Note : Cette fanfiction (et ce chapitre) sont rating M ! Sur ce, je vous souhaite le bonjour :)
Encore une fois, je vous remercie toutes et tous pour vos retours extrêmement précieux, vous êtes au top du top. J'espère que vous apprécierez ces 4400 mots de pur smut (autant que j'ai apprécié les écrire). Pour celles et ceux qui ne veulent pas lire les scènes explicites, vous pouvez lire la première et dernière partie, respectivement séparées du reste par des lignes horizontales.
Merci : milles fois à Nanapanda pour ses incroyables reviews ! Si tu passes par ici, je serai ravie de te remercier comme il se doit par PM, si tu te crées un compte :)
Bêtas : Nathdawn et Carbo-Queen, que je remercie particulièrement pour son aide, pour son incroyable patience et pour m'avoir accompagnée durant ce chapitre.
Un œil qui s'ouvre après l'autre, John fait de son mieux pour retenir sa tête de tomber, avant de bailler :
« Pardon ? »
« Je disais : est-ce que tout va bien ? Vous avez l'air exténués, tous les deux. », répète Gregory en posant les deux cafés commandés par Sherlock et John, sur la table de son bureau.
Il prend place et les regarde tour à tour, leurs cernes gonflées, leurs yeux à peine ouverts, eux qui n'ont quasiment rien dit depuis qu'ils sont arrivés à Scotland Yard. Il les a déjà retrouvés plus d'une fois dans cet état, après des nuits à courir à la poursuite d'un énième malfrat, c'est presque par habitude qu'il soupire en buvant son propre latte :
« Qu'est-ce que vous avez encore bien pu faire hier soir... »
Les deux colocataires tournent leurs têtes au même instant et se regardent sans un bruit. Hier soir a été plutôt imprévisible.
Sept heures plus tôt.
Ce n'était peut-être pas la bonne paire de chaussettes à mettre. Ou alors doit-il déjà les enlever ? Au moins, celles-ci n'ont pas été recousues, ce qui rattrape rien qu'un peu cette situation déjà assez gênante.
Assis sur le lit de Sherlock Holmes, John se lève d'un bond et inspire par le nez, la nuque tendue tant il est penché en avant pour essayer de se voir dans son entier. Il lui faudrait un miroir pour se confronter et se demander en se regardant droit dans les yeux 'Est-ce que tu es sûr de ce que tu fais ?'
John Watson n'est pas sûr.
Mais John Watson n'a pas la science infuse.
Et ne pas savoir n'a jamais été une excuse pour reculer, selon John Watson.
Il marche sur la moquette beige et se dirige vers le fond de la pièce pour détendre les muscles de ses jambes. Ça doit faire cinq minutes que Sherlock lui a demandé d'aller s'installer (cinq minutes qui en paraissent vingt, comme à chaque fois que l'impatience prend ses aises comme un invité particulièrement impoli). Il a hésité longtemps avant de savoir quoi faire de la porte ; la laisser ouverte, fermée, entrouverte - choix qu'il a fini par prendre. Il n'y a pas un bruit dans le reste de l'appartement, à part le tapement incessant qui va le rendre fou.
Il est bien plus de minuit et l'idée qu'un voisin soit en train de bricoler ou de déplacer des meubles prouve bien que les bonnes manières ont quitté l'île Britannique. Il fait trois pas pour se rapprocher du mur mitoyen avec le 221 et s'arrête face à la penderie qu'il connaît maintenant intimement.
Intime.
Le mot lui provoque un frisson qui fait secouer jusqu'à ses doigts.
Soldat qu'il a été, il fronce les sourcils, tait ses propres sentiments et contourne le placard pour plaquer son oreille contre le mur tapissé de vert. Le bruit est encore plus sourd. Il ferme les yeux, essaye de savoir d'où il vient et se met à cligner des paupières en rythme. Un coup après l'autre, dans une cadence répétitive. Des battements. Comme une pulsation. Cardiaque.
