Note : *petite voix d'outre-tombe* Bonjouuur tout le mooonde. Bon, eh bien après de longues semaines de galère et de doutes, voici le chapitre 17 avec teneur garantie en lemon (98% à vue d'œil). Je rappelle que cette histoire est classée M, donc réservée à un public majeur et averti - et j'en profite pour préciser pour les personnes qui ne veulent pas lire ce genre de scène, qu'elles pourront tout à fait passer au prochain chapitre sans être perdues dans le récit :). Voilà voilà, maintenant que pour écrire ce chapitre mon corps a produit plus de sueurs froides qu'il n'est physiquement possible de le faire, je ne peux qu'espérer qu'il vous plaira. Et si c'est le cas, je serai ravie d'avoir vos retours ou commentaires.
Bêta : Carbo Queen que je remercie mille fois car elle a su me motiver dans les moments de doutes. Et comme vous n'auriez pas eu ce chapitre aujourd'hui sans elle, on lui fait tous le plus gros des câlins. Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture.
John regarde une dernière fois sa montre ; s'il part maintenant, il pourra passer chez le marchand de journaux et faire des courses pour avoir de quoi manger ce soir. Il se penche sur le dossier sur lequel il note les informations du dernier patient et s'il n'arrive pas à écrire plus vite, son pied droit se secoue déjà, comme prêt à partir. C'est parce que Sherlock lui a dit qu'il devait d'abord régler une autre affaire qu'ils ne courent plus aux quatre coins de Londres pour trouver le tireur du Royal Festival Hall et plutôt que de rester à Baker Street à se tourner les pouces (ou à les utiliser à des fins beaucoup moins catholiques) voilà deux semaines que John vient quotidiennement à la clinique.
Il est dix-neuf heures passées et c'est en entendant l'équipe de nuit passer dans le couloir qu'il se lève et enfile sa veste, mais à peine a-t-il posé la main sur la clenche que la porte de son cabinet s'ouvre en grand.
« Ah, John, t'es là. T'as pas encore déposé tes dossiers à l'accueil, pas vrai ? »
« Barrow. », grince John plus qu'il ne sourit. « Non, j'y al... »
« Super, puisque t'as pas fini ta journée, est-ce que tu peux me remplacer pour la réunion du planning du mois prochain ? »
« Hein ? Non, non Barrow j'ai fini, je dois juste déposer mes dossiers et... »
« C'est bon y'en a pour 30 minutes, une heure tout au plus. Ma fille a son récital de danse et j'avais complètement oublié. »
« De chant. », corrige John en soufflant tout bas.
« Ah ouais, récital de chant. Donc c'est bon tu me remplaces, super, à demain alors. »
C'est d'une main bronzée à outrance que le chef de service salue le médecin et s'il montre ses cinq doigts de manière tout à fait égale, John ne voit que la proéminence d'un majeur qui le nargue. Sa veste sur les épaules, dans sa main gauche sa carte Oyster qu'il avait déjà sortie, il est envahi par un besoin oppressant de le rattraper dans le couloir.
« C'est non, j'ai déjà quelque chose de prévu pour ce soir. »
« John, je te demande juste de... »
« Putain Mark, j'ai dit non, alors démerde-toi tout seul ! », s'exclame-t-il en levant ses yeux légèrement exorbités au ciel.
La veine sur le visage de son boss qui grossit à vue d'œil est assez pour faire comprendre au médecin qu'il a peut-être crié un peu trop fort.
« Ne me parle pas comme ça, je suis ton chef, Watson. »
« Et bien justement, comporte-toi comme tel et prend tes responsabilités. On se voit demain, bonne soirée. », impose John dans un dernier effort de politesse et alors qu'il tourne les talons, prêt à mettre tout ça derrière lui (dossiers compris) et à rentrer enfin à la maison, c'est la voix nasillarde du quarantenaire qui dit la phrase de trop.
