Note : Hello tout le monde ! Je ne peux que vous remercier pour vos derniers messages, follows et fav', qui m'inspirent autant qu'ils me motivent. J'aimerai aussi remercier tout particulièrement Asphodele et Gargouilles, pour leur soutien absolument indescriptible et tellement précieux. Gros clin d'œil également à Electre1964 pour ses petits détails de vie de musicien qui m'ont inspirés pour ce chapitre (ma manière de te remercier pour tes reviews aussi précises qu'une horloge Suisse). Et non, je n'ai pas fini avec mes remerciements (c'est mon côté Michel Drucker) car bien sûr, je ne peux pas publier un chapitre sans remercier ma bêta Carbo Queen, pour son travail incroyable, son soutien et son humour malgré mes fautes parfaitement honteuses et son emploi du temps sur-chargé. L'enquête touchant presque à sa fin, vous trouverez dans ce chapitre les derniers indices... Alors n'hésitez pas à m'envoyer un MP si vous pensez avoir trouvé le coupable :3 En attendant, je vous souhaite une bonne lecture.


Ça ne change pas grand chose, mais au moment où Sherlock et lui croisent une femme d'une cinquantaine d'années dans la cage d'escaliers, John a le réflexe de lui sourire en lui souhaitant une bonne journée. Elle n'aurait probablement jamais remarqué leur existence, mais lorsqu'ils s'apprêtent à rentrer chez un mort, John a toujours un regain de politesse absurde. Ils arrivent sur le palier qu'ils ont foulé pour la première fois il y a des mois et lorsque Sherlock sort de la poche de son manteau son matériel pour forcer la serrure, John demande :

« Lestrade sait qu'on doit encore fouiller l'appartement de Sherrer, pas vrai ? »

« Oui bien sûr, je l'ai appelé pour le prévenir. »

« On l'attend du coup ou... »

« Pas la peine, j'ai ce qu'il faut. »

Et à peine finit-il sa phrase que le cloc traditionnel de la clenche qui s'ouvre parce qu'on l'a forcée résonne. Sherlock sourit - fier, bien sûr, il ne loupe jamais une occasion de l'être - et tend son bras pour inviter John à entrer le premier.

L'appartement est toujours habité par Marina Jones et Bill Hendrik, mais il ne ressemble à rien de ce qu'ils ont connu. Le salon n'a pas dû voir un aspirateur passé depuis que le prince George était encore fils unique et sur la table basse il y a des assiettes sales qui rappellent à John l'état de leur propre salon.

« Ça te semble familier ? », demande-t-il en souriant à son colocataire par-dessus son épaule.

Sherlock lui rend son sourire en se dirigeant vers la cuisine dont il ressort tout aussi sec.

« La cuisine est dans le même état. »

Il lève deux doigts de sa main gauche pour faire signe à John de le suivre et alors qu'ils empruntent le couloir de droite, le docteur se rappelle qu'au bout se trouve la seule pièce qui présente un intérêt : la chambre de feu Philipp Sherrer.

« Ils n'ont quand même pas gardé sa chambre telle quelle ? »

« Non, bien sûr, ils la louent de manière ponctuelle. Rappelle-toi ce que ses colocataires nous avaient dit, il avait la plus grande chambre après tout. »

Sherlock presse sa main sur la clenche et c'est comme il y a des mois, sauf que les draps ont changés de couleur, les photos de Sherrer sur scène ont été remplacées par des photos de vacances et les partitions griffonnées par des magazines de décoration. Le détective ne semble même pas regarder ces nouveaux éléments et envahit la pièce en se dirigeant directement vers les placards du fond. Il ouvre le premier et John accélère le pas pour venir regarder par-dessus son épaule ce qu'il y trouve, mais ce n'est ni plus ni moins qu'un enchevêtrement de vêtements et de chaussures. Sherlock le referme, fait quelques pas et ouvre le deuxième où ils découvrent la boîte à fusibles, un aspirateur qui a pris la poussière et des cartons sur lesquels a été inscrit au feutre noir « PHILIPP ». Sherlock sourit (et John peut le voir même d'où il est placé) et retire son manteau qu'il lance derrière lui sur le lit avant de se pencher pour sortir les cartons, aidé par le médecin. Ils râlent un peu parce que les cartons sont lourds et la moquette épaisse ne permet pas de les faire glisser et comme John est de toute façon plus musclé, c'est lui qui finit par les porter jusqu'au pied du lit que Sherlock pointe du doigt.

