Note : Hello à toutes et à tous ! Petite publication en décalé cette semaine :) Pas trop de blahblah, j'en profite encore et toujours pour vous remercier pour votre soutien. Vous êtes au top. Beaucoup, beaucoup au top.
Bêtas : Kathleen-Holson et Nathdawn, merci merci les amies !
C'est dans tous les journaux, à la télé et partout sur internet : Philipp Sherrer, 37 ans, corniste au Royal Orchestra de Londres a été tué en pleine représentation, devant des centaines de témoins et son meurtrier court toujours.
Ce qui a commencé comme un effroyable meurtre s'est transformé en cabale politique, où tous les partis d'Angleterre s'engouffrent tête baissée. On ne compte plus les débats télévisés sur la sécurité interne, entre promesses électorales évasives et mensonges apocalyptiques des partis les plus extrêmes, qui en profitent pour faire passer leurs idées débiles. Ça rend Londres malade, comme prise dans un état grippal qui engourdit ses membres et fait légèrement tourner sa tête.
Ils n'auraient pas pu choisir un plus mauvais moment pour découvrir cette faille dans leur relation où Sherlock s'est glissé avec beaucoup d'aisance et que John commence sérieusement à considérer comme l'unique porte de sortie. Bien sûr qu'il n'est pas gay et bien sûr qu'il n'est pas hétéro non plus, mais de là à commencer une relation (autre qu'amicale) avec son colocataire, c'est une toute autre histoire.
Assis sur le fauteuil en cuir de son bureau, il se perd quelques instants dans l'uchronie d'une autre rencontre avec Sherlock, à Bastion, un soir avant que sa garnison ne soit réclamée dans le sud du pays. Parce que c'est souvent ça qui l'a poussé à transgresser l'éducation hétérosexuelle de base que lui a imposé la société : l'idée que tout peut changer, jusqu'à sa vie qui peut s'arrêter.
Sherlock aurait été un soldat, pas haut gradé vu sa carrure pas franchement honteuse mais pas ultra-musclée pour autant. John, capitaine, l'aurait remarqué pour sûr, parce qu'un homme grand avec de si beaux yeux et de pommettes invraisemblables comme ça, n'aurait jamais pu passer inaperçu. À Bastion, il a rencontré tellement de gens si mal élevés que Sherlock et son parler aristocratique aurait détonné comme la pépite d'or au milieu de la boue. Ils ne se seraient vu qu'une fois, un soir où John lui aurait donné rendez-vous dans sa chambre aménagée dans un des containers de l'aile Sud, après lui avoir murmuré comment le retrouver, en le croisant à la cantine.
Ils n'auraient pas beaucoup parlé. Enfin, John ne pense pas du moins. Ils auraient laissé les lumières éteintes. Parce que John aurait été celui en charge, ce soir-là. C'est étrange de penser à ça maintenant, alors qu'il regarde, sans cligner des yeux, le poignet que Sherlock a à peine serré il y a quelques jours de ça. C'est encore plus étrange de penser à combien, avant l'accident, il aurait agi comme le capitaine du 5e régiment d'infanterie de Northumberland, médecin, fils exemplaire et frère sans reproche qu'il avait toujours, toujours été.
Mais voilà, il y a cette balle, cette unique balle qui lui a arraché la peau et les tendons, déchiré les muscles et explosé les os et c'est cette balle qui lui a fait comprendre de la façon la plus merdique qu'il soit que tout ça, ce sont des conneries et que ce contrôle qu'il impose à sa vie avec la même aigreur qu'une corde qu'on passe au cou d'un malheureux, ne le sauvera jamais.
« John, ça fait 10 minutes qu'on t'appelle, tu dors ou quoi ? »
Le médecin bondit sur place et serre les dents pour retenir une insulte de venir abîmer l'égo de son supérieur, mais ne peut s'empêcher de grogner :
« J'ai fini ma journée, Mark. »
« Oui et tu accepteras de faire une heure en plus, Isabella a dû partir plus tôt. Allez, on se réveille, tout le monde t'attend. », peste l'homme bronzé à en être orange, avant de quitter le bureau d'un pas lourd.
Un coup d'oeil rapide à son portable et John soupire ; plus que deux heures avant l'anniversaire surprise de son colocataire.
