Note : Le saviez-tu cher lecteur, j'ai un tumblr (some-cool-name point tumblr point com) dans lequel est posté aujourd'hui même le plan de la salle du concert, que je vous recommande de regarder pour vous accompagner dans ce chapitre.
Bêtas : Nathdawn & Kathleen Holson mes zamis que j'adore plus que tout.
Reviews : oh oui please !
Lorsque John Watson regarde le corps du corniste qu'on glisse sur la civière déployée pour l'occasion, il ne retient même pas un souffle profond de s'échapper de ses lèvres entrouvertes. Pour sûr, il aurait dû manger quelque chose avant de venir, parce que son ventre lui donne des crampes à force d'être vide, mais pourtant c'est d'un verre de scotch dont il rêve. Un seul, pour ne pas être rattrapé par la malédiction familiale non plus.
« Philipp Sherrer, 37 ans, corniste dans l'orchestre depuis 6 ans. Célibataire, pas d'enfants. Habite en colocation à Marylebone avec une prof de danse et un autre homme dont on a pas encore le détail. », énonce tout haut Lestrade, dépêché sur place en moins de 20 minutes, en regardant la civière surmontée d'un sac mortuaire qui s'éloigne jusqu'aux coulisses.
« Comment va le reste du groupe ? »
« Ils commencent à réaliser. La cellule psychologique a été mise en place. »
« Bien. », répond John en hochant la tête inconsciemment, avant d'être sorti de ses pensées par la main de son ami qui se pose sur son épaule.
« John, qu'est-ce que vous faisiez là ? »
« On était venu écouter Denosa, Sherlock arrêtait pas d'en parler alors... »
Le policier lève un sourcil si haut que John se sent soudain tout petit.
« Quoi ? »
« Vous deux ? À l'opéra ? »
« Greg, ce n'est pas... »
« Le début de longues rumeurs sur vous ? Oh si John, et crois-moi, ça a déjà commencé. », sourit le plus vieux en tapotant l'épaule de son ami.
Le médecin n'a même pas le temps de laisser les poils de ses bras se hérisser que déjà l'équipe de la criminalistique accompagnée de Sherlock viennent les rejoindre. Le brun porte toujours son manteau sur ses épaules même s'il ne fait pas froid et John sait pertinemment qu'il le garde pour se démarquer des autres inspecteurs présents autour de lui. L'ex-soldat ne sait pas vraiment pourquoi ce manteau a une place aussi importante, mais lorsque Sherlock l'enfile, les bouches se referment et les yeux s'ouvrent en grand. C'est comme le costume d'un super-héros et même si le brun n'a aucun rapport avec Batman, ils partagent au moins le sens de la mise en scène et de provoquer la crainte théâtralisée. C'est à la fois complètement ridicule et totalement efficace.
« Sherrer était assis là. », indique un des policiers en pointant du doigt une chaise sur laquelle un petit panneau jaune agrémenté d'un 2 a été posé. « La balle a perforé l'arrière gauche de son crâne. Selon l'angle, le tireur était positionné derrière lui, sur les sièges, là-haut. »
L'agent tend une feuille au détective consultant qui la regarde sommairement avant de la tendre à John qui y colle son nez.
« La croix rouge c'est l'emplacement de Sherrer. En jaune on a surligné avec la balistique les sièges desquels le coup pouvait avoir été tiré ; les sièges 43, 44A, 43, 42B, 43, 42, 41 C ou 37, 38 D. »
« Et les deux cœurs là, c'est quoi ? », demande John en posant son index sur deux cœurs rouges positionnés sur le côté gauche de la feuille.
Il relève son nez, cherche rapidement à quelles places ils correspondent et soupire en retrouvant les sièges où son colocataire et lui étaient installés. Lestrade et ses agents pouffent un rire tout sauf discret mais Sherlock reprend, semblant ne même pas les avoir entendus :
« Donc, neuf suspects. Est-ce qu'on a le nom des réservations ? »
« Ça ne sert à rien, le tireur doit déjà être dans un avion pour le Chili... », tente John, mais personne ne semble l'entendre.
À la place, ils se retournent tous lorsqu'un jeune homme trottine jusqu'à eux avant de s'adresser au DI.
« On a demandé les noms de ceux qui ont réservé à l'accueil, on devrait avoir la totalité d'ici 48heures m'sieur. Et m'sieur, les spectateurs qui sont restés attendent dehors pour être interrogés, m'sieur. »
« Sherlock ? », demande Lestrade en se retournant vers l'appelé qui boutonne déjà son manteau.