« Il avait beaucoup plus de choses quand on été venu la première fois... », constate John en regardant d'un œil mauvais les trois seules boîtes.

« Ses colocataires ont dû jeter ce qu'il y avait de moins important. »

« Tu fais confiance à des gens, toi, maintenant ? »

« Lors d'une tragédie, l'affection peut faire des miracles. », sourit Sherlock déjà à genoux près des cartons qu'il ouvre sans ménagement.

John retire sa veste qu'il pose sur la chaise du petit bureau et s'assoit à son tour sur la moquette beige avant d'en ouvrir un deuxième. Sans surprise, c'est sur des partitions qu'ils tombent et d'un coup d'œil à son colocataire, John comprend qu'ils doivent en lire chaque notation, alors il plisse ses yeux et rapproche le papier de son nez trapu. Il aimerait demander à Sherlock ce qu'ils sont censés chercher mais comme il n'est pas sûr que Sherlock ait de réponse à ça, il préfère se taire et s'abreuve du nombre de Plus Expressif, Respiration, Acheter du dentifrice qu'il survole.

Ils passent un temps infini à sortir des partitions sur papiers volants ou des carnets dont peu de morceaux ne sont pas annotés. Ils ont un sourire à chaque fois qu'ils lisent le nom de Liszt, qui est définitivement récurrent, et repensent à Benjamin. John espère que Sherlock le remerciera pour son aide. Dans le doute, il le remerciera lui-même.

Ils trouvent ensuite une pochette plastique où ont été glissées les photos du musicien : quelques représentations théâtrales, certaines prises dans ce même appartement à l'occasion de ce qu'il semble être un anniversaire ou un Noël. Sur les clichés, Sherrer détonne par ses costumes impeccables et ses cheveux gris si délicatement brossés en arrière, alors que le reste des invités et de ses colocataires semble plus à l'aise dans leurs jeans et baskets. John sourit en remarquant que la différence d'âge est flagrante sur ces clichés alors qu'il n'y avait pas pensé avant. À 37 ans, Sherrer aurait pu être déjà marié, avoir un enfant en route aussi pourquoi pas, mais la vie à Londres est tellement décalée que c'est avec des colocataires de dix ans ses cadets qu'il a passé ses dernières années. Et ça ne serait pas triste si John ne réalisait pas à l'instant même qu'il a le même âge que Philipp. Il ne cligne pas des yeux et glisse le dernier cliché inspecté dans la pochette jaune.

« Qu'est-ce qu'il y a ? », demande le détective.

« Rien, les photos ne peuvent rien nous apprendre... »

« Je ne parle pas de Sherrer, mais de toi. »

En refermant la pochette, le docteur fait claquer l'élastique peut-être un peu plus fort que voulu. Il relève la tête et regarde Sherlock, assis en tailleurs contre le lit, une série de partitions de la Danse Macabre de Saint-Saëns dans la main qu'il ne regarde plus, puisque son regard cristallin est fixé sur son colocataire. Ça arrive toujours comme une petite claque derrière la nuque, même si c'est évident et que tout le monde dans la capitale le sait, mais qu'est-ce Sherlock est beau avec ses yeux en amande qui insultent autant qu'ils caressent, sa peau laiteuse et les boucles brunes qui contrastent sur le haut de son crâne. Sherlock Holmes a dû être créé pour rendre le monde complètement fou et ce n'est pas John qui dira le contraire, pas lorsque sa seule envie est d'attraper le détective et de l'entraîner avec lui dans ce lit contre lequel ils sont appuyés - mais bien sûr, ça ne se fait pas de coucher avec quelqu'un entre des draps qui ne sont pas les siens.