« Ça va John, tu as l'air stressé ? Sherlock ne se doute de rien, pas vrai ? », demande Molly, léchant son pouce où un peu de tarama a glissé alors qu'elle finit de garnir les petits toasts prévus par Mrs. Hudson.
« Hein ? Oh, non, non ne t'inquiète pas. Je me demandais juste s'ils embauchaient au Marie Stopes Central... »
« Quoi, vous vous êtes encore fait licencier ? », s'exclame la logeuse en laissant tomber sa cuillère en bois dans le bol qu'elle tient contre son ventre.
« Comment ça encore ? Ça n'est arrivé que deux fois... Et non je ne me suis pas fait virer. »
« Pas encore... », grommelle la vieille dame en détournant le regard et si ça a le mérite de faire rire Molly, ça fait bondir le médecin.
« Je me posais juste la question, voilà tout. »
« Ça ne va pas mieux avec ton chef ? », l'interroge la jeune médecin légiste d'une voix douce.
« J'ai pensé lui mettre mon poing dans la gueule que deux fois aujourd'hui. Il y a quand même du progrès. »
Ils se sourient en se regardant du coin de l'œil et redeviennent silencieux, chacun affairés à finir leur tâche. Les deux colocataires se sont mis d'accord sur le fait que le plus jeune feindrait la surprise en revenant ce soir. Il interdit chaque année qu'on lui souhaite un joyeux anniversaire (il a déjà mordu John l'an passé lorsque celui-ci a commencé à chanter l'air prohibé au 221B), mais ça fait tellement plaisir à leur logeuse et à leurs amis de se retrouver pour fêter sa naissance, qu'en attendant il ne peut que subir, ses yeux se levant tellement de fois dans leurs orbites qu'il frise souvent la crampe oculaire.
Il ne sait pas bien où Sherlock traîne pendant ce temps- là, mais il espère de tout cœur qu'il a eu une espèce d'illumination pour avancer dans l'enquête parce que la pression de retrouver le tueur devient difficile à gérer. Ils ont relu le rapport du légiste la veille au soir et il est clair que le tireur était placé derrière lui puisque la balle a perforé l'arrière de son crâne. La balistique a établi un périmètre d'où a pu provenir le tir et s'il s'avère réellement que Steele n'y est pour rien, ça veut dire qu'ils ont déjà rencontré le tueur.
Craig Jennings ? Trop idiot...
Anna Sanchez ? Trop fière...
Angie Walsh ? Trop jeune...
Sheri Walsh ? Trop belle...
Doris Cox ? Trop intelligente...
Benjamin Cox ? Trop... lui.
Il soupire, finit de tailler en petit bâtonnets les carottes que sa logeuse lui a confié et se dirige vers le salon où son portable sonne.
« Allo ? »
« C'est Greg, je suis passé par chez moi il fallait que je me douche - c'est la deuxième fois qu'on me pisse dessus cette semaine, bref - j'arrive je suis là dans 10min. Il n'est pas arrivé ? »
« Non, pas encore. »
« Il sait qu'on lui prépare une surprise ? »
« Bien sûr. »
« Okay. J'apporte le vin, à tout de suite. »
« Gregory, attends. Tu peux... enfin, Elisa peut venir aussi, tu sais. »
Long silence. Peut-être une erreur de sa part de la mentionner.
« Ah. Sherlock t'en a parlé alors. »
« Ne lui en veut pas, c'est moi qui ai insisté pour savoir. Je suis content que tu sois en couple, Greg. Ça ne me dérange pas que... »
Que tu aies offert à ta nana un collier que tu lui demandes de porter en public, et que probablement tu l'attaches, et que probablement tu lui fais faire plein d'autres trucs que seul Dieu sait - et Sherlock, bien sûr.
« ... Que tu ne me l'aies pas dit avant. », conclut-il en déglutissant.
« Ok, eh bien... Merci. Je crois. Je vais voir si elle est disponible. À tout à l'heure. »
Lorsque John raccroche, il ignore avec beaucoup d'aisance le sentiment angoissant d'avoir fait une connerie.
