y avoir un éléphant derrière le baobab pour qu'il agisse ainsi.
-Finit de manger, après tu pourras y aller, lui dit son père.
Le jeune garçon acquiesça et reprit le cours du dîner qui se termina sur une note un peu plus légère, quoique beaucoup plus silencieuse. Finalement, lorsqu'il put quitter la table, Kieran se mit en quête de la chambre de son frère, essayant de se remémorer le chemin. Normalement elle n'était pas très loin de la sienne, ni de celle de son père par extension. Il mit du temps, mais finit par s'arrêter devant une porte, qui ressemblait à celle de la pièce qu'il cherchait, du moins d'après les souvenirs qu'il avait. Il hésita un court instant, avant de finalement toquer, espérant ne pas s'être trompé.
Autant dire qu'il fut particulièrement heureux quand ce fut Xanxus qui lui ouvrit, et il lui sourit timidement. Il commença à se dandiner d'un pied sur l'autre sous le regard un peu surpris de son frère qui se demandait bien pourquoi son cadet avait toqué, n'entrait-il pas comme un boulet de canon d'habitude ? Encore une fois, il se demanda jusqu'à quel point le plus jeune avait changé.
-Tu veux quelque chose ? finit-il par lui demander.
N'ayant pas son portable sur lui, Kieran dut lui faire comprendre qu'il avait besoin d'une feuille et d'un stylo, ce que son aîné s'empressa d'aller lui chercher. Ainsi le plus jeune put écrire ce qui le tracassait tant.
Avant que tu disparaisses, tu avais promis.
Tu t'en souviens ?
Une promesse qu'il avait faite ? Laquelle ? Sur le moment il n'en avait aucune en mémoire, or s'il y avait bien une chose qu'il ne faisait pas à la légère, c'était des promesses, encore moins envers son petit-frère. Il dut donc fouiller parmi sa mémoire, fronçant les sourcils, mais il ne voyait toujours pas. Une promesse qu'il avait faite à un petit garçon de sept ans...avant de disparaître... Il se remémora cette journée, avant de partir à l'assaut du manoir, ils avaient fini de tout planifié le matin même, avait déjeuné et c'était préparé chacun de leur côté, lui-même ayant rejoint son bureau.
Il se rappelait que Lussuria avait joué dans le salon avec Kieran, et que ce dernier avait encore cherché après lui pour un câlin avant sa sieste, comme tous les jours. Et ils étaient parti en fin d'après-midi pour faire le voyage jusqu'au manoir principal, sauf qu'ils avaient été retardés par son cadet. C'est alors que tout à coup, il se souvint...
Déçut, l'adolescent s'apprêtait à repartir, lorsqu'il fut arrêté par la poigne de son grand-frère. Ce dernier le souleva alors du sol, le portant dans ses bras comme une princesse et l'enleva dans sa chambre, refermant la porte d'un coup de pied. Avec précaution, il déposa son fardeau sur son grand lit double, avant d'en ébouriffer les cheveux avec affection.
-Mets-toi en pyjama, j'arrive, lui dit-il de sa voix grave.
C'était cela qu'il lui avait promis, non pas un pyjama, mais de dormir avec lui lorsqu'il rentrerait. Et il était étonné que huit ans plus tard son frère se souvienne encore de cette promesse, avait-elle tant compté pour lui ? Préférant délaisser ses suppositions, Xanxus se dirigea vers la salle de bain attenante à sa chambre pour s'y changer, laissant la chambre à son petit-frère. Ce dernier, heureux que son frère se soit souvenu de sa promesse, retira ses chaussures avant de commencer à se déshabiller, un immense sourire aux lèvres. Une fois en boxer, il déposa ses habits sur une chaise, se demandant s'il valait mieux se glisser de suite sous les draps ou attendre que son frère soit revenu.
Il n'eut pas tellement le temps d'hésiter que la porte de la salle d'eau s'ouvrit sur son aîné, habillé uniquement d'un caleçon de nuit, qui s'arrêta un instant en l'observant. Kieran fut légèrement gêné lorsque le regard insistant de son frère passa son corps en revue, et une légère rougeur apparut sur ses joues. Le temps avait fait son œuvre et radicalement changer le petit garçon de sept ans en un adolescent de quinze ans bien bâti. Il n'était pas aussi musclé que le boss de la Varia aurait souhaité, mais on pouvait aisément deviner qu'il avait fait du sport. Sortant alors de son observation –qui lui avait encore balancer en pleine figure à quel point le temps était passé–, il se dirigea vers son armoire.
-Tu veux quelque chose pour dormir ? demanda-t-il.
Le plus jeune lui fit comprendre qu'il aimerait bien un pantalon, car c'était comme ça qu'il avait pris l'habitude de dormir. D'ailleurs c'était en général la seule chose qu'il portait, aussi lorsque son grand-frère lui tendit un de ses vieux pantalons en toile –le genre qu'il portait plus jeune en été–, il fonça dans la salle de bain pour se changer. Il en ressortit une minute plus tard pour le découvrir déjà sous les draps, assit en train de l'attendre. Ce dernier tapota le matelas à côté de lui, invitant son cadet à le rejoindre, ce qu'il s'empressa, grimpant sur le lit pour se glisser contre son aîné.