Il se recule du mur comme s'il s'y était brûlé et réalise enfin qu'il est l'auteur de ce vacarme. C'est simplement son cœur qui bat.
John fait rapidement marche arrière et revient près du lit où il se rassoit. Sherlock ne lui a pas donné d'ordre précis, il lui a juste dit d'aller s'installer, ce qui peut vouloir dire beaucoup de choses, dont certaines impliquent de se déshabiller, très certainement, mais John n'a pas vraiment envie de faire ça. Pas seul. Pas sans savoir si c'est ce que son colocataire veut aussi. Il n'a pas le temps de douter plus longtemps, puisque l'entrebâillement de la porte s'agrandit et dévoile enfin Sherlock.
Dans sa main gauche, il tient un verre peu rempli d'un liquide ambré et à peine l'a-t-il posé sur la table de chevet que John expire en tendant le bras pour l'attraper.
« Merci, j'en avais besoin. », sourit-il, comme rassuré, en portant le verre de scotch à ses lèvres.
« Je sais. »
Sherlock continue son chemin dans le fond de la pièce. Il y attrape son siège rembourré avant de le tirer jusqu'au lit, devant John. Il s'assoit et les deux hommes se font finalement face.
« On dirait que tu veux m'interroger comme ça. », rit inutilement l'ex-soldat.
« Ne t'en fais pas, on interroge Steele dans quelques heures. »
« Tu sais ce dont je rêve ? Qu'on entre dans la salle d'interrogatoire et qu'il soit tout tremblant, en sueur et que ce soit évident que c'est lui qui a tiré. »
« Ça serait incroyablement trop simple, mais la simplicité a parfois du bon. »
Sherlock a croisé les jambes, ses bras posés sur les accoudoirs. Il regarde John boire avec attention, sans parler. C'est un peu bizarre qu'ils se fassent face de cette façon. Leurs jambes sont très proches, il suffit que l'un d'entre eux les bouge à peine pour qu'ils se touchent. C'est John le premier qui ose faire un mouvement en se penchant sur le côté pour reposer sa coupe vide sur la table de chevet, avant de se remettre en place.
Voilà.
Voilà, voilà.
Ils se regardent et si John a un timide mais faux sourire qu'il arbore sans vraiment savoir pourquoi, Sherlock lui a l'air parfaitement concentré, à l'aise, comme s'il avait fait ça toute sa vie. Et John ne sait pas vraiment s'il doit en être rassuré ou non.
« Quel est ton safeword ? », demande Sherlock.
« Champagne. », répond John avec un certain dédain. Comme s'il pouvait l'oublier...
Le brun hoche une fois la tête et pose ses doigts les uns contre les autres dans une posture typiquement Holmesienne. Ils ne disent plus rien mais ce silence là, celui qu'ils sont en train de vivre, a une douceur particulière, une chaleur dans laquelle les questions de John semblent trouver leurs réponses.
« Retire ta chemise. », commence simplement le détective et cette fois, John sait qu'ils ont fini par sauter dans le vide.
Il baisse pour la première fois les yeux et regarde ses manches relevées par Sherlock, pour une vaisselle qu'ils ont fini par oublier. Il ne lui reste plus beaucoup d'excuses pour cacher son corps. Mais est-ce vraiment la peine de continuer à se mentir ainsi ?
Lentement, geste après geste, il retire ses boutons, dévoile son débardeur blanc qu'il n'ose porter que lorsque l'hiver s'abat sur Londres. John n'a pas vraiment de problème à se déshabiller devant quelqu'un, il a vécu beaucoup de visites médicales dans sa vie et on l'a déjà inspecté sous tous les angles. Mais qu'on le mette dans l'IRM le plus perfectionné du monde, qu'on lui ouvre le crâne et inspecte son cerveau, qu'on lui prenne la quantité de sang nécessaire pour tout savoir de sa composition, rien ne sera jamais aussi vrai et pertinent que le jugement de Sherlock Holmes.
