Note : Hello à toutes et à tous ! Pas trop de blahblah pour cette intro mais je tiens à remercier les dernières personnes qui ont écrit une review à leur passage. Je ne peux que vous recommander, vous tous adorables lecteurs, à mettre un petit mot à la suite de vos lectures, si elle vous ont plu. C'est vraiment une belle, et unique, récompense pour tous les auteur(e)s de fanfictions et les retours sont toujours très enrichissants (et trop trop trop cool) :) !
Bêta : Carbo Queen, qui traduit actuellement "Meurtre dans la famille" que je vous recommande chaudement !
C'est le front collé contre la vitre de la fenêtre de sa chambre que John a un demi-sourire. C'est un geste qu'il n'aurait pas pu faire il y a encore quelques semaines de ça (à moins de vouloir se geler la peau) et le simple fait qu'il puisse s'y appuyer maintenant, prouve que le temps passe bien, bien trop vite. C'est comme si janvier datait d'hier, comme si l'odeur de la dinde au curry de Mrs. Hudson envahissait encore le rez-de-chaussée. Mais la neige fondue et les températures impitoyables ont bien quittées la capitale et dans Baker Street ce sont des vestes fines et des jupes courtes que le médecin contemple. C'est pire, parce que ça prouve que ça fait une éternité qu'il n'a pas parlé à Harry.
C'est une histoire de fierté, bien sûr, mais lorsque son pouce glisse sur l'écran de son téléphone, c'est à la chambre d'hôpital qu'il pense et à la façon dont Clara lui a fait comprendre qu'elle pouvait elle aussi s'occuper de l'aînée des Watson. Et vraiment, John l'a toujours su. Mais des années à subir la pression d'être l'Homme de la situation suffisent à rendre le plus simple des londoniens flippé à l'idée d'avouer qu'il accepterait bien un peu de soutien de temps en temps.
Il baisse son petit nez retroussé, écrase son menton contre son pull d'un gris clair et regarde le téléphone qu'il tient à moitié sorti de la poche de son pantalon. Il suffirait d'envoyer un SMS pour montrer à sa sœur qu'il ne l'oublie pas, avec des excuses en demi-teinte, mais c'est bien plus facile à dire qu'à faire. D'un geste sec, il lance le portable sur son lit fait rapidement et descend pour rejoindre Sherlock et leur invité.
Car ça a fini par se faire et si c'est une première que Sherlock convie chez eux le témoin d'une enquête, ça n'empêche pas John de manquer de s'étrangler en voyant l'état du salon.
« Sherlock, qu'est-ce que... »
Se tiennent devant le canapé le détective et Benjamin Cox, leurs corps tournés vers le mur qu'ils ont couvert de papiers et de photos en tout genre, reliés entre eux par des fils rouges et bleus. C'est semble-t-il par manque de place qu'il reste sur le canapé et la table basse des piles de coupures de presse dont un paquet est pincé entre les doigts épais du témoin. Et John pourrait faire un effort pour ne pas crier - vraiment, il pourrait - si le reste de la pièce n'était pas une cacophonie visuelle de chutes de cartons, de papiers découpés et de vêtements posés comme de simples chiffons sur le sol.
« ... Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? »
« Bonjour Docteur. », sourit Benjamin en agitant sa main, ce qui fait tomber les coupures de presse qu'il ne soutient plus.
John hausse les yeux au ciel.
« Nous travaillons, John. »
« Okay, très bien, et j'imagine que sortir toutes ces cravates était absolument indispensable ? »
« Nous avions besoin de quelque chose pour représenter les musiciens. », indique Sherlock en faisant un vague geste de la main par-dessus son épaule, les yeux fixés sur le mur.
Le médecin s'approche, les sourcils froncés, et découvre au centre du salon des cassettes empilées pour représenter l'arrière-scène du Royal Festival Hall. Y sont posées sept petites silhouettes découpées dans du carton, sur lesquelles ont été collé les photos des visages des témoins. Le docteur attrape la copie d'Anna Sanchez, lorsque Sherlock lui explique.