« Eh bien, Watson, t'as tes règles ou quoi ? »
John s'arrête et même le silence qui les entoure semble être scandalisé par l'ineptie sans nom qui vient de résonner. Il n'y a pas vraiment mille choix possibles : il peut continuer sa route, poser ses dossiers et prendre la Victoria Line en espérant trouver une place assise. Il peut aussi s'arrêter, se retourner et expliquer point par point pourquoi cette phrase a autant de légitimité qu'un fleuriste dans un bloc opératoire et qu'elle ne démontre qu'un manque profond et flagrant de connaissance, et de respect, de la gent féminine et de l'humanité en générale. Mais bien sûr, c'est la troisième option que John prend alors que ses chaussures grincent sur le lino et qu'il s'approche à grands pas de l'être le plus orange qu'il ait connu et même si une forêt de mots pour appuyer ses explications envahit son esprit, c'est plus simplement son poing qui se lève et quand John sent le nez de son chef craquer sous ses phalanges, il se dit qu'il a sans aucun doute réussi à faire passer son message.
« Bordel, Watson ! », beugle Barrow à terre, la main encerclant son nez déjà en sang. « T'es complètement malade ! T'es viré, t'entends ? T'es viré ! »
« Je démissionne. », John corrige en lançant à ses pieds le dossier dont le trombone lâche et laisse s'envoler la centaine de feuilles qu'il remplit depuis des semaines.
Dans l'escalier du 221B, les pas de John résonnent comme les tambours de la première ligne de soldats qui s'avance sur le champ de bataille. Il pousse la porte qu'ils n'utilisent presque jamais, celle qui donne sur la cuisine, et tombe nez à nez avec son colocataire, assis de l'autre côté de la table, les mains posées sur le microscope où son œil droit était encore concentré il y a une seconde de ça. Sherlock porte un costume bleu sombre dont le revers du col est couvert d'un velours noir. Il porte une cravate du même bleu que sa veste, agrémentée d'une multitude de petits points gris à peine perceptibles et John hausse ses sourcils face à l'absurdité d'une telle dichotomie entre leurs tenues. Sherlock et lui se font face sans un mot puisque la respiration de John est assez obscène pour envahir la pièce de toute son insupportable présence. Il renifle, garde au fond de sa gorge brûlante toutes les injures que le coup de poing qu'il a logé dans le nez de son supérieur lui a inspirées et il suffit que les lèvres du détective s'ouvrent pour qu'il grogne de sa voix rauque :
« Oh, ça va. »
« Je n'ai rien dit. »
« Je sais ce que tu vas dire. », réplique John en claquant la porte derrière lui, avant de se mettre à faire les cent pas dans un espace qui lui permet de n'en faire que dix.
Sherlock a lâché le microscope et s'est reculé sur sa chaise pour regarder le médecin gesticuler devant lui et il ne faut pas plus de quelques secondes pour qu'il déduise :
« Tu t'es fait virer. »
« J'ai démissionné. », corrige John en levant un doigt en même temps que ses sourcils.
« Pourquoi est-ce que tes phalanges sont rouges ? »
« J'ai frappé Barrow. »
« Donc, tu t'es fait virer. », conclut Sherlock, son œil à nouveau pressé contre le microscope.
Ça fait s'étrangler John dans un rire outré et le fait que son colocataire ne daigne même plus le regarder n'aide pas les choses. Ça le fait bouillir, lui qui a une envie de hurler qu'il a retenue de façon très impressionnante dans le métro, alors maintenant il ne compte pas s'en priver.
« Je peux savoir ce que c'est que ce bordel ? Pourquoi t'es habillé comme ça ? Et pour la millième fois - pour l'amour de Dieu - ne mets pas ta cravache sur la table où je mange, c'est dégueulasse ! », hurle-t-il en la pointant de son doigt, posée comme une simple plume inoffensive au milieu des tasses et des scones apportés par Mrs. Hudson.
« Elle est nouvelle, je l'ai achetée ce matin. Et ne crie pas, John. », répond le brun sans prendre la peine de relever son visage.
Comme un gamin dont on ignore le caprice (et comme il sait qu'il n'a de toute façon aucune raison tangible de s'énerver face à son colocataire) John s'entête dans sa crise et se penche pour attraper l'objet du délit mais est arrêté par une voix sèche :
« Je t'interdis de la toucher. »
Le corps incliné par-dessus la pile de journaux d'Allemagne de l'Ouest de l'année 1987 et la machine à écrire, John accroche son regard d'un gris terrible à celui cristallin qui le fixe. Ils semblent sonder l'autre du bout de leurs cils et sans oser baisser leurs paupières l'espace d'un instant, attendent le faux pas qui fera craquer l'autre.