Il retire sa deuxième manche et laisse tomber sa chemise au pied du lit. Il n'a pas le temps de demander à son colocataire ce qu'il est censé faire ensuite, puisque Sherlock a reculé son siège dont il est descendu pour se mettre à genoux. Il écarte de ses mains ceux du plus vieux et vient entre ses jambes, le dos droit, le visage légèrement relevé pour continuer à le voir. Ça a quelque chose de touchant, ce renversement de situation, et à la simple idée que c'est désormais la nuque de Sherlock qui craquera pour voir son colocataire, John a un sourire ému.
« Ton tee-shirt, maintenant. »
Il a la voix si tendre qu'elle ressemble à une caverne de coton où John pourrait se cacher tout entier. Le blond pose ses doigts sur le bas du débardeur ; sa main droite sur le flanc gauche et inversement, avant qu'il ne commence à le lever, centimètre après centimètre, battement de cœur après battement de cœur. Il ralentit instinctivement lorsque le haut passe devant son visage, mais la position est désagréable et il ne peut pas laisser Sherlock l'observer ainsi sans le voir à son tour, alors, il ôte le haut et l'envoie sur sa chemise dans un bruit à peine perceptible.
Sherlock le regarde et rien n'a jamais été aussi pénétrant, pas même une balle de calibre 12. Et John s'y connaît en la matière.
À genoux face à lui, ses yeux ne se ferment plus, ils inspectent chaque centimètre de la peau de John, les poils de son torse, les cicatrices, bien sûr, mais également toutes les offenses qui n'ont pas de traces mais qui semblent fourmiller sous l'épiderme vieilli par des années inévitables. Il a toujours ses mains sur les cuisses du médecin, mais ses index et majeurs ne le touchent pas, ils sont levés, comme irrésistiblement attirés par le torse qui s'est dévoilé. Il se retient de le toucher et ça, même le blond peut le deviner.
John, lui, n'a aucun mal à imaginer le torse de Sherlock. Blanc, immaculé, parfait sans aucun doute. En comparaison, le sien doit ressembler à Verdun. Ainsi assis et légèrement avachi, la bedaine discrète dont il essaye de se débarrasser est un peu amplifiée. Il se redresse, poussé par une fierté qui a des airs de réflexes de survie.
« L'appendicite. », commente Sherlock, la main à quelques centimètres de la cicatrice du flanc droit du médecin, maintenant qu'elle a osée se lever.
« À quatorze ans, un samedi soir, plutôt banal... », sourit-il en retour, en haussant une épaule.
Sherlock sourit à peine avant de repasser à son inspection très méticuleuse. Il a un regard incroyable, plus clair que jamais et ce sont ses yeux que John ne peut pas quitter. La main du détective s'est levée un peu plus haut, sur le flanc gauche cette fois, près des côtes qu'il devine rouler sous la peau parcourue de légers frissons. Il examine cette fois une cicatrice plus fine et ses sourcils se froncent légèrement :
« Coup de couteau... ? »
« Ah, ouais. », répond John, tristement amusé par ce souvenir idiot. « En formation on devait apprendre à se défendre contre une attaque à l'arme blanche. Y'avait ce mec du Yorkshire, euh, James Hilton je crois, qui devait jouer l'agresseur. Il était terrorisé à l'idée de me faire vraiment mal, j'ai dû le pousser pour qu'il accepte de participer. J'ai voulu jouer au plus malin en faisant semblant ne pas m'attendre à son attaque mais il m'a réellement surpris. J'ai foiré ma défense et son arme a ripé. Heureusement, il ne la tenait pas assez fermement. Elle a glissé sur ma côte, mais ça a suffi pour que je sois la risée du camp... »
Sherlock a un sourire franc (puisqu'il est évident que lui aussi se moque de la maladresse du médecin) mais il ne dit rien et se redresse un peu plus sur ses genoux, relève le visage en même temps que sa main qu'il approche cette fois de ce qui a tout changé dans la vie de John Watson.
