Note : Hello à toutes et à tous ! Me voici de retour de vacances et qui dit "accès à internet" dit "nouveau chapitre" ! Je devrais même dire nouveauX chapitreS car mes autres histoires en cours seront également mises à jour dans les jours qui suivent. J'espère que les vacances et la rentrée ont été bonnes pour tout le monde en tout cas :3 Aussi, je voulais vous parler d'un projet très cool : Cha Raev, auteure ici même sur fanfiction a sorti son propre livre, Totally Nuts chez Mix Editions. Vous pouvez retrouver la version numérique sur Amazon, ce que je vous encourage vivement à faire car passer de la publication sur fanfiction à l'édition est un énorme pas qu'il faut encourager chez les auteur(e)s :)
Maintenant j'arrête le blahblah et vous laisse avec Sherlock, John, Moriarty, l'observatoire...
Bêta : l'unique, la géniale, Carbo Queen qui traduit toujours en ce moment Meurtre dans la famille que je vous recommande chaudement. Un énorme merci à Carbo pour son temps, encore une fois, son énergie, sa patience pour corriger mes "coeurs" et pour mes lapsus honteux :)
Il pose son pied sur la dernière marche et le vent qui s'écrase contre sa joue lui fait relever les yeux lentement. C'est automatique, quand il voit le parc et l'herbe verte qui s'étend sous eux à des dizaines de mètres de là, il y a une force infecte qui le chope par les tripes et lui donne envie de se mettre à genoux, de s'allonger, de s'accrocher, de peur de tomber. Le vertige est déjà terrible en temps normal, mais aujourd'hui avec un bras immobilisé par une attelle contre son torse, il se sent encore plus en déséquilibre que jamais. Il baisse le regard pour retrouver la vision rassurante de ses chaussures qui touchent le sol, mais c'est la pire idée qu'il ait pu avoir.
Ils sont sur une construction métallique brinquebalante et John comprend enfin ce qui est en travaux à l'observatoire : le balcon du dôme. La passerelle sur laquelle ils marchent a des interstices par lesquels il voit les fleurs en contre-bas, jaunes et violettes, et la main invisible qui l'a chopé par l'estomac tire plus fort encore. Il sursaute lorsqu'il sent des doigts (réels, cette fois-ci) se refermer sur son avant-bras. C'est Sherlock dont il croise le regard et le sourire.
Devant lui, Sherlock semble vérifier du bout des cils qu'il va bien et finit par le lâcher, avant de s'avancer, pas après pas. Moriarty est déjà appuyé contre la rambarde et il regarde Londres. Le ciel s'habille de noir par l'Est et dans les tours des immeubles se reflètent les derniers rayons du soleil. On les croirait en flamme. Ça doit plaire au psychopathe.
John s'approche à son tour mais reste en retrait. Sa main s'est refermée sur la rambarde en métal aussi froide que ses lèvres qu'il pince l'une contre l'autre. Il y a quelque chose d'irréel à regarder la ville ainsi. Il se sent si loin de tout ça, comme s'il n'en avait jamais fait vraiment partie et quelque chose lui fait croire qu'il n'est pas le seul sur ce balcon à penser ça. Ils n'entendent rien, ne disent rien. C'est leur Mont Olympe.
« C'est beau, hein ? », murmure Moriarty et pendant un instant, ils se sentent respirer le même air.
Le vent frais se lève, ça pousse les nuages et leurs cols. Sherlock referme son manteau et la joue de John se contracte sous le frisson qui le traverse. Même Jim Moriarty se frotte les mains pour les réchauffer. Maintenant qu'il a lâché le garde-corps il se retourne et sourit au détective.
« Je vous avais dit que nous nous retrouverions, Sherlock. », et il y a quelque chose dans son regard proche de l'émotion qui le rend humain, rien qu'une seconde et ça fait frissonner le soldat.
Car un monstre peut commettre les pires crimes, c'est sa nature, c'est normal. Qu'un être humain puisse agir comme ça, c'est terriblement flippant.
« Et vous tenez toujours vos promesses. », répond Sherlock, les mains dans les poches, le dos droit.
Car John ne voit que ça finalement, son dos, en retrait comme il est. Puisque de toute façon le meurtrier ne s'adresse qu'à Sherlock, ne voit que lui, ne semble vivre que pour lui. Tout cela a bien entendu un goût amer de déjà-vu qui pourrait devenir lassant si ce n'était pas funeste. John doit même s'y reprendre à deux fois pour vérifier que le bas de son pantalon n'est pas trempé et que ce n'est pas une parka qu'il porte. Il se demande qui Moriarty a tué ici, puisque tout tourne autour de ses exploits, comme lorsqu'ils étaient à la piscine où Carl Powers s'était noyé.
« Toujours. », répond Moriarty dont la fierté tire les traits de son visage déjà malsain à la base. « Ça lui fait mal ? », s'enquit-il soudainement en regardant l'épaule immobilisée de John.