-T'as intérêt à avoir arrêté de bouger dans tous les sens !
Pouffant silencieusement, Kieran vint se lover contre son grand-frère, enfouissant son visage contre son torse, respirant son odeur avec bonheur. Ça lui avait tant manqué ! En retour, Xanxus passa ses bras autour de son cadet, le serrant contre lui, et c'était étrange non pas de sentir un petit garçon de sept ans, mais bien le corps d'un adolescent de quinze ans se serrer contre lui. Mais il était certain d'une chose...
-Mi sei mancato, susurra-t-il à l'oreille de son frère.
Ce dernier lui sourit doucement, lui faisant comprendre qu'il en était de même pour lui. Puis l'adulte enfouit son nez dans les cheveux du plus jeune, s'abreuvant de son odeur. Il n'y avait guère que dans l'intimité de cette pièce qu'il se laissait aller à son côté le plus tendre avec lui, ce qui n'était pas pour déplaire à Kieran. Il était le seul à connaître cette personnalité de son frère, et il s'en sentait à la fois honoré et enorgueilli.
Le lendemain matin, le réveil se fit tout d'abord en douceur, même s'il avait eu du mal à dormir une bonne partie de la nuit, la respiration et la chaleur de Xanxus près de lui avaient finalement aider l'adolescent à trouver le sommeil. Puis bon, le décalage horaire n'aidait pas trop non plus, au Japon il serait assurément déjà en cours ! Enfin, là n'était pas le cœur du problème, parce que oui, à mesure qu'il se réveillait, il prenait conscience d'un petit ennui qu'il aurait préféré oublié, ou du moins qui n'aurait jamais dû apparaître il n'en avait tenu qu'à sa simple volonté ! Mais non, il fallait que son corps décide tout seul et lui fasse faux bon, le mettant dans une situation pour le moins embarrassante !
Peut-être que s'il se reculait lentement il ne réveillerait pas son frère et qu'il pourrait régler son souci tranquillement dans la salle de bain ? Ouais bonne idée, il irait se prendre une bonne douche et ça passerait tout seul, comme il avait toujours eu l'habitude de faire ! Ainsi son frère ne s'apercevrait de rien non plus ! Sauf que le destin semblait contre lui en ce début de matinée ensoleillée, et alors qu'il tentait de lentement se reculer, la voix de son aîné le stoppa aussi sec.
-J'ai parfaitement compris que ce n'était pas ton portable que j'avais contre ma cuisse.
…
Ok. Il pouvait le dire désormais, il ne lui restait plus qu'à rendre l'âme, parce que même le mot mortifié n'était pas assez grand pour décrire l'état dans lequel il était ! Bordel ! Pourquoi il fallait que ça tombe sur lui ? Pourquoi grand Dieu fallait-il qu'il ait une putain d'érection matinale dans le MEME lit que son FRERE ?! Hein ? Pourquoi ? Et ce dernier n'arrangeait pas la situation, il n'aurait pas pu faire au moins semblant de dormir ?
Xanxus de son côté commença à s'inquiéter de l'immobilité totale et de l'absence de réaction de son petit-frère. Est-ce qu'il avait mal ? Sa blessure à la tête lui faisait-elle mal ? Même si cette dernière guérissait doucement mais sûrement, elle restait encore sensible, et le moindre choc, aussi faible soit-il, réveillait instantanément la douleur. A moins que ça ne soit autre chose, mais il ne voyait pas quoi. Observant son cadet, le brun aux cicatrices remarqua alors la rougeur excessive de ses joues, et la façon dont il rentrait la tête dans les épaules, le menton contre son torse, lui laissait penser qu'il avait plus envie de disparaître que de se faire remarquer.
C'est alors qu'un détail lui revint un mémoire, et il poussa un discret soupir. Bien sûr, les japonais étaient beaucoup plus prudents en ce qui concernait la sexualité ! Et Kieran ayant été élevé par des japonais, il doutait fortement que quelqu'un lui ait expliqué le fonctionnement du corps masculin. Nul doute qu'il avait dû découvrir seul les petits problèmes qui survenaient lorsqu'on passait à l'âge de l'adolescence, et toutes les hormones qui entraient en jeu ! Bref, son frère était sans nul doute embarrassé par la situation, et il allait devoir lui expliquer deux ou trois petites choses.
-Kieran, c'est une réaction tout à fait normale, tenta-t-il.
Sauf que c'eut l'effet inverse, et le plus jeune se sentit encore plus gêné, voulant purement et simplement disparaître dans les draps. Il tenta d'ailleurs de se recroqueviller sur lui-même, provoquant un stimulus entre ses jambes, sans le vouloir. Il se mordit alors la lèvre inférieure, en même temps que son corps se tendit. Puis la main de son frère sur l'arrière de sa cuisse arrêta tout mouvement, encore une fois.
-Ne bouge pas, lui ordonna-t-il. Ça va passer.