L'attaque aurait peut-être été plus simple à oublier, si la cicatrice n'était pas si imposante. Comme c'est souvent le cas avec les cartouches de M-16, la balle a perforé le corps de part en part, et c'est toujours difficile à croire mais la marque d'où est sorti le projectile est beaucoup plus volumineuse que celle d'où il est entré. Ainsi, c'est parce que John Watson a tourné le dos à son agresseur rien qu'une seconde que la cicatrice la plus grosse, la plus détestable, se trouve sur sa clavicule droite. Dans cette balafre encore rose et épaisse, il y a un arrière-goût de sable, le bourdonnement des prières tachées de sang de Matthew, le souvenir de la mort qui a posé ne serait-ce qu'un doigt sur lui.
Et c'est peut-être parce que Sherlock lit dans son esprit (ce qui expliquerait beaucoup de choses) qu'il pose sa main sur la cicatrice qu'il ne peut même pas toucher dans son entier. Elle n'est pas spécialement froide ou chaude. Elle est là et c'est déjà beaucoup. Ça ne dure pas longtemps, il semble juste vouloir s'assurer qu'elle existe bel et bien, avant qu'il ne rapproche le fauteuil sur lequel il prend à nouveau place. Penché en avant, ses coudes appuyés sur ses genoux, il reprend :
« Déshabille-toi entièrement maintenant. »
Il a scellé ses yeux à ceux du médecin et John ne répond pas en mot. Il déboutonne son jean et toujours assis, se contorsionne difficilement pour le glisser hors de ses jambes. Il en profite pour retirer ses chaussettes du même coup (hors-de-question de les garder, il faut rester pragmatique, bon sang). Tout de chair-de-poule vêtu, le voilà seulement couvert par le regard de Sherlock et par son boxer gris. Le détective ne cligne pas des paupières et n'a même pas baissé les yeux lorsque le plus vieux s'est déshabillé.
« Entièrement. », répète-t-il d'une voix mélodieuse.
John inspire et glisse ses pouces sous l'élastique. Ça n'est pas plus difficile que de retirer son débardeur finalement. Il se contorsionne à nouveau et alors qu'il libère son début d'érection, il a le réflexe de relever la tête et plus que jamais, Sherlock le regarde droit dans les yeux. Il s'y accroche et se débarrasse de son sous-vêtement qu'il oublie dès qu'il a touché la moquette beige, et pose ses mains sur le lit. Le voilà nu alors que Sherlock est toujours habillé dans son costume impeccable. Il se demande depuis combien de temps est-ce que le détective attendait cette situation.
Ils ne parlent pas lorsque le brun se lève du fauteuil et qu'il grimpe à son tour sur le lit. Ça oblige John à se reculer, jusqu'à ce qu'il s'allonge puisque Sherlock est maintenant à quatre pattes au-dessus de lui. Il ne le touche pas, ses mains et ses genoux enfoncés contre le matelas, il s'avance même et John se tortille pour maintenir leurs yeux au même niveau, jusqu'à ce qu'il sente ses pieds quitter la moquette et ses jambes se poser sur les draps qu'il a déjà réchauffés par sa présence.
Les voilà allongés à travers le lit et l'air semble se faire la malle avec tous les sentiments les plus hétérosexuels que John Watson a pu garder dans un coin de sa tête (ou de toute autre partie de son corps) ces derniers mois. C'est plus facile, dans un sens, que Sherlock ne regarde pas son bassin parce que son érection a encore plus durcie depuis qu'il a pris place au-dessus de lui. Reste à savoir si elle s'évanouira définitivement lorsqu'il le touchera enfin.
Enfin.
Le mot ressemble à une délivrance.
« Décris-moi ta cicatrice, John. », demande-t-il et il est clair qu'une fois de plus, il a tout compris.
