Note : Hello lectrices et lecteurs ! Pas trop de blahblah pour cette intro, j'en profite juste pour vous remercier pour vos follows, fav' et surtout vos reviews. C'est toujours un plaisir sans nom que d'avoir vos retours, alors, merci de prendre le temps de lire et de poster un commentaire :)
Bêtas : Nathdawn et Kathleen-Holson, qu'on remercie tou/te/s car sans elles je ne pourrai pas publier.


Allongé dans son lit qui grince, les mains nouées derrière sa nuque, les yeux de John fixent un plafond qui ne bouge pas plus que lui. Il n'est même pas 8h mais il fait déjà une chaleur à crever dans cette pièce qui sent le sucre et les amandes, parce que Mrs. Hudson ne s'est jamais occupé de cette histoire de mauvaise ventilation entre sa cuisine et les étages. Il s'est réveillé il y a une dizaine de minutes pourtant (à moins que ce n'était il y a une demi-heure ?) pour aller entrouvrir la fenêtre qui donne sur la rue calme en ce vendredi matin.

La chaleur, c'est le sujet du moment, et pour une nation frappée par un taux de chômage record dans une Europe en crise, c'est d'une idiotie sans nom. Entre la petite radio de la cuisine qui grésille et les journaux gratuits que John arrive à attraper dans le métro, il apprend les théories plus ou moins plausibles de ces températures historiques. « Un anticyclone venu du Sud » raconte la WRN Broadcast. « La fonte des glaces inquiétante ; combien de morts d'ici 2016 ? » annonce The Sun dans une typographie épaisse et vulgaire. « Le mariage gay et ses conséquences catastrophiques : ce que Dieu prépare à la terre pour nous en faire payer le prix », a-t-il lu une fois sur un blog aux couleurs criardes et au contenu aussi douteux que la sauce aigre-douce qui traîne depuis juillet dans le placard au-dessus de l'évier.

John n'a jamais bien compris ce besoin typiquement humain de faire de chaque élément un drame sans forme et sans échappatoire. Comme si le statut totalement précaire de tout être sur terre n'était pas déjà un fardeau assez dur à porter, il faut en plus que la BBC, Chanel 4 et The Daily Telegraph sautent d'un sujet grave à un autre, appuient là où ça fait mal et instaurent un climat de peur perpétuelle où il devient bien difficile d'avancer. Pourtant, John Watson est persuadé qu'il devrait y avoir des choses dans la vie impossibles à remettre en doute, ni diaboliser, des éléments sur lesquels il est inconcevable de faire du fric en créant une crainte irréfléchie. Comme une bonne tasse de thé aux épices, chaude et réconfortante, sans aucun conservateur louche. Ou un film Harry Potter, sans un scandale absurde du type acteur fume ou boit. Ou un pull à col roulé.

Un pull à col roulé.

John inspire et se tord sur le matelas où son corps s'enlise, ses paupières sursautent et ses doigts se tendent. La veille au soir, il n'est pas resté seul et hébété à sa table plus de dix minutes avant que Molly ne vienne le chercher. Il est allé ensuite l'aider à faire marcher Andy - en parfait anglais, saoul et avachi sur une banquette - jusqu'à un taxi, avant de les accompagner à l'appartement de la médecin légiste sur Trinity Street qu'il découvrit en portant le fleuriste jusqu'au canapé le plus proche. Pour sûr, quelque chose que personne d'autre à part lui n'aurait accepté de faire et encore moins l'homme qui lui sert accessoirement de meilleur ami, rentré à Baker Street 47 minutes après lui.

47 minutes durant lesquelles tellement de choses ont pu se passer. Ce qu'il peut détester Sherlock Holmes et sa façon de faire du plus simple des pulls un objet d'obsession dont l'ex-soldat se serait bien passé. Parce que ça n'a beau être qu'un bout de tissu - parfaitement cintré sur un corps aux formes généreuses, certes - depuis que Sherlock a quitté la table et a suivi cette Elisa, c'est tellement plus.

C'est un point d'interrogation, un oasis à l'eau trouble et dangereuse, une promesse et un piège tout à la fois. C'est une porte par laquelle le détective s'est échappé, sans rien exprimer d'autre que son sourire. Une porte qu'il n'a pas totalement refermée et dont John scrute l'entrebâillement férocement. Il pourrait l'ouvrir un peu plus, savoir enfin ce que Sherlock cache avec tous ces cols roulés qu'il a du croiser dans sa vie. Il pourrait lui demander. Il pourrait...

