Note : Chères toutes et tous, merci, merci, merci pour tous vos incroyables messages sur le précédent chapitre, qui m'ont tous touchés en plein cœur. J'espère que vous avez toutes et tous passé un merveilleux Noël et que vous avez été gâtées comme il se doit :) Je profite toujours de ces Vacances (oui, je mets une majuscule) pour publier plus rapidement. Ce sont mes petits cadeaux de fin d'année pour vous (n'est-ce pas Clélia Kerlais ;)

Note bis : J'en profite également pour rappeler que cette histoire est rating M, donc réservée à un public majeur et averti et ce chapitre est également l'occasion de rappeler que l'usage des préservatifs est toujours d'actualité. Donc on en met, et après, youplaboum. C'est aussi simple que ça :3

Bêta : Nathdawn qui est de retour ! Pour les fan de One Piece et de Sherlock Holmes, COURREZ voir son profil, cette fille vous donnera des frissons.


Contre toute attente, aucun jour suivant Noël n'avait jamais été aussi chaleureux. Il y a toujours une certaine mélancolie immédiate après avoir ouvert les cadeaux, vidé les bouteilles de vin et enlacé la famille qu'on ne reverra pas de sitôt. Une petite pensée d'enfant gâté, éclairée à la lumière d'une bougie chagrine, qui fait dire « Encore un an, avant le prochain Noël ». Mais pas cette fois. Assis à la table de la cuisine où les toast beurrés patientent gentiment sur une assiette, John a un sourire irréfléchi en secouant lentement sa tasse de thé parfumé à la cannelle et au gingembre. Il y a devant lui l'origami très approximatif que Greg a réalisé avec sa serviette en papier, où scintillent les quelques paillettes que Mrs. Hudson a saupoudré dessus. Baker Street n'est pas encore sorti totalement de cet esprit de fête et cet espèce de cocon qui sent encore bon les cookies et la chaleur d'un feu qui se consume lentement, enivre John d'un fou besoin de profiter de chaque instant.

Il a présentement sur le dos un pull moutarde à grosse maille, dans lequel il s'est emmitouflé dès qu'il a quitté son lit. D'habitude il préfère toujours s'habiller avant de descendre au premier étage (une histoire un peu idiote de respect mutuel entre colocataires que l'un des deux n'a jamais respectée), mais aujourd'hui, l'idée de quitter son pyjama n'est pas plus séduisante que celle de passer l'aspirateur. Il faut dire qu'avec Sherlock, les limites ont été quelque peu remises en question depuis que John a vu son placard de très, très près. Être confiné dans un coin, enlacé par un homme, ce n'est pas vraiment quelque chose dont l'ex-soldat a l'habitude. Mais ce n'est pas non plus quelque chose dont il a eu particulièrement horreur. À dire vrai, ça serait même plutôt l'inverse.

Il touille lentement la cuillère dans sa tasse, lorsqu'il pense à l'odeur du placard mêlée au parfum de Sherlock qu'il a toujours connu, mais qu'il n'avait jamais senti d'aussi près. Mais de tous ses sens qui ont été en alerte ce soir là, le toucher reste celui qui lui procure encore cette espèce de boule dans le ventre, à chaque fois qu'il y pense. La chaleur de Sherlock contre lui, dans son dos, sur son ventre, tout le long de son bras gauche. La tiédeur sous-jacente d'un corps bien trop grand, bien trop blanc, contre le sien bien trop petit, bien trop soumis. Car comme John s'est laissé faire. Ce n'est pas vraiment quelque chose à laquelle il a réfléchi, c'est même plutôt quelque chose qu'il a laissé faire, guidé par un instinct qui l'a déjà ramené vivant de situation bien plus dangereuse. Et c'est peut-être ça, finalement, la raison de son acceptation.

John Watson n'est pas gay (il suffit de regarder la majorité de sa carrière passée horizontalement et nu pour le savoir) mais, puisque le sujet revient sur le tapis, il doit bien avouer qu'il a déjà goûté au plaisir de la chair avec un autre mec. Il était jeune, un peu bourré aussi, ils avaient juste utilisé leurs mains et même si ça n'avait pas été l'expérience la plus orgasmique de sa vie, il est vrai que ça n'avait pas été spécialement désagréable. En comptant cette expérience renouvelée deux fois, sobre, avec le même étudiant à l'école de médecine, et la fois où il a faillit suivre un soldat sous sa tente au camp Bastion (avant d'être arrêté par un groupe d'amis qui allaient commencer un poker) : quatre fois John Watson n'a pas été hétérosexuel. Ajoutées à ça, les quelques rares fois où, plus par curiosité que par réelle envie, il s'est laissé tenter par des films pornos uniquement 'joués' par des hommes, il se demande aujourd'hui, devant sa tartine de pain complet, si toute cette obsession de se labelliser ne serait pas un tout petit peu conne, finalement.

