Note : Hello à tous ! Une fois n'est pas coutume ; merci pour votre soutien, merci pour vos reviews. N'-h-é-s-i-t-e-z p-a-s à laisser un mot à votre passage, parfois, il suffit d'un mot de votre part pour que l'auteur retrouvent la motivation nécessaire pour finir un chapitre :) !
Bêtas : Nathdawn, plus rapide que l'éclair et Kathleen-Holson, plus chocolatée qu'un éclair. Ça n'a pas trop de sens, mais au moins ça rime. Merci les filles !


« Craig Jennings, Anna Sanchez, Shery et Angie Walsh, Doris et Benjamin Cox, et enfin, Jared Steele. », présente Lestrade en lançant sur son bureau un petit dossier que John s'empresse d'ouvrir.

Sherlock, debout près de la fenêtre, scrute de ses yeux un point imprécis dans la rue, sans doute hautement intéressant vu qu'il n'a même pas daigné tourner la tête quand l'assistant de Gregory est venu les saluer. Dans le dossier, que John lit scrupuleusement, il y a les photocopies des places réservées aux noms énoncés par le DI et quelques photos d'identités toutes terriblement mornes. Pas comme si quelqu'un avait déjà été beau sur une photo d'identité.

« On les a interrogé durant la semaine, évidemment, personne n'a rien vu, pas d'arme non plus, bref, on en reste au point mort. Le rapport de la balistique ne pourra pas plus nous aider. Selon, si Sherrer lisait sa partition ou suivait des yeux Denosa, l'inclination de sa tête ne permet pas d'établir précisément d'où a été tiré le coup de feu. Bien sûr, tous les suspects restent sous surveillance policière et ont interdiction de quitter le pays, mais si vous pouviez régler ça rapidement, ça nous aiderait beaucoup - avec The Sun qui s'en mêle, ça devient un vrai merdier cette histoire... Sherlock, pour l'amour de Dieu, est-ce que tu m'écoutes ? », s'énerve soudain le flic qui passe une main sur son visage usé.

Le brun regarde à peine par-dessus son épaule et daigne mouvoir ses lèvres pour répondre un « À peu près » qui fait lever les yeux au ciel du DI.

« John, tu m'as écouté toi, au moins ? »

« Oui, oui, bien sûr. On va aller interroger le premier suspect ce matin et on te tient au courant. »

« Bien, je savais que je pouvais compter sur vous. Enfin, sur toi en particulier. »

John sourit, à l'instar de son ami, et se lève pour venir lui serrer la main, la gauche fermement attachée au dossier.

« Sherlock ? », appelle John en ouvrant la porte et soudain le détective quitte la fenêtre pour passer, souriant, devant son aîné.

« Joli voiture, Lestrade. Une Ford Focus, si je ne m'abuse ? »

« Euh, merci... », sourit Gregory, qui profite de cette chance unique de recevoir un compliment de ce gamin qu'il protège depuis tant d'année. « C'est exact, comment est-ce que tu le sais ? »

« Elle vient de se faire enlever par la fourrière. Bonne journée ! »

Le détective s'échappe par la porte tenue ouverte par son ami qu'il pousse par les épaules pour le presser dans l'escalier et ainsi les amener le plus loin possible des cris du DI qui peste des insultes si imagées que les sourcils de John se redressent de surprise.

« Rappelle moi, depuis combien de temps est-ce que vous vous connaissez ? »

« Est-ce que ça a réellement une importance ? », répond Sherlock une fois sur le trottoir, attrapant déjà le dossier tenu par son ami pour inspecter l'adresse du premier suspect.

« Il faudrait que j'aie la date exact pour inscrire votre... amitié dans le livre des records. »

« Je ne vois pas ce que notre relation a de si extraordinaire. »

« Il ne t'a pas encore tué dans ton sommeil. C'est très impressionnant, tu sais. », répond John en récupérant le dossier que le plus grand lui colle contre le torse.

« Qui te dit qu'il n'a jamais essayé ? », sourit Sherlock et cette fois, le médecin ne peut qu'en faire de même.