Bien sûr, John ne peut pas répondre. Il ne sait tout simplement pas quoi dire. Il ne l'a pas regardée directement depuis qu'il a quitté l'Afghanistan. Ce n'est pas une question de courage, c'est une question de continuer à vivre. Et la voir, tous les jours, et l'affronter, ce n'est pas quelque chose qu'il peut faire. Parce que le pire ennemi de John Watson est sur le corps de John Watson.
« Effrayant, n'est-ce pas ? D'être vulnérable, je veux dire. Je pense que c'est ce qui m'a plu chez toi, au début, cette façon d'avoir l'air intouchable, hors du temps... Invincible. », murmure le médecin en réponse.
« C'est ce que les gens pensent de moi, c'est pour ça qu'ils me craignent, je suppose, mais c'est une malédiction en vérité. Ils pensent que je suis sans émotion. Un taré au sang-froid. Déjà mort, presque. »
Mais c'est tout ce que tu n'es pas, pas vrai ? veut répondre John mais bien sûr, il ne peut pas. Il ne peut possiblement pas dire toutes les choses qui lui traversent l'esprit actuellement.
Le détective prend appui sur son avant-bras gauche, alors que sa main droite se pose à plat sur le sternum offert. Il appuie sans douceur, semble vouloir ressentir chaque battement de son cœur au plus près, puis descend sa main le long de son ventre, où il sent les poils blonds entourant son nombril caresser sa paume. Il n'arrête pas son rythme, toujours accroché au regard de John qui n'ose cligner des paupières que lorsque ses yeux le brûlent et si ses dents se sont refermées avec force autour de sa lèvre inférieur, le plus jeune, lui, semble complètement maîtriser la situation.
La dominer.
« Sh-Sherlock... », soupire-t-il en redressant la tête par réflexe lorsqu'il sent la main de son colocataire se poser sur son membre.
« Regarde moi. », impose-t-il en retour, d'une voix très calme.
John repose bruyamment sa tête contre les draps et expire sans retenue. La main de Sherlock, à côté de sa tête, se pose sur son crâne que son pouce caresse. Le médecin essaye de se persuader que ce simple doigt est l'étau qui l'empêche de relever la tête, parce qu'il veut la relever, il veut regarder ce que Sherlock lui fait et il veut tellement de choses, il veut...
« Regarde moi, John. », répète Sherlock un peu plus fermement. « Pose tes mains sur mes épaules et ne les lâche pas. »
Le blond secoue la tête, un geste incongru qui ne veut dire ni non, ni oui, mais il s'exécute comme ordonné et serre. Ça doit probablement faire mal au plus grand, mais aucun des deux ne s'en plaint.
Ce n'est qu'un simple geste, mais Sherlock sourit et c'est presque la plus belle récompense de la soirée. Il étire légèrement son épaule avant d'entourer le membre de John de ses doigts. Les gestes lents, ils découvrent son sexe sur toute la longueur et le pouce glisse sur son gland, d'abord une fois, puis deux, avant qu'ils ne se referment doucement sur le bout qu'ils sentent chaud et lourd. Il n'y a que la respiration trouble de John qui envahit la pièce, éclairée par une seule lampe de chevet pour qui il ressent tant de choses contradictoires. Il la veut éteinte, bien sûr, parce qu'il n'a pas l'habitude de voir quelque chose lorsqu'il couche avec quelqu'un, mais il la veut également tellement plus forte pour voir dans son entier le visage de Sherlock. Il ne regarde que ses yeux, éclairés comme des spots qui lui brûlent la rétine, tout en l'attirant à la fois. Il sent son cœur battre plus fort mais c'est désagréable, les vibrations semblent remonter dans sa gorge et lui donnent du mal à déglutir. Il pense tellement à ce qu'il veut contrôler qu'il en oublie de ressentir ce qu'il se passe. Et bordel, ce n'est pas tous les jours que Sherlock Holmes le caresse.
