Note : Pas trop de blablah pour cette intro, j'espère simplement que vous apprécierez ce nouveau chapitre, publié un peu plus tôt que prévu. Mille mercis pour tous vos nouveaux commentaires qui me réchauffent le cœur ! Je vous souhaite d'excellentes fêtes de fin d'année :)
Bêta : Kathleen-Holson, on a fini par y arriver n'est-ce pas ;)
Sheri Walsh a donc menti. C'est ce que se répète John, le pouce enfoncé contre l'embout en plastique de son stylo sur lequel il presse continuellement. Elle avait pourtant quelque chose de si doux, si fragile, un truc qui avait réveillé l'instinct du blond, comme une envie de la protéger.
Clic.
Elle l'avait regardé, le menton baissé et avait souri. Faussement. Une façade pour cacher une blessure.
Clic.
Ou un mensonge.
Clic.
Mais John ne l'avait même pas compris. Il n'avait vu que la peau laiteuse, les tâches de rousseur, la bretelle de soutien-gorge trop grande qui tombait sur une épaule. Il n'avait pas compris ce que tout ça cachait réellement. Il n'avait rien compris. Et comme il s'en veut.
D'un geste agacé il repousse les papiers pour faire de la place sur la table basse de la petite salle d'attente du 7e étage de l'hôpital, et soupire en gonflant ses joues. Il y a des formulaires C-08 partout, des Demande d'admission en cure de désintoxication à ne plus en pouvoir. C'est un bordel administratif dans lequel il s'enlise en marmonnant des insultes qu'il ne cherche même plus à contenir.
« Charmant. »
Le médecin relève la tête et découvre Clara, les mains dans les poches de son immense manteau et les cheveux un peu humides - il n'avait même pas remarqué le crachin qui s'est abattu sur la capitale depuis une heure.
« L'administration. », sort-il comme excuse en pointant du doigt les papiers face à lui.
Clara sourit, déboutonne son manteau et se penche pour l'embrasser sur la joue avant de prendre place. Il est tôt en ce 24 décembre, les familles des malades sont sûrement en train de faire les derniers achats pour le réveillon. En attendant, il y a juste les infirmières avec des bonnets de lutins qui fredonnent dans les couloirs, entrainées par les chants de Noël diffusés dans les enceintes de tout l'établissement.
« Tu lui as parlé de la cure ? »
« Bien sûr, c'est pour ça qu'elle m'a viré de sa chambre. », rit John, de manière bien peu assumée.
« Tu comptes l'inscrire dans quel centre ? »
« Dans une clinique sur Clerkenwell Road. »
« Une clinique... ? », s'interroge Clara en pinçant ses lèvres. « Tu sais, il y a un centre à Southall, à quelques kilomètres de chez moi. C'est Todd Benter qui l'a ouvert il y a quelques années. »
« Ah oui, il m'en avait parlé. », répond John sans lever les yeux du formulaire A-19-07B dont il ne comprend strictement rien.
« C'est une maison en fait, avec une dizaine de chambres. Ils ne prennent que quelques patients pour pouvoir mieux les accompagner. Je lui ai parlé et il a une place de libre. »
« C'est bien. », sourit-il et il est clair dans ce rictus faux qu'il n'a rien écouté de ce qu'a dit son amie.
« John. », appelle Clara d'une voix ferme. «Je pense que Harry sera mieux à Southall. J'ai juste à appeler Todd et il lui réserve la chambre. »
« C'est gentil, mais ce n'est pas la peine. », répond-il, la mâchoire un peu serrée.
« Pourquoi ? », s'indigne la brune en haussant ses sourcils.
« Parce que je... »
« Tu gères, c'est ça ? », demande-t-elle dans un rire si bruyant que John a reculé par réflexe.
C'est précisément ce qu'il allait dire, alors pourquoi l'a-t-elle prononcé avec tant de dédain ? Elle a les paupières qui se ferment rapidement, les lèvres entrouvertes pour mieux respirer, on dirait même qu'elle tremble légèrement sous la colère.
