Note : Hello à toutes et à tous ! Encore une fois, merci pour toutes vos reviews et votre soutien, et merci-merci aux Guests à qui je ne peux malheureusement répondre directement. Voici la dernière publication des vacances ; je reprends à partir de la semaine prochaine la traditionnelle publication un vendredi sur deux :)

Note bis : Je recherche actuellement une traductrice/un traducteur, capable de traduire du français vers l'anglais ! Si vous êtes intéressé/e et que vous avez du temps disponible, n'hésitez pas à m'envoyer un MP.

Bêtas : Nathdawn et Kathleen-Holson. Merci les filles !


Les bureaux des flics de Londres sont bien plus vides en cette période de fête. C'est simple à déduire ; les plus hauts gradés et les parents de familles nombreuses ont eu leurs vacances, ce que les petits jeunes et les célibataires jalousent derrière la paperasse qu'il leur reste à gérer en ce début de nouvelle année. John est déjà en train de frapper à la porte en verre du bureau de Gregory Lestrade, lorsqu'il distingue à travers les stores mal fermés deux silhouettes assises, en train de patienter.

Lestrade lui ouvre mais sort tout de suite de son bureau pour saluer le nouveau venu et lui expliquer, en baissant la voix :

« Tu as pu venir sans Sherlock ? »

« Oui, c'était radical ton histoire de canapé. »

« Depuis le temps qu'il le déteste. Bref, j'ai besoin de toi pour interroger Doris et Benjamin Cox. »

« Attends, Greg, j'ai interrogé Sheri Walsh la dernière fois mais Sherlock était juste à côté... »

« Non, non, c'est de toi dont j'ai besoin. Je ne fais pas confiance à Sherlock sur ce coup là. Benjamin est trisomique, je ne veux pas... Bref, je sais que toi, tu es irréprochable. »

John a un demi-sourire. Il se redresse inconsciemment en rapprochant ses chevilles, il serre les poings et rentre le menton baissé dans le bureau comme on rentre sur le champ de bataille. Doris a déjà tourné la tête, sans faire bouger rien qu'un cheveux de son brushing impeccable, d'un blond cendré qui ferait pâlir de jalousie les actrices des années 60. Ses sourcils sont si bien épilés qu'ils semblent dessinés sur sa peau, et ses joues rebondies éclairées par des petites touches de maquillage lui donnent un air terriblement tendre. Elle a deux épaisses boucles d'oreilles en or et un chandail vert d'eau en réponse à la couleur de ses yeux. À sa droite est assis son fils, Benjamin, 19 ans. Enveloppé dans un épais pull rouge, il regarde de ses petits yeux en amande John, un sourire poli aux lèvres. Il a les mêmes joues rebondies que sa maman et la même malice dans le regard. Ses cheveux d'un brun sombre prouvent à John que ceux de Doris sont archi-colorés.

« Bonjour, je suis John Watson... », vient-il les saluer d'un signe de la tête, avant de prendre maladroitement appui contre une étagère, puisque plus aucune chaise n'est libre dans la pièce.

« Le docteur Watson va m'assister pour cet interrogatoire. », explique Lestrade en prenant place sur son fauteuil en cuir.

Doris agite sommairement la tête pour faire signe qu'elle a compris et Benjamin regarde les deux hommes à tour de rôle. John ne sait pas très bien comment se comporter avec ce témoin un peu particulier. Il n'a pas vraiment côtoyé de personnes trisomiques dans sa vie. Il a souvenir d'un voisin du bout de sa rue dont les enfants de son âge se moquaient lorsqu'ils étaient petits, mais il n'a jamais vraiment su si l'homme était simplement un peu isolé ou réellement handicapé. Il se console en se disant que ça serait pire avec Sherlock dans les pattes.

« Madame Cox, pouvons-nous parler devant Benjamin ou voulez-vous vous entretenir en privé, si c'est plus facile ? »

« J-Je peux parler de la soirée du concert. », intervient le plus jeune d'une voix un peu bégayante mais parfaitement claire.

John a un sourire désolé qu'il masque bien vite, légèrement mal à l'aise de sa gaffe mais la femme agite discrètement la tête pour lui faire signe que tout va bien - l'habitude de devoir gérer des gens qui n'ont aucune idée de comment se comporter avec son fils, sans doute.