« Attends. »
Il n'a pas utilisé le safeword, parce que ce n'est pas un Stop, mais il lui faut du temps. Il inspire, aussi profondément que possible et ferme les yeux. Ses doigts s'imposent avec plus de force aux épaules fines de Sherlock, qui ne bouge plus, jusqu'à sentir ses os. Dans sa tête, il y a les mots sans détours de Clara, les bleus sur le visage de sa sœur, la voix du commandant Sholto lui confiant la sortie à Marjah avec les nouvelles recrues, le regard plein de confiance de Lestrade et ça s'entasse, ça presse, ça s'agglutine. Ils représentent, comme des milliers d'autres choses et de gens, tous les grains qui composent ces sables mouvants sur lequel il construit sa vie depuis tant d'année, et ça aspire tout son être qu'il trouve bien plus petit que ce qu'on pense de lui. Et Dieu, que ça l'étouffe.
Il impose par ses paupières fermées, un noir dans lequel il est seul et il n'y a rien d'autre que le bruit de sa propre respiration. C'est plus dur que n'importe quel entraînement militaire, mais, pour rien qu'une seconde, il se permet de fermer la porte de tout ce qui le fait être cet ancien capitaine dépressif, médecin par dépit, fils accablé et frère découragé qu'il a toujours, putain, toujours été.
Le voilà seul. Avec une autre personne. Grâce à cette autre personne. Alors, il rouvre les yeux et c'est une douce plainte, qui s'échappe des lèvres souriantes de Sherlock, qui résume ce qu'il est réellement :
« Oh, John... »
Il glisse sa main sous la nuque du médecin qu'il attrape et lui fait relever la tête sans attendre. Il le tient, front contre front, et respire anarchiquement face aux lèvres du blond qu'il laisse encore vierges. Si près, leurs yeux louchent, leur respiration se fait plus profonde, plus incontrôlable, terriblement plus bruyante. La main qui le masturbe est plus rapide, possessive presque. Il ne bouge quasiment pas son poignet, ondule juste son coude pour amplifier ses mouvements. Il semble se recroqueviller au-dessus du corps qu'il surplombe et John redresse ses jambes par réflexe. Ils se collent l'un à l'autre comme si la peau du plus vieux essayait de se fondre contre le costume du brun et les mains de John s'accrochent avec un réel besoin, au dos de son colocataire.
« Magnifique, magnifique. Oh, John... », soupire Sherlock d'une voix proche du gémissement alors que sa main accélère ses caresses.
C'est absurde, réellement, que Sherlock utilise ce mot et John ne sait même pas s'il parle de sa façon de lâcher prise, ou de lui, ou d'autre chose encore. Ils se regardent sans oser cligner des yeux (puisque tout revient toujours à leur satané fierté), mais John sait qu'il ne tiendra pas, pas longtemps, pas comme ça, alors que son colocataire gémit de sa voix grave et que son propre ventre devient brûlant.
Il veut tenir, encore, ne pas montrer au plus jeune qu'il frôle l'orgasme depuis qu'il a senti ses doigts sur lui, et ça tire ses muscles, lui fait serrer les dents et perdre l'esprit. Ça n'échappe pas à Sherlock qui resserre son empoigne autour des cheveux blonds pour lui faire pencher la tête en arrière et il suffit que le contact visuel se brise, et que Sherlock lui impose une dernière volonté, pour que John oublie tout, sans concession, avant de pousser un cri rauque alors qu'il jouit, longuement, dans des coups de hanches incontrôlés.
Il y a de longues secondes où son corps semble fondre contre les draps, où ses pensées sont aussi tangibles que l'air et où une vague de mots envahit sa bouche, frémit au bout de sa langue, poussée par un orgasme qui le coupe de toute force - mais il lui en reste tout de même assez pour les retenir.