« Harry ne pourra jamais supporter la clinique. Tu la connais, s'il y a trop de monde, elle devient agressive. Et puis je pourrai aller la voir plus facilement à Southall. »
« Et je pourrai aller la voir plus facilement sur Clenkerwell Road. »
« Mais est-ce que tu en as envie ? », s'indigne à nouveau Clara, manifestement à bout de sa patience.
Elle est penchée en avant vers John et il en a fait de même, parce qu'ils sont dans un hôpital mais qu'ils savent tous deux que les cris les guettent et ça les prend tellement aux tripes qu'ils auront du mal à se contenir.
« Ça n'a rien à voir avec mes envies, c'est quelque chose que je dois faire, un point c'est tout. »
« Et pourquoi est-ce que tu ne me laisses pas t'épauler ? Ta sœur est malade, elle a failli se tuer en tombant ivre morte chez elle. Et c'est toi qui t'en occupes depuis des années. Tu t'occupes toujours des autres. Bon sang, tu es allé jusqu'à t'engager de ton plein gré pour l'Afghanistan ! John, je t'adore, mais je ne te comprends pas : pourquoi est-ce que tu fais ça ? Pourquoi est-ce que tu t'imposes de toujours tout gérer ? Donne moi une seule, une seule bonne raison, pour laquelle tu refuses qu'on te donne un coup de main. »
« Je ne veux pas qu'on m'aide ! », hurle-t-il et ça a l'effet d'une gifle pour Clara qui recule instinctivement.
Il la regarde à peine et se lève, passe ses mains sur son visage, souffle bruyamment pour contenir l'explosion sous-jacente, mais Clara n'a rien de doux, rien de fragile. Elle se lève à son tour pour être d'égal à égal face à cet homme dont elle détruit les certitudes, avant qu'il ne reprenne, la fureur de devoir s'expliquer sur quelque chose d'aussi évident, retenue difficilement derrière ses dents serrées :
« Tu ne peux pas comprendre... »
« Je peux le comprendre, mais je ne peux pas l'accepter. Tu es un type bien, John, mais regarde toi : tu t'occupes de tes patients, de ta sœur, de tes amis, de ta patrie. C'est génial, vraiment, entends-moi bien, mais tu es tellement terrorisé à l'idée de montrer que tu peux être vulnérable que ça en devient maladif. Tu penses que c'est honteux d'avoir des moments de faiblesse. Mais laisse-moi te dire une chose : tout ça, c'est des conneries. Alors, je vais inscrire Harry au centre de Todd parce que c'est plus pratique pour elle, pour toi et pour moi. Je vais l'emmener fêter Noël à Southall, parce que j'en ai envie et elle aussi. Et surtout, surtout John, tu vas ouvrir les yeux et réaliser enfin qu'à force de vouloir tout contrôler, tu vas en crever. »
Clara ferme d'un coup les lèvres et inspire longuement. John déglutit, dévoile les muscles de sa mâchoire qui se contractent sous sa peau rasée et ne hoche pas la tête. Pas cette fois. Il est face à face avec l'ex de sa sœur, ils font la même taille, ont le même regard et serrent tous deux leurs poings. Mais John ne veut pas penser à leurs ressemblances. Il attrape sa veste qu'il enfile et quitte la salle d'attente sans un regard en arrière. Le pas rapide, il sent dans la poche arrière de son jean le stylo qu'il a oublié de laisser sur place. Il l'attrape par réflexe et presse rapidement le capuchon.
Clic.
Maladif.
Clic.
Tellement terrorisé à l'idée de montrer que tu peux être vulnérable.
Clic.
Quelque chose ne va pas.
Ça brille et ça scintille, ça envahit le salon du rez-de-chaussée avec du rouge, du vert et de l'or et ça fait sourire Mrs. Hudson comme l'enfant qu'elle a été il y a longtemps. Baker Street est habillé pour Noël avec les guirlandes qui sentent le renfermé parce qu'on ne l'avait pas sorti depuis un an et les boules qu'on a accroché au petit sapin près de la cheminée. Ça sent le curry même si ce n'est pas très traditionnel, parce que dans un magazine pour femme mûre, il y avait une nouvelle recette de dinde qui a fait de l'œil à Mrs. Hudson. Sherlock et Lestrade en ont marre de la dinde aux marrons, ils ne le lui ont jamais dit, mais elle voit bien comment le plus vieux se force à manger et comment le plus jeune cache dans ses poches ses restes, avant de les jeter dans la poubelle du voisin, pour ne pas qu'elle tombe dessus.