Il doit la laisser fermée. D'un bond il se lève et quitte les draps qui portent encore son odeur qu'il ne reconnaît même plus et ouvre la porte - la seule dont il ait le droit de toucher la poignée - avant d'aller prendre son petit-déjeuner.


« Alors, Mrs. Perkins m'a sorti son ticket de caisse, et comme je lui avais dit, elle est allée à la pharmacie commander la colle pour son dentier, jeudi et non mardi. Sale chose que la vieillesse, elle vous fait perdre la tête. »

« Mrs. Hudson... »

« Ah oui, oui, votre courrier, pardon. »

John lève discrètement les yeux au ciel et assis à la table de la cuisine, un coude appuyé contre sa tasse fumante, il étend sa main droite et attrape les enveloppes blanches tendues par sa propriétaire. À chaque fois que la vieille dame monte leur apporter leur courrier, c'est la même rengaine, un « Bonjour » enjoué leur échappe des lèvres avant que les nouvelles de la population du troisième âge du quartier ne soient expliquées jusque dans les détails les plus intimes aux oreilles du blond qui doit partager ses tartines au beurre avec la phlébite de Mr. Jenssen, la myopie alarmante de Mrs. Blank et désormais, le dentier brinquebalant de Mrs. Perkins.

D'un signe de la tête, il salue sa propriétaire qui redescend les marches grinçantes du 221B et trie rapidement les enveloppes à son nom et à celui de son colocataire. Du bruit provenant de la chambre du fond lui fait relever les yeux ; un coup d'œil à sa montre et il se lève. Sherlock aime boire son thé brûlant alors le médecin remplit la bouilloire. Le son familier de la clenche tournée et des pas sur le parquet vieilli lui apprend que son ami est sorti de sa chambre et qu'il est entré dans la salle de bain - sans fermer la porte. Il entend les clapotis de l'eau, imagine son ami se laver les mains ou passer un peu d'eau fraîche sur son visage en cette matinée aussi chaude que leur thé et se félicite mentalement de ne pas repenser au malaise né entre eux deux la veille au soir. La bière et le bruit assourdissant ont du être la cause de la gêne de John, mais les deux adultes qu'ils sont valent mieux que ça, alors autant passer à autre chose. John ne pensera plus à Elisa et c'est aussi simple que ça.

« Bonjour. »

« Salut Sherlock. », répond John en se tournant, la tasse dans la main qu'il tend automatiquement pour servir son ami, avec supplément sucre et sourire en cette belle matinée, et pour la première fois aujourd'hui, leurs regards se croisent.

Un pull à col roulé.

« Lestrade m'a envoyé l'adresse de Sherrer, il y sera à 10h. »

Tu n'as jamais entendu parler de BDSM, John Watson ?

« John ? »

« Hm ? », émet enfin la gorge serrée de l'ex-soldat qui secoue sommairement la tête.

« Un problème ? »

« Aucun. Donc, on retrouve Lestrade à 10h chez Sherrer, ok, très bien, toujours un plaisir de fouiller la maison d'un mort. »

« Il a deux colocataires bien vivants, si ça peut te consoler... d'une quelconque manière. », rajoute le détective en faisant un vague geste de la main.

John émet un demi-sourire. Sherlock boit du bout de ses lèvres fines son thé dont la fumée se perd dans les boucles qui pendent sur son front, les yeux fermés, une main posée sur sa hanche droite. Il y a juste le bruit des travaux de la station des Boris Bikes qui envahit le 221B tandis que les deux hommes finissent leur petit déjeuner devant leur courrier qu'ils ouvrent minutieusement.

« Tout va bien, John ? », demande le détective d'une voix neutre.

« Tout va bien, Sherlock. », répond son ami, d'une voix tout aussi fausse.