« C'est juste que... »

« Tu réfléchis. »

« Ouais, voilà, je réfléchis et je... »

« Et tu te demandes ce qui nous attend. »

« Sherlock, si c'est pour m'interrompre tout le temps, ne me pose pas de questions ! »

« Je t'aide à aller plus vite ! », s'indigne le détective en ouvrant grand la bouche.

« Non, ça ne m'aide pas, ça me stresse ! »

« Moi je te stresse ? Oh c'est la chose la plus idiote que tu aies sortie cette semaine. Allez, John, dis-moi à quoi tu penses, qu'on passe à la suite. Et dis-le moi maintenant, il nous reste un carton à ouvrir. Dis-moi. Dis-moi. Dis-moi. », presse Sherlock en fixant de ses yeux ceux du docteur qui se lèvent au ciel. »

« Oh pour l'amour de Dieu, d'accord. C'est juste que ça va se savoir que toi et moi... »

« On couche ensemble. »

« Oui, voilà, disons ça comme ça. Et que vont dire les gens ? 'Sherlock Holmes et John Watson ensemble' ? C'est tout bonnement aberrant ».

« Mais quels gens ? »

Le médecin ouvre les lèvres, prêt à répliquer, mais rien n'en sort alors il fronce malgré lui les sourcils et Sherlock reprend :

« Oh, tu penses encore que ton blog attire les foules ? Mets-toi ça dans le crâne une bonne fois pour toutes : tout le monde se fout de la vie sexuelle de Sherlock Holmes et de John Watson. Maintenant arrête avec les photos de Sherrer qui ne nous servent à rien et aide moi à vider le dernier carton. », impose Sherlock en repoussant sur le côté celui qu'il a fini de vider.

Les lèvres de John s'ouvrent et se referment encore deux fois avant qu'il ne comprenne qu'il n'arrivera rien à répondre. Il se met sur les genoux, évite la centaine de papiers qui les entoure et aide Sherlock à tirer jusqu'à eux le dernier carton fermé par un scotch qu'il peine à retirer. À l'intérieur il y a un costume d'un gris sombre incrusté de petites perles scintillantes que John a vu porté sur des clichés d'une représentation où le comédien amateur jouait Hamlet. Il le retire avec délicatesse, l'inspecte sommairement et le pose sur le lit, tandis que Sherlock sort une boîte à chaussure remplie de nouvelles photos et de lettres qu'il se met à lire. John soupire avant de murmurer :

« Je déteste ce genre de moments. »

Sherlock relève la tête et le médecin poursuit :

« Les lettres, c'est ce qu'il y a de plus triste. Si les gens les gardent c'est qu'elles leur sont... précieuses, ou je sais pas. Tu vois ce que je veux dire ? », demande John en fronçant les sourcils même s'il est persuadé qu'il est en train de se ridiculiser face à son ami.

« Rendons la chose plus agréable, alors. », propose le détective d'une voix légèrement plus basse.

Sherlock s'approche jusqu'à pousser lentement John par les épaules qui s'allonge sur le dos sans un mot et lorsque son colocataire s'assoit à califourchon sur son bassin, il ne retient pas le petit grognement qui s'échappe de ses dents serrées.

« Sh... Sherlock. »

« Lis ça. », impose le détective en lui mettant dans les mains une des lettre.

L'écriture est délicate, le papier léger et à ainsi le tenir en hauteur dans un rayon de lumière, la transparence rend la lecture difficile car les mots inscrits derrière se superposent à ceux que John tente de déchiffrer. La lettre est datée d'il y a sept ans et s'il s'apprête à demander à son colocataire s'il est vraiment obligé de lire ce qu'il considère comme un objet intime, il s'arrête en sentant les mains de Sherlock déboutonner les premiers boutons de sa chemise.

« Qu'est-ce que tu fais ?! », murmure le médecin en redressant la tête pour observer son colocataire par-dessus le bout de papier.