« John. », et ce n'est qu'un mot, mais ça suffit à le prévenir d'une manière viscérale que Sherlock ne plaisante pas.
Et John le sait, vraiment. Mais c'est peut-être parce qu'il ne veut plus attendre qu'il se penche et frôle de ses doigts la longue tige froide, avant que Sherlock ne l'attrape. Le détective est debout maintenant lui aussi et ça n'a pris qu'une seconde pour lui d'enrouler ses doigts autour du manche. D'un coup sec, il baisse la cravache qu'il la claque dans un bruit indécent contre le dos de la main du médecin.
La peau se blanchit avant de se colorier d'un rose dense que John regarde, ébahi. Il relève les yeux aussi lentement que possible et lorsqu'ils croisent ceux de son colocataire, il n'essaye même pas de retenir la plainte informe qui grogne dans sa bouche fermée. Sherlock a laissé l'embout de la cravache contre sa main et tout dans son attitude inspire une espèce de respect bestial. Ses yeux en amande ont pris une couleur plus dense, plus ténébreuse. Une eau trouble où le corps de John se sent couler.
Il inspire profondément lorsque la cravache remonte le long de son avant-bras, se love dans le creux de son coude, avant de continuer son chemin jusqu'à la clavicule contre laquelle elle s'arrête. Il suit l'embout noir de son regard et même s'il ne le regarde pas, il sent Sherlock faire le tour de la table avant de venir face à lui. Il attend que John ose relever les yeux pour incliner légèrement sa tête sur le côté et murmure tout bas :
« Safeword ? »
« Champagne. »
Sherlock agite une fois la tête et appuie la cravache contre la clavicule qui cède sous la pression. Ce n'est pas son épaule blessée mais John recule quand même et il lui faut quelques secondes pour comprendre que c'est le but de toute façon. Ses yeux louchent de l'embout en cuir à la main de Sherlock et lorsque ses pieds se cognent contre la table basse, il comprend qu'ils sont arrivés au milieu du salon.
« Je n'accepte pas que tu cries de la sorte, est-ce que tu comprends ? »
John agite la tête en fermant les yeux mais la pression sur sa clavicule se fait douloureuse alors il sait ce qu'il lui reste à faire :
« Oui. Oui je comprends. »
« Je refuse qu'un être aussi insignifiant que Mark Barrow puisse te mettre dans cet état. »
Et ce n'est pas une question, mais oh comme John est d'accord. Il sait qu'il ne doit pas répondre tout haut cette fois alors il garde son visage baissé. Sherlock, lui, le regarde. Il l'inspecte. Il laisse ses yeux courir sur le corps caché derrière un amas de tissus inutiles et semble les transpercer puisqu'il prend un temps infini à s'en délecter.
« À genoux. », impose-t-il enfin, d'une voix beaucoup trop délicate.
Lentement, les gestes cotonneux, John se recroqueville jusqu'à poser ses genoux terre. Sherlock a glissé la cravache sous son menton qu'il caresse et c'est assez pour qu'il relève son visage vers lui. Parce que Sherlock a beau être debout et habillé comme s'il se rendait à un putain de mariage princier à Buckingham Palace, son sourire est si lumineux que John se sent terriblement... chanceux. Ça dure l'espace d'un instant, mais il y a une espèce de fierté à être celui qui arrive à faire sourire Sherlock de la sorte, qui l'enivre.
« John Watson... », murmure dans un souffle le détective, dont les mots sortent de sa bouche comme s'il y faisait rentrer la plus délicieuse des douceurs.
L'appelé relève les yeux et frissonne alors que la cravache frôle la peau de son visage. Il sent le cuir frotter sa joue rasée jusqu'à la partie sensible de sa mâchoire, avant de revenir jusqu'à ses lèvres. L'embout noir les flatte avec lenteur dans des gestes répétitifs et alors que la langue de John presse l'arrière de ses dents, il sent la pression de la cravache sur sa lèvre inférieure. C'est sans résistance qu'il les entrouvre, peut-être plus grand encore que Sherlock l'aurait imaginé car ses sourcils se lèvent sous la surprise.
« Voyez-vous ça... », sourit le détective alors que la langue du médecin glisse hors de sa bouche et de son contrôle pour venir frôler l'embout. « Mon brave John, comment fais-tu pour continuer à me surprendre... », gémit-il presque.