Mais c'est Noël, alors, tout le monde fait un effort. Cette fois, c'est la doyenne qui fait le sacrifice ultime en ne respectant pas les traditions. Ça fera plaisir à Sherlock qui déteste ce qui est classique et Mrs. Hudson adore faire plaisir à Sherlock. Elle touille lentement son immense cuillère en bois dans la sauce qu'elle fait mijoter depuis le début d'après-midi lorsque Gregory arrive dans la cuisine.
« Joyeux Noël Mrs. Hudson. »
« Gregory ! », sourit-elle en tournant la tête pour lui demander silencieusement une bise qu'il vient lui donner sans attendre.
« Ça sent le... curry ? », tente-t-il dans un haussement de sourcil.
« Surprise, surprise... Tu arrives pile à l'heure, j'ai besoin d'aide pour mettre la table. »
« Où sont Sherlock et John ? »
« Sherlock est à l'étage et John n'est pas encore rentré de l'hôpital. Je m'inquiète un peu, il est parti tôt ce matin... »
« Il doit essayer de convaincre Harry de venir manger avec nous. »
« Je ne sais pas si c'est une excellente idée, il m'a dit qu'elle n'aimait pas trop les repas familiaux. »
Lestrade hausse une épaule et pique un cookie à la cannelle encore tout chaud, avant que Mrs. Hudson ne tapote sa main dans un geste maternel qui les fait sourire tous les deux. Il retire sa veste trempée par la neige et d'un coup d'œil par la fenêtre de la cuisine, il regarde la petite cour arrière du bâtiment qui se couvre d'un manteau blanc qui va faire plaisir aux plus jeunes - mais qui va provoquer encore trop d'accidents de voitures, dont ses collègues vont devoir se charger. Qu'il est bon de ne pas travailler pour le réveillon.
Le policier retourne dans le salon et ouvre le buffet du bout de la pièce pour sortir les assiettes en porcelaine que Mrs. Hudson aime particulièrement. Il cherche dans le bric-à-brac vaisselier les moins fissurées lorsque la porte d'entrée claque. D'un œil par dessus son épaule il découvre John, les cheveux couverts par une légère neige qui fond quasiment instantanément sous la chaleur ambiante.
« Salut John ! »
Le médecin lève juste une main pour lui répondre. Il a les joues rouges par le changement soudain de température, les yeux peut-être un peu gonflés aussi et sa respiration est saccadée.
« John ! », s'écrie Mrs. Hudson en sortant de sa cuisine, s'essuyant les mains dans un chiffon vert. « Je pensais que vous rentreriez plus tôt. », lui reproche-t-elle en tournant sur son poignet fin sa montre sur laquelle est inscrit 19h12.
« J'ai été retenu. »
« Harry n'est pas avec vous ? »
« Elle ne viendra pas. Elle... elle passe la soirée avec Clara. »
« Son ex ? », demande Lestrade en se redressant, portant les assiettes qu'il vient poser sur la table encore nue. « Elles vont se remettre ensemble ? »
John hausse juste les épaules en baissant les commissures de ses lèvres, une grimace qui veut plus dire Qu'est-ce que j'en ai à foutre, que Je n'en sais rien. Il n'a rien fait pour cacher la contorsion de son visage, mais Mrs. Hudson ne l'a pas vu et Lestrade ne l'a pas comprise, lui qui tente de se rappeler si, dans les bonnes familles anglaises, on met le couteau à gauche ou à droite de l'assiette.
« Tu m'aides à mettre la table ? », demande-t-il sans même regarder John.
« Non. »
Le plus vieux relève la tête mais ça ne fait pas changer d'avis le médecin.
