Note : Hello à toutes et à tous ! Et voilà le chapitre 22 qui arrive un peu tardivement, car j'ai été occupée avec A Fire Inside, un OS univers alternatif Western/Sherlock, réalisé pour le challenge du mois de juillet du CollectifNONAME. Avec plusieurs personnes de ce site nous avons mis en place ce collectif afin de favoriser l'échange entre auteur(e)s et lectrices/lecteurs, de stimuler l'inspiration pour celles et ceux qui en ont besoin et bien d'autres choses encore dans le but de faire vivre ces passions que sont la lecture et l'écriture. Si vous avez des questions ou envie d'en faire partie, n'hésitez pas à regarder le profil FF du CollectifNONAME (dans mes auteurs favoris) ou à m'envoyer un MP :) !

Note bis : Plus que cinq chapitres avant la fin de Si Brave et Si Tranquille. Voilà, voilà.

Bêta : Parce que je ne l'ai pas mentionnée ces deux derniers chapitres mais que bien sûr je ne pourrais pas publier sans elle, parce que je kose afreusemen mal la France, mais je remercie, du plus profond de mon cœur Carbo Queen, pour son temps, son énergie, son soutien. Je sais qu'il y a beaucoup de personnes qui ne font que lire les fanfictions, sans commenter, sans rentrer en contact avec les auteurs, alors que c'est un tel plaisir de parler avec les gens qu'on trouve sur ce site. Si je ne m'étais jamais inscrite pour reviewer les histoires de Glasgow, jamais je n'aurais commencé à écrire. Si je n'avais pas reçu un jour une review de Kathleen Holson, jamais je n'aurais rencontré en vrai cette fille qui est devenue ma meilleure amie, ma sœur de cœur. Si Clélia Kerlais n'était pas l'incroyable revieweuse que nous connaissons, jamais je n'aurais pu connaitre cette fille géniale. Si Maya Holmes n'avait pas posté un jour une review sur cette même fic, à qui aurais-je parlé, tous ces soirs de solitude, d'Hartwin ? Sans les reviews de Lyra64, de Gargouilles et d'AsphodeleSauvage, comment aurais-je trouvé la force de continuer à écrire lorsque les reviews se sont faites rares ? Et bien sûr, il y a tellement d'autres personnes que je devrais remercier, citer, embrasser virtuellement... dans un autre chapitre, car cette note devient longue ;)

Alors, pour vous toutes et tous qui ne faites que passer sur les écrits sans vous arrêter, je vous invite à nous rencontrer, à l'aide d'une review, d'un message privé. Car si nous avons quelque chose en commun (et si, dans le cas présent, vous en êtes arrivés à la lecture de ce 22e chapitre, je crois que nous avons des choses en commun ;)), échangeons, parlons-nous. Qui sait, on peut faire de très, très belles rencontres :)


John passe sa main droite sur son front humide et sur ses yeux qu'il masse fermement pour se réveiller. Avec la chaleur, l'attelle qu'on a passée à son bras gauche est plus étouffante encore. Les médicaments aident à supporter la douleur de son épaule brisée, mais le laissent nauséeux et les vertiges l'épuisent. Au moins il est conscient, ce qu'il n'était pas vraiment en arrivant à l'hôpital hier.

Il n'a que des flashs mais il se voit transporté dans une ambulance. Il se rappelle qu'on lui a demandé son nom et qu'il leur a répondu Marie Stopes, parce que c'est là où il comptait aller et s'est évanoui avant d'avoir pu se corriger. Il s'est réveillé pendant la nuit, avec une putain de douleur dans le cou et une sérieuse envie de laisser sortir ce qu'il avait sur le cœur. Il a écrasé son pouce sur la petite télécommande qu'on avait posé sur son lit et quand l'infirmière est arrivée, il a compris finalement que ce n'était pas son cœur qui était lourd mais son estomac, lorsqu'il a vomi dans la bassine qu'elle lui a tendue. C'est comme ça qu'il a réalisé qu'il s'était fait opérer - putain d'anesthésie. Il aurait aimé leur donner son nom, mais ses yeux s'étaient une nouvelle fois fermés avant que ses lèvres ne s'ouvrent.