À l'angle de Blandford Street, au numéro 52, il y a un petit café peint d'un bleu saphir qui affiche sa carte sur une feuille A4, encadrée sobrement sur une fenêtre que le propriétaire nettoie d'un petit chiffon. Bien sûr, la rue n'a pas été bloquée, mais avec les trois voitures de polices et le camion de la balistique garés sur les places livraison, les riverains ralentissent leur pas, retirent une oreillette et tentent comme ils peuvent d'apercevoir la raison de cette invasion policière soudaine. Il y a deux agents devant la porte d'entrée noire que John traverse avant de suivre Sherlock dans l'escalier de ce petit immeuble. Ils s'arrêtent au deuxième étage, où la porte de droite est déjà ouverte.

L'appartement de Sherrer est un mélange étonnant d'une vie en colocation - en témoigne la disparité totale des meubles du salon - pourtant parfaitement rangée et propre, bref, la véritable preuve que les locataires sont tous des adultes responsables. John a un peu honte de l'état de Baker Street en comparaison.

« Lestrade. », salue Sherlock, les yeux scannant la pièce tout autour d'eux.

« Pile à l'heure. », sourit-il avant de venir serrer la main de John, puisque celles de Sherlock sont profondément ancrées dans ses poches.

« Où sont les colocataires ? »

« Dans la cuisine. On les interroge. Et avant que tu ne demandes, le soir du meurtre, la fille était en représentation à l'autre bout de la ville et le mec était en déplacement en Belgique. »

« La chambre ? »

« Au bout du couloir. »

Le détective hoche brièvement la tête et s'y rend accompagné de John. La pièce est plutôt grande et comme le salon, c'est un exemple en matière de rangement. Le lit n'a pas un pli - ce que le front de John jalouse automatiquement -, la commode est jonchée de partitions dont dépassent des petits post-it jaunes et roses et à gauche, près du bureau en bois, un pupitre cassé est surmonté d'un chapeau en feutre un peu grotesque. Sherlock est déjà à genoux par terre à regarder sous le lit lorsque John se penche vers la table de chevet.

« Sherlock, tu as vu les... »

« Photos de Sherrer déguisé à l'occasion de représentations théâtrales ? Inévitables. »

Le médecin prend un des cadres pour l'inspecter plus sérieusement. Au centre de la photo, les mains jointes à celles d'autres comédiens, il reconnaît l'homme dont il a vu la cervelle, et le voir ainsi sourire sous les feux des projecteurs est un spectacle bien plus réjouissant. Sherrer est un peu plus jeune, à moins que ce ne soit le maquillage qui lui donne cette impression. Il a une couronne faites de fausses feuilles et un costume couleur beige sur lequel on a cousu des petites branches - ce qui semble vraiment peu agréable à porter. Tout autour de John il y a une vingtaine de photos, certaines prises dans les coulisses, d'autres sur scènes, toutes centrées sur Philipp Sherrer costumé parfois jusqu'à être méconnaissable.

« Il n'y a même pas de photo de lui comme musicien. »

« Viens m'aider John. », appelle Sherlock et tout de suite, l'ex-soldat se met à genoux près de son ami pour l'aider à tirer de sous le lit une grosse caisse d'un bois sombre. « Prévisible. »

Les deux hommes se regardent et Sherlock sourit avant de presser ses deux pouces sur les petits embouts métalliques. Il est si lent à relever le couvercle que le cœur de John se met à battre désagréablement. Ils ne savent jamais sur quoi ils peuvent tomber. En un peu plus d'un an passé à ses côtés, le médecin a vu une centaine de fois Sherlock se mettre à genoux près d'un lit pour en sortir des boîtes de toutes tailles dans lesquelles les gens ont caché leurs secrets ; de la photo gênante d'un ex qu'on veut oublier à des organes humains - que John veut oublier. Il retient son souffle et Sherlock qui perd patience ouvre d'un coup le couvercle.

« Des vêtements. », peste le plus jeune qui semble terriblement déçu par cette découverte - mais John se rappelle l'avoir vu danser de joie lorsqu'il avait trouvé les foies dans une valise Vuitton lors de l'affaire du médecin corrompu, alors ce n'est pas une référence.