Le médecin ferme les yeux alors qu'il emprisonne contre son palais le cuir qui l'assèche. La sensation est étrange, décidément pas naturelle. Raison de plus pour continuer. Il frôle de ses dents l'intrus qu'il a accepté en lui, l'englobe de toute la moiteur brûlante de sa langue et se délecte, dans un gémissement contenu, de ce simulacre de baiser. Lentement, le bras de Sherlock se recule et John relâche son emprise en rouvrant ses yeux sombres. Humide par sa propre salive, il sent l'embout en cuir glisser sur son menton rebondi, jusqu'à son cou, alors que Sherlock s'avance d'un pas en avant pour le surplomber.
De sa main libre, le voilà qui effleure les cheveux blonds, du sommet de son crâne à sa nuque. Ses caresses sont longues, incroyablement possessives. Puis, Sherlock glisse la cravache à l'intérieur de la chemise du médecin et caresse la peau de son torse. Le toucher est curieux, râpeux presque, alors John ne bouge pas, garde son visage relevé vers celui qui le domine et se mord la lèvre lorsqu'il sent son téton gauche frotté avec insistance. La main de son colocataire est sur son visage maintenant et retrace le même chemin que la cravache. John sait que son colocataire, du bout des doigts, enregistre quelque part dans son cerveau génial ces sensations qui les traversent tous les deux.
Est-ce qu'un jour Sherlock Holmes aura fait le tour de ce qu'il peut vivre avec John Watson et, se satisfaisant de ses souvenirs rangés dans son Palais Mental, se lassera de lui ? La pensée est malsaine, se répète le médecin en fronçant les sourcils et pour s'ancrer dans ce présent qui lui échappe, il pose ses mains sur les cuisses du détective et s'y accroche. Ça ne semble même pas étonner Sherlock qui ne fait rien pour l'en empêcher mais qui retire la cravache de sous la chemise pour la poser sur le bureau à sa gauche avant d'ordonner :
« Déshabille-toi. »
John agite une fois maladroitement la tête alors qu'il déboutonne sa chemise dans des gestes qu'il voudrait moins fragiles. Il ne porte pas de débardeur maintenant que les températures sont acceptables et de toute façon il n'a plus l'envie un peu idiote de se cacher derrière des bouts de tissus et des excuses. Il danse d'un genou sur l'autre pour retirer ensuite jean et boxer et tant pis s'il manque de grâce, il y a quelque chose qui se passe dans ce salon qui fait que son sang n'arrive plus à son cerveau pour irriguer la zone qui lui ferait comprendre qu'il pourrait être ridicule, mais descend entre ses jambes. Et c'est presque gênant qu'il bande déjà alors qu'il ne s'est rien passé, mais presque n'est pas assez pour s'arrêter.
Sherlock inspire profondément, avec une lenteur impressionnante alors qu'il regarde le médecin repousser les vêtements en un tas qu'ils oublient tous les deux à l'instant même. Il fait jour dans le salon du premier étage puisque les rideaux blancs à peine opaques ne sont pas suffisant pour empêcher les derniers rayons du soleil de la journée de venir caresser la peau du plus vieux. Il y a quelque chose proche du mystique et ainsi nu et offert, John tait de façon très intelligente cette sensation d'être une offrande, qui le traverse. L'égo de Sherlock n'a pas besoin en plus qu'on le compare à un dieu.
Sous ses genoux, le tapis vieilli par les années et les pas gratte sa peau. Sous ses mains, c'est le tissu doux du costume de Sherlock qui cajole ses paumes. Il a reposé ses doigts sur son colocataire en même temps que Sherlock a repris son emprise sur la tête blonde et si la main gauche du détective soutient sa nuque, sa main droite effleure son menton, deux doigts déjà face aux lèvres fermées.
« Ouvre la bouche. », demande Sherlock et l'obscénité de la chose ne tient pas dans ses mots mais dans sa façon de le dire à voix haute.
Ils sont seuls ici, bien sûr, mais murmurer donne à John l'illusion qu'ils sont seuls au monde. S'ils élèvent la voix, le médecin craint qu'on ne les entende, qu'on ne vienne crever cette bulle dans laquelle ils se sont réfugiés et dans laquelle John refuse d'être autre chose que lui-même.