Il se sent lentement reprendre conscience et même s'il a demandé trois fois à ce qu'on prévienne son colocataire, il est toujours seul dans sa chambre et la patience n'est vraiment pas une de ses qualités premières. Les yeux rivés sur l'horloge qui indique 14h37 il bugge. Sherlock doit être mort d'inquiétude.

« Putain, t'es là... »

John tourne la tête et voit entrer Lestrade, le front tout aussi luisant que le sien, le souffle court, sa veste de costume à la main.

« Comment tu m'as trouvé ? »

« Sherlock m'a appelé dans la nuit pour me dire que tu n'étais pas rentré. On a appelé tous les hôpitaux de la région. »

Le flic claque la porte derrière lui et tire une chaise en plastique pour prendre place à côté du médecin qu'il inspecte de ses yeux inquiets.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Je me suis fait tirer dessus. », répond-il avec une évidence exagérée, comme si ça arrivait tous les quatre matins - mais c'est quasiment ça, alors, pour l'ironie, on repassera.

« On m'a dit qu'on t'a trouvé dans un terrain vague à Wembley ? Qu'est-ce que tu faisais là-bas ? »

« Je rencontrais Mycroft Holmes qui m'a menacé avant de me faire tirer dessus. »

« Pourquoi est-ce qu'il t'a menacé ? »

« ... On peut en parler plus tard ? »

« Ouais, je te ramène à Baker Street. »

« Je peux sortir de l'hôpital ? »

« Sherlock m'a fait jurer de te ramener le plus vite possible. L'hôpital est pas assez sécurisé, du coup une infirmière viendra s'occuper de toi à Baker Street. T'es chanceux hein ? », sourit le DI pour détendre l'atmosphère et tapote la jambe de son ami avant de sortir de la chambre.

Deux infirmiers viennent aider John à s'habiller - même s'il refuse d'un signe de la main - puis il récupère dans un sac en plastique le reste de ses affaires. Il rejoint ensuite Lestrade dans le couloir et tous deux marchent sans un mot jusqu'au parking.

« T'as pas trop mal ? », demande le plus vieux en ouvrant la portière avant-gauche de sa voiture.

« Autant que quand je me suis fait tirer dessus en Afghanistan. J'aurais des cicatrices symétriques, au moins. »

« Quel enculé ce Mycroft. »

John n'a pas besoin d'hocher la tête ; c'est une évidence.

« Si tu veux vomir, tu me préviens que j'ai le temps de me garer, hein ? », s'inquiète Lestrade en lui lançant des regards en biais alors que la Vauxhall Astra se met à rouler.

« Non, ça va. C'est juste... », commence-t-il en secouant la tête, incapable de trouver un mot qui puisse expliquer cette putain de situation.

« La merde. »

« Voilà. En début de semaine je suspectais encore Angie Walsh d'avoir buté Sherrer et tout tournait autour de ces sept suspects. Aujourd'hui on parle de Moriarty - que personne ne peut localiser sur une carte, putain, génial -, Sherrer est soudain le salaud qui nous a fait enquêter pour rien pendant des mois et Mycroft tente de me faire buter. »

« Je ne pense pas qu'il ait tenté de te tuer. Enfin, tu l'as dit toi-même, t'as été touché à l'épaule, au même endroit que... »

« Ouais, je sais, façon de parler. », se renferme John en tentant de croiser les bras contre son torse et grimace lorsqu'il bouge rien que d'un centimètre celui immobilisé par l'attelle.

Lestrade grimace par compassion et n'ose plus dire un mot jusqu'à ce qu'ils atteignent Baker Street. Il laisse John descendre et va tenter de trouver une place où se garer. Il l'a briefé juste avant qu'il ne sorte : l'attaque est gardée secrète pour ne pas faire flipper Mrs. Hudson et leurs proches, et John ne va pas s'en plaindre.