« L'homme qui a tiré était, d'après nos estimations, placé à l'arrière de la scène, aux alentours de vos sièges. Nous avons besoin du maximum d'informations pour pouvoir régler cette histoire le plus rapidement possible. Vous étiez placés au 3e rang, est-ce exact ? »

« Oui, nous sommes arrivés un peu plus tôt, pour que Benjamin puisse s'asseoir sans avoir à déranger les autres spectateurs et nous sommes restés assis pendant l'entracte. J'ai un vague souvenir des gens assis à côté de nous mais je n'ai rien vu ou entendu de suspect... »

« Vous n'étiez que tous les deux ? », demande John dont les yeux restent malgré lui plus attachés à Doris qu'à son fils.

« Oui, son père est en déplacement professionnel. »

« Est-ce que par hasard, vous connaissiez la victime ? »

« C'était un t-très bon corniste. », intervient Benjamin, en hochant sa tête avec élégance.

Les deux hommes sourient malgré eux, et la mère explique :

« Benjamin aime beaucoup la musique... »

« Même si je préfère quand personne ne se f-fait tuer pendant mon m-morceau préféré. », conclut-il dans un petit haussement d'épaules et cette fois, John a un vrai rire qui détend l'ambiance tendue de la pièce.

Il ouvre les lèvres pour poser une nouvelle question lorsque la porte s'ouvre dans un fracas assourdissant. Enveloppé dans son long manteau noir, Sherlock toise la pièce de son regard froid. Il ne remarque même pas Lestrade, semble ignorer Watson et accroche de ses yeux Doris et Benjamin tournés vers lui. Et merde.

« Eh bien, voilà notre témoin petit, gros et qui a du mal à se déplacer. », commente-t-il d'une voix puissante en citant les mots que Craig Jennings avait prononcé dans le parking.

« Je suis gros parce que le sport est mauvais pour mon cœur et parce que ma mère cuisine très bien. Votre mère à vous, elle ne doit pas bien cuisiner. », rétorque Benjamin avec beaucoup d'aisance, après avoir regardé Sherlock des pieds à la tête.

« Je vis avec mon colocataire. », rétorque le détective, visiblement vexé.

« Toujours est-il que vous ne devez pas beaucoup manger. Parfois, quand maman rentre tard, on commande thaïlandais. Je pourrai vous donner le numéro si vous voulez, ils livrent à domicile. »

« Sherlock ? », intervient Lestrade en levant une main, pour l'empêcher de répondre, ce qui marche instantanément.

Le brun fait le tour du bureau et reste debout près de la fenêtre. Il a croisé ses mains dans son dos et regarde la famille Cox avec une supériorité tout à fait égale à toutes les autres fois où il a interrogé un suspect. John a envie de hurler, de lui demander un peu de compassion, mais il sait qu'il n'a pas l'énergie nécessaire pour expliquer à son colocataire ce que c'est. C'est avec une légère angoisse qu'il regarde frénétiquement Benjamin pour vérifier que l'attitude de Sherlock ne le perturbe pas trop, mais le plus jeune ne semble pas plus gêné que ça par l'arrivée du plus génial des sociopathes.

« Pourquoi êtes-vous partis si vite lorsque M. Sherrer a été tué ? »

Doris ouvre grand les yeux mais répond avec calme :

« Eh bien, je ne voulais pas que nous restions trop longtemps... Il y aurait pu avoir d'autres tirs, une panique générale. Ben a du mal à se déplacer, il fallait que nous sortions le plus vite possible. »

« Vous n'aviez jamais vu de mort avant ? », demande Sherlock, incrédule, en toisant le fils.

« Si, j'ai la télé. », rétorque-t-il avec un aplomb déconcertant. « Mais m-maman me prend encore pour un enfant. »

Il n'y a pas un bruit au-dehors du bureau, ils sont seuls et entre Sherlock et Benjamin, il y a d'épais nuages invisibles remplis d'éclairs très palpables. Doris, elle, garde un calme olympien que John vénère au-delà des mots. Il est vraiment temps qu'il ait une conversation avec Sherlock, concernant les bonnes manières.

« Alors vous l'avez vu, pourquoi me faire perdre mon temps ? Dites-moi tout, comment était M. Sherrer après s'être fait tirer dessus ? Allongé sur le dos ? Le ventre ? », reprend le détective.