Ils traversent à pas rapide la route où slaloment voitures et cyclistes, plus rares en ce mois de novembre qui commence enfin à se rafraîchir, et descendent Great Smith Street, le nez relevé pour inspecter le nom des rues.

« On commence par Craig Jennings alors ? »

« Il travaille à Stanford & Wells, c'est à deux pas d'ici. »

« Stanford & Wells ? Eh merde. Je déteste quand on doit interroger un avocat, il trouve toujours le moyen de s'en sortir sans répondre à une seule de nos questions. »

Il ne leur suffit que de cinq minutes pour atteindre le numéro 4 de Dean Bradley Street ; l'immeuble dans lequel ils entrent est d'inspiration néo-classique, néanmoins, tout à fait récent. Accoudé à l'accueil, John laisse Sherlock se présenter à la jeune femme à la robe bleue qui leur fait signe de les suivre. Elle ne semble pas plus étonnée que ça de les voir et n'a même pas sorti la traditionnelle excuse bidon de « Monsieur Jennings n'est pas disponible pour le moment, puis-je prendre un message ? ». Peut-être que son patron lui a indiqué expressément qu'elle pouvait lui amener toutes personnes relatives à l'enquête, toujours est-il que cette preuve d'accessibilité montre au médecin que l'avocat est plus sympa qu'il n'y parait.

Ils marchent longuement dans des couloirs sans fin, avec des murs recouverts par des tableaux abstraits pas vraiment beaux que l'ex soldat ne se verrait jamais accrocher à Baker Street, ils croisent des hommes aussi bien habillés que Sherlock et une fois de plus, John ne se formalise pas de sa propre apparence tout à fait humaine. La jeune femme doit passer son badge trois fois pour les amener à travers des portes qui les font s'enfoncer toujours un peu plus bas et lorsque l'odeur lointaine de l'essence chatouille les narines des deux hommes, ils se regardent et comprennent enfin : le parking.

La secrétaire pousse une lourde porte et indique de son index une des rares berlines garées au fond de l'immense pièce.

« Vous trouverez monsieur Jennings là-bas. », les informe-t-elle avant de faire marche arrière.

Les deux amis se regardent, froncent à peine leurs sourcils et s'approchent de la voiture dont le capot est ouvert, cachant une forme mouvante qui semble danser sur l'air grésillant qui sort de la radio.

« Craig Jennings ? », demande John, incrédule.

Le capot se referme et se dévoile le visage juvénile d'un homme d'une trentaine d'année, les cheveux sombres coupés courts et deux grands yeux d'un brun chaud qui se posent tour à tour sur les deux nouveaux arrivants. L'homme porte un pantalon noir très sobre et un tee-shirt blanc sans forme, sali par le cambouis qui a envahi jusqu'à ses mains qu'il essuie contre un chiffon gris.

« Ouais, c'est moi. J'peux vous aider ? »

« Nous venons vous poser quelques questions concernant le concert au Royal Hall Festival. », répond Sherlock, les yeux plissés, décryptant très précisément l'homme devant eux.

« Je suis John Watson et voici le détective Sherlock Holmes. », est obligé de préciser le blond en pointant du doigt son ami, avant de reprendre, « Nous n'en aurons pas pour très longtemps, est-ce qu'on pourrait aller à votre bureau ? »

« Euh, oui, bien sûr, enfin... c'est ici que je travaille. », sourit l'homme, manifestement désolé.

« Ici ? », s'étonne John en haussant un sourcil.

« Il est chauffeur, John. », sourit Sherlock, pas mécontent de pouvoir calmer les ardeurs du médecin et sa haine viscérale des avocats.

Le blond tousse sommairement, hoche une fois la tête et croise ses mains dans son dos, un geste inconscient qui prouve qu'il laisse les rênes à Sherlock qui s'avance d'un pas pour mieux scruter leur premier suspect.