Elle l'attend d'ailleurs sur le perron : l'accueil à bras ouverts, le serre contre elle en prenant garde à sa blessure et lui colle deux baisers chaleureux sur les joues avant de l'accompagner jusqu'au salon du premier étage. Elle peste non-stop sur les chauffards, puisque Lestrade lui a dit que John s'était fait renverser et s'étonne qu'il ne soit pas resté plus longtemps à l'hôpital mais il l'écoute à peine et demande en regardant les deux fauteuils vides, près de la cheminée :

« Où est Sherlock ? »

« Chez son frère. Il m'a dit qu'il allait lui rendre une petite visite surprise, n'est-ce pas adorable ? Je suis contente qu'il fasse des efforts pour que ça se passe bien entre eux. », sourit la logeuse en sortant de la cuisine avec une tasse de thé qu'elle présente au docteur.

Il sourit malgré lui (un de ces sourires typiquement Watsonien où juste la commissure gauche se lève et se bloque dans un rictus qui cache tous les jurons de son répertoire) et prend de sa main valide la tasse avant de s'asseoir sur le canapé. Il ne reste pas en position verticale très longtemps que déjà il s'allonge et ferme les yeux en se promettant de se reposer juste quelques secondes. Bien sûr, il sombre tout aussi vite dans le sommeil.


Quand John se réveille de sa sieste aussi profonde que ses cernes, il boit le thé froid de Mrs. Hudson. Elle prépare un gâteau en bas, même s'il lui a répété qu'il n'avait pas faim et Lestrade est assis à côté de lui sur une chaise qu'il a rapprochée, à lire un livre sur les différents types d'encres, trouvé dans la bibliothèque de Sherlock.

« C'est intéressant ? », demande John en s'étirant sommairement pour faire craquer son dos.

« Pas le moins du monde. », répond le DI en fermant bruyamment le livre avant de le repousser.

« Vas-y si tu as d'autres choses à faire... »

« Je reste avec toi jusqu'à ce que Sherlock arrive. »

« Parce qu'il te l'a demandé ? »

« Et parce que je n'ai pas envie de te laisser seul. »

John sourit et hoche légèrement la tête. Ils sont seuls à l'étage et il serait vraiment temps qu'ils parlent. C'est peut-être les antidouleurs qui désinhibent John mais c'est surtout le fait qu'il en a marre de sauter d'indice en indice, sans qu'ils n'aient une conversation franche. Merde, il a l'impression de vivre dans un épisode de Lost.

« Greg, je voulais te dire... Je sais. »

« Tu sais. », répète le flic en haussant un sourcil, pas franchement réceptif aux sous-entendus de son ami.

« Pour Sherlock et toi. Je sais que vous êtes sortis ensemble. »

Lestrade ouvre grands les yeux et se redresse sur son siège mais John poursuit rapidement :

« Je me doute bien que Sherlock a eu des aventures avant m... Enfin, qu'il en a eues. Et puis, vous habitiez ensemble. Avec cette histoire d'Elisa j'ai compris que vous aimez les mêmes... choses. Ça parait presque logique que vous ayez couché ensemble. », murmure-t-il aussi bas que possible pour ne pas attirer l'attention sur eux parce qu'il est hors de question que Mrs. Hudson soit tentée par l'idée de ramener ses fesses à un moment pareil.

« Non. », manque d'aboyer le DI, en levant son index entre leurs corps et il est clair dans sa voix que Gregory Lestrade est un dominateur. « Je ne sais pas comment tu peux imaginer de pareilles conneries mais Sherlock et moi ne sommes jamais sortis ensemble, c'est bien clair ? Il a habité avec moi pendant près de deux ans, mais il ne s'est rien passé... Il a failli se passer quelque chose une fois, d'accord, mais c'est tout. »

« Comment ça 'il a failli se passer quelque chose' ? », demande John dans un rire confus.

« Sherlock me tuerait si je te le disais. »

« Sherlock trouvera toujours une occasion de te tuer, alors dis-moi. »

Il fait chaud dans ce salon dont Greg refuse d'ouvrir les fenêtres par sécurité et putain John était seulement censé se gaver d'antidouleurs et dormir, le DI ne s'attendait vraiment pas à parler de ça.