« Je vais prendre une douche et me changer. Lorsque je serai prêt, je viendrai d'aider. »
Il y a quelque chose de si froid dans sa voix qu'un silence mortifiant envahit le rez-de-chaussée. John hoche juste une fois la tête et fait demi-tour avant que Lestrade n'arrive à lire la gêne sur son visage fermé. Il commence à monter les marches lorsque la voix de sa propriétaire retentit :
« Est-ce que tout va bien, John ? »
« Bien sûr que ça va. », répond-il les dents serrées et à peine est-il arrivé sur le petit palier de mi-étage qu'il s'arrête net.
Devant lui se tient Sherlock. Il est déjà habillé pour le réveillon avec son costume cintré noir et sa chemise tout aussi sombre qui contraste avec sa peau cristalline, mal éclairée dans ce couloir où les lumières sont éteintes. Ça ne les empêche pas de voir les yeux de l'autre. Et ça n'empêche surtout pas le plus jeune de comprendre que quelque chose ne va pas. Ça rassure John qui ne veut pas parler, qui veut juste profiter éhontément de l'analyse hors du commun de son colocataire pour comprendre que ça fait des heures qu'il marche dans la capitale enneigée, seul face à ces putain de questions qui sont venues ébranler tout ce qu'il croyait être sûr. Il veut une douche aussi, de la chaleur, un diner et les rires de Mrs. Hudson. Il veut juste se sentir bien. Alors il reste là, deux marches en-dessous de lui et il ne frisonne même pas lorsque Sherlock déduit de sa voix chaude.
« Il s'est passé quelque chose. »
John lui répond, sans aucun artifice.
« Oui. »
Le détective plisse à peine ses yeux, regarde John dans son intégralité et se redresse en tirant sur sa propre veste avant de lui informer d'une voix calme.
« Tes pulls sont dans le placard de ma chambre. »
Le blond s'apprête à le remercier mais le sourire de son colocataire l'arrête sur le champ. Il a un sourire doux, sûr de lui, comme s'ils venaient d'avoir un de ces moments géniaux où ils se comprennent sans avoir besoin de mots, mais John n'a pas compris. Il est trop fatigué de toute façon alors il ne dit rien et continue son chemin jusqu'à la salle de bain où il s'enferme.
« Mrs. Hudson, en notre nom à tous, je dois vous dire que votre recette de dinde au curry est une pure merveille. »
Lestrade s'est levé, son verre de champagne à la main. Sherlock et John, assit l'un en face de l'autre ont suivi son exemple et tous trois regardent la doyenne qui cache sa bouche derrière sa main frêle, mais ses yeux qui brillent sont la seule preuve dont ils ont besoin pour comprendre combien elle est heureuse.
« Il n'y a pas trop de piment ? », demande-t-elle légèrement inquiète.
« Pas du tout. », ment le policier qui a les joues rouges.
Ils haussent un peu plus haut leurs verres en chantant d'une même voix un À Mrs. Hudson enjoué, avant de se rasseoir dans le fond de leurs sièges. Sur le tourne-disque de la vieille femme s'enchainent les versions des chants de Noël de Sinatra et Nat King Cole. C'est la première année que John passe le réveillon à Baker Street et il découvre avec beaucoup de surprise une ambiance familiale qu'il n'aurait jamais imaginé entre la femme qui a fait enfermer son mari en prison, le sociopathe et le policier à l'honneur bafoué par un divorce sanglant. Il faudrait qu'il arrête de tirer des conclusions trop hâtives.
« Mes garçons, est-ce que quelqu'un peut aller chercher du champagne à la cave s'il vous plait ? », demande Mrs .Hudson en finissant la deuxième bouteille de la soirée.
« Je m'en occupe. »
Lestrade hausse un sourcil mais le détective a déjà disparu dans la cuisine avant qu'il ne puisse faire un commentaire.
« En sept Noëls, c'est la première fois qu'il aide, non ? »
« Gregory... », gronde gentiment la propriétaire des lieux en secouant la tête.