…
Il devait sérieusement rester comme ça, contre son frère, à attendre gentiment que ça passe ? Il voulait pas plutôt lui prêter une de ses armes, qu'il se flingue tout de suite ? Autant mettre fin à se supplice de suite, parce que là il avait vraiment envie de mourir ! Il allait littéralement mourir de honte ! Il serra fortement le drap entre ses doigts et rentra un peu plus la tête dans les épaules, si c'était possible. Son grand-frère dut sentir son désarroi, car il le relâcha, coupant tout contact, allant jusqu'à quitter le lit pour se diriger vers la salle de bain.
Lorsqu'il entendit l'eau couler, Kieran attrapa un coussin pour y enfouir son visage et disparut sous les draps pour de bon, ne devenant plus qu'une boule de tissus. Ce fut d'ailleurs ainsi que le retrouva son aîné. Habillé d'un pantalon en cuir, ce dernier vint s'asseoir près de son petit-frère et souleva le drap jusqu'à trouver son visage enfoui dans l'oreiller, qu'il lui enleva d'autorité, avant d'attraper le menton de son cadet pour l'empêcher de se cacher à nouveau. La rougeur sur ses joues était toujours présente, mais moins importante que quand il l'avait laissé.
-Arrête un peu ton cinéma, le réprimanda-t-il.
Après tout, entre frères il n'y avait aucune raison d'être gêné de ce genre de chose. Et puis, un homme, ça s'assumait, ça se planquait pas derrière un coussin ou sous des draps !
-C'est passé ? lui demanda-t-il néanmoins.
L'adolescent acquiesça doucement, ses yeux évitant encore de croiser ceux de son frère. Ce dernier ne semblait pas lui tenir rigueur de son état embarrassant, au contraire, il semblait s'en moquait totalement. Quelque part, ça le rassurait un peu, même s'il continuait à se sentir mortifié.
-Tu as envie de coucher avec moi ?
NON MAIS C'ETAIT QUOI CETTE QUESTION ?!
Kieran ouvrit grand ses yeux, horrifié par cette simple idée. Enfin, pas qu'il trouve son frère moche, au contraire, mais pas comme ça bordel ! Il adorait son frère, l'adulait, le vénérait même presque, au point d'ailleurs que sa psychologue trouvait ça malsain, mais ce n'était clairement pas ce genre d'amour ! Il voulut lui hurler un grand "Non" à la figure, mais resta bloqué, et ne put que tourner son regard terrifié vers Xanxus.
-Donc la question est clause, ce n'était pas du désir. Maintenant va prendre ta douche, ensuite tu prendras ton petit déjeuner.
Merci pour la solution de retraite stratégique de toute urgence ! Était-il vraiment besoin de préciser que le plus jeune se précipita dans la salle de bain ? Il avait vraiment besoin d'oublier ce qui venait de se passer. Bon Dieu, est-ce qu'il venait vraiment d'avoir ce genre de conversation avec son grand-frère ? Non, il préférait ne pas y penser, et à la place se glissa sous la douche pour se changer les idées.
Il sortit de la chambre un quart d'heure plus tard, son frère ayant déserté la pièce, il n'avait pas trop de raison d'y rester, et puis il lui avait bien dit d'aller prendre son petit déjeuner, et à vrai dire il avait faim. Il mit un peu de temps à s'y retrouver, faillit se perdre en cours de route, dût demander à un domestique –qui s'interrogea sur qui était ce garçon qui se baladait dans le manoir– pour être sûr de sa route, mais il finit par y arriver. Des bruits lui parvenaient depuis derrière la porte, signe qu'il y avait du monde, et ça le fit hésiter un instant. Avait-il vraiment le droit de se joindre à eux, après avoir été absent aussi longtemps ? Il avait peur de se sentir comme un étranger, ce qu'il avait un peu l'impression d'être depuis qu'il redécouvrait le lieu de son enfance, tellement de choses étaient différentes.
L'ouverture de la porte stoppa le cours de ses pensées, et il releva la tête pour croiser le regard d'un vieil homme au bras mécanique aux cheveux blancs mi- longs. Il n'eut pas de mal à le reconnaître, le Gardien de la Tempête de son père, quoiqu'il lui fallut chercher son nom dans sa mémoire, le même que celui d'un animal... Ah oui, c'était cela, Coyote ! Il lui sourit timidement, ne sachant si ce dernier le reconnaîtrait, mais il le surprit en lui souriant amicalement et passant un bras autour de ses épaules pour l'entraîner à l'intérieur de la salle à manger.
-On l'a retrouvé Neuvième du nom ! lança-t-il en direction de l'assemblée. Il n'était pas bien loin finalement !
Toutes les personnes présentent se tournèrent alors vers eux, et chacun lui sourit gentiment, réchauffant son cœur. Dans cette pièce étaient rassemblés tous les Gardiens de Timoteo, et tous lui souhaitèrent la bienvenue, et même s'il avait un peu de mal à se remémorer tous les noms sur le moment, Kieran était vraiment heureux de les retrouver. Il se rendait compte à présent à quel point tout ça lui avait manqué et une pointe de tristesse lui serra la poitrine alors qu'il songeait qu'il avait grandi loin de tout cet amour, de toute cette tendresse. Oh, il n'en avait pas manqué avec sa famille d'accueil, mais ce n'était pas pareil, ici c'était sa vraie famille, c'était là qu'était sa place.