« Bonjour. »

Il se retourne et sourit automatiquement à son colocataire, lui aussi en pyjama. Il a enfilé sa longue robe de chambre bleue qu'il essaye de fermer avec des gestes encore ensommeillés, avant de s'asseoir face au plus vieux qui le sert automatiquement.

« Bien dormi ? »

« Est-ce que Mrs. Hudson a mis du somnifère dans la tisane d'hier ? »

« Elle a juré en mai dernier de ne pas recommencer en tout cas. »

« Étrange... Eh bien, oui, j'ai bien dormi, même si je n'en connais pas la raison. »

« Peut-être étais-tu fatigué ? », propose John en souriant, avant de pousser une assiette pleine de toasts vers son colocataire.

« Probable. », répond le plus jeune en fondant sur le plus grillé qu'il savoure sans attendre.

Les deux hommes se reportent silencieusement sur leur petit-déjeuner respectifs, se passant le beurre lorsque l'un deux tend ses doigts silencieusement vers l'autre, jusqu'à ce qu'ils le finissent et que le blond évoque à demi-mot l'idée de devoir aller faire les courses, ce que Sherlock semble ignorer puisqu'il demande, la voix encore un peu rauque d'avoir trop dormi :

« J'ai été plutôt étonné que tu choisisses Champagne comme safeword. C'est très... sophistiqué. »

La boule épaisse et lourde qui s'enfonce dans l'estomac de John le fait déglutir plus bruyamment que jamais.

« J'ai pas vraiment réfléchi... », répond-il, se tournant pour attraper un vieux journal dans lequel il enfonce son petit nez retroussé.

« C'est le principal. Je t'ai donné un ordre auquel tu as su répondre sans attendre. Bien sûr, je doute que tout ne sera pas aussi simple mais c'est un bon début. »

« Sherlock... », commence John, aplatissant longuement le journal sur la table de la cuisine pour avoir quelque chose à faire.

« Tu veux parler de ce qu'il s'est passé entre nous, mais tu n'oses pas aborder le sujet. »

Le médecin entrouvre les lèvres mais il lui suffit de secouer la tête pour répondre à l'affirmative alors, il se laisse aisément séduire par cette solution de facilité.

« Regarde moi, John. »

C'est immédiat, comme lorsque le détective lui crie de le rejoindre lorsqu'ils s'élancent à la poursuite d'un criminel, John s'exécute en relevant automatiquement la tête du journal dont il lit la même phrase depuis le début.

« Nous avons commencé par le principal. Ce mot, tu dois l'utiliser dès que je franchis une de tes limites, lorsque quelque chose te déplaît ou t'angoisse. Il se peut que je sois amené à l'employer aussi, bien que ce soit moins dans l'ordre des choses. »

« Attends, attends... Ça fait des mois que je te demande, par exemple, d'arrêter de toucher à mon ordinateur et ça te passe au-dessus de la tête. Maintenant, il me suffit de dire Champagne quand tu t'en approches et c'est bon, tu arrêtes tout ? »

Sherlock a un rire chaud que John redoute de comprendre, mais ce qui ne l'empêche pas de regarder la gorge blanche dévoilée.

« Non, ce que je te propose n'a rien à voir avec ce qui s'est passé entre nous ces derniers mois. »

« Qu'est-ce qui sera différent alors ? », s'inquiète légèrement John, reculant par réflexe sur sa chaise en formica.

« Le sexe. Enfin, le sexe sera en plus, vu que ce n'est pas quelque chose que nous faisions auparavant. »

Le silence qui envahit la cuisine du premier étage du 221B Baker Street est encore plus épais que la couche de formol dans laquelle baigne la langue de la duchesse de Montgormery, de l'affaire de la valise volée d'Oxford. Les sourcils de John se haussent lentement, sa bouche s'ouvre au même rythme, avant qu'il n'explose d'un rire tonitruant :

« Je te confirme, il y avait quelque chose de pas net dans ta tisane... »

« Je suis parfaitement sérieux. », répond le plus jeune, sans quitter des yeux son ami aux joues rosies d'avoir trop ri.