« Attendez, ça fait sept ans que vous passez Noël ensemble ? », demande John qui saute sur l'occasion d'en savoir enfin plus à ce sujet. « Mais Sherlock a emménagé quelques semaines avant moi, c'est ça ? »
« On connait Mrs. Hudson depuis sept ans, oui. », confie le plus vieux en souriant et quelque chose dans son regard montre au médecin qu'il est particulièrement fier de pouvoir raconter cette anecdote. « Sherlock l'a rencontré lors de sa première enquête, il me l'a présenté et elle nous a tout de suite adopté. »
« Bien sur que je vous ai adopté, deux gamins comme vous sans famille pour passer Noël, je n'allais pas laisser passer ça ! », s'indigne faussement Mrs. Hudson avant d'adresser un clin d'œil complice à John, qui demande tout aussitôt :
« Mais tu n'étais pas marié, Greg ? »
« C'est l'époque où ma femme et moi avons commencé à avoir des... divergences, dirons-nous. Elle passait les fêtes avec sa famille à Salisbury et je restais à Londres avec Sherlock, ça m'allait très bien. »
« Mais où est-ce que Sherlock habitait, s'il n'était pas ici ? »
« Chez moi. », répond Lestrade avant d'attraper son verre de champagne et de le vider lente gorgée après lente gorgée.
C'est peut-être simplement dans la tête de John, mais ça ressemble beaucoup à une façon de couper court à la conversation. Mrs. Hudson ramasse les assiettes vides et se lève pour rejoindre le cuisine où elle prépare le Christmas Pudding (dans lequel elle a ajouté des marshmallow cette fois) et lance :
« À l'époque, il y avait un couple, comme vous, qui vivait au premier étage. Un couple hétéro cependant. Ils étaient charmants. Ils sont partis quand elle est tombée enceinte et qu'ils ont voulu acheter. Ils m'envoient toujours une carte pour mon anniversaire. »
John sourit même si sa propriétaire ne peut pas le voir et joue avec quelques miettes sur la table. Le petit rire de son ami lui fait relever la tête.
« Quoi ? »
« Un couple hétéro cependant, et tu ne dis rien ? Tu progresses, John. »
« Mrs. Hudson me taquine. Enfin, Sherlock et moi ne pouvons pas être un couple. Tu me connais. »
« Oh, je connais surtout Sherlock. », répond le policier le plus sérieusement du monde.
« Bon, j'espère que les marshmallow n'étaient pas une mauvaise idée... Je vous sers ? », annonce Mrs. Hudson en revenant avec le pudding qu'elle pose sur la table.
« Attendons Sherlock avant qu'il ne nous fasse une crise de jalousie. », répond Lestrade en souriant.
John se contorsionne un peu sur sa chaise pour tenter d'apercevoir la porte de la cave mais il ressent juste le petit filet d'air frais qui s'en échappe. Il se lève presque instantanément et s'excuse auprès de son hôte et de son ami en leur expliquant qu'il va se chercher un pull. Maintenant qu'il connait la cachette, il n'y a plus de raison de geler bêtement. Il grimpe les marches en fredonnant sur l'air de Jingle Bells chanté par Bobby Helms un peu plus bas, mais une fois arrivé au premier étage, la musique s'éteint petit à petit, jusqu'à ce qu'il pousse la porte de la chambre de son colocataire et que plus aucun son de lui parvienne. Il allume le plafonnier, s'approche du placard du fond de la pièce et il faut qu'il ouvre la double porte avant de réaliser à quel point tout ceci est bizarre.
C'est l'odeur qui se dégage des vêtements qui lui rappelle qu'il est entré dans une pièce intime. Ils utilisent la même lessive, puisqu'ils mélangent leurs vêtements lorsqu'ils font leurs machines, mais rien n'y fait, ça sent quand même Sherlock. Ce qui est globalement normal. Ce qui ne mérite pas de respirer à pleins poumons comme est en train de faire John.
Il se met à genoux automatiquement, écarte les costumes qui pendent et découvre des chaussures parfaitement alignées (ce qui est plutôt ironique quand on voit l'état du reste de l'appartement) et une multitude de boîtes en carton. John en ouvre une, trouve un ensemble de cirage qu'il se verrait bien piquer de temps à autre, une collection de chaussettes esseulées (la preuve ultime que Sherlock Holmes esthumain) et autres babioles qui ne le concernent pas. Il se penche un peu plus vers le fond du placard mal éclairé et peste contre sa profondeur. À quatre pattes, il étend un peu plus le bras, touche à l'aveuglette ce qui lui parait être des serviettes de bain vu la texture un peu râpeuse, jusqu'à ce qu'il sente enfin une nouvelle boîte, plus grande, dans laquelle il glisse sa main par-dessous le couvercle.