« Je t'ai dit de lire. », répète Sherlock en pressant son index au milieu du front du plus vieux pour l'obliger à reposer sa tête sur la moquette.

« Sherlock, pas ici... »

« Lis. », et cette fois, c'est un ordre.

John a un rire outré (si le souffle rauque qui s'échappe de sa gorge peut être considéré comme un rire) avant de remettre la lettre au-dessus de son visage. Il ignore comme il peut la sensation d'avoir sa chemise grande ouverte et des mains du détective qui glissent sur sa peau tendue comme s'il caressait de la porcelaine qu'il devrait chérir de peur de la casser. Il inspire, tend l'oreille pour tenter de percevoir rien qu'à la respiration de Sherlock son ressenti (puisqu'il ne voit pas son visage caché derrière la lettre), mais sans surprise n'entend rien alors il lit tout haut :

« Cher Philipp. Tout d'abord, pardonne-moi de ne pas t'avoir répondu plus tôt. J'ai eu un mal fou à retrouver ton adresse dans mon nouveau bordel. Quand est-ce que tu viens à Ripon ? Il faut que t'en parles avec Marlene, vous pouvez faire le trajet à deux avec sa nouvelle voiture. J'ai reçu les papiers du divorce ce matin et tout est en règle. Je récupère la maison de Brighton, alors tu sais où on passera nos vacances cet ét... Sherl... »

John s'arrête, les mains serrées autour de la lettre alors que celles de son colocataire se sont refermées autour de ses pectoraux et que ses dents mordillent la peau gonflée. Le docteur a le réflexe de vouloir bouger son bassin mais la force qu'exerce celui qui le domine est assez pour lui faire comprendre qu'il n'est pas censé faire le moindre geste.

« Qu'est-ce que tu... »

« Continue de lire. », demande simplement Sherlock la voix basse et brûlante au-dessus de son sternum.

« ... Alors tu sais où on passera nos vacances cet été. J'ai acheté le CD d'Isreal Yinon dont tu m'as parlé, c'est magnifique, j'espère que tu auras la chance un jour de jouer avec lui. J'ai voulu t'envoyer le livre dont je te parlais mais les frais sont hallucinants alors je te le donnerai quand on se verra... Ici il f... fait beau... J'espère que ta tournée se passe bien. »

John déglutit, ses yeux se ferment par réflexe et ses jambes se tendent lorsque les mains de Sherlock se resserrent sur sa peau qu'il malaxe et qu'il mord avec un plaisir évident. John n'est pas bien sûr de savoir comment il est censé lire cette lettre qui n'a absolument aucun intérêt alors qu'il sent contre lui le membre de Sherlock durcir à travers le tissu de son costume. Et puis, si ça ne se fait pas de coucher dans le lit d'un inconnu, peut-être que de baiser avec son colocataire sur la moquette est tout à fait acceptable ? John prie pour que ce soit le cas.

« Envoie moi des coupures presse si on parle de tes concerts dans le journal (j'ai fait le deuil qu'on parle de toi comme comédien, ahah !). Je t'embrasse... On se donne des nouvelles dès que possible. Bordel Sherlock, à quoi est-ce que ça nous sert de savoir ça ? », gémit le plus vieux en retirant la lettre d'entre leurs visages et voir la bouche de son colocataire dévorer son téton gauche ne fait que le durcir un peu plus.

Sherlock attrape le papier d'une main pour le balancer à travers la pièce et plaque ses doigts dans le bas du dos du médecin. Il serre sans douceur, presse son bassin au sien et les deux hommes gémissent.

« Juste à te prouver que toutes les lettres ne sont pas tristes. »

« C'est sûr, quand tu te frottes à moi comme ça... »

« C'est parce qu'il y a vraiment peu de problèmes qu'un orgasme ne peut pas résoudre. »

John secoue malgré lui la tête, ses dents pétrissant sa lèvre inférieure et non, non, non ils ne doivent pas faire ça ici, pas dans la chambre d'un mort sur lequel ils enquêtent (et échouent, accessoirement) depuis des mois, pas parmi les photos d'une vie qui s'est arrêtée devant des centaines de témoins, pas au milieu des lettres débiles et des costumes ridicules, John en est sûr, absolument sûr, définitivement sûr. Mais son colocataire a glissé sa main sous son jean pour pétrir sa fesse alors, merde.