« Des costumes. », corrige John en sortant méticuleusement des perruques et déguisements réalisés maladroitement. « On n'avait jamais enquêté sur le meurtre d'un comédien. »

« Un comédien minable. », rajoute Sherlock sans état d'âme avant de se relever et d'épousseter ses genoux d'un air dédaigneux. « J'ai fait des recherches sur internet. Sherrer est abonné aux petites mises en scène bas-de-gamme. Pour la postérité, il est préférable de se souvenir de lui comme musicien de l'orchestre de Londres. »

John sourit plus qu'il ne le voudrait et suit Sherlock jusqu'à la cuisine où Lestrade, debout près de la table interroge les colocataires. La jeune femme, Marina Jones, est assise sur une chaise en plastique et ses longues jambes découvertes suffisent à elles seules à prouver à la pièce entière qu'elle est belle et bien danseuse. La finesse de son corps est sculptée par ses muscles visibles sur sa peau laiteuse et le chignon serré au-dessus de sa nuque est d'une réalisation si parfaite qu'il symbolise des années de danse classique. La robe en laine aux formes géométriques noire et mauve qu'elle porte semble avoir été trouvée dans une friperie.

Devant elle est assit un homme aux toutes petites boucles brunes et grises garnissant sa tête épaisse, éclairée par deux petites prunelles bleues humides. Il est si large qu'il semble ne pas tenir sur sa chaise. Ses doigts boudinés pressent maladroitement la table au centre de la pièce et le reniflement intempestif lui donne l'air d'un grand enfant.

« Bill Hendrik ? », interpelle Sherlock après avoir jeté un coup d'œil au carnet tendu par Lestrade.

« Oui ? », répond l'appelé en relevant son nez rouge de s'être trop mouché.

« Vous avez de la confiture sur votre manche. »

L'homme écarquille ses tous petits yeux et regarde d'un air ahuri sa colocataire qui semble tout aussi étonnée que lui et dans la cuisine, l'ambiance est si gênante que John ne peut que reconnaître la fragrance que Holmes sème à chaque fois qu'il prend la parole en public.

« La tournée de Casse-Noisette se passe bien ? », demande soudain le détective en se tournant vers la jeune femme.

« Euh, oui, oui ça va, nous sommes à Londres depuis le début de semaine et partons pour la Belgique dans trois jours. »

« C'est pour ça que j'y étais, » intervient soudain Hendrik en levant le doigt comme un élève qui veut prendre la parole « Je suis chef machiniste pour la troupe et on préparait la salle à Bruxelles quand j'ai appris pour... pour Philipp. »

« Comment l'avez-vous rencontré ? »

« Il y a sept ans, je travaillais pour une petite production de Songe d'une Nuit d'Été, et Philipp jouait dedans. », répond Bill, scruté par les trois autres hommes de la pièce. « On est resté en contact et puis il y a quatre... non, trois ans, avec Marina on cherchait un colocataire pour payer le loyer, alors je l'ai recontacté. »

« Bel appartement. », intervient John en secouant machinalement la tête, scrutant tout autour de lui la cuisine digne d'un magazine de décoration.

« Ouais, Philipp payait un peu plus que nous... Ils ont un bon salaire à l'orchestre de Londres. Du coup, il a eu la plus grande chambre. »

« Un homme bien ce Philipp. », répond d'un air grave Sherlock. « C'est à se demander comment cet appartement va survivre sans lui - parce qu'il est évident, qu'avec vous toujours en voyage, et vous incapable de ne serait-ce que vous prémunir de vous mettre de la confiture partout, vous n'êtes pas responsables de la parfaite tenue de cet endroit. »

Les colocataires baissent leurs yeux, légèrement honteux et John peut voir dans l'attitude tendue de Sherlock que le jeune homme a compris, qu'une fois de plus, sa sociopathie a repris le dessus.

« Mais ce n'est pas grave, » reprend-il, « Vous devriez voir l'état de l'appartement où John et moi-même vivons, autant vous dire que notre propriétaire a fait des photocopies du chèque de caution. »

« En colocation. », se sent soudain obligé d'intervenir John, une main levée pour être sûr de retenir l'attention de tout le monde dans la pièce. « Nous vivons, en colocation. »

Lestrade soupire tout haut et se rapproche pour faire signer aux colocataires de Sherrer leur déposition et John a tout juste le temps de tourner la tête avant d'apercevoir le regard amusé de Sherlock qui le surplombe.

« Sherlock, si tu as d'autres questions, c'est le moment... », propose le DI.

« Aucune. », répond-il avant de tourner sur lui-même et de disparaître dans le couloir.