« Monsieur Jennings, vous étiez au concert mercredi, à des places ma foi tout à fait respectables. Cadeau de votre employeur donc. Vous n'êtes pas parti à l'entracte et pourtant, il est clair que Liszt n'est pas votre compositeur préféré, compte tenu de la musique contemporaine que vous écoutez actuellement. Alors, pourquoi êtes-vous allé à ce concert si, clairement, vous vous y êtes endormi ? »

« J'ai un... »

Sherlock lève une main qu'il impose face au visage du jeune homme qui se tait instantanément et John s'approche pour le rassurer d'un demi-sourire.

« Ne vous inquiétez pas c'est sa façon naturelle de travailler. »

« Faut pas que je réponde alors ? »

« Vous n'avez jamais entendu parler de Sherlock Holmes ? », ne peut s'empêcher de demander John dans un petit rire, toujours totalement abasourdi de rencontrer des gens comme lui.

« Bien sûr que non, il n'a jamais entendu parler de moi, il ne lit pas les journaux - à part ceux qui relatent d'événements sportifs ou automobiles. Il tente de se cultiver, d'où le fait qu'il ait accepté les billets que son chef ne voulait pas. Nouvelle relation ? Non, vu l'état de vos dents et le reste de kebab qui traîne sur votre siège, il est évident que vous ne prenez pas soin de vous pour plaire. Recherche d'un nouveau job ? Allons, qui vous embaucherait... », rit Sherlock avant de reprendre plus sérieusement. « Votre annulaire porte encore la marque - peu visible, je l'avoue - d'une alliance... Divorcé donc. Oh, c'est ça. Vous avez divorcé et vous avez perdu, perdu quoi, la maison ? Non, dans votre dossier il est indiqué que vous habitez près du London Bridge, très bon quartier. Il y a quelque chose, quelque chose qui vous oblige à vous reprendre en main, quelque chose qui... »

« Votre enfant. », l'interrompt John d'une voix calme.

Jennings hoche péniblement la tête en enfonçant son chiffon dans sa poche arrière avant de s'appuyer contre le capot de la berline.

« Il s'appelle Tim, il a six ans. Ça fait un an qu'sa mère et moi, on est divorcés. Même si ça fait des années que j'peux plus la voir. J'en ai rien à foutre d'elle, elle peut me piquer tout mon fric ou l'appart' que ma mère m'a légué mais faut qu'j'récupère mon fils. Il est pas bien avec elle v'savez ? Eleonora, elle crie tout le temps et depuis qu'elle s'est mise en couple avec son cuisinier là, elle s'occupe même pas de Tim. Il doit rester en soutien scolaire jusqu'à 19h alors qu'elle bosse pas, et moi j'lui ai dit au juge que je pouvais m'occuper de Tim à la fin de l'école mon boss est d'accord, mais le juge y veut pas. Elle a eu un meilleur avocat que moi. Y z'ont dit que j'étais idiot et que je saurai pas m'occuper du gosse. Moi j'veux leur montrer que je suis pas idiot. C'est pour ça que j'ai cherché un job ici. Monsieur Stanford, il est gentil et même si j'aurai jamais l'argent pour le payer, je veux bosser bien pour lui pour qu'il accepte de m'aider à récupérer Tim. »

John s'approche d'instinct pour empêcher Sherlock de dire quelque chose qui blessera ce père brisé aux yeux tristes et lui sourit doucement.

« On est désolés... Mais on ne venait pas pour vous parler de ça. Je sais que vous avez déjà parlé à la police concernant la soirée et que vous leur avez dit que vous n'avez rien vu mais le moindre détail peut nous aider, alors, réfléchissez bien... »

« Bah, comme m'sieur Holmes a dit, je dormais et c'est quand tous ces gens se sont mis à crier que ça m'a réveillé. »

« D'accord, les gens ont commencé à crier et qu'est-ce que vous avez vu ? », intervient soudain Sherlock, la voix néanmoins tranquille.

« J'étais... Heum... Encore assis. Et tous les gens étaient debout et penchés vers la scène. Sauf un mec j'crois. J'ai tourné vite-fait la tête mais je l'ai vu sur le rang de derrière et il était toujours assis. Il était avec une gonzesse, enfin, une femme 'scusez-moi. Elle, elle a pas regardé et elle a pris ses affaires et ils sont partis les premiers. »

John et Sherlock se regardent et le détective reprend, d'un calme olympien.