« Et puis merde. », conclut-il avant de se pencher vers John. « J'ai bossé avec Mycroft Holmes sur une enquête il y a quelques années. J'avais merdé, mon chef m'avait mis à l'écart et j'étais parti pour faire la circulation pour les dix prochaines années. Mycroft en a profité pour me faire du chantage : je surveillais son petit frère qui sortait de désintox' et en échange il appuyait quand même ma candidature au poste de DI. Par chance, Sherlock et moi nous sommes bien entendus et il est arrivé quand ma femme m'a quitté, alors j'allais pas cracher sur un peu de compagnie. Je lui ai appris le métier, je lui ai appris à dire Merci et S'il te plait aussi, mais ça c'est une autre histoire. Et puis ce petit con s'est mis en tête de me suivre quand je sortais, sans que je ne m'en rende compte. Bref, quand il a compris que j'avais des penchants différents et que niveau vanilla sex, j'étais pas le meilleur exemple, il a commencé à me poser plein de questions sur la domination, la soumission, ce qu'il fallait faire, ne pas faire... C'est comme ça que je me suis mis à lui apprendre les choses de mon 'mode de vie'. C'était exclusivement théorique. On a passé des mois comme ça. Je crois que c'est ce qui l'a poussé à se pencher sur des crimes passionnels aussi, il a commencé à comprendre la mécanique des sentiments. Et un soir, ça a dérapé, il a voulu passer à la pratique. On a cru que ça marcherait, moi Dom et lui Sub. Et... »

« Et quoi ? », chuchote John hachant chaque mot en mordant l'air.

« C'était ridicule. Une catastrophe. On a failli se casser le nez en s'embrassant, on n'arrivait pas à se mettre d'accord. Il continuait à poser plein de questions, ce qui m'excitait autant que si je passais l'aspirateur. Tu n'as pas idée à quel point cette soirée est la quintessence des moments les plus gênants qu'il soit. Ça aurait peut-être pu marcher si je n'avais pas fait la connerie. »

« Quelle connerie ? »

« ... Je me suis trompé de prénom. Je l'ai appelé Miranda. »

« Miranda. », répète John, pour être sûr d'avoir bien compris.

« Oui. Comme mon ex-femme. Je le déshabillais mais il n'arrêtait pas de jacasser sur les hormones que nous allions développer ou je ne sais quels délires, bref, j'essayais de le faire taire, il m'a énervé et le lapsus est sorti tout seul. »

« Attends, c'est pour ça qu'il se trompe de prénom à chaque fois qu'il te voit ? C'est volontaire ? »

« T'ai-je déjà dit à quel point tu étais courageux de supporter ce type, tous les jours ? », sourit Lestrade, comme extrêmement fatigué par toute cette histoire. « Il a déménagé quelques temps après et on n'en a plus jamais parlé. C'était une horrible erreur de ma part de croire qu'il pouvait se soumettre. C'est quelque chose qui demande beaucoup de courage et ce n'est tout simplement pas ce qu'il est. »

John soupire tout bas et hoche une fois la tête. À l'entente du récit de Lestrade, il en a oublié la douleur et la fatigue. Il frissonne légèrement, tend le bras vers sa tasse de thé et grimace en buvant la fin amère.

« John, surtout ne... »

« Je garde ça pour moi, je sais. »

« Parce que s'il ne me tue pas lui-même, Mycroft s'en chargera en apprenant que c'est moi qui ai appris à son frère à utiliser une cravache. Mais ne vois pas Sherlock d'un œil différent. Malgré tout ce que je peux dire, c'est quelqu'un de très bien tu sais. »

« Je sais. »

« C'est dur de trouver quelqu'un avec qui on peut vraiment être soi-même lorsqu'on aime ce genre de choses. Pour un Dom comme pour un Sub d'ailleurs. », sourit-il une dernière fois alors qu'il se lève pour aller remplir leurs tasses à la cuisine. « En fait, c'est surtout une question de confiance. Le jour où Sherlock Holmes fera vraiment confiance à quelqu'un, je pense qu'il s'acceptera enfin. »

John attend que son ami ait disparu dans l'autre pièce pour ouvrir grand les yeux et masser son visage avec insistante. Lestrade a utilisé des mots comme confiance, soi-même et s'accepter, et ça résonne en lui, rebondit contre sa cage thoracique, remonte jusqu'à sa tête et semble trouver le chemin naturel jusqu'au seul prénom auquel il pense depuis qu'il s'est retrouvé seul au milieu du terrain vague : Sherlock.