« Sur l-le dos. »

« Est-ce qu'il y avait du sang sur son cor ? »

« Monsieur, s'il vous plait... », tente Mme Cox pour essayer de calmer le détective.

« J-je n'ai pas... »

« Il suivait le chef d'orchestre lorsque la balle a perforé son crâne et en a explosé la partie pariétale. L'assassin était juste à côté de vous, vous n'avez pas pu le louper. Un geste, un mouvement suspect ; qu'est-ce qu'il s'est passé, sur les rangs derrière la scène, le soir du concert ?! », aboie Sherlock, penché en avant vers Benjamin, les deux mains sur le bureau du DI.

« Non, il n-ne... Il n'était... Son cor... », balbutie le plus jeune, le souffle manifestement court sous la pression imposée par le détective.

« Monsieur ! », s'indigne Mrs. Cox mais Lestrade s'est déjà levé pour poser une main sur l'épaule de son ami, pour le calmer.

« Laisse-moi, Greg. », peste le brun en rejetant la main d'un geste sec, ne voyant même pas la cage thoracique de Ben se lever de plus en plus vite, comme s'il manque d'air « Vous étiez les premiers debout, vous avez forcément vu quelque chose, réfléchissez ! »

« Monsieur, je vous demanderai de ne pas parler comme ça à mon fils ! »

« Votre fils est majeur, arrêtez de le couver et laissez-moi finir mon interrogatoire. »

« Je ne sais pas pour qui vous vous prenez, mais je ne vous laisserai pas le finir dans ces conditions. Vous nous devez un minimum de respect. »

« Mais je travaille. », crache Sherlock comme si les deux notions étaient totalement antithétiques et Doris a un rire outré.

« M-maman... »

« Voyez vous-même, vous l'étouffez ! », conclut Sherlock en pointant le plus jeune du doigt, sans savoir qu'il n'aurait pu avoir plus raison.

Benjamin avale une grande bouffée d'air et pose sa main sur l'avant-bras de sa mère qui se lève automatiquement. Elle semble bondir sur place en remarquant son visage affreusement blanc, lui murmure des Tout va bien, soudain très calmes, parfaitement maîtrisés - la triste preuve qu'elle fait ça depuis bien trop longtemps - et vient déboutonner le premier bouton de sa chemise, qui dépasse de son épais pull, avant de poser ses mains sur ses joues rebondies. John a accouru sans attendre, a pris le poignet du plus jeune pour sentir son pouls plus fou encore que les yeux de Holmes et a fait signe à Gregory d'aller ouvrir une fenêtre. De mémoire, il sait la santé des trisomiques fragiles et les problèmes cardiaques sont fréquents, alors, hors de question de courir le moindre risque avec une crise de panique.

Benjamin secoue sommairement la tête pour leur faire comprendre que ça va, a un demi-sourire qu'il veut rassurant pour sa mère et John profite que Lestrade se penche pour prendre de ses nouvelles, pour se tourner vers Sherlock. Il a envie de l'assassiner de son regard, de lui promettre d'un coup d'œil qu'il le payera très cher, mais l'attitude du détective est assez suffisante pour lui faire comprendre qu'il a déjà compris son erreur.

Sherlock a l'air terriblement jeune, ses yeux sont grands ouverts, sa peau d'une pâleur infernale. Ses lèvres sont entrouvertes, hagardes, l'homme à la réplique incessante n'a plus rien à dire. Il ne lâche Benjamin du regard que lorsque celui-ci se lève, aidé par sa mère.

« Je suis désolé... », murmure Greg à l'adresse de Doris qui porte son sourire poli comme John portait son arme en guerre.

« J'espère que vous avez tout ce qu'il vous faut. Nous allons rentrer maintenant. Docteur, inspecteur. », salue-t-elle avant de regarder Sherlock de haut en bas, sans réussir à lui adresser ne serait-ce qu'un mot.