« D'accord et comment était-il, cet homme ? »

« Petit. Et gros. Il avait du mal à marcher. »

« Vous pourriez le reconnaître ? »

« Oh non, j'ai juste tourné la tête, v'savez. J'savais pas qu'on venait de buter quelqu'un moi, j'ai pas pensé qu'ils pouvaient être coupables. »

Sherlock sort du dossier que John tient toujours contre lui un plan de la salle et l'étale sur le capot de la berline.

« Merci pour votre participation mais c'est à moi de dire s'ils sont coupables ou non. Où étaient-ils assis ? »

« Quelque part par-là je crois... », indique Jennings en écrasant son doigt sale sur deux sièges et au moins, ni Sherlock ni John n'ont besoin de sortir un feutre pour faire une marque.

« Très bien... », conclut le détective en repliant le plan qu'il donne à John qui s'empresse de rajouter :

« Merci pour votre temps. »

« Et, si vous tombez sur Eleonora, vous lui dites pas que je vous ai parlé de Tim, hein. Après elle va inventer je-sais-pas-quoi et dire au juge que j'ai dit qu'elle était une salope. Moi j'ai jamais dit qu'elle est une salope. Enfin, là je vous l'ai dit mais juste pour vous dire que je l'ai pas dit. Vous lui direz pas, hein ? »

Sherlock referme les boutons de sa veste et secoue légèrement la tête - vraisemblablement irrité au plus haut point par les syntaxes tout à fait approximatives du chauffeur - et sourit en regardant son colocataire.

« Incroyable comme monsieur Jennings est contrôlé par le bon vouloir de sa femme. »

L'estomac de John se serre à l'entente du mot qui le hante depuis la visite à l'appartement de Sherrer. Il sourit pour retenir des insultes qu'il sait toutes aussi fleuries que celle de Lestrade se faisant enlever sa voiture.

« Je ne sais pas si 'contrôlé' est le mot, Sherlock... »

« Eh bien, sa vie a fait qu'il est conditionné pour se plier à certaines obligations, de ce fait, je pense qu'on peut dire qu'il est contrôlé, oui. Pour sûr, on ne dira pas qu'il est dominé, car ceci est tout à fait différent. », sourit le détective de la plus simple des manières.

« Très bien, vu comme ça, tout le monde est contrôlé par quelque chose alors. », rit amèrement John, croisant ses bras contre son torse en faisant face à son insupportable colocataire aux idées totalement inappropriées.

« Bien sûr, John. Tout le monde. »

« Même les deux personnes - autres que monsieur Jennings - présentes dans ce parking ? »

« Mêmes ces deux personnes. », confirme le plus grand d'un signe de la tête.

« De quoi est-ce que vous parlez... ? », intervient Craig Jennings, le regard perdu et la voix tremblante.

« De rien. Merci pour votre temps. », conclut John en tournant les talons, bien vite suivi par Sherlock, resté prudemment quelques pas derrière lui.

Ils font le trajet inverse, re-croisent les mêmes tableaux toujours aussi moches, les mêmes avocats toujours aussi insupportables que John évite soigneusement de regarder pour ne pas être tenté par l'envie de hurler sur l'un d'entre eux. Même s'il serait beaucoup plus intelligent de crier sur Sherlock. Et plus intelligent encore de remplacer les cris par des paroles sensées, parce qu'il faudrait vraiment qu'ils parlent de cette obsession que le détective a pour cette histoire de domination. Et tout ça a commencé à cause d'un col roulé... À moins que ça n'ait commencé avant. Bref, domination ou non, toujours est-il que de mentionner leur vie privée devant un suspect est un mélange entre le non-professionnalisme et l'irrespect total, et de ce dernier point, John en a encore les genoux qui tremblent.

C'est idiot, ce ne sont que des mots et pour un soldat qui a fait la guerre, ce n'est pas un ensemble de consommes et de voyelles qui doivent le mettre à terre comme ça, mais ça touche un point dans son ventre, si profond qu'il semble à des kilomètres et à des années lumières de ce qu'il est réellement ; et pourtant, ça remet tout en cause. Tout. D'une façon si inquiétante qu'il se demande ce que tout cela cache réellement.