« John ? »

« Oui ? », s'empresse-t-il de répondre en se levant, grimaçant lorsque son épaule quitte le canapé pour rejoindre le DI dans la cuisine.

« Depuis quand est-ce que Sherlock t'offre des fleurs ? », demande-t-il

Sur la table en bordel ils regardent tous les deux un bouquet, posé dans un verre doseur puisqu'il n'y pas de vase à cet étage du 221B. C'est une multitude de fleurs sauvages, violettes et mauves, attachées entre elles par une petite corde, au milieu desquelles a été glissée une carte que John récupère de sa main valide.

« Je suis désolé que tu te sois fait tirer dessus par ma faute. », lit-il à haute voix, comme sonné. Touché, en tout cas.

« Eh bien, quel romantique ce Sherlock Holmes. », plaisante Lestrade, les mains dans les poches, debout à côté de son ami.

Ils restent silencieux assez longtemps pour que ça en soit gênant, parce que même les yeux rivés sur la carte, John sent que Greg veut parler de ce qu'ils se passent entre eux (puisqu'il est clair qu'il a compris), mais John n'est vraiment pas prêt pour ça, alors il feint de ne pas comprendre et retourne dans le salon. Il s'apprête à se rasseoir quand arrivent Molly et son petit-ami (merde, c'est quoi son nom déjà ?), le souffle court d'avoir trop couru.

« John ! Est-ce que tu vas bien ? Mrs. Hudson m'a dit que tu t'étais fait renverser ? », s'exclame la jeune femme en venant embrasser sa joue et c'est bien la première fois qu'ils se touchent.

Il hoche la tête maladroitement, bredouille quelques mots pour insulter le chauffeur fictif qui lui a foncé dedans et serre de sa main valide celle que Je-sais-plus-ton-nom-désolé-mec lui tend.

« Ce n'était pas la peine de venir. »

« Tu plaisantes, c'est normal. Merci Andy. », sourit-elle vers son compagnon lorsqu'il l'aide à retirer sa veste.

Ah, Andy, bien sûr.

Elle se met à lui poser des questions sur son épaule et ça l'épuise plus qu'autre chose d'y penser mais il répond quand même car elle a l'air réellement inquiète. Andy reste à côté d'eux, un bras autour de la taille de la jeune femme, les yeux fixés sur John dont il semble boire les paroles. Il s'invente un accident et tente par tous les moyens de ne pas penser au goût de la terre qui a envahi sa bouche lorsqu'il est tombé la face la première dans le terrain vague.

Mrs. Hudson monte à son tour avec un gâteau encore fumant sur un plateau et enfin la conversation change de sujet - et si ça rassure John la première minute, ça l'épuise très vite. Il les laisse parler et va s'asseoir dans son fauteuil, éreinté, mais les yeux n'arrivant pas à se fermer alors qu'ils se posent sur le fauteuil en cuir, vide devant lui.

Putain mais que fait Sherlock ? John peut être bourré de corticoïdes et fatigué comme jamais, il ne pense quand même qu'au détective et à la rencontre avec son frère qui doit se passer en ce moment même. Il n'écoute déjà plus les sons (pourtant si désagréables à son oreille) qui sortent des bouches de sa logeuse et de ses amis, et réfléchit à tout ce merdier lorsque la voix de Mrs. Hudson devient soudain stridente et dit le seul mot qu'attendait le médecin :

« Ah, Sherlock ! »

John se retourne comme si la foudre l'avait touché et Sherlock est là, et John respire. Sherlock ignore tout et tout le monde, fixe ses yeux sur ceux gris et si fatigués de son colocataire et s'approche de cinq pas avant de se mettre à genoux face au fauteuil et ses mains se lèvent pour se poser sur les siennes mais s'arrêtent un centimètre avant et finissent par se tenir à l'accoudoir.