Benjamin est en train de passer la porte lorsqu'il se retourne vers Sherlock, à qui il adresse un petit sourire :

« 020 7371 7600. C'est le numéro du thaïlandais. Leurs Som Taï sont assez bons, mais je vous recommande leur Pat Thaï. »

Sherlock fronce un peu des sourcils mais il sourit à son tour, avant de répondre d'une voix un peu pincée :

« J'essayerai de m'en souvenir. »

Benjamin a l'intelligence nécessaire pour comprendre que c'est ce qu'il se rapproche le plus d'une excuse. Il enfile sa veste et suit sa mère, raccompagnés par Lestrade jusqu'au rez-de-chaussée. John referme la porte en soufflant bruyamment, pour tenter de calmer son cœur et se retourne vers son colocataire.

« Sherlock... »

« Je ne pouvais pas savoir que tu allais interroger un suspect. »

« Ce n'est pas une raison ! Tu m'as suivi. Et bordel, ce n'est pas n'importe quel suspect... »

« C'est un ami de Lestrade ? Une personnalité connue ? Un membre de la famille royale ? »

Le médecin a un rire ironique et passe une main sur son visage, mais Sherlock est réellement sérieux, alors, il demande, abasourdi :

« Tu n'as vraiment pas remarqué qu'il était... différent ? »

Le détective ouvre grands les yeux et John ne peut qu'en faire de même.

« J'ai passé ma vie à entendre que j'étais différent, John, et si j'ai bien appris une chose, c'est que ça ne veut strictement rien dire. Tout le monde est différent des autres, je ne vois pas en quoi cela doit changer la façon dont je devrais me comporter avec lui. »

« Sherlock, c'est... », commence le blond, la voix plus calme parce que parfois son ami a la candeur d'un enfant qu'il n'ose pas confronter à la difficulté du monde réel. « Il est malade, enfin... Il est né comme ça, il... », mais les mots ne viennent pas.

Il pourrait expliquer scientifiquement ce que Benjamin a de différent d'eux (un chromosome en plus qui chamboule tout) mais ça, Sherlock le sait. Il n'a pas les mots parce qu'il n'a pas d'explication car d'une certaine façon, il a raison. C'est bizarre de recevoir une leçon de vie par Sherlock Holmes, ce n'est pas quelque chose auquel John Watson aurait pensé. C'est encore plus fou, comment cet homme ne cesse de le surprendre. Il ouvre les lèvres, pas encore bien sûr de ce qu'il va répondre (très certainement des excuses, puisqu'il ne sait faire que ça lorsqu'il blesse Sherlock) lorsque Gregory débarque dans le bureau, si furieux qu'il explose instantanément :

« Putain Sherlock mais c'est quoi ton problème ?! Si j'ai appelé John et seulement John c'est que je savais que je pouvais lui faire confiance et que toi, tu foutrais tout en l'air ! »

« Du calme, Gavin... », répond le plus jeune en levant les yeux au ciel, comme un adolescent mal élevé, soudain extrêmement froid, ce qui énerve Lestrade encore plus - et John ne l'avait jamais vu comme ça.

« Et arrête avec ça ! Ça va faire trois ans, pourquoi est-ce que tu ne peux pas passer à autre chose ? Tu me fais chier, tu entends ? Tu ne... », mais le plus vieux s'arrête d'un coup lorsque son portable se met à vibrer sur sa table, dans un boucan ridicule.

Il soupire, leur fait signe de patienter et décroche rapidement en leur tournant le dos, face à la fenêtre.

« Allô ? Je suis au travail, je n'ai pas beaucoup de temps... Ah, oui, dans le deuxième tiroir du meuble blanc. »

Sherlock lève les yeux au ciel à nouveau, proche de la crampe oculaire vu toute la mauvaise volonté qu'il donne à son geste et se rapproche de John près de la porte, prêt à partir dès qu'ils le pourront. L'ex-soldat croise ses mains devant lui et tangue de ses talons jusqu'à la pointe de ses pieds, avant de murmurer à Sherlock.

« Tu as raison concernant Benjamin. Mais tu dois faire attention, il est cardiaque. »

« Je l'ai bien compris. Je ne m'énerverai plus de la sorte. »

« Et tu devras présenter tes excuses à sa mère. »

« Elle va adorer ça. De plus, l'interrogatoire n'est pas fini, Benjamin allait parler... Tu as vu comment il m'a regardé lorsque je suis entré dans la pièce ? Je suis sûr qu'il a vu quelque chose, qu'il n'a pas eu le temps de me dire. »

Les deux colocataires se sourient et relèvent les yeux vers le DI pour vérifier si sa conversation téléphonique se finit bientôt. Il leur fait un vague signe de la main pour leur faire comprendre d'attendre encore un peu, avant de reprendre :

« Écoute Elisa, il faut que j'y aille, j'ai un rendez-vous dans cinq minutes. Comment ? Ah, oui, euh... mardi ? »

John ouvre grand les yeux et tourne la tête vers Sherlock, qui boutonne soudain son manteau, comme extrêmement pressé de partir.