« Est-ce que l'un d'entre eux étaient placé derrière l'orchestre ? »
« Non m'sieur Holmes. »
« Si je n'ai rien vu, il n'y a aucune raison pour que ces abrutis aient vu quelque chose, alors renvoyez-les chez eux. »
« Sherlock... », appelle John d'une voix sourde.
Il faut quelques secondes au détective avant de comprendre qu'il est rappelé à l'ordre, alors il sourit poliment pour s'excuser et reprend :
« Si je n'a rien vu, il n'y a aucune raison pour que ces abrutis aient vu quelque chose, alors renvoyez les chez eux s'il-vous-plaît. »
John et Gregory lèvent leurs yeux si haut dans leurs orbites que Sherlock ne peut qu'espérer que leurs yeux fassent un tour complet sur eux-mêmes et trouvent enfin le cerveau qu'ils ignorent depuis tant d'années. Le détective n'attend pas une seconde de plus et d'un geste ridiculement bien trop sophistiqué, saute de la scène et se dirige déjà vers la sortie. John serre la main du DI, salue le reste des agents et rattrape rapidement son ami.
« Sherlock ! », appelle Lestrade en haussant la voix. « En attendant qu'on ait retrouvé toutes les personnes qui étaient assises sur ces foutus sièges, interdiction d'en parler à l'anniversaire de Molly demain, c'est clair ? »
Le détective fait un vague signe de la main par-dessus son épaule et pousse la porte à battant par laquelle il fait passer John devant lui avant de le suivre.
« Tu as entendu Sherlock, on ne parle pas de cette histoire à l'anniversaire de Molly. La dernière fois qu'elle nous avait invités à sa pendaison de crémaillère, tu avais fais s'évanouir sa grand-mère avec tes histoires d'amputation. »
« Elle m'avait demandé sur quoi je travaillais en ce moment. »
« Mais elle n'avait pas demandé les détails. »
« Les gens ne sont jamais contents. »
John hausse un sourcil et s'arrête au milieu du couloir recouvert de la moquette rouge et moelleuse, obligeant à Sherlock à en faire de même avant de lever les yeux au ciel dans une grimace lasse.
« D'accord, John, je ne parlerai pas du mort à la soirée. »
Le médecin sourit et reprend sa marche, laissant le détective soupirer tout haut :
« Même si je n'ai aucune d'idée de ce dont on pourra parler... »
Quand John se retourne, les mains prises par deux Camden Hells fraiches qu'il vient de payer, il sourit en regardant les tables du fond réservées par Molly pour son anniversaire. Ce n'est pas vraiment étonnant, mais lorsque la jeune médecin légiste les a invités Sherlock et lui dans ce pub du sud de Londres, il avait pensé se retrouver à fêter à quatre un anniversaire au calme. Il n'aurait pu avoir plus tort. Devant la quinzaine d'amis bruyants qui se rappellent une espèce de match de Frisbee, ce qui provoque à Molly et sa cousine un fou rire, il pince ses lèvres et se rapproche de la table la moins vivante de la soirée ; normal, Sherlock y est installé.
Molly avait pourtant insisté au téléphone sur le caractère décontracté de la soirée, mais il faut croire que Sherlock Holmes ne peut faire mieux en matière de décontraction qu'un costume cintré et une chemise d'un bleu profond. C'est peut-être pour contrebalancer que John en a mis une blanche.
Le médecin se rapproche de la table où les doigts du détective tapotent frénétiquement, face au nouveau petit ami du médecin légiste. Le garçon s'appelle Andy Kerwell et il a serré la main de Sherlock avec une telle conviction que John l'a tout de suite détesté. Le médecin pose les deux bières à côté du coude de son colocataire et prend place avant d'entendre la voix pleine de sarcasme du brun :
« Alors comme ça, vous êtes fleuriste ? »
« Botaniste. », corrige le jeune homme en se grattant nerveusement l'arrière de son oreille, comme s'il passait un entretien d'embauche.
« Tu entends ça John, le jeune homme s'occupe de fleurs. », sourit Sherlock à destination de son ami qui lève déjà les yeux au ciel.
« Pas tou-tes les fleurs bien sûr, je suis plus spécialisé en fleurs sauvages. Je travaille pas très loin, au parc Greenwich et on a reçu une nouvelle sorte d'Althaea officinalis d'ailleurs aujourd'hui et on les mettra en terre la semaine prochaine. Vous pourriez venir un jour me voir au parc, ce serait fa-bu-leux. », répond Andy, les mains jointes et les yeux brillants d'excitation.
« Encore un gay. », conclue Sherlock en un haussement de sourcil qui manque de faire s'étouffer John avec sa bière.