« Benjamin avait du mal à comprendre le principe de Palais Mental alors nous avons créé une reproduction de la salle le soir du meurtre. »
« Et dans ton Palais Mental aussi il y a des cassettes VHS qui constituent l'arrière-scène ? », demande John, un sourire émerveillé aux lèvres.
Sherlock ne répond pas, mais fronce le nez dans une grimace absolument incompréhensible, alors que Benjamin se met à genoux près de la maquette improvisée pour pointer du doigt la silhouette découpée sur laquelle la tête de Sherrer a été collée.
« Sherlock dit que q-quelque part dans mon cerveau il y a le souvenir de ce qu'il s'est passé q-quand Mr. Sherrer a été tué. »
« Eh bien on va essayer d'y accéder doucement, n'est-ce pas Sherlock ? », prévient John en haussant les sourcils, mais ça ne fait pas réagir l'appelé qui grimpe sur le canapé pour mettre son visage face aux papiers accrochés plus en hauteur.
« Benjamin, combien de fois as-tu assisté aux représentations de l'orchestre ? »
« Sept f-fois. », répond-il en remettant minutieusement en place les silhouettes qui ne sont plus debout.
« Mais... c'est mes cravates ? », réalise soudain John en en attrapant une.
« Est-ce que vous pouvez r-reposer le clarinettiste s'il v-vous plait ? »,
« Sherlock, comment est-ce que tu as pu venir prendre mes cravates alors que j'étais dans ma chambre ? »
« Demande à Benjamin, c'est lui qui est venu les chercher. Et Sherrer était présent aux sept représentations ? », poursuit le détective, sans daigner poser les yeux sur les deux hommes à quatre pattes derrière lui.
« À c-cinq, oui. D'ailleurs les c-cinq représentations comportaient des m-morceaux de Liszt. »
« Vous êtes venu dans ma chambre ? », demande John à Benjamin, les yeux grands ouverts de surprise.
« Et pendant ces c-cinq représentations, il a joué Les P-Préludes. », poursuit le témoin qui ne semble même pas entendre le docteur lui poser des questions.
Sherlock, debout sur le canapé, sort de sa poche son téléphone sur lequel il pianote avant de lire à haute voix ses découvertes :
« Sherrer était un vrai connaisseur de Liszt. Sur les dernières trente représentations qu'il a données, 87% d'entre elles comportaient ses airs... Benjamin ! », s'écrie soudain le détective en se retournant d'un coup, ce qui fait sursauter l'appelé. « Quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois dans le bureau de Lestrade, tu as parlé de Sherrer. Tu as dit qu'il était un très bon musicien. Un très bon musicien n'a pas besoin de partition, n'est-ce pas ? »
« Ce qui veut dire q-que... », commence à déduire Benjamin mais il est arrêté par la vision de Sherlock descendant du canapé, qui s'approche à grands pas de la maquette improvisée.
Il sort de la poche intérieure de sa veste une petite règle en fer et se couche pratiquement sur le sol pour caler ses yeux au même niveau que la figurine de Sherrer. Benjamin a la respiration lourde et si ça fait automatiquement relever les yeux du médecin, le jeune homme ne semble pas en danger pour autant. Il a les yeux rivés à la scène avec une admiration non feinte et John ne peut pas le lui reprocher.
« Ce qui veut dire que Sherrer ne regardait pas sa partition lorsqu'il a été tué. Il regardait le chef d'orchestre. »
La petite règle que Sherlock presse du côté du musicien se lève jusqu'à l'arrière-scène. Sur les derniers rangs, les figurines de Steele et Sanchez sont repoussées par deux pichenettes.
« D'après l'angle d'incidence de la balle, ni Sanchez ni Steele n'auraient pu atteindre Sherrer au crâne, puisqu'il avait la tête relevée. »
« Brillant. », répondent d'une seule et même voix les deux autres hommes, fixant le détective, un sourire pas peu fier aux lèvres.