« Elisa ? La Elisa avec le col... Emh, la Elisa qu'on a rencontré à la soirée de Molly ? »

Sherlock lève les yeux vers John et dans ses pupilles sombres est hurlé un Tais-toi tonitruant. Lestrade ne parle plus non plus, il a levé les yeux vers John, les sourcils si froncés qu'ils accentuent plus que jamais les rides de son front. Il faut quelques secondes avant qu'il ne conclut :

« Je te rappelle. À ce soir. »

Il raccroche de son pouce, pose délicatement le téléphone sur son bureau avant de s'y appuyer de ses poings fermés, et murmure d'une voix rauque, beaucoup plus flippante que lorsqu'il criait.

« Tu connais Elisa ? »

« On y va, John, tu n'as pas d'autres courses à faire pour les préparatifs de mon anniversaire surprise ? », s'empresse de répondre Sherlock en ouvrant la porte, ce qui fait crier le DI :

« Referme cette porte, Sherlock ! C'est toi qui lui as présenté Elisa ? »

« Elle était à l'anniversaire de Molly... », explique John un peu perdu, les yeux passant rapidement de son colocataire à son ami.

« Tu as intérêt à m'expliquer ce qu'il se passe, Sherlock... », grogne Lestrade en serrant les poings sur son bureau où les feuilles crissent.

« Attends-moi dehors. », dicte le détective en tenant la porte ouverte pour son ami qui entrouvre les lèvres, mais il l'arrête instantanément avec trois petits mots « C'est un ordre. »

John ne dit rien, il hoche juste une fois la tête et sort. Il n'y a pas grand monde dans l'immense open space, alors il s'appuie contre un bureau vide et regarde l'office vitrée où il devine juste les silhouettes dansantes de ses deux amis, leurs cris étouffés par l'épaisseur du verre. Il tend l'oreille, concentre tous ses sens pour comprendre un mot, un geste, mais rien. C'est terrible ce sentiment d'être laissé derrière. Mis à l'écart. Protégé.

Il croise lentement les bras contre son torse sans jamais cligner des yeux. Il n'est pas vraiment sûr d'aimer sa position actuelle, celle qu'on lui a dicté, mais il ne peut pas s'empêcher de penser que Sherlock a fait ça pour lui, pour se prémunir de dévoiler à John quelque chose qu'il ne lui plairait pas. Pourtant, le médecin est persuadé qu'il pourrait y faire face, il se sait fort. Après, est-ce qu'il en aurait eu envie, ça, rien n'est moins sûr.

La porte du bureau s'ouvre soudain et Sherlock en sort, les pommettes rouges et le regard plus sauvage que celui d'un animal. Il n'a même pas un geste envers John mais de toute façon, le blond est déjà sur ses talons. Il s'est retourné juste à temps pour voir Lestrade, dans le même état physique que son colocataire, ranger furieusement des dossiers. Il attend qu'ils soient sortis pour arriver à la hauteur de Sherlock, dont les grandes jambes leur imposent un rythme infernal, pour demander, le souffle un peu court :

« Sherlock ? Qu'est-ce qu'il vient de se passer... ? »

« Rien, Lestrade et moi devions seulement discuter. »

« D'Elisa ? Parce que ça pose un problème que je la connaisse ? Sherlock, qu'est-ce qu'il se passe entre eux ? »

Le grand brun s'arrête d'un coup et John doit reculer de deux pas pour revenir à son niveau. Il lève son petit nez retroussé vers lui et ne peut qu'admirer son sourire supérieur.

« Ah, je pensais que tu serais plus rapide que ça à comprendre. »

« À comprendre quoi ? »

« Que Lestrade est celui qui a offert le collier à Elisa. Tu ne pensais quand même pas qu'elle se l'était mis toute seule ? »