« Je vous demande pardon ? », demande le concerné qui s'est penché en tendant l'oreille parce qu'avec la musique à la mode qui retentit tout autour d'eux, il est tellement facile de mal se comprendre.
« Je viendrai, » répond John en haussant la voix pour corriger les propos du détective « Il a dit, je viendrai. »
« Andy, viens danser un peu ! », appelle soudain Molly en l'attrapant par le bras avant de lancer des regards amusés à Sherlock et John qui s'accrochent à leurs sièges comme ils s'accrocheraient à la vie. « Je ne vous propose pas de venir danser avec nous ? »
« Jamais, plutôt mourir. », sourit Sherlock, dont la voix est encore à moitié couverte par la musique assourdissante - sa meilleure alliée ce soir.
« Après, avec plaisir. », corrige John en souriant à Molly qui les salue avant de retourner faire claquer ses talons beige sur la piste de danse improvisée.
Sherlock sourit très ironiquement une seconde de plus avant de relâcher les muscles de son visage d'un coup d'un seul. Sur la banquette où il est assis, il croise les jambes et pose les coudes sur la table avant d'attraper une des deux bières que John a rapporté avant de l'inspecter minutieusement :
« Ce n'est pas ce que j'avais commandé. », peste le plus jeune.
« Non bien sûr, mais comme ils n'avaient pas de barbituriques au bar, je t'ai pris ce qui y ressemblait le plus. »
« Est-ce que je peux au moins me noyer dans mon verre ? »
« Je ne vis que pour te voir essayer. »
Sherlock lève un sourcil peu impressionné par la répartie de son ami et le laisse entrechoquer leurs verres dans un geste qui a sûrement une grande signification pour le médecin qui le laisse de marbre avant de porter dans un même geste le verre à leurs lèvres.
« C'est donc ça la bière. Pas mauvais. », conclut le détective dans une grimace étonnée.
« Ah, donc tu l'es après tout... »
« Humain ? »
« Anglais. »
« Amusant. », sourit-il ironiquement avant de détourner la tête à nouveau.
Le verre de John se vide rapidement et c'est peut-être la bonne ambiance, le temps exceptionnel, ou le fait que ce soit la quatrième bière qu'il finit, mais ce soir, il a envie de parler. À moins que ce ne soit à cause du meurtre de Sherrer. John se rappelle très bien lorsqu'il était revenu d'Afghanistan, lorsque la vie chez Harry lui faisait aussi peur qu'elle était calme. Il aurait tout donné pour un peu d'animation, d'adrénaline, de raison de vivre. Maintenant, une simple balade à l'opéra et il revient à la maison avec dans la tête l'image d'un homme dont on a perforé le crâne. Pour sûr, il n'est plus en manque d'action.
Les musiques s'enchaînent dans le pub et John et Sherlock sont toujours les seuls assis dans leur coin, à boire la bière qui se réchauffe entre leurs doigts. Pour sûr, ce n'est pas comme ça qu'ils passent leur vendredi soir normalement et tout dans leur attitude crie le malaise. John se dit qu'ils pourraient peut-être partir plus tôt et avec le temps plus que clément, ils pourraient un peu marcher avant de prendre le métro. Il faut encore quelques minutes de silence entre les deux à l'inverse du chaos cacophonique dans le bar, avant que John ne se décide à proposer sérieusement à son colocataire de bouger. Il relève la tête, entrouvre les lèvres, mais Sherlock a l'air si concentré sur la piste de danse qu'il les referme tout aussitôt.
Sherlock a parfois ce regard si perçant, que son être entier ressemble à un microscope. Il n'est que froideur et analyse et dans ces moments là, même sa peau parait si blanche que John se retient de ne pas lui mettre une couverture sur les épaules. Ce soir est différent bien sûr, parce qu'il fait une chaleur telle qu'ils ont tous les deux relevés leurs manches. C'est le résultat du mélange de l'alcool, de la proximité de tous ces gens qui dansent et de ce mois d'octobre bizarre où personne n'ose porter de serait-ce qu'une veste. Avec la chaleur, les cheveux de Sherlock sont un joyeux bordel et la noirceur des boucles humides retombant sur la nuque pâle rappelle à John les premières boums, les premiers verres, les premiers sentiments contradictoires et l'impression éphémère d'être invincible, tout ça parce qu'on a 16 ans. John aimerait bien demander à Sherlock de lui raconter ses premières fêtes, mais Sherlock regarde toujours la piste de danse comme il regarde une scène de crime - ce qui est un peu le cas, vu la façon de danser d'Andy - alors, John se penche vers lui et parle assez fort pour être sûr de se faire entendre :
« Qu'est-ce que tu regardes ? »
« Mh ? »
« Depuis une heure, tu regardes les amis de Molly... un problème ? »
« Ah, non, aucun. Il fait chaud, tu ne trouves pas ? »
« Si, j'ai entendu à la radio qu'il n'avait pas fait aussi chaud en octobre depuis 1891... », répond John en resserrant sa main autour de sa bière encore un peu fraîche par réflexe.