Ses yeux louchent sur les doigts fins alors qu'il répond à l'ordre et les voit s'enfoncer dans sa bouche qu'il humidifie par réflexe. Ce n'est pas quelque chose qu'il pensait avoir en tête dans un moment pareil, mais c'est au violon du détective auquel il pense. Il a vu Sherlock, tellement de fois, le sortir de son étui, le caler contre son menton et faire glisser sa main sur les cordes rêches, entre notes divines et crissements félins morbides. Ce n'est pas étonnant qu'un homme comme Sherlock Holmes arrive à faire sortir d'un objet sans vie tant de sentiments et John est présentement très bien placé pour le savoir. C'est comme si son colocataire joue avec lui alors qu'il envahit sa bouche en adagio, qu'il glisse avec insistance contre sa langue jusqu'à ses dents et qu'il fait sortir de la gorge du médecin une série de tendres plaintes allegro ma non troppo.
John est son instrument et de lui, Sherlock peut faire ce qu'il veut. C'est ça qui envahit l'esprit du médecin, c'est ça qui envoie valser Barrow, le loyer du 221B qu'il faudra maintenant payer avec plus de mal encore et c'est ça qui lui fait oublier les maux sans orthographe qui le gardent à terre de toute leur intolérable pesanteur. Parce que ses genoux ont beau être au sol, son esprit, lui, s'évapore. Le corps fiévreux, c'est avec plus de force encore qu'il s'accroche aux hanches de Sherlock. Les yeux fermés, il sent son colocataire se pencher en avant, serrer avec une possessivité évidente la nuque couverte de cheveux blonds, avant qu'il ne murmure d'une voix rauque :
« Suce. »
Et John Watson sait obéir aux ordres. Les muscles tendus et la bouche plus humide que jamais, il enroule de sa langue les deux doigts qui vont et viennent entre ses lèvres dans un geste qu'ils n'ont pas la naïveté de croire sans arrière-pensées. Et lorsque John s'imagine coincer contre son palais autre chose que l'index de Sherlock, son cœur fait un bond dans sa cage thoracique déjà dansante. Mais sept années de médecine ne sont pas suffisantes pour savoir si ce battement particulier trahit la crainte ou la hâte. Alors John agit comme ses envies les plus primaires lui ont enseigné : l'inconnu, il fonce vers lui. C'est aussi ce que lui apprend Sherlock, à voir malgré les ténèbres, à vibrer malgré la froideur de sa putain de morne vie. Et ça, depuis le début, depuis ces messages :
Baker Street, venez immédiatement si possible. SH
Si pas possible venez quand même. SH
Peut être dangereux. SH
Ce ne sont pas juste des mots, c'est une fable, une putain de thérapie. C'est avoir réussi à dire à John, abandonne tout, là et maintenant. Oublie et lâche prise. Et rejoins-moi.
John ouvre les yeux et c'est peut-être parce qu'ils sont rouges tant il les a fermés avec force que les épaules de Sherlock se tendent, mais c'est surtout parce que Sherlock a compris. C'est dans les frissons qui parcourent le corps nu, dans les gémissements étouffés, dans la façon dont ses doigts s'accrochent aux hanches du détective. John Watson a lâché prise.
« Oh, John... », gémit Sherlock en reculant ses doigts, avant d'attraper de sa main humide le visage du plus vieux qu'il approche du sien. « Où est-ce que tu as caché les préservatifs ? »
« Ma chambre, ma chambre. », répète-t-il, parce que Dieu qu'il a peur de n'être pas compris.
Sherlock sourit, d'une tendresse insolente, alors que sa main caresse avec insistance les cheveux blonds humides de la sueur. Il semble comprendre la hâte du médecin mais ses gestes à lui sont rassurants. De sa main droite il entoure la mâchoire et John se lève. Ses jambes le tirent, il n'a pas le temps de les étendre que déjà Sherlock presse une main au milieu de son torse.
« Va les chercher. »
John agite une fois la tête et recule encore de quelques pas avant de se retourner et de courir jusqu'aux marches. Il n'a pas froid, il n'a pas chaud non plus, ce n'est pas vraiment grave qu'il courre nu dans les parties communes parce que ce qui compte c'est le regard de Sherlock, les mains de Sherlock, ce que Sherlock lui donne en ce moment même. Il pousse la porte de sa chambre sans beaucoup de grâce, envahit la petite pièce de son souffle erratique et accoure jusqu'à la table de chevet qu'il ouvre, tiroirs après tiroirs, pour retrouver la boîte bleue, celle qu'il n'avait pas remit sur l'étagère du supermarché.