Ça fait sursauter le médecin, parce que pour une fois ce soir, Jim a vraiment réussi à décoller ses yeux du détective pour les poser sur son corps trapu. Mais bien sûr, il ne lui parle pas directement et sa façon de s'adresser à Sherlock comme si John était un être sans capacité de dialogue le fait se sentir minable. Sherlock, lui, ne répond pas. Il s'est retourné pour observer John de son regard impénétrable. Le silence ne semble pas gêner Moriarty qui s'approche déjà si près qu'il a juste à tendre la main... Et le voilà qui touche l'attelle de John.
« Ça doit lui rappeler des bons souvenirs. », sourit-il en passant délicatement sa main sur le col du médecin.
« Bons, ça ne doit pas être le mot. », rétorque Sherlock avec une voix grinçante.
John, lui, ne quitte pas le meurtrier des yeux. Il ne tremble pas et entend juste dans ses oreilles le mélange cacophonique de la voix de Moriarty et de son propre cœur qui bat. Il ne cligne pas une fois des paupières, parce que c'est bien sûr à la moindre faiblesse que l'ennemi frappe et Jim Moriarty est si près que John ressent dans son être toute cette folie meurtrière qui émane de l'homme devant lui. Il sourit, parce qu'il n'a pas d'autre arme sur lui pour se défendre. Quelqu'un va crever ici ce soir, il en est persuadé, et il espère réellement que ça ne sera ni Sherlock, ni lui.
« Oh ! Regardez son petit sourire narquois. Il m'en veut de s'être fait tirer dessus. Il est un peu susceptible, non ? », rit Moriarty en calant à nouveau ses mains dans son manteau.
Il se recule légèrement pour adresser un sourire complice au détective qui ne rit pas du tout. John a l'audace de croire que c'est parce que Sherlock n'aime pas que Jim ose poser ne serait-ce qu'un œil sur lui, mais n'a pas la confiance nécessaire pour comprendre que c'est exactement le cas.
« Je pense qu'il préfère ne pas se faire percer par des balles de 9mm tous les deux ans. », répond Sherlock à contrecœur.
« Eh bien dans la vie, nous n'avons pas toujours ce qu'on veut. », aboie Jim comme un parent engueulant son fils qui ne veut pas finir sa soupe, alors que des gamins meurent de faim à l'autre bout de la planète. « Et puis comment aurais-je fait pour vous attirer jusqu'ici sinon, Sherlock ? »
« En m'envoyant un message ? Je ne sais pas, quelque chose d'un peu moins... »
« Magistral ? »
« Douloureux. », corrige John, qui n'en peut plus qu'on parle de lui comme s'il n'existait pas, en hochant la tête.
Moriarty roule des yeux et laisse tomber sa tête en arrière, comme offusqué qu'on puisse débiter une pareille ineptie face à lui. Il claque sa langue contre son palais trois ou quatre fois, mais c'est si énervant que le son reste bloqué dans les tympans de John. Il soupire longuement, presque écoeuré et agite mollement sa main par-dessus son épaule.
« Vous ne servez à rien, Docteur. Allez vous en, vous ne m'intéressez pas. »
Il lui tourne le dos dramatiquement et s'avance, le nez dans les étoiles naissantes. John reste planté là, sans dire un mot, les yeux passant du dos du criminel au visage de son colocataire qu'il interroge silencieusement. Bien sûr qu'il ne partira pas, la question ne se pose même pas. Il n'abandonnera jamais Sherlock. Moriarty doit être vraiment très mauvais en nature humaine pour ne pas avoir compris ça. (Bien sûr qu'il l'est. Cette question non plus ne se pose pas). Sherlock observe John et sa bouche s'ouvre mais son colocataire n'a même pas le temps d'entendre le son de sa voix que Moriarty a déjà pris sous son bras celui du détective. Il l'attire avec lui dans une petite balade autour du balcon en travaux.
« Racontez-moi, Sherlock, comment était-ce d'enquêter dans le vide ? Je veux dire, tous ces gens que vous soupçonniez, à partir de quel moment avez-vous compris que quelque chose vous échappait ? J'hésite, réellement. Dans un sens, je me dis que vous l'avez su dès le départ, que vous avez fait semblant d'y croire, pour me surprendre. Dans un autre, je me dis que vous y avez réellement cru et ça... ça ce serait dramatique, Sherlock. Vous êtes d'accord avec moi ? Vous savez, Sherrer n'était pas censé tourner la tête. Il aurait dû être touché au front à gauche. Puisque mon homme était placé juste derrière vous, vous auriez dû être suspecté, rien qu'un peu, rien qu'un tout petit-mini-peu, juste assez pour vous voir vous défendre face à vos amis de la police et à la justice. C'était ça mon plan. »
« Et l'arme ? »
« Elle aurait été glissée dans votre manteau. Oh, vraiment, ça aurait dû être un passe-temps de deux à trois semaines maximum. Je n'aurais jamais pensé qu'on y passerait un an... »
Ils marchent encore, très lentement, bras-dessus bras-dessous, même si les pieds de Sherlock semblent vouloir se reculer à chaque pas. John les suit de loin, en s'accrochant au dôme dont la structure l'inquiète un peu plus à chaque seconde.
« Et comment avez-vous su que je me rendrais à cette représentation ? », demande Sherlock, en tournant enfin la tête vers le meurtrier.