Quand Sherlock passe la porte du salon du premier étage de Baker Street, l'ensemble de ses amis présents oublient à l'instant les 25 minutes passées à l'attendre et sortent tous de leurs cachettes un criant un « Surprise ! » plein de rires qui le fait (faussement) sursauter. Il lève les yeux au ciel avec un dédain feint, puisque son sourire trahit son réel amusement, et les laisse venir l'embrasser. Bien sûr, il n'y a que Mrs. Hudson et Molly qui se permettent cette petite folie, puisque John et Greg se trouvent bien trop virils pour lui offrir plus qu'une poignée de main. Vient ensuite la dernière invitée et cette fois, les sourcils du détective se lèvent bien trop hauts pour que ce soit de la comédie.
« Joyeux anniversaire Sherlock. »
« Elisa... »
« John m'a gentiment convié. », sourit-elle en venant contre Lestrade qui la serre de son bras droit.
« Vraiment ? », demande Sherlock, dans un rictus parfaitement contrôlé.
« Quelqu'un veut du vin ? », propose le médecin, pas peu fier d'avoir réellement réussi à surprendre son colocataire.
Ils tendent tous leurs verres dépareillés et Mrs. Hudson s'est déjà précipitée sur son tourne-disque qu'elle a fait monter, pour lancer un air de jazz qui la fait danser sur place. Molly est charmante, elle s'est poliment excusée auprès de John que son petit-ami Andy n'ait pas pu venir (une histoire de livraison de livraison de nouvelles plantes que le médecin n'a pas vraiment écouté). Elle a retrouvé Elisa avec beaucoup de plaisir et les deux jeunes femmes se sont déjà assises sur le canapé où elles rient de bon cœur.
Sherlock a déballé le cadeau que Mrs. Hudson ne pouvait pas se retenir de lui offrir : une nouvelle partition, et bien sûr, il l'avait déjà comprit puisqu'il lui offre à son tour une petite boîte dans lequel il a placé deux boules Quiès. Elle est très déçue que sa surprise n'en soit pas vraiment une mais l'attention est tellement amusante qu'elle ne dit rien.
« Je descends fumer. », informe le DI à l'oreille de John, en attrapant sa veste.
« Je viens avec toi. »
Ils s'habillent dans les marches et sortent dans la petite cour derrière la cuisine de Mrs. Hudson. Lestrade tend son paquet à son ami qui le refuse d'un signe de la tête. Même s'il ne fume pas, avec le froid, sa bouche émet une épaisse fumée.
« De quoi tu veux me parler ? », demande Gregory, puisqu'il est clair que John ne serait pas descendu avec lui juste pour le plaisir avec un froid pareil.
« De toute cette histoire avec Elisa et Sherlock. Je suis désolé que tu te sois senti obligé de me le cacher. »
« Ne t'excuse pas... »
« Si, vraiment. Je n'ai pas été assez présent, sinon tu m'aurais dis que tu étais en couple. Et je suis désolé que Sherlock m'ait raconté sans aucune retenue que tu étais du genre à lui offrir un collier. Et qu'elle était du genre à en mettre. », murmure plus que ne dit réellement John, les mains dans ses poches, sa bouche cachée dans son col qu'il a relevé.
« Tu vois, c'était justement pour éviter ce genre de malaise que je ne voulais pas que Sherlock s'en mêle. »
« Non, non il n'y a pas de malaise. Le seul malaise c'est qu'il m'a raconté des détails de votre vie privée et ça, ça ne me regarde pas. », sourit-il doucement, bien décidé à taire cette gêne ridicule qui s'est installée entre eux depuis le jour où ils ont interrogé Benjamin Cox.
« Eh bien, je ne pensais pas un jour avoir cette conversation avec toi mais, merci. Je pensais que tu étais plus du type à fuir ce genre de truc. »
« Je ne sais plus vraiment quel type d'homme je suis censé être... », rit amèrement John en se balançant d'un pied sur l'autre.
« Un mec sacrément courageux pour supporter les conneries de Sherlock, ça c'est sur. En tout cas, ne sois pas gêné vis-à-vis d'Elisa et de moi. Gardons juste ça entre nous et tout se passera bien. Et puis si jamais tu veux que je te mette une fessée un soir, tu sais où j'habite. »
« ... »
« Je plaisante. »
« Ah. », expire le médecin en sentant ses épaules se détendre d'un coup.
« Je pensais que tu avais plus d'humour que ça. », sourit largement le DI en écrasant son mégot à terre.