« Et si tu nous faisais du thé, John ? »
Le médecin agite une fois la tête et se redresse en faisant craquer ses genoux, encore trop abasourdi pour oser ouvrir la bouche. Dans le bordel sans nom qui envahit la cuisine, il perd son souffle et sa patience une fois de plus. Il remplit rapidement la bouilloire qu'il met en marche et se retourne vers la table qu'il range sommairement à la recherche de la boîte de thé aux épices qu'ils ont utilisé la veille. Entre la machine à écrire à laquelle il manque les voyelles, les restes de coques de noix et les photos du crâne ouvert de Sherrer, il reconnait l'embout noir d'un objet qu'il n'avait pas vu depuis longtemps.
« Sherlock, » appelle-t-il en revenant dans le salon pour montrer l'objet dans sa main droite. « Combien de fois je dois te dire de ne pas mettre ta cravache sur la table où je prends mon petit-déjeuner ? »
« Ah, vous faites d-du cheval ? », demande Benjamin.
« Non pas du tout, je l'utilise pour mes expériences, disons... »
« Sherlock. »
« ... Je disais donc, avant que John ne m'interrompe, je l'utilise pour mes expériences professionnelles. Elle m'a déjà aidé pour pas mal d'affaires. »
« Vous avez des passe-temps un p-peu particuliers. »
« Eh bien, il semblerait que tout le monde s'accorde à dire que ce que j'apprécie est soit immoral, illégal, addictif ou détenteur de pulls immondes. Même si les deux derniers peuvent être facilement confondus. Et tu peux reposer la cravache, John - à moins que tu aimes le contact du cuir dans ta main ? »
Les yeux bleu cristallin se posent sur le bout en cuir prisonnier des doigts du blond et c'est comme une brûlure soudainement. John sursaute en réalisant l'ambiguïté de son geste et range maladroitement la cravache sur l'étagère à sa gauche et même s'il la pose si mal que ça fait tomber le cendrier qu'il a toujours connu rempli, il n'y touche plus et disparait dans la cuisine, où la bouilloire est enfin prête. Il sort trois tasses dépareillées, du sucre aussi et du lait, ainsi que trois petites cuillères et des serviettes en papier, bref, autant d'accessoires inutiles qui n'ont comme but que de produire le maximum de bruit possible pour se donner un peu de contenance. C'est avec une précision d'horloger suisse qu'il infuse la boule à thé dans chacune des tasses, les yeux scrutant l'eau se colorer d'un brun chaud. Lorsqu'il revient dans le salon, les anses des trois tasses pendant maladroitement au bout de ses doigts pour ne pas se brûler, il retrouve Sherlock et Benjamin toujours assis à même le sol.
« Quelqu'un nous ment, c'est indéniable. »
« Reste à savoir qui... », murmure le blond en les servant.
« Merci, John, pour cette remarque hautement pertinente. Bien, reprenons. L'arme utilisée est un Sig Sauer, calibre 22 LR. C'est une arme commune qu'on retrouve chez n'importe quel artilleur. Néanmoins la précision du tir prouve que nous n'avons pas affaire à un quelconque individu. Le tireur a très bien pu installer le silencieux sur son arme avant et l'a cachée dans un sac à main ou sous une veste. »
« Mais n-nous l'aurions quand même entendu, n-non ? »
« Non, avec le silencieux et l'usage d'une balle subsonique, combiné au moment où le tireur a fait feu - en pleine apothéose - même la personne assise à côté de lui n'aurait rien entendu. »
« Angie Walsh. », dit soudain John, les yeux fixés sur la petite figurine.
Sherlock relève la tête et ne dit rien : c'est une autoroute pour les déductions de John et de cela, il ne va pas s'en plaindre.
« Rappelle-toi, c'est elle qui nous a mis sur la piste de Jared Steele en pointant le fait que sa sœur me dragu... me regardait. Ça a suffi à te mettre le doute. Peut-être qu'elle savait que Steele allait épouser sa sœur pour faire sa demande de naturalisation. Elle a voulu gagner du temps. »
« Parce que tu penses qu'elle aurait pu tuer Sherrer ? »
« Et pourquoi pas ? Ce n'est évidemment pas Sheri, elle prépare déjà un mariage blanc, elle n'aurait pas en plus fait quelque chose qui aurait pu attirer l'attention sur elle. Et puis tu l'as dit toi-même, Jennings ne ferait rien qui l'empêcherait de revoir son fils. Les deux autres personnes qui auraient pu tirer sinon sont... », mais John ne finit pas sa phrase, puisqu'il a juste à regarder droit devant lui pour fixer le potentiel suspect.