« Alors, pourquoi mettre un col roulé ? »
John fronce les sourcils mais Sherlock ne le regarde toujours pas. Dans sa pose nonchalante il n'y a que ses yeux qui semblent encore réveillés, plongés sur un point incertain parmi les corps qui bougent plus lentement, au rythme de la nouvelle chanson. Le plus plus vieux se retourne, appuie son coude sur le dossier de sa chaise et observe. Sur la piste de danse, ce n'est qu'un mélange de rires, d'alcool et d'épaules pressées les unes contre les autres, mais au centre, les bras en l'air et les hanches ondulantes, il y a une jeune métisse, aux cheveux noir de jais attachés en une haute queue de cheval, avec de grands yeux cernés de noir et vêtue d'un pull à col roulé rose. À côtoyer ainsi les tee-shirts sans manches et les robes estivales, on ne voit qu'elle. À bouger ainsi son bassin, John ne voit qu'elle.
« Elle est frileuse. », tente John sans même cligner des yeux.
« Impossible, vu son activité physique. »
« Peut-être que c'est à la mode. »
« En 2014 ? Vraiment John ? », ironise Sherlock en plissant les yeux.
« Peut-être qu'elle cache quelque chose alors. »
Et cette fois vu le sourire de Sherlock, il sait qu'il est sur la bonne piste. Ils se regardent une seconde et sur la petite table appuient leurs coudes qui se touchent et se penchent légèrement en avant pour commencer un jeu de déduction que John compte bien réussir avant son colocataire pour une fois. Ce n'est pas un sport olympiques où les règles sont claires et respectées, il n'y a pas d'arbitre pour donner le coup d'envoi, les seuls coups sont bas, et la joute verbale sans merci.
« Pas d'alliance. Célibataire. », commence John en fixant les mains de leur cible qui s'élancent dans les airs dans des gestes orientaux.
« Maquillage élaboré : séductrice. », rajoute Sherlock sans le laisser finir sa phrase.
« Arrivée la dernière à la soirée. Elle habite loin. »
« Talons intacts. Arrivée en taxi : riche. »
« Blackberry toujours à portée de la main, cernes cachées sous le maquillage... A un poste à hautes responsabilités. Abandonne Sherlock, je réglerai ça avant toi. », sourit John en se penchant un peu plus malgré lui.
Et c'est peut-être à cause du mouvement parfaitement maîtrisé des hanches de la femme, mais John se sent envoûté, aspiré. Elle ne l'a pas vu, pour sûr elle ne connaît même pas son existence mais il y a quelque chose chez elle qui l'attire comme un hameçon qui s'est accroché sous sa peau et le sort de l'eau calme et douce où il se cache. Petit à petit, c'est le pub qui disparaît, les rires gras, l'alcool et la sueur, il n'y a qu'elle et le mouvement de son bassin qui tourne encore et encore, hypnotise le médecin et lui donne envie d'en voir plus. Ce n'est pas sexuel, ce n'est pas son corps qu'il veut découvrir, mais ce qu'elle cache. Personne ne bouge comme ça, ne regarde comme ça, ne vit comme ça. Elle semble au-dessus de tout, de tout le monde avec une simplicité renversante et John en est jaloux. Pas la peine d'essayer de se cacher derrière d'autres mots, il est saoul de toute façon.
« Elle porte un col roulé pour cacher un collier. », conclue soudain Sherlock avant de finir sa bière.
Le blond explose de rire et retombe en arrière sur son siège. Le plus jeune peut dire ce qu'il veut, mais son manque de connaissance en matière de femmes est définitivement ridicule.
« Okay, t'as perdu... »
« J'ai perdu, John ? », demande le brun en se tournant légèrement pour lui faire face.
« Pourquoi est-ce qu'elle s'emmerderait à porter un pull aussi chaud pour cacher un bijoux ? Ça n'a pas de sens. »
« Oh, non, pas un bijoux ; un collier, John. »
Et cette fois, le sourire de détective est si doux et si sûr de lui que le plus vieux a la désagréable impression d'avoir perdu, sans savoir comment. Il secoue la tête, entrouvre les lèvres pour trouver quelque chose à dire mais rien n'en sort, alors Sherlock reprend.