« Il a raison Marina, c'était Philipp le timbré du rangement, sans lui ça va être le bordel ici... », soupire Hendrik avant d'exploser en sanglot - le signal d'alarme qu'il est temps de partir.

John salue d'un signe de la tête Gregory et les deux locataires, et accélère le pas pour rattraper Sherlock dans la rue baignée par un soleil plus chaud que jamais.

« Tu l'as fait exprès. », grimace l'ex-soldat le souffle court et les yeux plissés à cause de la luminosité.

« De quoi, John ? »

« De parler de l'état de leur appartement. Ça n'a aucun rapport avec l'affaire, tu voulais juste leur dire qu'on vivait ensemble. »

Sherlock déboutonne sa veste et lâche un sourire amusé ce qui provoque l'effet inverse au médecin.

« Bordel, Sherlock, ce n'est pas drôle ! C'est comme les cœurs que Lestrade a dessiné sur le plan, à l'endroit des places 14 et 15W... Nos places. Et toi tu ne dis rien ! »

« Et il est évident que toi, tu dis quelque chose... Mais bien sûr, tu es comme ça. »

« Attends, qu'est-ce que ça veut dire ? », demande John en s'arrêtant au milieu de la rue, la main posée sur le front pour se prémunir du soleil.

Sherlock s'arrête quelques pas après, semble soupirer vu ses épaules qui retombent et se retourne avant de s'approcher de John qu'il harponne de son regard qu'il plisse à peine malgré la luminosité.

« Tu n'acceptes pas que les choses échappent à ton contrôle. »

Le médecin grimace, cherche sur le visage de son ami le rictus qui lui fera comprendre que c'est une blague, mais rien.

« Je ne vois pas pourquoi... »

« Pourquoi je dis ça ? Je t'ai observé, John et tu es comme ça. Tu es incapable de laisser le contrôle à quelqu'un d'autre que toi. »

« Okay, si c'est une blague à cause de ce qui s'est passé hier avec Elisa, c'est vraiment minable. »

« Et qu'est-ce qu'il s'est passé hier avec Elisa ? »

« Je n'ai aucun problème avec... le contrôle. », se sent obligé de dire le médecin pour ne pas avoir à répondre à son colocataire.

« Ne sois pas sur la défensive, ce n'est pas une critique. »

« Je ne suis pas sur la défensive ! », s'écrie-t-il, faisant sursauter les deux ados qui passent à côté d'eux, avant de s'excuser d'un sourire poli et de reprendre son masque dur.

À peine a-t-il le temps de rouvrir les lèvres que Sherlock a déjà fait un pas et ils sont si proches que le bout de leurs chaussures se touchent et la tête de Sherlock suffit à cacher le soleil sur le visage de John.

« Tu peux retirer ta main. », appelle d'une voix neutre le détective, mais John garde fermement ses doigts collés à son front comme une visière.

« Pourquoi ? »

« Parce que je te cache du soleil. »

« ... Non, ça va, ça ne me dérange pas. »

« Et parce que je te le demande. »

Les yeux du médecin s'ouvrent sous la surprise et sa main vacille une demi-seconde, avant de s'accrocher plus fermement à son visage. Sherlock est bien trop près et il y a bien trop de monde autour d'eux, c'est si gênant que John a envie de bondir en arrière, mais il ne lui fera pas ce plaisir. Ils se combattent du regard, fiers à en crever. John ne bouge pas, les deux pieds immobiles comme ancrés dans un sable allié.

« À quoi tu joues, Sherlock ? », expire-t-il dans un souffle rauque.

« Tu es si brave, John Watson. »

Sherlock le regarde encore quelques secondes, sans aucune expression sur son visage ombragé, avant de se détacher du corps qu'il laisse là. D'un pas aussi lent que confiant, il traverse la rue déserte où John se sent si seul que tout semble légèrement bancal. C'est chaque particule de son corps qui semble se réveiller à l'appel de ce mot, tout son être et tout ce qui le fait être lui ; un homme fier, ex-soldat et médecin. Bien sûr qu'il est brave, il l'a toujours été et ce n'a jamais été une option. Alors, laissé sur le trottoir, dans le silence obscène qui bourdonne à ses oreilles, John se demande pourquoi, murmuré par les lèvres de Sherlock, tout cela a sonné aussi faux.