« Écoute Sherlock, l'autre soir, c'était... J'avais un peu bu, okay ? C'était Noël... », rajoute John comme si ça pouvait possiblement expliquer ses agissements. « Je ne veux pas... Je ne veux pas que tu me touches. On est colocataires - amis, je crois - mais en tout cas, je ne veux pas... »

« Que je te touche. Je l'ai bien compris. »

Sherlock décroise ses longs doigts et prend appui sur la table avant de se lever et de disparaître dans le salon. Il n'a pas amené son assiette dans l'évier et le médecin est persuadé que c'est une façon de le punir. C'est puéril, mais ça marche. John finit son thé et se lève à son tour pour ranger sommairement la cuisine.


Entre les rayons du Tesco du bas de la rue, John se dit (pour la seizième fois consécutive) qu'il serait tellement plus simple de faire une liste avant de venir faire ses achats. Il y pense, parce que la mère de famille avec sa petite fille assise dans le caddie a dans sa main un post-it sur lequel elle raye chaque produit qu'elle attrape et Dieu que c'est intelligent. Il la laisse passer entre les petits-pois et lui avec un sourire et remonte l'anse du panier en plastique sur son avant-bras avant de se diriger vers le fond du magasin.

Il y en a qui viennent faire leurs courses avec leurs animaux de compagnie, qu'ils laissent attachés à l'entrée et John se dit qu'il aurait dû en faire de même avec Sherlock. Il y avait quelque chose de vraiment, vraiment pas net dans la tisane, parce que pour la première fois, le détective l'a suivi jusqu'à Tesco. Ce n'est pas que John n'aime pas être vu en public avec Holmes, mais il connaît des gens ici, des gens qui ont vu le contenu toujours globalement identique de ses paniers : du jambon pour deux personnes, des yaourts pour deux personnes, des plats tout préparés pour deux personnes. Pas bon de montrer à la face du monde (enfin, du Tesco) le sexe de la personne avec qui il vit. Il tourne rayon confiserie et sourit en reconnaissant Jessica, l'étudiante qui travaille ici en mi-temps depuis septembre.

« Salut Jessica. »

« Salut John, » sourit-elle en passant le dos de sa main sur son front pour retirer une mèche bouclée qui lui cache la vue. « Qu'est-ce que tu ne trouves pas aujourd'hui ? »

« La pâte d'amande. »

« Ah, suis-moi. », elle lui adresse un petit clin d'oeil, ce qui fait bouger le piercing sur son arcade sourcilière et lui fait signe de l'accompagner. « Tu vas vraiment cuisiner cette fois-ci ? Ça change des autres fois où tu cherchais du White Spirit, des gants stérilisés et des pelles. J'ai cru que tu étais un serial killer qui cherchait à enterrer les corps de ses victimes. »

« J'ai arrêté, trop de problèmes de dos. »

Elle lui adresse un sourire par-dessus son épaule et ils arrivent enfin au bout du rayon désiré où elle lui conseille une pâte d'amande pas trop cher et Bien plus sucrée que les autres, selon ses dires. John la remercie et lui demande comment se sont passés ses examens de fin d'année, lorsque se pose à côté d'eux celui que le médecin n'attendait pas vraiment. Sherlock a les mains enfoncées dans ses poches et les regarde à tour de rôle avec une insistance appuyée, très désagréable, très Holmes en bref. Jessica hausse un sourcil (celui où l'anneau bleu rebondit sans cesse) et demande poliment :

« Je peux vous aider ? »

« John ? », demande le détective en se tournant vers son ami, l'air de dire Pourquoi est-ce que cette femme s'adresse à moi ?

« Il est avec moi. », rassure le blond d'un signe de la tête à Jessica.

« Je suis son colocataire. La pâte d'amande, c'est pour le gâteau surprise pour mon anniversaire. », sourit Sherlock, qui semble particulièrement fier de pouvoir surprendre la jeune femme qui hausse un deuxième sourcil, sans l'ombre d'un piercing cette fois.

« Euh, okay... »

« Sherlock... », gronde John d'un rictus plein de reproches.

« Quoi ? Elle s'en fiche de la surprise, elle n'est pas invitée, pas vrai ? Mais ne t'en fais pas, je mimerai un air tout à fait étonné lorsque Mrs. Hudson, Molly, Lestrade et toi me crierez Surprise ! la semaine prochaine. Est-ce qu'on peut y aller maintenant ? Je m'ennuie. », mais le plus grand n'attend pas vraiment de réponse à cette question rhétorique, puisqu'il a déjà disparu dans le rayon Hygiène et Beauté.