« L'étagère du dessus. »
John bondit sur place, se recule maladroitement et se redresse tout aussi vite. L'épaule appuyée contre l'embrasure de la porte ouverte se tient Sherlock, les bras croisés contre son torse. Il a du finir par trouver sa bouteille de champagne.
« Tes pulls sont sur l'étagère du dessus. », clarifie-t-il en relevant le menton pour indiquer au blond de faire de même.
« Ah... Okay. », répond bêtement John en se retournant à nouveau.
Il lève la tête, découvre au-dessus des cintres une longue étagère et soupire mentalement en réalisant qu'elle est ridiculement haute. De sa main droite, il se tient à la porte du placard, alors qu'il tend la gauche pour essayer d'attraper au moins un pull, n'importe lequel. Trop haut. Bien sûr. Il tire un peu plus sur ses jambes, sent ses talons se décoller du sol et n'espère plus vraiment garder une once de dignité puisque de toute façon Sherlock l'a vu à quatre pattes et maintenant sur la pointe des pieds. Il grommelle tout bas, pince ses lèvres et fait les gros yeux à l'étagère, comme s'il pouvait l'impressionner et tire encore plus sur ses doigts, mais rien.
Il est prêt à abandonner, persuadé que son colocataire s'est moqué de lui juste pour le ridiculiser, lorsque la chaleur du corps de Sherlock se colle tout contre lui. Il sent son dos enveloppé par le torse du brun, ses hanches contre les siennes, l'arrière de ses propres cuisses pressées par des genoux aux os saillants. C'est physiquement impossible, John le sait, il a fait médecine pour l'amour de Dieu, mais il lui semble que chaque infime parcelle du corps du brun a trouvé une place contre le sien. La main droite de Sherlock se pose lentement sur son bassin et y colle sa paume, tous ses doigts.
« Un peu plus haut. », murmure extrêmement bas une voix lascive, parce que Sherlock a collé ses lèvres à l'oreille de John qui s'appuie un peu plus sur la pointe des pieds sans attendre.
La poigne du plus jeune se resserre, il le tient contre lui, l'empêche de tomber et plus encore, l'assiste pour se redresser un peu plus. Mais John ne se voit pas refuser son aide, parce qu'il sait que ça, il ne pourra pas le faire sans Sherlock.
« Ce n'est pas Harry qui t'a mis dans cet état... Elle est incapable de te comprendre. », déduit tout haut Sherlock, le nez perdu dans les cheveux blonds, derrière l'oreille de son colocataire, qu'il respire (John le sait, parce qu'il sent la cage thoracique se gonfler dans son dos). « Qu'est-ce qu'il s'est passé à l'hôpital pour que... »
« Clara. », l'interrompt John d'une voix désarmée.
« Bien sur, Clara... », soupire-t-il, comme légèrement déçu de ne l'avoir pas compris plus tôt. « Mais qu'est-ce qu'elle a bien pu te dire, pour que tu l'acceptes... ? »
John a bien envie de demander ce qu'il est censé avoir accepté, mais, comme un serpent, la main gauche du détective a suivi son épaule, son bras dont il dessiné le contour du muscle tendu, jusqu'à son poignet qu'il a encerclé de ses doigts fins. John a tout juste le temps de comprendre que Sherlock prend son pouls, avant que le plus jeune ne murmure :
« Oh. Ce n'est pas ce qu'elle a dit. C'est ce qu'elle a compris. »
Il entrelace leurs doigts dans un geste possessif et l'odeur qui les englobe est une confusion de lessive, de parfum et de peau masculine, comme si les gestes de Sherlock se transformaient eux-mêmes en fragrance pour l'enivrer un peu plus.
« Dis-moi un mot. », murmure à nouveau la voix, collée à son oreille, si bas, si bas qu'il n'y a qu'eux sur toute cette foutue terre qui peuvent l'entendre.