Il tapote l'épaule de John qui lui adresse un sourire amusé et lorsqu'une brise gelée vient frotter leurs joues mal rasées, ils frissonnent avant de se diriger d'un commun accord à l'intérieur.
Qu'il faille ranger Baker Street, ça c'est une constante sinequanone que personne de sensé ne viendrait remettre en question. Mais qu'il faille nettoyer des verres à vin, jeter les sachets vides de cacahouètes et amener à la poubelle des bouteilles de bières, ça c'est plus rare.
Mrs. Hudson a pourtant insisté pour ranger (en prétextant que si elle ne le faisait pas, personne ne le ferait et que de ce fait elle serait obligée de garder leur chèque de caution), mais après le magnifique buffet qu'elle a préparé pour le détective, John n'a pas eu le coeur à profiter une fois de plus de sa gentillesse.
Lestrade et Elisa sont partis les premiers. Elle est plus jeune que lui et un peu plus grande aussi, mais ils ont l'air si bien ensemble que John en est légèrement était jaloux, il faut le dire. Il ne sait pas précisément depuis combien de temps il n'a pas eu ce genre de relation avec quelqu'un et une petite voix très désagréable murmure au fond de son crâne un « Jamais » qui le fait grimacer. En attendant, il a cette relation avec Sherlock.
Le détective est assis sur son fauteuil à déchiffrer de ses yeux dansants la partition offerte par Mrs. Hudson. Bien sûr, il ne lève pas le petit doigt pour aider le médecin et ce n'est pas plus mal, vu que ranger avec Sherlock Holmes est aussi utile que faire un jogging en mangeant des frittes. Le brun tombe toujours sur un souvenir, une preuve récupérée d'une précédente affaire, et ils se retrouvent tous les deux assis par terre, à se remémorer les enquêtes qui ont peuplées leurs quelques mois passés ensemble.
« Est-ce que tu as du nouveau, concernant Sherrer ? », demande John en empilant dangereusement dans un bol, verres et couverts.
« Steele a atterri à Heathrow dans l'après-midi. »
« Donc on le voit plus tôt que prévu ? »
« Demain 10h. »
« C'est pas trop tôt. Sherlock, c'est lui, n'est-ce pas ? Tous les autres qu'on a interrogé ne peuvent pas avoir buté Sherrer ? »
John pose sa montagne de vaisselle dans l'évier déjà rempli et se retourne vers le salon où le brun quitte enfin son fauteuil. Il a les sourcils légèrement froncés et ses dents mordent à peine sa lèvre inférieure. C'est rare, de voir le détective douter, mais quand ça arrive, bon sang que c'est flippant.
John pince ses lèvres de haut en bas et hoche une fois la tête. C'est sa manière typiquement Watsonienne de couper court à la conversation (car oh comme les Watson sont experts en silence). Il laisse l'eau couler juste ce qu'il faut et s'apprête à remonter ses manches avant de réaliser qu'il lui faut d'abord ouvrir ses boutons de manchettes. D'une main, il galère un peu mais Sherlock est déjà face à lui et fait cette chose si simple et pourtant toujours si dangereuse, qui consiste à lever les mains et à les approcher de John. Ses gestes ont la délicatesse d'une bulle et l'ex-soldat ne respire même pas, de peur de l'éclater. Mais le visage du plus jeune est parfaitement calme. Il a pincé ses doigts autour de la manche de son ami qu'il déboutonne avec beaucoup de soin.
« Est-ce que tu me laisserais t'attacher les poignets ? », demande-t-il d'une voix douce. Enchanteresse, presque.
John entrouvre les lèvres mais sa pomme d'Adam semble vouloir se prendre pour un bœuf puisqu'elle est si grosse qu'elle coince toute tentative de réponse. Pas médicalement possible, mais gênant quand même.
« Et est-ce que tu me laisserais te les attacher dans ton dos ? »
Ce n'est plus une conversation, c'est un sanctuaire où les mots semblent s'incliner devant l'autel qui ressemble à cette chose que John chérit plus que tout au monde : sa volonté. Parce qu'il n'a pas rêvé, Sherlock lui a réellement posé une question - même deux, bon sang. Il ne lui extorque pas d'aveux, ne prend pas ce qui l'intéresse avant de le jeter et de l'oublier, comme n'importe quelle expérience. Il demande.