Le petit déjeuner se passa alors dans une ambiance joyeuse et familiale, comme il n'en avait pas connue depuis longtemps, et pour la première fois, il fut réellement à l'aise, assis au milieu de tout le monde. C'était un peu comme s'il revenait de très longues vacances, et chacun prenait de ses nouvelles. Jusqu'à ce chacun doive partir à ses obligations, le laissant finalement seul et libre d'errer dans le manoir, ce dont il profita. Laissant donc ses pas le guider parmi les couloirs, Kieran entreprit de se familiariser une nouvelle fois avec le lieu de son enfance, divers souvenirs lui revenant en mémoire à chaque croisement. Ainsi se rendit-il compte que s'il superposait les murs de ses souvenirs d'enfant à ceux qui l'entouraient, il parvenait déjà mieux à se repérer, et commençait peu à peu à mémoriser les changements.
Mais bien sûr, cette journée, qui avait commencé un peu désastreuse pour finalement s'améliorer, devait forcément tourner au drame, parce que bien sûr, il ne pouvait pas simplement profiter des retrouvailles avec sa famille. Il fallait que la vie continue ses coups foireux, et à lui en faire baver, histoire semblait-il de bien lui faire comprendre de ne pas remettre sa pseudo fugue à deux fois. Ce fut une conversation, à priori anodine, entre deux mafieux de la famille, à propos de son frère et d'un...jugement ? oO C'était quoi ce bordel ? Comment ça Xanxus était jugé ? ...Et d'où par son père ? Il comprenait rien à cette histoire ! Mais une chose était sûre, ça confirmait son idée qu'il y avait bien un troupeau de requins dans la piscine ! Bref, il commençait à en avoir un peu marre, même s'il comprenait qu'après tout ce temps on le tienne à l'écart des affaires des Vongola, en revanche il n'acceptait pas qu'on maintienne le secret lorsqu'il s'agissait de ses proches parents.
Quittant le mur derrière lequel il s'était caché pour écouter la discussion, il repartit discrètement en arrière et tenta de se remémorer le chemin jusqu'au bureau du boss de la Famiglia. Ce qui lui prit plus de temps qu'il n'aurait pensé, il s'était pas mal promené et donc éloigné de la pièce qu'il cherchait. Mais lorsqu'il arriva dans le couloir concerné, la vue de Visconti et Ganauche en poste devant une porte, lui confirma qu'il était au bon endroit. Sans se préoccuper de ces derniers, il avança d'un pas décidé en direction de la porte dans le but de rentrer, mais fut stopper par une main sur son avant-bras. Lentement, Kieran remonta le long du bras pour planter ses yeux azur dans le regard ferme du Gardien du Nuage du Nono.
-Tu ne peux pas entrer, lui dit-il simplement.
Commença il ne pouvait pas entrer ? D'où on lui interdisait de pénétrer dans le bureau de son père ? A priori, il était chez lui, fils du parrain, il n'y avait pas grand-chose qu'on pouvait lui interdire, encore moins d'aller dans la pièce qu'il voulait. Fusillant donc le Gardien, il tenta de forcer le passage, mais la poigne qui se resserra sur son membre le fit grimacer, ça commençait à faire mal. Il était vrai que d'aussi loin qu'il se souvienne, Visconti était, de tous les gardiens, celui qui n'hésitait jamais à le corriger à la place de son père lorsqu'il le prenait en flagrant délit. Il ne l'avait jamais frappé, et sa seule aura suffisait bien souvent pour mettre le petit garçon qu'il était au pas. Sauf qu'il avait grandi, et bien qu'il le trouvait encore impressionnant, il n'avait plus aussi peur. À défaut sans doute, sûrement même, mais la colère qui montait en lui annihilait toute appréhension et bon sens.
Croyez bien que s'il avait eu sa voix pour gueuler, il l'aurait fait, et pas qu'un peu ! Il était dans son droit en voulant découvrir ce qui se tramait dans son dos, ce que tout le monde lui cachait ! Déjà qu'on résolve le mystère de la réapparition de son frère, qu'il avait cru mort, et dont il doutait qu'il soit tombé dans un congélateur ou encore simplement endormi ! Il y avait ses étranges cicatrices aussi, qui semblaient aller et venir selon son humeur. De même, qu'est-ce que son père foutait au Japon deux jours plus tôt?
Il y avait beaucoup de choses qu'il ne savait pas, qu'il ne comprenait pas, et si au début il avait bien voulu être conciliant et attendre qu'on le mette au parfum, désormais il en avait marre. Cette histoire de jugement avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder la rivière, et elle grondait désormais dans ses veines. Il exigeait qu'on lui explique tout, immédiatement, sans quoi il sentait qu'il allait de nouveau exploser, encore.
-Ils auront bientôt fini, intervint alors Ganauche d'une voix plus calme. Tu pourras aller les voir juste après, expliqua-t-il.