« Sherlock... », finit-il par gémir en enroulant ses bras au cou du détective qui s'allonge sur lui.

Sherlock l'étouffe, le presse de toute sa magnifique présence. Il sent contre sa cuisse le membre tendu que sa bouche a déjà envie d'englober de toute sa chaleur humide. Son ami a pressé sa main libre sur le sommet du crâne blond qu'il encercle sans ménagement, s'aidant de ses jambes pour se frotter contre le corps qu'il opprime.

« Toutes les lettres sont du même gabarit. Pas d'amours déçus, pas d'enfants cachés... », gémit-il en mordant le cou offert.

« Si tu le dis... », répond John qui tente de déboutonner la chemise qui empêche leurs corps de se retrouver.

« La dernière lettre reçue date d'avant son emménagement ici. Rien qui puisse nous aider dans cette affaire. »

« Okay, super », halète John qui n'en a vraiment plus rien à faire de cette histoire de musicien assassiné alors que contre les poils blonds de son torse se frotte la peau laiteuse qu'il a libérée.

« John ? »

« Quoi ? »

« Je suis conscient que tu as beaucoup de respect pour ce genre d'endroit mais : j'ai très envie de toi. »

« Je sais, je sais, Sherlock. Ne t'arrête pas, ne t'arrête pas, s'il te plait... », murmure-t-il en attrapant d'une main le visage de Sherlock qu'il approche du sien avant de prendre ses lèvres.

Il l'embrasse à peine d'abord, parce que c'est bien la première fois qu'il impose une décision dans leur relation et il sait que ce n'est pas dans l'ordre des choses. Leurs yeux ouverts, si proches qu'ils sont, louchent à regarder l'autre. Et Sherlock ne les fait plus languir alors qu'il attrape une poignée de cheveux blonds qu'il tire en arrière avant de prendre sa bouche haletante de sa langue. Sous leurs corps, les partitions se chiffonnent et lorsque leurs bassins se frottent l'un à l'autre et que les pieds de John prennent appui contre la moquette, c'est le grincement des clichés froissés qu'ils n'entendent même pas. John est bien trop concentré à écouter les gémissements obscènes que Sherlock pousse dans sa bouche, à s'abreuver de son air et Sherlock est trop occupé à faire tout ce qu'il faut pour que John lâche prise, encore et encore.

Ils séparent leurs bouches et d'un commun accord silencieux pressent leurs mains sur le pantalon de l'autre pour l'en lui débarrasser et dans le soudain silence de la pièce, c'est un bruit léger comme l'air qui résonne un peu plus loin. Sherlock relève la tête et ils se regardent sans plus oser bouger.

« Qu'est-ce q... », mais John ne peut pas finir sa phrase que déjà la main de Sherlock couvre sa bouche. De celle libre, il presse un doigt contre ses propres lèvres pour lui faire signe de ne pas faire de bruit.

C'est déjà gênant d'être trouvé nu dans un lit avec le frère de celui qui s'incruste chez vous mais c'est encore pire d'être trouvé par un inconnu dans sa chambre dans laquelle on s'apprête à jouir sans aucune retenue. John lève les yeux au ciel et heureusement que Sherlock presse sa main sur sa bouche parce qu'il n'aurait pas retenu un C'est une putain de blague ? de s'en échapper. Il s'apprête à se lever, dès que Sherlock aura l'amabilité de se pousser, mais le détective ne bouge toujours pas, les yeux dans le vide, concentré sur les bruits qui viennent du bout du couloir.

Cloc.

Et c'est le bruit d'une serrure qu'on a forcée qui les fait se tendre tous les deux. Sherlock se lève avec une rapidité féline et attrape dans la poche de son manteau l'arme de John avant que le médecin n'ait le temps d'au moins se redresser sur ses coudes. Il y a quelque chose de détestable à voir Sherlock avec une arme et ça le rend nauséeux ; c'est parce que la dernière fois que ça a été le cas, ça puait le chlore et il y avait un point rouge qui glissait comme un serpent sur la chemise du détective.