« Tu veux aller interroger Anna Sanchez maintenant ou tu voudrais débattre sur ce qui contrôle la fille de l'accueil ? Ah, attends, regarde l'éboueur sur le trottoir d'en face, tu crois qu'il est plus contrôlé par le ramassage du carton ou du verre ?», ironise John les dents serrés, mais avant que Sherlock n'ait pu prononcer le moindre mot, il sent sa poche vibrer et en sort son téléphone qu'il colle à son oreille.

« Allo ? »

« John Watson ? Docteur Jones du Saint Thomas' Hospital. Êtes-vous bien le frère de Harriet Watson ? »

Le cœur du médecin loupe un bond. Il fait un signe à Sherlock pour lui faire comprendre de l'attendre et s'éloigne. Il y a toujours ce coup de fil qu'on redoute, celui qui sonne au milieu de la nuit et nous tire de notre vie pour nous plonger dans un cauchemar dont on avait jamais ne serait-ce qu'imaginé l'existence. Pour John, le coup de fil arrive à 11h02.

« Comment va-t-elle ? »

« Elle a fait une mauvaise chute, mais son diagnostic vital n'est pas engagé ; fracture tibia-péroné avec un léger déplacement que nous avons réduit sans problème, pose de matériel et immobilisation. Elle remonte à l'instant de la salle de réveil et comme vous êtes la personne à contacter d'après son assurance... »

« J'arrive tout de suite. »

Le soldat raccroche et se retourne pour découvrir Sherlock déjà sur ses talons, le visage sérieux - bien sûr, il a déjà compris.

« Est-ce que je dois venir avec toi ? »

« Non, non, bien-sûr que non. Je vais aller la voir... Tu... Enfin, on... Je dois y aller. », conclut-il d'une voix ferme, la main déjà levée pour arrêter un taxi.


John n'a jamais aimé les hôpitaux. C'est idiot pour un médecin, mais c'est comme ça. Comme la plupart des enfants, il a découvert pour la première fois l'ambiance froide et stérile d'un hôpital une journée de dimanche, lors d'une visite familiale pour aller voir sa grand-mère à la hanche toute nouvelle - mais en plastique. Il se rappelle avoir été frappé par le silence, seulement ponctué par le bourdonnement des machines qui tenaient en vie tout le service gériatrie. Lorsqu'il a voulu être médecin - mais que ses parents n'avaient pas les moyens de lui payer une école de renom - et qu'il s'est retrouvé à suivre une formation de médecine militaire, le silence n'est pas vraiment quelque chose qu'il a rencontré à nouveau.

Pour la famille des malades, on baisse la voix, on parle avec lenteur, on cache le merdier inhumain qui se passe dans les coulisses ; entre les pièces de repos des infirmiers en dépression et les salles d'opérations où on ouvre, dissèque et referme comme n'importe quel morceau de viande. Alors, lorsque John Watson passe la porte du London Bridge Hospital en tant que visiteur, est hurlé à ses oreilles tout ce qui est murmuré, lui revient dans la face toute ces choses qu'on ne voit pas.

Dans la chambre où séjourne sa sœur, on compte quatre autres lits occupés, certains cachés par des rideaux qu'on a tiré. Bien sûr, Harry est claustrophobe, alors on a laissé les siens ouverts, même si elle dort profondément, abrutie par les médicaments. Elle a les yeux gonflés et cernés d'un violet qui tire sur le vert. Ses joues sont rouges, ponctuées de veinules apparentes qui ont éclaté. Sa jambe droite, enveloppée dans un plâtre impressionnant dépasse de sa couette et ses bras amorphes sont croisés paresseusement contre son ventre.

« Eh bien, salut grande sœur... », murmure-t-il en attrapant une chaise qu'il racle contre le sol en lino pour prendre place à côté d'Harry.