« Un mot... ? »
« Un mot, n'importe lequel, un mot qui me fera tout arrêter. Tout ce que tu n'accepteras pas. »
John a déjà entendu parler de ce genre de code, un safeword, un espèce d'échappatoire pour toute situation que quelqu'un n'acceptera pas, mais il n'en connait pas bien tous les mécanismes. Il ne réfléchit pas vraiment, parce que ce n'est pas trop possible et répond précipitamment lorsqu'il sent la main gauche de Sherlock se refermer autour de ses doigts.
«Champagne. »
Le détective a un sourire, et c'est parce que sa bouche est collée à sa peau que John peut le sentir, et répond tendrement :
« Soit, ça sera Champagne. »
D'un geste brusque, le brun tire sur la main qu'il encercle et pousse John dans ses retranchements en l'obligeant à se tenir sur ses orteils. Le médecin a envie de dire quelque chose, mais au bout de ses doigts, il sent enfin la douceur familière qu'il cherche depuis si longtemps et sans plus attendre, il attrape la base de la pile de pulls et commence à l'attirer vers lui.
« Je ne te ferai jamais rien de ce que tu n'accepteras pas. Mais je te ferai tout découvrir. Tout. Et nous prendrons notre temps, ensemble, jusqu'à ce que tu lâches prise, John. »
Le blond inspire bruyamment, sent le corps qui le tenait se reculer et lève sa main droite pour attraper les pulls avant qu'ils ne tombent. Il se retourne juste à temps pour voir Sherlock l'attendre dans l'embrasure de la porte.
« Mets le blanc, il te va mieux. »
« J'ai trop mangé... », soupire Lestrade, accroupi près de la cheminée qu'il regarde, comme envoûté.
« On ne peut pas se plaindre de trop manger. », grommelle Mrs. Hudson en souriant, assise sur sa chaise à bascule à côté du policier.
Sherlock entre dans le débat et son hôte commence à rire des attitudes alimentaires du plus jeune - ce qui semble parfaitement lui aller vu son sourire amusé. Il est assit en bout de table, les jambes croisées dans un geste sophistiqué, ses doigts tapant un rythme doux sur la nappe cousue main.
Il n'y a que John qui ne dit rien, pas encore totalement à l'aise avec sa voix pour oser rien qu'entrouvrir les lèvres. Il lui semble que l'odeur des placards de Sherlock est toujours là, à l'entourer, mais bien sûr, c'est l'odeur de son pull blanc qu'il porte en ce moment même. John se demande si tous ses pulls auront désormais cette odeur. Et John se demande si elle lui procurera toujours cette boule dans le ventre.
« Alors John, qu'est-ce que vous pensez du champagne ? »
L'ex-soldat sort instantanément de ses pensées et sursaute à l'appel du mot. Il regarde d'abord Sherlock qui lui sourit, mais ce n'est pas lui qui lui a posé la question mais Mrs. Hudson, à l'autre bout de la pièce.
« Le... », il ne finit pas sa phrase. Il ne dira pas le mot qui fera tout arrêter. Pas déjà. « Surprenant. », confie-t-il finalement.
Sherlock lui sourit toujours, avec une sorte de fierté que le blond ne rate pas. C'est assez réciproque.
« Mh, je ne suis pas très convaincue... », répond, Mrs. Hudson maussade en regardant la coupe qu'elle a à peine touchée.
« Pareil, je vous le laisse. », réplique à son tour Lestrade sans même se tourner vers eux, bien trop occupé par la bûche qu'il essaye de faire prendre feu.
« On se finit la bouteille à deux ? », offre Sherlock en se penchant vers John qui lui tend automatiquement son verre en le remerciant d'un sourire.
Il profite que Sinatra chante plus enjoué que jamais un Have Yourself A Merry Little Christmas et que Mrs. Hudson soit penchée vers sa cheminée pour donner des conseils à Lestrade, avant de murmurer :
« Pourquoi maintenant ? »
« Parce que tu es prêt. »
« Prêt pour quoi... ? »
La dernière goutte du liquide aux milles petites bulles glisse dans son verre, avant que Sherlock ne lui sourit, plus beau que jamais.
« Considère que ton apprentissage commence maintenant. Joyeux Noël, John Watson. »