John se colle contre le mur derrière son colocataire qui tend sa tête par l'embrasure de la porte. Il a à son tour posé sa main sur sa propre bouche pour s'empêcher de faire le moindre bruit et c'est fou comme des réflexes appris en Afghanistan peuvent se manifester jusque dans cet appartement du centre de Londres.

Il y a des pas maintenant, lourds et si lents. Les pas ne ralentissent même pas devant la cuisine ou le salon ; l'intrus sait qu'ils sont dans la chambre. John a le réflexe de refermer son index contre sa paume et lorsqu'il se rend compte qu'encore une fois leurs vies à tous les deux se résument à la première phalange du détective, c'est une simple prière qui lui traverse l'esprit.

Et la porte s'ouvre et Sherlock jaillit, happé par une forme qui l'attire dans le couloir. John bondit à sa suite, entend, avant de voir, son flingue tomber sur le parquet vitrifié et se fige sur place en voyant son colocataire plaqué contre le mur, tenu à la gorge par un avant-bras musclé :

« Gregory ? »

« Putain mais qu'est-ce que vous faites là ? », gueule le DI, les yeux révulsés à en faire peur.

« On était venus voir les affaires de... »

« J'ai dit : qu'est-ce que vous faites là ?! », s'écrire à nouveau le DI à unique destination de Sherlock.

Il ne relâche pas son avant-bras et si Sherlock tente encore de s'échapper de son emprise, John commence à voir son visage se colorer d'un rouge inquiétant.

« Il fallait que je vois les dernières affaires de Sherrer ! », répond enfin le détective qui se débat comme il peut.

« Sherlock t'a prévenu ce matin qu'on venait ! »

« Il m'a prévenu mais je ne l'ai pas autorisé ! Putain Sherlock, une voisine vous a vu forcer la serrure et nous a appelé, si je n'avais pas intercepté l'appel vous auriez été arrêtés comme deux cons et je ne peux plus vous couvrir, tu le sais ! C'est fini Sherlock, l'enquête a trop traîné, je ne suis plus dessus et tu sais ce que ça veut dire : tu n'y es plus non plus ! Putain et dire que je risque mon job pour un petit con comme toi ! »

« Greg... », répète John cette fois plus sérieusement, puisque Sherlock ne semble même pas avoir la force de parler et que ses paupières se secouent rapidement.

« Des mois, ça fait des mois que tu cours après un tueur qui était dans la même pièce que toi ! Qu'est-ce que tu fais Sherlock, bordel, pourquoi tu n'y arrives pas ? », continue-t-il à hurler en secouant le détective dont il écrase un peu plus la gorge sans entendre les suppliques du médecin.

« Gregory, lâche-le ! », appelle John, en lui attrapant cette fois l'épaule pour tenter de le reculer.

« S... Sibelius... », arrive à suffoquer Sherlock et ça a l'effet d'une claque sur Lestrade qui semble enfin réaliser son geste avant de lâcher le détective qui manque de s'écrouler.

« Désolé... », soupire-t-il en se reculant de quelques pas.

John s'approche de son ami dont il inspecte la gorge, même si Sherlock lui fait signe que ça va et reste entre les deux hommes de peur qu'ils ne se sautent à nouveau dessus. L'ambiance est lourde, ils se jugent de leurs yeux révulsés et pincent leurs lèvres pour se retenir de déverser toute la rage que l'autre leur inspire.

« Greg, c'est vrai ? T'as été retiré de l'enquête ? », demande calmement John en passant une main sur son front en sueur.