« C'est un p-peu insultant. », soupire tout haut Benjamin.
« Donc Benjamin serait le tueur ? », demande Sherlock, un sourire amusé aux lèvres.
« Je dis juste que... », commence John mais il n'a pas le temps de finir sa phrase alors que son colocataire sort de la poche intérieure de sa veste un flingue qu'il pose au milieu des musiciens.
Ça fait bondir Benjamin par réflexe et même si ça ne fait même pas ciller le docteur, il ne peut s'empêcher d'être alerté par l'inspiration profonde et douloureuse du plus jeune. Benjamin recule maladroitement, les yeux exorbités par la peur de voir une vraie arme et John connait ça : c'est le regard de la première fois.
« Voilà, je crois que tu as la preuve que Benjamin n'a pas pu sortir une arme. »
« Bon sang, Sherlock... », grogne John, déjà prêt à se lever pour aller vérifier le pouls de Benjamin, mais le témoin lève ses mains pour le rassurer, le souffle court néanmoins.
« Ça v-va, ça va... »
« Il est vide, hein. », précise Sherlock en ouvrant le chargeur qu'il met sous le nez du jeune Cox.
« Bon, arrête ça. », soupire le docteur en attrapant l'arme qu'il fait disparaitre sous le coussin de son fauteuil contre lequel il est appuyé. « Et c'est mon arme. Je peux savoir quand est-ce que vous êtes venus vous servir dans ma chambre tous les deux ? »
« Détail inutile. », conclut Sherlock d'un geste de la main avant de se redresser.
Benjamin en fait de même et époussète ses fesses avant de tourner sur son épais poignet sa montre. Il soupire, manifestement attristé de voir que la journée est passée aussi vite et s'excuse auprès des deux colocataires en expliquant que sa mère l'attend à 19h pour dîner. Il enfile la veste qu'il avait posée sur la patère derrière la porte et sort de son sac en bandoulière un DVD qu'il tend à Sherlock.
« Tiens Sherlock, c'est l-le f-film dont je te p-parlais. »
« L'Homme qui en savait trop. », lit tout haut le détective, les sourcils froncés.
« C'est un f-film où un homme se fait t-tirer dessus pendant un concert. Peut-être q-que ça vous aidera avec l'enq-quête. »
« C'est extrêmement naïf de ta part. Mais j'y jetterai quand même un coup d'œil. »
Benjamin lui sourit et vient attraper sa main libre qu'il secoue avec énergie avant de venir également saluer le médecin. John le raccompagne jusqu'aux marches et revient jusqu'au salon, le cœur se pinçant toujours à la vision de cette pièce de vie commune qui doit être mentionnée lorsqu'on ouvre le dictionnaire à la définition du mot Chaos.
« Bon. On range ? », propose-t-il en passant une main sur son visage.
« Ou alors tu commandes chinois et on regarde le film, sur le canapé. »
C'est parce que faire craquer son dos à force de se pencher pour récupérer tous les morceaux de cartons éparpillés n'est vraiment pas excitant que John répond sans scrupule :
« Deal. »
Les rideaux tirés, assis sur le canapé, son corps caché sous l'épaisse couverture qu'il a sortie de sa chambre, John tend un peu plus ses pieds sur la table basse. Sherlock et lui ont rapproché la petite télévision au maximum et même si le détective n'a pas encore touché au plat dans la boîte en carton que John lui a commandé, lui est en train de finir son bœuf au citron avec une fourchette. Ça serait plus classe, infiniment, qu'il utilise des baguettes, mais même s'il a déjà essayé pour impressionner Sherlock, il est incapable de comprendre comment un être humain est censé s'alimenter avec deux bouts de bois. Autant ne pas revenir sur ce sujet.
Ils en sont à la moitié du film et c'est avec le temps et les soubresauts qu'ils ont fini par glisser un peu plus jusqu'à ce que leurs épaules se touchent et que leurs genoux se frôlent avec insistance. Sherlock se penche de temps à autre pour piquer une petite tomate de John qui ne se formalise plus de ce genre de pillage. Lorsque sur le petit écran James Stewart entre dans le Royal Albert Hall, les deux colocataires ont un sourire.