« Ouais, faisons ça. À plus tard Jessica, et tu me diras les notes que tu as eu. »

« Pas de problème. Et John, si c'est le corps de ton colocataire que tu veux enterrer, ton secret sera bien gardé. »

Ils se sourient une dernière fois avant qu'il n'accélère le pas jusqu'au rayon où a tourné Sherlock, mais il ne le voit pas. Du dentifrice, ça, il le voit par contre. Il s'approche, prend celui le moins cher qui ne ressemble pas non plus à du cirage et déambule, les yeux perdus sur les centaines de packagings plus ou moins grossiers, avant de ralentir le pas devant des boîtes plus petites, plus colorées, bien trop rarement achetées. Il a jeté ses derniers préservatifs en août dernier, lors du grand ménage où Mrs. Hudson a spécifiquement demandé à ce que tout ce qui n'était pas utilisé soit mis dans une poubelle, et plus vite que ça. Elle était périmée, de toute façon. John ne l'a même pas regretté.

Il se rappelle l'unique soir où il avait ramené Sarah à Baker Street et que ses mains s'étaient aventurées sous son chemisier. Il n'avait pas encore acheté de capotes et, alors que l'idée que son rencard reste dormir se faisait plus tangible, il s'était imaginé aller toquer à la porte de la chambre de son colocataire pour lui demander de lui en passer une. Mais la soirée avait fini plus tôt que prévu, puisque Sarah travaillait tôt le lendemain matin et que John n'était finalement pas plus dans l'humeur que ça. Peut-être qu'elle serait restée s'il avait au moins essayé de la retenir.

De sa main libre, il attrape une boîte (une bleue, simple) mais son regard est déjà sur celle de droite, orange et rose. Préservatifs perlés et nervurés est écrit en typo sobre et blanche. Quand il était plus jeune, il se rappelle s'être glissé le menton baissé dans des pharmacies pour attraper n'importe quelle boîte (toujours la plus discrète) avant d'aller à reculons à la caisse. Aujourd'hui, les jeunes en achètent comme des paquets de chewing-gum, et même si le médecin en lui trouve cette avancée humaine tout bonnement géniale, le garçon du nord de Londres éduqué à la force de la tradition anglicane qui sommeille au-fond ressent toujours cette petite gène de dévoiler au grand jour ce qui doit se passer en pleine obscurité.

« Pas les perlés et nervurés, s'il te plaît. »

John sursaute et tente de reposer la boîte bleue mais dans la précipitation, il donne un coup dans la petite tige métallique qui tenait l'ensemble et qui s'écroule dans un vacarme de carton légers - mais ce qui est déjà beaucoup trop pour le médecin.

« Putain, Sherlock... »

Il se baisse, à genoux sur le lino sale et commence à ramasser les packagings, aidé par Sherlock qui reprend :

« Nous n'en avons pas vraiment besoin, en plus. »

« Non, c'est sûr. », grommelle le soldat en haussant les sourcils, comme une évidence, avant de réaliser soudain ce que ça signifie : « Attends, ça veut dire quoi ça... ? Tu n'en utilises pas ? »

« J'en ai utilisé, oui, mais plus maintenant. »

« Putain Sherlock, ne déconne pas avec ça, tu en mets tout le temps, point. Surtout toi qui... »

« Surtout moi qui...? », questionne le brun, posant à son tour ses genoux sur le sol, sans se préoccuper de la poussière qui blanchit le pantalon de son costume.

« Surtout toi qui... », recommence John, avant de vérifier autour d'eux qu'ils sont toujours seuls et de se pencher pour murmurer d'une voix un peu pincée : « Surtout toi qui traîne avec des gens qui ont un mode de vie comme celui d'Elisa... »

« Je ne vois pas vraiment ce que leur mode de vie, comme tu dis, à quelque chose à voir avec... »

« Et surtout toi, qui a été junkie. », finit par avouer John, la mâchoire serrée, parce que de ça, ils n'en parlent pas, jamais.

Le brun croise lentement ses bras contre son torse en redressant le menton par fierté. Il laisse à même le sol les boîtes de préservatifs qu'il a regroupées en deux tas et scelle ses lèvres dans une attitude distante qui fait automatiquement ouvrir celles du plus vieux :

« Désolé, je ne voulais pas... »