« Ça va ? », murmure-t-il d'une voix si basse que John a le sentiment que son cœur s'est arrêté de battre rien qu'une seconde, pour l'entendre parler.

« Mieux. », répond-il tout de go, et c'est vrai.

C'est comme le soir de Noël, parce qu'ils sont si proches que John a la sensation que leurs corps pourraient fusionner. Ça vient du fond de son être, il sent ses lèvres si nues qu'il ne pense qu'à les habiller des baisers de Sherlock, de sa bouche, de sa langue et de ses mots. C'est par réflexe qu'il humidifie sa lèvre inférieure et la manière dont les yeux du détective le dévorent fait écho à sa propre envie.

« Sherlock, John, je retourne à Scotland Yard voir s'il y a du nouveau pour Moriarty. Vous m'appelez si vous avez besoin de quoi que ce soit, d'accord ? », vient murmurer Lestrade, debout à côté d'eux.

Ils tournent leurs têtes au même instant et a disparu de leurs pupilles le désir qui les consume de l'intérieur. Ils hochent leurs têtes et John sourit, plus vrai que jamais :

« Merci. »

« Merci Greg. », murmure à son tour Sherlock sans remarquer le sourire entendu que le DI adresse au blond.

Il les salue, va embrasser leur logeuse et s'éclipse. Sherlock se lève et fait théâtralement tourner son manteau sans s'en apercevoir (c'est ça le pire, il ne s'en rend même plus compte) avant se diriger vers la salle de bain, suivi par John. Andy raconte à Mrs. Hudson comment la poussière causée par les travaux à l'observatoire de Greenwich abîme quotidiennement les pousses de ses asphodèles sauvages mais John les entend à peine alors qu'il passe la porte ouverte et se fait attraper par son épaule valide par Sherlock qui le plaque contre le mur près du bain. Il pose ses lèvres sur les siennes avec une certaine rage et John reconnait le goût de la peur. Ils n'ont même pas pris le temps de refermer la porte et chacun profite de la bouche de l'autre pour étouffer les gémissements qui leur sortent des tripes. Sherlock l'écrase de son corps et ça tue son épaule. Il ne pourrait pas plus s'en foutre. De sa main valide il tient la nuque du détective, la presse avec force pour l'empêcher de bouger même si ce n'est vraiment pas quelque chose que pourrait faire Sherlock, lui dont la langue envahit la bouche de son colocataire comme si chaque infime parcelle lui appartenait.

« Et puis le mercredi c'est la journée des enfants et ils ont encore piétiné une pousse importée de Grèce, alors que j'ai dit au directeur qu'il fallait mettre une barrière... »

Ils les entendent à quelques mètres de là mais les ignorent alors que Sherlock dévore la lèvre inférieure de John qui le regarde, les yeux à demi-clos. La main gauche du détective remonte jusqu'au visage qu'il encercle de ses doigts pour forcer sa bouche à rester ouverte et lèche sa langue, l'intérieur de ses joues et jamais un baiser n'a été aussi obscène. La main de John glisse jusqu'à l'épaule de son amant et il gémit lorsque les dents de Sherlock se referment sans retenue sur sa lèvre inférieure. Ça ressemble à une punition que John accepte et le laisse faire.

« Sherlock ? John ? Tout va bien ? »

Le détective lâche la lèvre mordue, lèche la sienne et ne quitte pas John des yeux en répondant à leur propriétaire en haussant la voix :

« Tout va bien, Mrs. Hudson. »

« Vous voulez du gâteau ? »

« Avec grand plaisir. », ment Sherlock en roulant des yeux, pour la faire taire.

Il desserre l'étreinte qu'il imposait aux joues de John et passe avec insistance son pouce sur sa lèvre inférieure pour faire circuler le sang.

« Ne me refais plus jamais un coup pareil. », grogne-t-il presque.

« J'imagine que c'est ce que t'as dit à ton frère. »

Sherlock grimace, passe une main dans ses cheveux et retourne dans la cuisine, vite suivi par John qui a profité du miroir pour vérifier son visage - complètement défait, bien sûr.