« Cette scène est mythique. », commente tout haut John, les yeux rivés à l'écran.
« Pourquoi ? »
« Comment ça Pourquoi ? C'est la scène, c'est le... », il repose sa fourchette dans la boîte en carton et tourne le visage vers son colocataire, effaré. « Tu n'as jamais vu L'Homme qui en savait trop ? Tu connais Hitchcock au moins ? »
« Je devrais ? », demande Sherlock, le coin de la narine relevé, comme légèrement dégoûté.
« Tu sais que ton manque de patriotisme est pas loin de me causer une hémorragie interne, parfois. »
« Je déteste quand tu es mélodramatique. »
John a un sourire lumineux en secouant légèrement la tête alors qu'il reprend sa fourchette en main pour finir son plat. Ils regardent dans un silence presque religieux la scène où Jo McKenna, immobile, suit de ses yeux l'ombre du tueur, son mari courant à perdre haleine à la recherche de la bonne loge. C'est plus fort que lui mais le docteur se doit de jeter des coups d'œil furtif à son colocataire et la façon dont les yeux cristallins sont légèrement exorbités et dont ses paupières ne se clignent pas une fois, prouve que la tension Hitchcockienne touche Sherlock Holmes comme n'importe quel humain. Sur la couverture qu'il a tirée pour en avoir aussi sur ses jambes, Sherlock a posé sa main droite et John a l'envie très primitive de l'envelopper de la sienne.
Une seconde. Rien qu'une seconde. Mais quand même.
Il regarde les longs doigts serrer la housse d'un bleu sombre, en rythme avec la musique d'Herrmann. Les articulations se blanchissent sous l'effort et si Sherlock a su poser sa main sur le membre de John, le médecin saurait quand même poser sa main sur la sienne. Mais ce que Sherlock lui a fait le soir après la fête était sexuel, sans aucun doute possible. Lui prendre la main, John n'est pas sûr de ce que ça signifierait.
« C'est ce qu'il nous manque. »
« Hein ? », répond John en relevant la tête, avant même que Sherlock n'ait fini sa phrase.
« La mère avait raison depuis le début concernant le tireur. »
« Donc, quoi, ça manque de femme, ici ? », sourit le médecin, en haussant un sourcil.
« On en a une en bas, profitons-en : MRS. HUDSON ! MRS. HUDSON, QUI A TUÉ PHILLIP SHERRER ? », hurle-t-il d'un coup.
Pas de réponse. Sherlock fixe de ses yeux plissés la porte fermée comme s'il pouvait possiblement la convaincre de s'ouvrir, mais Dieu a encore assez de courage pour tenir tête au détective et ne lui laisse pas accès à de nouveaux pouvoirs surnaturels. Le brun peste tout haut, hautement déçu, alors John se sent obligé de le rassurer :
« Elle ne peut pas nous entendre d'ici. »
« Et est-ce que tu crois qu'elle nous a entendus la dernière fois ? »
Cette fois, Sherlock tourne la tête et regarde son colocataire qui reste immobile, les lèvres entrouvertes pendant quelques secondes nécessaires pour trouver quoi répondre. C'était évident qu'ils parleraient de la soirée, déjà parce que c'est physiquement impossible de se retenir plus longtemps et aussi parce que la mémoire de leurs corps ainsi collés l'un à l'autre ne leur laisse pas de répit.
« Je ne pense pas. On aurait eu le droit à des regards équivoques, sinon. »
Sherlock a un petit sourire, l'air de dire 'Touché'. Ils ont éteint toutes les lumières, ils sont seulement éclairés par l'écran de la petite télévision et alors que son poing posé contre sa joue fait ressortir la proéminence de sa pommette, John voit dans cette scène empreinte au clair-obscur une raison suffisante pour se lancer.
« Est-ce que... »
Ses lèvres se scellent à nouveau, comme si elles paniquaient à l'idée de se trouver séparées. Sherlock le regarde, silencieux, immobile, il ne précipitera pas les choses. C'est à John de faire le premier pas.