« Ou des marques de strangulations. »
« Elle aurait été attaquée en venant ici ? Mais elle a son sac, elle n'a aucune blessure et semble juste... heureuse. »
« Elle devait être consentante alors. »
Et alors que la voix de Sherlock se fait plus calme, le son étourdissant du pub semble s'étouffer doucement et John se rapproche de son ami. Il y a quelque chose d'étrange, toute la joie des derniers instants semble s'être mise sur pause et a laissé à la place un vide auquel John aimerait bien donner un nom.
« Son partenaire a dû utiliser ses mains, les marques sont visibles plus rapidement et sont plus profondes, sinon un simple foulard aurait suffit. Ce qui expliquerait pourquoi elle est arrivée en retard à la soirée. »
« Attends, attends... De quoi tu parles ? », demande John en se penchant vers le brun, les sourcils si froncés qu'il en a mal au crâne - à moins que ce ne soit à cause de la bière de mauvaise qualité.
« Tu n'as jamais entendu parler de ça ? »
« De ça ? »
« Du BDSM, John Watson. »
Le vide se remplit soudain et le médecin n'a plus besoin de lui chercher de nom, il est là, grand et imposant, clignote devant ses yeux, dans sa tête et dans sa poitrine serrée ; il s'agit du choc, ni plus ni moins.
« Je ne... », commence-t-il, les joues aussi rouges qu'il est mal à l'aise, mais Sherlock semble à peine l'avoir remarqué puisqu'il a déjà détourné le visage pour regarder la jeune femme qui ralentit ses pas de danses.
« Des gens trouvent du plaisir dans la perte de contrôle, la domination et la douleur, occasionnellement. Bien sûr, c'est mal vu par la société, en conséquence, les adeptes de ce genre de relation sont extrêmement discrets. Alors parfois, un col roulé suffit. »
Ce n'est plus seulement le choc, c'est aussi une baffe monumentale et également une certaine gène qui cloue John sur place, parce que non seulement il n'a jamais, ô grand jamais parlé de sexualité avec Sherlock Holmes et encore moins de BDSM. Il entrouvre les lèvres, cherche quoi dire dans l'océan de mots comme Bordel de merde et Quoi ?! qui traînent dans son foutu crâne, mais est arrêté bien vite par une voix douce comme la brise qui les appelle. Un éclair rose attrape le coin de la rétine du médecin, qui ne peut s'empêcher de tourner la tête vers la sublime jeune femme qui a cessé de danser et s'est dirigée droit sur eux, le sourire aux lèvres.
« Bonsoir Sherlock. »
« Elisa ! », sourit l'appelé avant de se lever et de faire la bise à la femme au col roulé.
« Tu connais Molly alors ? »
« On travaille ensemble, parfois. Et toi ? »
« On était au même lycée. Ça me fait plaisir que tu sois là, ça fait longtemps qu'on ne s'était pas vus. »
« Quelques temps, oui. »
« Ça te dit d'aller chercher un verre ?
« Avec plaisir, je te rejoins. », sourit chaudement le brun.
John regarde la jeune femme disparaître jusqu'au bar et est mordu par la vision de Sherlock qui attrape son verre presque vide, prêt à partir.
« Sherlock, attends, tu la connais ? », demande-t-il en attrapant son bras qu'il serre un peu plus fort qu'il ne l'aurait souhaité. « Comment est-ce que tu connais ça ? Comment est-ce que tu connais ses penchants ? Sherlock, est-ce que tu... fais ces choses ? »
Ils sont si proches qu'il est évident pour tous les deux que quoi que Sherlock réponde, il ne pourra pas mentir, pas même essayer. John scrute ses yeux aussi clairs que son génie est sombre, ses lèvres sans expressions et l'ensemble de son visage à la recherche du moindre tic, du plus infime des tressaillements, mais ce n'est pas un muscle incontrôlable qui le trahit. C'est son sourire franc et si honnête qu'il fait aussi mal qu'un poing qui se serait logé contre les cotes du médecin. Il regarde John droit dans les yeux, sans rien d'autre que ses lèvres tirées dans une grimace qui ne veut dire qu'une chose. Alors c'est John qui lâche doucement son bras et étire ses doigts dans lesquels le sang a oublié d'aller pendant quelques secondes.
Sherlock ne se retourne même pas et disparaît entre les danseurs dans un silence morbide où tous les non-dits et les questions semblent prendre un poids tel que c'est la respiration de John, courte et lourde qui en subit les conséquences.
Parce que Sherlock Holmes n'a pas eu besoin d'ouvrir ses lèvres, mais juste de les étirer pour donner sa réponse, et elle a été très claire pour John Watson.
Oui.