« Ce n'est pas Mycroft qui est à l'origine du tir. »

« Sherlock, c'est lui qui m'a amené à vingt kilomètres de là. Il m'a menacé de le suivre plusieurs fois, il... »

« Je sais, John. On en a déjà parlé assez longuement. Ce n'est pas lui qui a fait installer le sniper. Il nous fait surveiller depuis la reconstitution au Royal Festival Hall et un de ses sbires a remarqué que tu étais suivi le matin où tu es allé à Scotland Yard. Il a voulu te faire sortir de Londres pour essayer de te protéger et... »

« Et ça a super bien marché, je suis bien placé pour le savoir. », grince John en indiquant du regard l'attelle lourde qui colle son bras à son torse.

Il ouvre les lèvres à nouveau, prêt à demander à Sherlock si (son estomac se tord à la simple évocation du nom) Moriarty pourrait être derrière tout ça, lorsque Andy arrive à son tour avec des tasses vides qu'il vient remplir.

« Oh ! Vous en avez de la chance d'avoir un beau bouquet comme ça, c'est vraiment rare de trouver ce genre de fleurs à Londres ! », s'enchante-t-il, tout sourire.

John et Sherlock se reculent d'un pas par réflexe, eux dont les corps se touchaient presque sans le savoir, toussent pour tenter de ne pas montrer la tension ambiante et John sourit autant qu'il peut avant de lui répondre :

« Oui, c'est Sherlock qui me l'a apporté pour mon accident. »

« Quel bouquet ? », demande-t-il en fronçant le nez.

« Les fleurs, là. », répond le blond en pointant du doigt le verre doseur.

« Je ne t'ai pas acheté de fleurs. »

Ils restent silencieux près de cinq secondes, le temps que tout se mette en place dans leurs esprits, et cette fois, plus la peine de faire comme si tout allait bien :

« Vous connaissez ces fleurs ? », demande Sherlock en se retournant vers Andy, sans arriver à retenir l'adrénaline qui bouillonne en lui.

« Euh, oui... Ce sont des Violettes de Reichenbach. Je sais, on en a au parc de Greenwich, au pied de l'observatoire - et c'est un miracle qu'on ait réussi à en faire pousser parce que le climat d'ici n'est pas adapté pour ce genre de plante. »

John et Sherlock se regardent, comprennent, et ça ne sent plus le thé au gingembre dans la cuisine mais le chlore.

Putain.

« Mais, comme je disais à Mrs. Hudson, l'observatoire est en travaux depuis le début de la semaine alors vous ne pourrez pas y aller... », les informe le botaniste en les regardant tour à tour, légèrement confus.

« Qu'est-ce que dit la carte ? », demande Sherlock à l'adresse de John en la fixant de ses yeux cristallins.

« Je suis désolé que tu te sois fait tirer dessus par ma faute... », répète-t-il en déglutissant et cette fois il entend dans sa tête la voix de Moriarty lire ces mots et tout fait sens.

Sherlock inspire et quitte la cuisine en prétextant une simple balade à sa logeuse qui s'inquiète de le voir partir aussi vite. John se précipite à sa suite et le rattrape par le bras dans les marches qu'il s'apprête à dévaler.

« Où est-ce que tu vas ? »

« À l'observatoire de Greenwich. »

« Retrouver Moriarty ? Seul ? »

« Tu restes là. », décrète Sherlock en pointant du doigt le sol pour appuyer ses propos.

Le médecin a un rire étranglé et descend d'une marche mais Sherlock lui bloque le passage de son corps. John relève le nez, regarde son colocataire dont il ne perçoit aucune hésitation, aucune fissure et c'est un combat silencieux et lourd qui se joue entre les deux.

« C'est un ordre. », impose Sherlock en plantant son regard dans celui du médecin.

« Champagne. », répond John, et le combat prend fin.

La bouche de Sherlock se tord, retient des mots qu'il sait ne pas pouvoir sortir et enfin il se retourne et continue sa descente, suivi de John. Dans la rue, ils hèlent le premier taxi qu'ils croisent et lui indiquent la route pour le parc de Greenwich.