« Est-ce qu'on peut en parler ? »
Le détective baisse son bras gauche et se tourne sur le canapé pour mieux faire face à son colocataire avant de répondre :
« Bien sûr. »
« Bien. Alors, est-ce qu'on... recommencera ? »
« Si c'est ce que nous voulons tous les deux. »
Ils se jugent du bout des cils, n'utilisent plus leurs bouches pour sonder l'autre. John les croit évoluer dans un silence très officiel mais c'est parce qu'il n'entend plus la voix de James Stewart qui sort des enceintes de mauvaise qualité.
« Je pense que c'est ce que nous voulons tous les deux. »
« Je pense que l'on peut dire ça, oui. », confirme Sherlock dans un petit hochement de la tête. « Bien, maintenant que c'est décidé... », et sans plus attendre, le détective glisse de son côté du canapé et, prenant bien soin de rester sous l'épaisse couverture, vient se mettre à califourchon sur les genoux du docteur qui se tend par réflexe.
Il enferme ses hanches de ses cuisses, tire la couverture autour de leurs corps réunis et attrape entre ses longs doigts de musicien une petite poignée des cheveux blond cendré pour ainsi obliger John à quitter des yeux leurs bassins réunis.
« Rappelle-toi John : regarde-moi. »
Le docteur déglutit et agite la tête en sortant un bout de langue imprudente qui vient lécher ses propres lèvres. La deuxième main de Sherlock remonte jusqu'à sa joue mal rasée qu'il caresse avec application et le contact est suffisant pour provoquer une envie de gémir que John retient avec beaucoup de fierté. La tête ainsi tirée en arrière, il appuie sa nuque contre le dossier et le simple fait de ne plus avoir à tenir sa tête lui donne bêtement l'impression de commencer à lâcher prise.
Mais ce n'est pas bête, bien sûr. C'est exactement ce que cherche Sherlock.
« Safeword ? »
« Est-ce que tu vas me le demander à chaque fois ? », demande John, sans aucune animosité dans la voix.
« Bien sûr. Tu sais, John, ce que nous commençons par faire dans ces moments là, c'est ouvrir une porte. Ce n'est rien d'ouvrir une porte. Ensuite, tu peux jeter un coup d'œil dans l'embrasure et si ce que tu y vois te plait, tu peux entrer. Le safeword c'est la certitude que tu peux en sortir. Parce que ce qu'on fait a un début et une fin. C'est un jeu. Est-ce que tu me comprends ? »
La tête blonde s'agite une fois, mais ça ne semble pas satisfaire le détective qui glisse sa main le long du visage jusqu'au menton qu'il pince pour l'obliger à ouvrir la bouche.
« Je t'ai posé une question. »
« Oui. Oui je comprends. », répond John en agitant la tête.
L'emprise de Sherlock se fait moins persistante alors que son pouce se met à caresser la peau sensible sous sa lèvre inférieure. Il louche presque, à force de concentrer son regard sur les lèvres entrouvertes et ce sont ses yeux à lui que John n'arrive pas à lâcher.
« Bien. Maintenant, nous allons réellement parler. Je vais te poser des questions et tu me répondras honnêtement. Est-ce que tu comprends, John ? Je t'interdis de jouer au gros dur - et ne grimace pas, tu as beau te moquer de mon égo, le tien peut tout à fait rivaliser en terme de taille. »
« Je comprends. », ne peut-il s'empêcher de répondre dans un demi-sourire.
« Est-ce que je pourrai t'attacher ? »
« ... Oui. »
« Te bander les yeux et, ou, la bouche ? »
« Si tu me bandes la bouche, comment est-ce que je pourrai utiliser mon safeword ? »
« Je te donnerai quelque chose à tenir. Le lâcher reviendra à dire stop. »
« Okay... alors, oui. »
« Sur une échelle de 1 à 5, à combien estimes-tu vouloir tester ton rapport à la douleur ? »
« Euh... trois. »
« Au stade de la curiosité, en d'autres termes. »
« ... Voilà. »
« Nous bannissons d'emblée tout acte extrême. Pas de sang, pas de marquage permanent. »
« Ouais, ça, j'ai déjà donné. », confirme John avec une légère grimace en bougeant son épaule pour appuyer ses propos.