Cassant son duel de regard avec Visconti, Kieran tourna la tête vers le Gardien de la Foudre qui lui souriait gentiment. L'adolescent fronça les sourcils, avant de faire un pas en arrière et de retirer abruptement son bras de la poigne du Gardien du Nuage. Soit, il attendrait...ou pas. Après huit ans sa patience était un peu effritée voyez-vous, aussi se jeta-il soudainement sur la porte dans le but de l'ouvrir. Sauf que bien sûr, on ne surprend pas aussi facilement deux hommes aguerris aux combats, et le plus ancien des deux l'attrapa facilement dans son mouvement. Le jeune brun eut tout de même le temps d'attraper la poignée de la porte –mais pas de la tourner–, que son maton s'empressa de lui faire lâcher.
-Lâche cette poignée ! lui ordonna-t-il.
Le vieil homme dut tout de même le forcer à détacher ses mains de son graal et l'éloigna aussitôt de l'entrée du bureau. Mais ce n'est pas pour autant que le plus jeune abandonna la lutte, et il commença à se débattre comme un beau diable. Le boucan qu'il fit attira l'attention des personnes réunies dans le bureau, et ce fut Coyote qui, sur un regard de la part du Neuvième, partit ouvrir la porte pour voir de quoi il en retournait. Ainsi tomba-t-il sur la scène assez cocasse du Gardien du Nuage aux prises avec un véritable petit démon, il ne lui manquait que les cornes et la queue !
-Kieran, calme-toi s'il te plaît, tentait de l'apaiser Ganauche.
Sauf que lorsqu'il vit la porte ouverte, bien loin de se calmer, Kieran redoubla d'ardeur et mit en pratique un vieux combo qu'il avait appris ici même.
Pied de Chameau.
D'abord, envoyer violemment son talon contre le tibia de son agresseur, zone sensible, peu importait qu'on soit un combattant aguerri. Visconti serra d'ailleurs ses lèvres sous la douleur, et, bien qu'il ne lâcha pas prise, il se plia légèrement en avant d'instinct, permettant ainsi au cadet du Neuvième d'enchaîner.
Tête d'Ane.
Ensuite, lancer aussi fort que possible sa tête en arrière, de manière à cogner la mâchoire inférieure de celui qui le retenait. Avec de la chance il se mordrait la langue et relâcherait un peu sa prise. Sauf que son adversaire réussit à prévenir en partie le coup et réussit donc à l'atténuer. Bien, il ne lui restait plus qu'à finir le combo avec le dernier coup.
Dents de Lion.
Enfin, mordre à pleine dent le bras de son ennemi, si possible directement sur la peau pour plus d'effet. Ce que tenta Kieran en relevant les manches de Visconti, mais ne réussit qu'à soulever la veste. Bah, ce n'était pas la légère chemise qu'il portait qui allait le protéger ! Aussi mordit il joyeusement le bras qui le retenait, forçant dès lors l'homme à relâcher sa prise –ce dernier coup marchait toujours !
Pouvant finalement se libérer du Gardien du Nuage, l'adolescent fonça droit sur la porte, mais seulement pour se faire arrêter par Coyote qui l'attrapa au vol et le souleva du sol sans difficulté, le calant dans ses bras.
-Holà ! Doucement mon grand ! Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il.
Ce qu'il se passait ? Mais il se passait qu'il exigeait des réponses et qu'il n'admettait pas qu'on l'en empêche ! Et si le Gardien de la Tempête se mettait aussi en tête de l'arrêter, il allait lui montrer qu'il n'allait pas facilement rendre les armes ! Cependant, avant même qu'il n'ait pu escompter un seul geste, une voix autoritaire l'arrêta derechef.
-Kieran ! Ne songe pas une seule seconde à mordre Coyote !
L'interpellé tourna la tête vers son père, et haussa un sourcil de défiance, mais se renfrogna bien vite devant le regard de Timoteo. Un seul gardien mordu semblait largement lui suffire, et il ne tenait pas particulièrement à mettre le boss des Vongola en colère.
-Hé ben il t'a pas raté ! s'exclama la voix de Ganauche.
-Visconti ? s'inquiéta le Neuvième.
-Juste une belle trace de dent et sûrement un beau bleu, expliqua ce dernier.
Le rire tonitruant de Xanxus mit fin à leur échange, et tout le monde se mit à observer avec étonnement le chef de la Varia pris d'un fou rire.
-Des Gardiens aguerris mis à mal par un ado de quinze ans ! éluda-t-il. C'est moi ou ta garde s'est ramollie le vieux ? lança-t-il.
Puis il posa ses yeux carmins sur son frère, le regardant avec fierté, parce que ça c'était digne de son petit-frère –finalement il n'était peut-être aussi mou que cette famille qui l'avait accueilli semblait le vouloir. Kieran lui renvoya un regard complice, heureux du regard que lui lança son aîné, parce qu'il préférait nettement qu'il soit fier de lui, plutôt que de le décevoir. Timoteo soupira, tandis que ses Gardiens se tendirent légèrement sous la pique, mais ne répliquèrent rien.
-C'est bon Coyote, tu peux le relâcher, ordonna-t-il. Il est temps qu'il soit au courant...