Il n'a jamais caché les capotes et s'il sait très bien que Sherlock les a cherchées partout dans l'appartement, il sait surtout que son colocataire n'est jamais venu jusqu'à sa chambre. C'est une espèce de règle silencieuse qui s'est installée entre eux depuis son emménagement, même s'ils n'en ont jamais parlé. Malgré tous les piratages de son ordinateur et les rendez-vous galants gâchés, ce respect de son intimité est probablement le plus beau cadeau que Sherlock lui ait jamais fait. John se demande s'il est actuellement en train de lui offrir à son tour le plus beau des présents
Du troisième tiroir il sort la boîte et se retourne prêt à redescendre, mais s'arrête quand il voit Sherlock debout dans l'embrasure de la porte. Il y a un silence alors qu'aucun des deux ne commente tout haut le souvenir de cette situation, lorsque Sherlock était monté jusqu'à cet étage et que John sentait encore le chlore et lui avait assuré avec une voix très confiante qu'il gérait. Mais les mensonges de John apparaissent au visage de son colocataire comme la plus pure des vérités.
Il se redresse et reste debout, nu au milieu de sa chambre. Il sait pourquoi son colocataire ne fait pas un pas en avant, il sait qu'il manque une chose que Sherlock attend depuis le premier jour. Et John n'a plus de raisons d'attendre non plus.
« Viens. », et cette fois, il ne murmure pas.
Il voit les épaules de Sherlock s'affaisser, comme à bout de force et alors qu'il est prêt à lui demander si tout va bien, il le voit poser un premier pied sur le parquet vieilli, puis un deuxième. Il n'en faut pas plus que quatre pour que Sherlock se trouve face à John, qu'il pose ses mains sur ses joues et ses lèvres sur les siennes, avant d'envahir sa bouche d'une langue qui n'a jamais été aussi géniale.
Dès le premier instant, dès le premier souffle qui meurt dans la gorge de John, il sent le baiser l'étouffer, tirer hors de lui toute cette envie gangrénante qu'il a tue des mois. La langue de Sherlock l'envahit, le fait sien et leurs gémissements s'entrechoquent et se mêlent, les rapprochent un peu plus alors que les bras de John s'accrochent aux épaules encore habillées. Ils se tiennent à s'en faire mal, parce qu'aucun des deux ne lâchera l'autre, pas alors qu'ils s'expriment enfin sans utiliser de mots.
Dans la moiteur du baiser, leurs langues se fondent l'une à l'autre et s'accrochent. Les doigts de Sherlock ancrés sur la mâchoire du médecin laisseront des traces pour sûr. Il les presse contre le creux de ses joues pour maintenir sa bouche ouverte, comme s'il avait peur que John rompe le baiser. Son cœur lâchera bientôt, c'est sûr vu les coups qu'il donne contre sa cage thoracique, mais l'idée que son dernier souffle soit poussé dans la bouche de Sherlock le réconforte plus qu'elle ne l'effraye.
Lorsqu'ils séparent leurs lèvres, c'est par réflexe que le médecin se penche à nouveau pour continuer le baiser mais les mains du détective l'attrapent par les épaules et le repoussent jusqu'à le mettre à genoux à nouveau. Sherlock attrape la boîte bleue posée sur le lit et la met dans les mains de son colocataire qui l'ouvre les gestes tremblants. John voudrait garder ses yeux sur la petite pochette en aluminium qu'il a du mal à ouvrir mais ne peut s'empêcher de regarder face à lui les doigts de Sherlock retirer sa ceinture, ouvrir les boutons de son pantalon avant de dévoiler un boxer d'un noir dense qui n'est pas suffisant pour cacher son érection. Ça ne dure pas plus d'une minute, Sherlock baisse le boxer inutile et libère son membre déjà bien assez dur pour que John se redresse un peu plus sur ses genoux, ses mains prêtent à lui mettre le préservatif.