« Bien, nous sommes sur la même longueur d'ondes. Et sur une échelle de 1 à 5, à combien t'estimes-tu prêt à répondre à mes ordres ? »
Cette fois, la réponse n'est pas immédiate. John referme ses lèvres l'une sur l'autre, aussi discrètement que possible pour ne pas montrer qu'il s'empêche de répondre trop vite. Sherlock tient toujours d'une main son visage et même s'il fait tellement chaud qu'il a envie d'arracher son pull et la chemise violette face à lui, John reste parfaitement immobile. C'est d'une voix bien maladroite qu'il répond :
« Trois. »
« Menteur. », répond Sherlock sans attendre.
« ... Quatre. »
« John. », gronde Sherlock en resserrant sa main autour du menton mal rasé et cette fois, c'est par son regard aussi gris que sa peau est brûlante que le médecin laisse entendre le chiffre qu'il a voulu taire le plus longtemps possible.
Sherlock a un sourire satisfait et alors qu'il entrouvre les lèvres, prêt à reprendre, son téléphone vibre maladroitement contre sa tasse de thé vide. Il soupire par le nez, apparemment hautement frustré d'avoir été arrêté en si bon chemin et se penche en arrière pour l'attraper. Il l'impose entre leurs visages pour lire le message reçu et par-dessus son épaule, John en profite pour regarder le générique qui défile, sans commenter bien sûr le fait que le film ne les a pas aidés mais sacrément divertis.
« Bon, nous continuerons cette conversation plus tard, mais je suis ravi d'avoir la confirmation que tu en es à cinq. », décrète soudain le détective en se redressant et c'est peut-être John qui se projette en son ami, mais il lui a semblé déceler une pointe de déception dans sa voix.
« Un problème ? », demande John, les sourcils froncés.
« Rien d'important, mais je dois y aller. »
« À cette heure-ci ? »
« Les aléas du métier. », s'excuse vaguement Sherlock dans un mouvement d'épaule proche de la convulsion.
Il attrape son manteau qu'il enfile sans attendre et salue son colocataire avant de disparaitre derrière la porte d'entrée qu'il claque. John soupire bruyamment et range approximativement la pièce sans vraiment croire que ça changerait quelque chose, avant d'attraper sa couverture qu'il remonte jusqu'à sa chambre.
Il ne s'endort pas facilement ce soir là parce que son cerveau se pose un nombre indécent de questions. Il faut qu'il se retourne pour la centième fois entre ses draps chauds pour enfin oser sortir son portable :
Comment est-ce que tu pouvais être sûr que je répondrais cinq ?
La réponse n'est pas immédiate, c'est par réflexe qu'il caresse l'écran.
Oh, John, j'étais bien placé pour le savoir. SH
Le médecin hausse les sourcils et contemple les touches qui n'attendent que la démonstration d'une répartie qu'il sait bien faible et comme si Sherlock savait ce qu'il se passe dans la petite chambre du deuxième étage, il poursuit :
Personne ne bande comme ça à l'entente d'un ordre, sans en être déjà à cinq. SH
Et ça fait grincer les dents de John qui laisse tomber sa tête en arrière sur son épais coussin en poussant un long soupir inutilement bruyant. Face à lui, le vieux plafond craquelé. Dans sa main, le téléphone toujours allumé. Il le redresse face à son visage avant de répondre :
J'aurais préféré que tu ne partes pas, Sherlock Holmes.
Je sais. SH
Et maintenant, ma couette porte ton odeur.
Je le sais aussi. SH
Oh, okay, j'ai compris. Tu n'avais pas froid en fait. Tu voulais que je la descende juste pour que ça se finisse comme ça. Tu m'as chauffé et tu savais pertinemment que tu serai obligé de partir.
Je suis impressionné par tes progrès en déduction. SH
Je le dis avec toute l'affection que je te porte : tu es un enfoiré.
Je saurai me faire pardonner. En attendant, dors John, tu as besoin de repos pour affronter ce qui nous attend. SH