Le susnommé relâcha donc le plus jeune qui fut heureux de retrouver la terre ferme. Puis avec un simple échange de regard, le Nono Vongola fit comprendre à ses subordonnées et amis de le laisser seul avec ses deux fils, ce qu'ils firent en silence.
-Kieran, l'appela doucement son père, vient t'asseoir, lui demanda-t-il.
L'interpellé se tourna alors vers les deux personnes installées autour du grand bureau, et un frisson le parcourut en voyant l'air sérieux de son paternel et de son frère. Obéissant à la demande, il vint s'installer d'un pas lent sur le siège, parce que tout à coup il n'était plus sûr de vouloir être là. Sauf qu'il avait fait tellement des pieds et des mains pour connaître le dessous de toutes ces histoires qu'il serait idiot de reculer, non ?
-J'aimerais que tu écoutes attentivement ce que nous avons à te dire.
Et il eut tout à coup le sentiment qu'il n'allait pas aimer la suite.
Cela faisait plus de deux heures qu'ils étaient enfermés, pas un seul son ne filtrait à travers la porte, et personne ne savait s'il fallait s'en inquiéter ou prendre ça comme un bon signe. Tout à coup, le déclic de la poignée les firent tous sursauter, et tous les regards convergèrent dans la même direction pour voir un adolescent aux cheveux bruns sortir calmement de la pièce, trop calmement d'ailleurs. Il avait la tête basse, le dos légèrement courbé, comme s'il portait le monde sur ses frêles épaules.
-Kieran ! l'appela son père depuis son bureau.
Loin de lui répondre, le jeune garçon referma la porte en la claquant, serrant ses doigts sur la poignée, à s'en blanchir les jointures. L'autre main refermée en un poing crispé, il allait jusqu'à s'enfoncer les ongles dans la paume, de fines gouttes de sang commençant à perler sur sa peau pâle. Personne n'était certain de la marche à suivre.
-Voiiii ! Vous avez pas bientôt fini votre bordel ! résonna soudain une voix au bout du couloir.
C'est que ça faisait quand même déjà toute une matinée qu'ils retenaient le boss de la Varia ! Et il se trouvait qu'il avait des papiers à régler, maintenant qu'il était de retour, il avait intérêt à reprendre son boulot ! Hors de question que ça soit lui qui s'occupe de cette merde plus longtemps ! Cependant, la tension qui régnait dans le couloir, interpella Squalo qui ralentit jusqu'à la hauteur du jeune frère de son supérieur, ce dernier semblait tendu comme une corde de piano. Le silence pesant qui régnait lui indiqua que quelque chose c'était passé, mais quoi exactement il était incapable de le dire. En tout cas l'adolescent semblait intègre physiquement.
-Quelque chose ne va pas ? lui demanda-t-il.
Le Requin voulut poser sa main sur l'épaule du plus jeune, mais à sa plus grande surprise, il fut violemment rejeté, Kieran empêchant son toucher d'un geste ample du bras. Mais ce qui le choqua le plus fut le regard de colère farouche qu'il lui lança, il put même y déceler un semblant de haine. Puis sans laisser le temps aux hommes autour de lui de réagir, le jeune brun partit d'un pas rapide, il avait besoin d'air.
Il ne fit pas spécialement attention où il allait, tout ce qu'il voulait c'était sortir, il en avait besoin, c'était même vital, il devait sortir d'ici, sortir de ce manoir qui semblait tout à coup l'étouffer. Lorsqu'il parvint enfin à l'extérieur, il prit une grande inspiration, sans pour autant avoir l'impression que cela eut un véritable effet. Au contraire, il avait la désagréable sensation de ne plus réussir à respirer correctement, comme si quelque chose obstruait sa gorge. Sentant la tête commencer à lui tourner, il finit par s'asseoir sur les marches du perron où il se trouvait, prenant son crâne entre ses mains, agrippant ses cheveux alors qu'il se repassait en boucle tout ce qu'il venait d'apprendre.
Son frère avait tenté de tuer son père ! Et en contrepartie, ce dernier l'avait enfermé avec une technique suprême pour stopper sa folie ! Putain, c'était quoi cette histoire de dingues ? Qu'on le réveille bordel, parce que là il en pouvait plus ! Qu'est-ce qu'on allait lui sortir encore ? Que Squalo était le résultat d'une expérimentation des gènes de requin marteau sur le corps humain ? Ou encore mieux tiens, que ce connard de Sawada était en réalité le fils caché du Neuvième ! Et le pire c'est qu'à ce stade ça ne l'étonnerait même pas ! Après tout il avait bien caché à Xanxus durant des années qu'il l'avait en fait adopté lui aussi.