« Je n'en utilise plus depuis quelques temps, parce que je n'en avais pas l' , bien-sûr que tu vas acheter une boîte - ou deux, pourquoi pas - mais pas les perlés, parce que je ne veux pas qu'on utilise ce genre d'artifices commerciaux grand public. Et le jour où je te toucherai enfin, John, ça sera toi qui me mettra le préservatif. Ça te plairait, n'est-ce pas ? Bon petit médecin que tu es. Si ça peut te donner encore un peu l'illusion que tu es en charge... Tu espères peut-être que tu pourras profiter de l'obscurité pour me dire que tu ne peux pas le faire, mais ne t'en fais pas pour ça. Quand je te toucherai, John, je laisserai les lumières allumées. Toutes. C'est mignon, cette façon que tu as d'éteindre les lampes de ta chambre quand tu ramènes des... rencontres, chez nous. Même lorsque tu te caresses, d'ailleurs, comme si le sexe était quelque chose de honteux qu'on devrait cacher. Je ne sais pas encore si je te laisserai te déshabiller tout seul cependant, ou si je participerai activement à ton effeuillage - oh, que diable, je verrai sur le moment, l'imprévu a parfois du bon. Et je prendrai mon temps, pour te regarder, te rencontrer, enfin. Parce que tu es malin, John, terriblement malin. Tu te caches derrière des pulls sans forme, immondes, vraiment ; tu te rabaisses consciemment, constamment. Tu t'effaces, tu te dérobes derrière tes grands actes de bravoures ou tes attentions altruistes plus discrètes... Mais tu ne pourras plus fuir, plus mentir. Je verrai ce que tu caches enfin. Tes cicatrices. Tu en as, bien-sûr que tu en as, tu reviens d'Afghanistan. Et je verrai ce qui t'a ramené à Londres. »

D'un geste lent, puisque le temps n'existe plus vraiment, Sherlock lève une main, tend son index, qu'il approche, approche encore, un corps étranger attiré par la gravité qui a pris forme sous un pull à grosse maille, avant d'enfin toucher son but, sa cible ultime : la clavicule droite du soldat, où la peau est encore marquée par la balle qui l'a déchiré.

« Ce qui t'a amené à moi. »

Le doigt presse et presse encore, il semble le transpercer, l'ouvrir en deux et le dévoiler au monde. Ce n'est pas douloureux lorsqu'on touche à son épaule, ça ne l'est plus depuis longtemps. Tout est dans sa tête maintenant, puisque la médecine a fait d'énormes progrès mais que l'Homme est toujours aussi faible mentalement. Sherlock cligne enfin des yeux et John se rend compte que les siens sont secs, exorbités, presque. Alors il ferme rapidement ses paupières et baisse le menton, pour suivre du regard le bras droit de son colocataire, son poignet fin, la main inquisitrice et enfin l'index... à un centimètre à peine de son corps. Il ne le touche pas. Tout est dans sa tête. Il relève la sienne, dérouté, mais Sherlock lui sourit. Et bizarrement, ce simple mouvement de lèvres parait n'exister sur cette putain de Terre que pour le rassurer.

« Tu m'as demandé de ne pas te toucher. », explique-t-il en haussant une épaule, avant de se lever lentement.

Il étend ses longues jambes, époussette ses genoux avec grâce et remet les boîtes de préservatifs sur leur étagère avant d'enfoncer à nouveau ses mains dans ses poches et de quitter le rayon dans un bruit de froissement de tissu. John se lève lui aussi ; seul, c'est un peu idiot de rester assis à même le sol. Il range à son tour les boîtes qu'il avait rassemblé et n'hésite pas vraiment avant d'en mettre une (simple, bleue) dans son panier. De sa main libre, il cache sa bouche en toussotant et accélère le pas jusqu'à la caisse où l'attend Sherlock. Il vient de poser son deuxième pot de crème sur le tapis lorsque son téléphone vibre.

Salut John, est-ce que tu serais disponible cet après-midi ? - Greg

« Je viens de recevoir un message de Lestrade. », informe-t-il en levant la voix à destination de son colocataire.

« Que veut-il ? »

Je voudrais te voir. Sans Sherlock. -Greg

Merde, comment cacher quelque chose à Holmes ? John profite que son colocataire est en train d'analyser froidement la caissière qui n'a manifestement aucun problème à dévoilee sa glotte en même temps que son chewing-gum pour gagner du temps, mais le DI lui envoie une excuse aussi sec :

Dis lui que j'ai besoin de toi pour amener mon canapé à la décharge. -Greg

« Il a besoin d'aide pour jeter son canapé. »

« Ah, ce n'est pas trop tôt. Dis lui que j'ai été enlevé. Non, il serait capable de se prendre pour un vrai détective et de vouloir me retrouver. Dis lui que je suis mort, on gagnera du temps. »

Il dit qu'il est mort. Du coup, j'arrive.

Je t'attends à Scotland Yard . -Greg