Lorsque John rouvre les yeux, c'est parce que les petits-enfants du vieil homme du lit d'en face, jouent avec les stores en hurlant une chanson sûrement tirée d'une pub ou d'un dessin animé. L'ex-soldat s'apprête à sourire à leur mère, assise sur une chaise similaire à la sienne, mais la femme n'esquisse même pas un geste d'excuse au reste de la pièce, alors, il ravale sa gentillesse inutile. Si Harry était réveillée, elle aurait crié sur les gamins sans hésitation et aurait reçu de plates excuses de la famille, du personnel médical et de la Reine Mère réunis. Elle a ça, sa sœur, ce pouvoir de dire tout haut ce que le plus jeune des Watson pense tout bas. Eh bien sûr, comme John l'envie.


Après son quatrième voyage jusqu'au distributeur automatique à court de M&M's, John finit par s'arrêter sur la terrasse du septième étage pour regarder la ville enveloppée dans une nuit ponctuée par les milliers de petites fenêtres éclairées. Il referme sa veste et réalise qu'il serait enfin temps qu'il se mette à chercher ses pulls cachés par les bons soins de son colocataire. Et comme le loup que Sherlock Holmes peut être, il suffit que John y pense pour que son portable vibre.

Mrs. Hudson m'a donné un plat recouvert de papier d'aluminium. SH

Le médecin ne peut s'empêcher de sourire et pianote aussitôt.

La connaissant, ça se mange.

Ça t'est destiné alors. Dois-je le laisser sur la table de la cuisine ou préfères-tu que je te l'apporte ? SH

Le blond hausse un sourcil, la bouche cachée dans col de sa veste qu'il a relevé, sa main gauche au chaud dans sa poche.

C'est la deuxième fois que tu te proposes de m'accompagner aujourd'hui ; est-ce que tout va bien Sherlock ?

Trop sec ? Il se corrige avant d'envoyer le message :

C'est la deuxième fois que tu te proposes de m'aider aujourd'hui ; est-ce que tout va bien Sherlock :D ?

Trop débile.

C'est la deuxième fois que tu te proposes de m'aider aujourd'hui ; est-ce que tout va bien Sherlock ?

Et cette fois, il presse de son pouce le bouton Envoyer. La réponse n'est pas immédiate, alors il marche lentement dans le froid, chantonne doucement en sautillant sur place pour se réchauffer un peu. Lorsqu'il rentrera à nouveau, il sera obligé d'éteindre son téléphone à cause des ondes. Il n'a pas vraiment envie d'éteindre son téléphone.

Est-ce que tu pensais vraiment ce que tu as dit tout à l'heure, dans le parking ?

Et cette fois, il ne se relit même pas avant d'envoyer le message. Il y a quelque chose de tellement plus simple, à envoyer des SMS. C'est plus facile pour John d'exprimer ainsi des choses auxquelles il ne penserait même pas face à Sherlock. À moins que ça ne soit une question de courage, il n'est pas bien sûr.

Oui. SH

Il inspire et s'arrête de marcher pour répondre.

Il y a des choses dont je dois m'occuper Sherlock, c'est comme ça. Si ça te suffit pour dire que j'ai un problème avec le contrôle, alors okay, j'ai un problème avec le contrôle. Content ?

Et toi, tu es content ? SH

Je ne sais pas si c'est le mot. Ce n'est pas quelque chose à laquelle j'ai déjà pensé. Et encore moins remis en question.

Est-ce que moi, j'ai le droit de le remettre en question ? SH

John s'apprête à répondre, mais son portable re-vibre tout aussitôt.

Est-ce que moi, j'ai le droit de te* remettre en question ? SH

Il y a quelque chose en toi John que tu ne connais même pas, quelque chose que j'ai observé. Que je ressens. Que je voudrai te faire découvrir. Et j'y pense. SH

Souvent. SH

Tu as éteint ton téléphone, n'est-ce pas ? Tu es retourné voir ta sœur. SH

Évidemment, Harriett est incapable de prendre soin d'elle-même. SH

Occupe toi bien d'elle, John. SH

Un jour, tu accepteras que quelqu'un s'occupe de toi. SH