Et oui, vous aviez bien lu, ce "connard de Sawada", parce qu'en plus il fallait que cet abruti soit lié à tout ce merdier ! D'où son père était allé pêcher l'idée de faire de cet idiot le prochain parrain ? Ce mec était absolument nul en tout ! Il ne savait rien faire de ses dix doigts, s'attirait les pires ennuis possible, était un véritable poltron, et de surcroît avait été incapable de faire de réels progrès même avec le meilleur hitman du monde comme professeur ! Oh, il y avait bien eu quelques miracles, mais justement ça restait des miracles, et nul doute que tout ce qu'il avait c'était juste un cul bordé de nouilles ! Alors en quoi cet idiot était plus légitime de prétendre au fauteuil de Parrain que ne l'était Xanxus, qui, rappelons-le, avait été élevé au Manoir par le Nono en personne, connaissait chaque affaire qui concernait la famille et était entièrement dévoué aux Vongola ?
C'est alors que le visage souriant et innocent de Tsuna lui revint en mémoire, et en se remémorant tout ce qu'il savait à son propos il pouvait dire aisément que ce gosse n'était pas fait pour appartenir au monde de la Mafia ! Il se demanda un court instant si son kohai avait vraiment cherché cette situation, et il en doutait fortement. Le châtain était plutôt du genre à se faire discret et ne rien demander à personne, il était donc plus probable qu'on lui ait imposé ça qu'autre chose. Or la seule personne qui pouvait prendre ce genre de décision c'était son père, et il ne le savait pas du genre à imposer ce genre de chose à un enfant ! Donc soit son père avait radicalement changé, soit il y avait encore quelque chose qu'on lui cachait ! Sauf que ça commençait à peser lourd là, et niveau révélations il sentait qu'il en avait assez pour le siècle à venir !
Enfin, il pouvait comprendre que dans la mesure où il ne pensait pas encore libérer Xanxus, le Neuvième du Nom ait songé à un autre héritier, mais dans ce cas pourquoi avoir libéré son frère ? Et pourquoi une fois ce dernier libre il avait conservé Sawada comme héritier ? Quoique si on considérait que son frangin était quelqu'un de colérique et impulsif, on pouvait facilement supposer qu'il avait de nouveau sauté à la gorge de leur père une fois affranchi de sa prison ! Ce qu'il n'avait pas manqué de faire en réalité quand on savait ce qu'il avait fait durant cette fameuse bataille des anneaux. Bon Dieu, il avait réellement enfermé Timoteo dans une machine de guerre qui se nourrissait de sa flamme, et par extension de son énergie vitale ?
C'était donc son aîné qu'il devait blâmer, vu qu'il était à deux – un ? Ouais, mais il comprenait qu'il ait été sous le choc en apprenant la vérité à son sujet, lui-même avait été diablement choqué. Ce qui posait la question de savoir pourquoi son père n'avait rien dit, alors qu'il n'avait jamais caché qu'il avait adopté Kieran, donc pourquoi le cacher à Xanxus ?
Donc c'était son père qu'il devait maudire ? Sauf qu'il était certain qu'il n'avait jamais cherché que leur bien, il les avait vraiment élevés comme ses propres fils de chair et de sang, lui-même l'appelait "Papa" ! La mère du chef de la Varia alors ? Après tout la folie n'excusait pas tout ! Elle avait beau être cinglée, si elle n'avait pas cherché par tous les moyens possibles à faire adopter son enfant comme l'héritier du Neuvième, tous ces problèmes ne seraient jamais venus ! C'était donc elle la source ! Mais alors, il n'aurait jamais connu son grand-frère et sa vie aurait sûrement été radicalement différente. Et il aimait trop son aîné pour vouloir ne jamais l'avoir rencontré.
Il ne savait plus sur qui il devait porter sa colère, et des larmes de rage se mirent à couler le long de ses joues. De rage et de désespoir, parce qu'au final, il avait beau tourner le problème dans tous les sens, la finalité restait la même : sa famille avait tenté de s'entre-tuer. Et pendant ce temps-là, lui avait continué à rire et à courir, à croire au bonheur passé d'une famille unie.
S'il avait pu crier il l'aurait fait, il aurait voulu pouvoir hurler sa rage, son désespoir, mais sa bouche ne s'ouvrait que sur du silence, et un flot cristallin continuait à glisser sur sa peau pâle, sans qu'il ne puisse l'arrêter –de toute façon il n'avait aucune envie de l'arrêter. L'air commençait à lui manquer de plus en plus, et il avait l'impression d'être au bord de l'étouffement, et loin de le calmer, ça ne faisait que renforcer sa détresse. Pourtant il en avait besoin, de lâcher prise, de laisser tout ça couler hors de lui, parce qu'il ne pouvait décemment le supporter, alors même si aucun son ne sortait de sa gorge, il continuait à crier en silence.
Ses doigts s'accrochèrent plus fermement à ses cheveux, commençant à griffer son cuir chevelu. La douleur s'éveilla doucement mais sûrement, l'ancrant à ce monde de réalité, parce qu'il sentait que s'il ne ressentait rien, il plongerait dans un océan de douleur dont il ne pourrait revenir. Il commença alors à glisser ses ongles sur sa nuque, dans son cou, sur son visage... Une pointe de douleur bien plus forte que les autres lui indiqua qu'il avait dû racler les striures de sa blessure, toujours en cours de cicatrisation –ils avaient néanmoins enlevé le pansement deux jours plus tôt. Et il recommença, même si la brûlure qu'il ressentait était insupportable, mais c'était toujours mieux de pleurer pour ça que pour ce qu'il ressentait psychologiquement.