Lorsqu'il pose ses doigts sur le membre tendu, il ressent cette espèce de boule au fond de son ventre qui avait déjà fait son apparition lorsque, au fond d'une tente perdue au milieu du Wales, John avait touché pour la première fois un homme. C'est une boule qui a la douleur de l'interdit, la couleur de la transgression et inévitablement, le parfum du désir. Une boule qui s'est créée dans ses entrailles à chaque fois qu'il a entendu son oncle appeler le libraire célibataire du coin le Pédé, à chaque fois que les voisins regardaient Harry avec une désapprobation palpable, à chaque fois que tous les livres et films qu'il a pu voir lui ont montré l'omniprésence du cadre hétérosexuel dans lequel John ne s'est jamais épanoui.
Il tait en un instant ses derniers ressentiments et déroule avec application le préservatif sur toute la longueur du membre face à son visage et lorsqu'il se rend compte qu'il ne passe plus sa main tout du long pour être sûr de l'avoir bien mis mais pour continuer à faire gémir Sherlock de la sorte, il se rend compte que la boule logée quelque part derrière son nombril a disparu.
« Attends. », appelle soudain Sherlock.
John relève le visage et regarde son colocataire déboutonner sa chemise d'une main, avant d'imposer entre les doigts du médecin la cravate qu'il vient de retirer.
« La lâcher revient à dire ton safeword, d'accord ? »
« D'accord. », accepte John dans un hochement de tête avant d'enrouler le tissu bleu entre les doigts de sa main droite.
Il s'approche encore un peu, pose ses mains sur les hanches de son colocataire, revient par automatisme dans la position que Sherlock lui a imposée au salon et attend de sentir la main du détective tenir sa nuque pour ouvrir la bouche et la poser autour du membre chaud. Ce n'est vraiment pas une sensation qu'il connait et les premières secondes sont longues, lourdes, comme le gland qui presse contre sa langue. Il prend son temps pour s'habituer à cette situation qu'il connait bien plus dans une autre configurationet garde ses yeux fermés. Avec application il étend sa langue autant que possible, sent le latex frotter son palais et sursaute lorsqu'il sent ses dents se mêler à l'équation. Ce n'est pas parfait, c'est le moins que l'on puisse dire, mais John n'arrêtera pas. Il lui faut quelques secondes pour s'habituer à la présence et pour oser enfoncer le membre plus loin encore dans sa bouche et lorsque la première plainte rauque de Sherlock retentit, il sent son cœur s'arrêter de battre pour de bon :
« Parfait, John, parfait. Ouvre ta bouche encore plus grand, fais ça pour moi. »
Bien sûr, il ne peut pas répondre, alors John tente d'hocher la tête mais il n'y arrive pas plus. Il ne perd pas de temps et obéit et alors que sa mâchoire s'ouvre encore et que Sherlock attrape de sa main libre la base de son membre pour s'enfoncer un peu plus, John réalise soudain qu'ils sont réellement en train de le faire. Ce n'est pas une expérience, ni un malentendu. Ils ne rentrent pas non plus bourrés d'une quelconque soirée. Ce n'est pas la seule découverte du corps de John pour le mettre en confiance. Ils couchent ensemble et il n'y pas d'unité de mesure assez élevée pour définir ce qu'ils ressentent en ce moment même.
Il fait une chaleur étouffante et le fait que la bouche du médecin soit prise ne l'aide pas à respirer comme il le voudrait. Il inspire par le nez, expire par la bouche lorsque Sherlock ressort assez et déglutit lorsqu'il le peut, mais tous les actes vitaux ne sont vraiment pas leur priorité maintenant. Le membre de Sherlock s'enfonce petit à petit et les hanches que John tient de ses doigts se mettent à bouger en rythme, incitées par les gémissements gutturaux qui arrivent à s'échapper de sa gorge.
« John. », grogne soudain Sherlock et sa voix est à peine reconnaissable alors le médecin ouvre les yeux et regarde pour la première fois le visage qui le surplombe.
C'est une évidence, bien sûr, Sherlock est magnifique, mais il n'a jamais été aussi beau. Ses lèvres à lui sont entrouvertes et laissent échapper une respiration obscène qui se mêle aux geignements confinés du plus vieux. Il y a quelques boucles improbables collées au front par la sueur et si ses yeux sont d'une sombreur rare, ses pommettes hautes sont d'un rouge vif. Il lâche la base de son membre, s'enfonce plus que jamais dans la bouche gémissante et plaque sa main sur celle de John pour vérifier qu'il la tient toujours la cravate et bien sûr que c'est le cas, même si le médecin a compris que son colocataire allait jouir.