Il rouvre les yeux et découvre le visage de Sherlock toujours au-dessus du sien, rouge et transpirant de sueur et vu la chaleur, porter un costume doit être insupportable en ce moment même. Lentement, les doigts du brun relâchent leur pression possessive autour des cheveux blonds, avant qu'il ne repose sa tête contre les draps. Ils semblent tous deux retrouver l'usage de leurs corps (incroyablement cassés, vu la lenteur de leurs gestes) et Sherlock essuie sans gêne sa main contre la couverture, avant de s'asseoir sans beaucoup de grâce près de la tête de lit qui cogne une fois de plus contre le mur.
Ce n'est que maintenant que John s'en rend compte mais même si leurs bassins ne se sont pas touchés, ils ont bougé si fort sur le matelas qu'ils ont fait un boucan terrible avec la tête de lit brinquebalante. La proximité gênante avec les voisins, typiquement londonienne, ne manquera certainement pas de leur rappeler à la première occasion, c'est certain.
Le blond se redresse, grimace un peu en sentant son dos craquer, et attrape au sol son débardeur qu'il passe sur son ventre pour se nettoyer.
« Je... peux prendre la salle de bain ? », demande-t-il d'une voix terriblement rauque qui le fait lui même sursauter, alors il tousse rapidement et Sherlock agite juste une fois la tête, ce qui lui suffit.
Il glisse maladroitement dans son boxer en essayant encore de se cacher mais Sherlock est toujours assis, le dos soutenu par la tête de lit en bois, et il regarde un point imprécis dans le fond de la pièce. C'est très bizarre de penser à ça mais il ne lui semble pas que Sherlock se soit touché ; on dirait pourtant que lui aussi se remet d'un orgasme. Peut-être que celui de John a été si puissant qu'il a suffi au détective. C'est un peu présomptueux de penser à ça, mais ça ne quitte pas la tête blonde.
Il revient une dizaine de minutes plus tard et retrouve Sherlock debout, en train de plier ses vêtements. Il le remercie du bout des lèvres et attrape la pile avant de regarder tout autour d'eux la chambre qui a pris une toute nouvelle dimension. Il n'a jamais été fan de science-fiction, mais Doctor Who peut aller se rhabiller, puisqu'il est clair que ce soir ils ont ouvert un portail vers une toute autre galaxie.
« Bien, je vais... »
« Dormir dans ta chambre. », finit Sherlock sans réelle surprise dans la voix.
« C'est mieux, non ? »
« Si tu le dis. »
« Et tout à l'heure on interroge Steele alors. »
« Cinq heures de sommeil, ça devrait suffire, non ? »
« Bien sûr. », ment John sans aucun scrupule.
Ils se regardent encore quelques secondes et John hoche une dernière fois silencieusement la tête avant de faire demi-tour.
Seul allongé dans son lit, les mains soutenant sa nuque, ses yeux ancrés sur le plafond bleuté par la nuit, John tente de trouver les mots pour décrire sa cicatrice.
Lestrade, Holmes et Watson ont fini leur café, ce qui a été la meilleure décision prise en ce début de matinée. Steele les attend désormais en salle d'interrogatoire et ils y vont d'un pas peu pressé puisque selon le DI, l'ingénieur financier est de toute façon innocent et que les colocataires sont trop fatigués pour pouvoir aller plus vite. Il les quitte pour rejoindre la pièce derrière le miroir sans tain, eux retirent leur veste et manteau qu'ils laissent à un bleu, avant de rentrer dans la salle désirée.
Assis sur une chaise en formica, le front couvert de perles de sueurs grosses comme des têtes d'épingles, Jared Steele tremble de chacun de ses muscles, ses mains blanchies par un stress renversant posées comme des étoiles de mer échouées sur la table en plastique.
Lentement, John et Sherlock tournent leurs têtes l'un vers l'autre et se sourient. C'est officiellement à 10h04, dans la salle d'interrogatoire n°7 de Scotland Yard, que le Jeu reprend.