« À la fin du mois ouais... L'enquête va passer dans les mains de la Direction Nationale de Police Criminelle. On a été trop lent, avec la presse qui s'en est mêlé, ça devient politique cette histoire... »

« Je ne comprends pas pourquoi... », commence John mais il est arrêté bien vite par les aboiements de Lestrade qui l'interrompent :

« Pourquoi je pète un câble ? John, tu sais depuis combien de temps je le protège ? Des siècles ! Et le jour où il y a un meurtre face à lui, il met des mois à trouver le meurtrier ! Ça aurait pu passer auprès de mes supérieurs si cet imbécile n'avait pas décidé de faire chier la terre entière en passant ! Tu sais, Sherlock, que Doris Cox a porté plainte pour effraction le mois dernier et que ça fait des semaines que je te couvre ? Et tu crois franchement que je ne sais pas que c'est toi qui as falsifié la demande du procureur pour faire sortir Steele de garde à vue ? Et j'aurais pu passer l'éponge - vraiment, ça m'aurait fait chier au-delà de ce que tu peux imaginer, mais je l'aurais fait - si t'avais un mobile, une preuve, un témoignage, n'importe quoi, mais rien ! Tout ça va trop loin, Sherlock, il faut que ça s'arrête. »

John se retourne pour regarder son colocataire, prêt à lui en demander plus sur cette histoire de Steele qu'il a apparemment réussi à faire libérer, mais le détective a levé une main pour s'expliquer, la voix néanmoins un peu rauque :

« Je sais, Gregory. Il ne me reste de toute façon que trois jours pour régler cette enquête. »

« Ordre de la Reine ? »

« Tu sais bien que oui. », peste Sherlock en levant les yeux au ciel.

Il y a quelques secondes de flottement, où John les regarde à tour de rôle, pas sûr qu'ils parlent de la même personne et lorsqu'il croise le sourire discret de Sherlock, il explose de rire, très vite suivi par ses deux amis. Ils ont besoin de relâcher la pression alors ils ne font rien pour se retenir et lorsque Sherlock décide qu'il est temps d'y aller, il retourne dans la chambre récupérer son manteau. John se met à ranger les affaires du défunt et lorsqu'il sent Lestrade entrer à son tour, il se dit que ce n'était peut-être pas la meilleure des idées.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ici, c'est quoi ce bordel ? »

John relève le visage et c'est à genoux parmi les feuilles chiffonnées qu'il réalise que sa chemise est toujours ouverte et qu'il porte sur sa peau les marques des ongles de Sherlock qui l'ont doucement torturé. Il ouvre la bouche, ne dit rien (bien sûr, surtout ne pas parler), et tourne la tête vers Sherlock qui ne semble pas plus à l'aise que lui. Les yeux du flic s'ouvrent lentement et en très grand avant qu'il ne lève ses deux index pour retenir l'attention de tout le monde.

« ... C'est une blague ? Vous... toi ? Et toi ? », grogne-t-il presque en les pointant tour à tour du doigt.

« Lestrade - concentration - nous sommes là pour parler de Sherrer et il serait très impoli de parler d'autre chose dans cette chambre endeuillée. »

« Mais par contre c'est tout à fait poli d'y baiser ? », s'écrie le DI, parfaitement choqué.

« Non ! Non, nous n'avons pas... rien fait, nous n'avons rien fait. », corrige John en se levant, les mains déjà affairées à boutonner sa chemise.

« Bon, rangez-moi ce merdier et on se casse. Et Sherlock... », Lestrade ne finit pas sa phrase mais John a levé les yeux à temps pour le voir fixer de son regard brun celui de Sherlock qui a répondu par un hochement de tête.

Le médecin ne dit rien, se concentre sur les affaires qu'il range aussi rapidement que possible, et une fois les cartons replacés à l'endroit où ils les ont trouvés, il enfile sa veste et suit les deux hommes qui s'enfuient de l'appartement qu'ils prennent soin de refermer.

« J'espère au moins que vous avez trouvé quelque chose. », grommelle Lestrade en descendant les marches à une rapidité affolante.

« Non. », répond très honnêtement le détective et c'est officiellement la journée la plus pourrie de leurs vies.

« Qu'est-ce que tu veux faire maintenant, Sherlock ? »

« La dernière chose qu'il nous reste à faire : une reconstitution. »