Il ferme les yeux, les rouvre et puis ne bouge plus alors que la pression sur sa nuque se fait douloureuse, qu'il sent les coups de reins se faire plus secs et que Sherlock jouit dans une plainte rauque et longue. Le préservatif n'est pas suffisant pour l'empêcher de sentir la chaleur caresser sa langue, mais le contact est déjà interrompu alors que Sherlock se recule. John voudrait se caresser et jouir, maintenant, sans plus attendre mais il sait que Sherlock est en charge alors il ne bouge pas. Il le regarde retirer le préservatif en ne retenant pas le petit frisson qui parcourt son dos à le voir faire puis le laisse l'attraper par les épaules et le forcer à s'asseoir sur son propre lit.
Cette fois, c'est Sherlock qui se met à genoux et alors qu'il attrape une poignée de cheveux blonds, pour approcher son visage du sien sans douceur, sa deuxième main se pose sur le membre de John qu'il caresse rapidement.
« Tu es si bon pour moi, tu le sais ? Si bon, parfait, magnifique, regarde-toi, John. »
Mais bien sûr, il ne peut pas baisser ses yeux alors qu'il plonge dans l'eau trouble de ceux de Sherlock dans laquelle il se noie sans plus penser à respirer. Il n'a pas besoin de se regarder pour ressentir la dichotomie de leurs corps, le sien vieux et marqué et celui de Sherlock d'une beauté insolente. C'est peut-être parce qu'il a l'image absurde que le corps le plus âgé devrait être celui en charge qu'il trouve cette situation d'une indécence délicieuse.
La main de Sherlock lâche ses cheveux et se force face à sa bouche alors qu'il ordonne un « Mouille-le bien » qui fait frissonner John de tout son être. Il ouvre les lèvres pour sucer avec avidité l'index qui envahit sa bouche. Il sait très bien ce que son colocataire prépare alors qu'il a arrêté de caresser son membre pour lui faire écarter les genoux entre lesquels il se rapproche encore plus. Sherlock libère la bouche haletante sans prévenir et approche son doigt entre les jambes du médecin. Il repose sa main droite sur le membre qu'il encercle sans douceur et le caresse avec une dextérité si parfaite que John enfonce ses ongles dans ses paumes pour s'empêcher de jouir trop vite.
« Regarde-toi. », demande Sherlock et il y a une pointe de supplication dans sa voix qui fait que John ne pense même plus à cligner des yeux.
« Oui. », gémit-il alors qu'il sent le doigt de Sherlock presser, l'écarter, jusqu'à enfoncer une première phalange en lui.
Sherlock a beau être particulièrement lent, la douleur est bien réelle. John gémit la bouche fermée, hoche la tête sans s'en rendre compte, sans savoir pourquoi non plus, et alors que la pression dans son bas-ventre se fait brûlante, il lève sa main qu'il accroche aux boucles brunes. Sherlock bouge à peine son doigt, son autre main caresse son membre avec une rapidité affolante et John s'entend pousser d'abord un premier geignement rauque avant de se voir jouir longuement dans la main de son colocataire.
Ça dure des secondes si précieuses que John les adore de tout son être et son corps est plus léger que jamais, même si ses yeux commencent à voir flou et que ses jambes sont tendues à l'extrême. Il y a cette chaleur dans son ventre et dans ses cuisses qui le fait gémir encore tout bas, alors qu'il se laisse retomber en arrière sur son lit, le corps déjà écrasé par celui de Sherlock qui le surplombe, dans sa main la cravate qu'il n'a jamais lâchée. Ils s'accrochent l'un à l'autre et même si Sherlock le griffe à force de serrer la peau de son dos entre ses doigts, John ne bougera pas, parce qu'il y a cette question qui le hante et qui l'obsède, depuis des mois maintenant. Alors il demande de sa voix cassée :
« Est-ce que tu penses à ce qu'il s'est passé à la piscine, parfois ? »
« Tous les jours. »
John inspire et Sherlock expire, alors que leur étreinte se resserre. Aimer Sherlock a toujours été la plus belle forme d'autodestruction et quand il ne reste plus rien de cette vie chimérique dans laquelle on s'est mentit pendant des années, il ne reste qu'une seule chose à faire.
Reconstruire.