Tout à coup, une main se referma sur son poignet et le souleva violemment du sol, le redressant sur ses jambes flageolantes, et si la poigne qui le retenait l'avait lâchée, nul doute qu'il se serait lamentablement écroulé au sol.
-Arrête ça ! lui ordonna une voix qu'il connaissait bien.
Il la connaissait trop bien même, et ne voulait l'entendre sous aucun prétexte ! Aussi tourna-t-il sa rage contre le torse qu'il discerna à travers ses larmes, le frappant de sa main libre, lançant son poing contre lui, de toutes ses forces. Il voulait qu'il le lâche, mais en même temps qu'il le retienne ici, il voulait qu'il disparaisse loin de lui et qu'il reste à ses côtés. En fait, il n'était même plus certain de ce qu'il devait vouloir, et ce fut finalement l'autre qui décida pour lui. Sans qu'il n'ait rien demandé, il se retrouva serrer contre le torse de son grand-frère, un bras puissant entourant son dos. l'autre autour de ses épaules, une main dans ses cheveux pour caler sa tête contre son cœur.
-Arrête, lui dit-il à nouveau d'une voix plus calme.
Si dans un premier temps Kieran tenta de se défaire de l'étreinte avec véhémence, il finit par céder et s'accrocha à la chemise de son aîné, comme un naufragé en plein océan se serait accroché à un bout de bois. Et il continua à pleurer, à ouvrir ses lèvres sur des cris silencieux.
Pour seule réponse, Xanxus resserra un peu plus son étreinte autour du frêle corps contre le sien. Peu importait ce qu'on lui disait et ce que le vieux en pensait, il ne laisserait pas son petit-frère seul. Il l'avait déjà perdu une fois, et ça suffisait amplement, cette fois il serait là pour lui, il resterait avec lui. Avec une tendresse que peu de gens lui connaissaient –et les doigts d'une main était bien trop nombreux pour les compter–, il déposa un baiser sur la tempe blessée de son cadet. Non cette fois il ne l'abandonnerait pas.
Il avançait entre les décombres du château, faisant attention à où il posait les pieds pour ne pas se blesser. Après avoir survécu à tout ça, ce serait un comble qu'il se plante à cause d'un caillou sur lequel il aurait glissé ! Enfin, il aperçut le groupe qu'il cherchait plus loin en train de discuter et un immense sourire étira ses lèvres.
-'Xus ! appela-t-il pour attirer leur attention.
Il fit de grands gestes avec ses bras pour signaler sa position à ses aînés, et avant de les rejoindre d'un pas pressé. Chacun put alors voir un jeune homme de vingt-cinq ans les rejoindre, ses cheveux bruns étaient courts, mais plus longs sur na nuque, jusqu'à ses omoplates, et donc retenus avec un élastique. Les striures d'une vieille cicatrice barrait sa tempe gauche.
-Voiii ! Kieran ! le salua le Capitaine de la Varia.
-Ushishishi, pourquoi t'es le seul à pouvoir appeler le boss comme ça ? intervint Belphegor.
-Sûrement, parce qu'il est le petit-frère du boss et pas vous Bel-sempai, lui répondit Fran d'une voix traînante.
-C'est ça d'être un privilégié, ajouta Kieran avec un sourire amusé.
-Kieran, mon p'tit ange, pas de bobos ? lui demanda Lussuria.
L'interrogé secoua négativement la tête, il avait réussi à se protéger efficacement durant cette gigantesque bataille contre l'une des couronnes funéraires. Il fut alors attiré par une personne à genoux par-terre dont les cheveux, la barbe et les longues étaient terriblement longs, signe qu'il était passé sous les soins du Gardien du Soleil.
-Levi ? appela-t-il avec étonnement.
L'interpellé leva le regard vers lui, et il y eut un moment de flottement avant que le jeune frère de Xanxus n'éclate de rire.
-Hahaha ! Tu ressembles à un Yéti comme ça ! lança-t-il.
Puis tout à coup une détonation retentit alors qu'une fumée rose entourait l'endroit où c'était tenu Kieran une seconde avant.
Bon soyons honnête, j'espère ne pas être partie trop ooc avec ce chapitre ! J'espère aussi que la longueur vous a pas trop effrayés ! Pardon, mais quand j'écris y'a des moments où j'ai beaucoup de mal à m'arrêter °° Après pareil, je ne me voyais pas couper ce chapitre, et je dois dire que je n'en avais pas trop envie non plus... Enfin maintenant on va pouvoir reprendre la trame principale du manga ! Accrochez-vous parce qu'au prochain chapitre, ça va swinguer ! =p
Sinon, n'hésitez pas à laisser une petite review –ou même une longue vous avez le droit !– pour dire ce que vous en avez pensé ! Sur ce, rendez-vous dans deux semaines !
Traduction des phrases en Italien dans le texte :
"Siete finalmente tornato a casa !" = "Vous êtes enfin de retour à la maison !"
"Mi sei mancato" = "Tu m'as manqué"