« Est-ce que tu me laisserais te bander les yeux ? Est-ce que tu me laisserais te déshabiller, entièrement, au milieu du salon, en pleine journée ? »
Il passe au deuxième bouton dont il s'occupe avec la même application, en prenant son temps.
« Je t'ai peut-être mal expliqué ce que je fais. Je n'aurais jamais dû te laisser seul dans le bar, à l'anniversaire de Molly. Je ne t'ai pas répondu clairement et ça a été une erreur. Oui, je fais ces choses. », sourit-il doucement, reprenant les mots employés par John ce soir-là. « Mais tu ne sais pas en quoi consiste le BDSM, n'est-ce pas ? Ce n'est pas un reproche, même moi, il y a quelques années, je n'en connaissais rien avant que l'on ne m'explique. »
Ses mains lâchent le bouton et se posent sur les épaules, plus basses que les siennes, qu'il époussète avec soin.
« Il n'y aura pas de chaînes, de cave sombre et humide. Pas de latex, ni de fouet. Pas de femme en combinaison de cuir à t'insulter en allemand, non plus. Tu peux retirer ces inepties de ta tête. Ce n'est pas une question de souffrance ou d'humiliation. »
Elles finissent leurs gestes minutieux et le lâchent. John ne sait pas où elles sont présentement, dans l'espace infini que son corps n'utilise pas mais il n'est pas vraiment possible de rompre le contact avec les yeux de Sherlock.
« C'est une question de domination et de soumission. »
Il s'approche et qui aurait pu croire qu'un seul pas était déjà beaucoup ? Il est rentré dans cet espace privé et très fermé où l'air de John est si proche qu'il le sent sur son menton. C'est primitif, quelque part viscéral. Et terriblement traître, car comme John respire anarchiquement...
« Et je suis celui qui contrôle. »
Ses mains se referment autour des poignets du soldat et serrent, à peine. Elles pourraient serrer tellement plus et c'est exactement à ça que John pense. À tout ce qui pourrait être plus. Le détective clôt ses murmures en souriant une ultime fois et le blond retrouve dans la forêt de mots incongrus qui peuplent son cerveau, la seule réponse possible :
« Emh...ph ? »
Ce n'est pas vraiment une affirmation, pas une question non plus. Il faut dire que le mot ne fait même pas partie du dictionnaire. Ça a au moins le mérite de faire sourire Sherlock qui reprend ses chuchotements, décomposant chaque mot pour être sûr de se faire comprendre :
« Je vais t'embrasser maintenant. »
Il y a un goût métallique qui envahit la bouche de John et c'est peut-être parce qu'il s'est mordu la lèvre jusqu'au sang, mais il ne ressent pas grand chose. Si Sherlock l'embrasse, est-ce qu'il sentira aussi ce goût désagréable ? Est-ce que John s'est au moins brossé les dents ? Et est-ce qu'ils vont mettre la langue ? Merde, les questions de Sherlock étaient si envoûtantes que maintenant le soldat ne pense qu'en interrogations.
Il entrouvre les lèvres pour répondre, mais celles de Sherlock se sont refermées sur l'intérieur de son poignet droit, qu'il a relevé jusqu'à son visage. Il a fermé les yeux et presse sa bouche humide contre la peau chaude avec beaucoup d'attention. C'est du bout des lèvres qu'il dépose des offrandes qui n'ont pas de mot pour les décrire. Ça fait presque geindre John puisque la sensibilité de son épiderme est incontrôlable. Il a les yeux grands ouverts et contemple de travers le plafond de la cuisine, et jamais il ne l'a vu sous cet angle parce que jamais il n'a été embrassé là, comme ça et par lui.
« Safeword ? », propose Sherlock et John a l'air de trouver ça insultant puisqu'il s'empresse de répondre :
« Non. »
« Qu'est-ce que tu veux, John ? »
« Ta chambre. », et ça ne lui fait pas peur d'avoir prononcé ces mots, puisque sa voix n'a pas tremblée et que ses yeux regardent toujours ceux du détective avec une intensité invulnérable et pour la deuxième fois de la soirée, John a réellement réussi à surprendre son colocataire.
« Maintenant ? »
« Maintenant. »