« Denosa ! Liszt ! Les Préludes ! », explique simplement Moriarty en levant sa main gauche dans les airs. « Bien sûr que vous alliez vous y rendre, Sherlock, je vous connais. »
Danger. Tout depuis qu'ils sont dans cet observatoire (depuis que John a posé un pied dans un laboratoire de Bart's il y a un an et demi de ça) hurle au danger, mais cette fois c'est concret. C'est sur un panneau rouge criard, accroché à la structure métallique, avec le dessin d'un homme à casque interdisant l'accès d'une main qu'il impose en avant. Il n'y a que John qui l'a remarqué et qui voit autour d'eux les sacs de sable, les planches en bois et les cordes qui pendent autour de la structure qui maintient le balcon. Sous leurs pieds, le sol n'a jamais autant tremblé. Lui ne peut plus avancer. Il se sent si loin d'eux et c'est le vertige de la distance qui les sépare qui le prend maintenant.
« Tout ce temps, tout ce temps à ne penser qu'à Sherrer... », poursuit le criminel, le visage plus grimaçant que jamais, entre le dégoût et la déception. « Alors qu'il n'était qu'un passe-temps... Un accessoire... Un jeu pour vous et moi... Vous le savez, n'est-ce pas ? »
Cette fois ils s'arrêtent devant le garde-corps et Moriarty lâche le bras du détective. Ils se font face et rangent leurs mains dans leurs poches pour se prémunir du froid. Sherlock ne répond rien et John ne comprend pas son silence. Il a oublié la hauteur, les lumières de la ville et le soleil si loin maintenant.
« Vous le savez ?! », hurle-t-il et cette fois Sherlock s'empresse de répondre :
« Oui, oui je l'ai compris. »
« Sherlock, mon Dieu, Sherlock, mais regardez-nous ! Regardez-nous. », répète-t-il les dents serrées, le regard fou. « Vous et moi, nous sommes pareils. Si loin d'eux, de ça ! », crie-t-il encore, son doigt pointé sur la ville à des kilomètres de là. « Parce que nous sommes au-dessus d'eux. Nous les maîtrisons. Nous les dominons. Alors, comment n'avez-vous pas pu comprendre que tout ça était à propos de moi ? Rien que de moi ? Je n'étais plus assez bien pour vous ? »
Cette fois, Moriarty s'avance vers le détective et pose ses mains sur son propre torse, les yeux humides. Sherlock ne répond toujours pas. Il reste immobile et John n'a aucune idée de ce à quoi le détective pense - rien n'est plus flippant que ça. Moriarty attend encore quelques secondes et, lorsqu'il comprend qu'il n'aura aucune réponse, se met à sourire et hoche légèrement la tête avant de reculer d'un pas et de sortir de l'intérieur de sa veste un Beretta qu'il pointe sur le torse du détective.
« Sh... », commence John en s'avançant d'un pas avant même de s'en apercevoir, mais la main de Sherlock se lève pour lui faire signe de rester en arrière.
« Ça m'ennuie, Sherlock, ça m'ennuie tellement. Vous n'auriez pas dû être comme ça, vous auriez dû vous amuser avec moi. Le Jeu aurait été magnifique à nous deux. Mais vous avez trop traîné et je veux passer à autre chose. »
« Alors, vous allez me tuer ? », demande Sherlock d'un calme détestable.
Ne sois pas calme, putain, Sherlock. Pas maintenant.
« Bien sûr. Je vous l'ai dit, je suis un philanthrope, mais les choses doivent se passer à ma façon. »
« Je suis désolé que ça n'ait pas marché. », conclut Sherlock en haussant une épaule.
Moriarty a un sourire navré lorsqu'il retire le cran de sécurité et cette fois, John hurle sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche. Sa tête lui tourne et ça n'a rien à voir avec la hauteur. Sherlock est si loin et l'arme de Moriarty est si près ; ça ne devrait pas se passer comme ça. Il faut qu'il se passe quelque chose, n'importe quoi, un miracle, putain. Mais ils n'ont pas prévenu Mycroft, ils n'ont pas prévenu Lestrade, il le sait. Ça fait un an que John se croit lentement sortir de cette putain de piscine, alors que tous les jours qui se sont enchaînés n'ont été qu'un écho détestable de ce qu'il s'y était passé : John à terre, Sherlock visé, Moriarty qui contrôle tout.
Et John ne peut pas dire Champagne.
Jim Moriarty est l'ultime chef d'orchestre et sa baguette a la forme d'une faucheuse. Il faut que Sherlock réagisse. Il faut que Sherlock parle. Il faut que John entende sa voix, encore.
Il y a quelque chose ici qu'il n'y a pas dans les enregistrements : l'imprévu. Tu es si brave, John Watson. Tu n'es pas encore prêt... mais tu y penses, et ça t'obsède. Nous prendrons notre temps, ensemble, jusqu'à ce que tu lâches prise. Décris-moi ta cicatrice. Regarde-toi. Tous les jours. Mais tu crois vraiment que c'est le chef d'orchestre qui contrôle tout ? Le pouvoir est dans les mains du musicien parce que c'est lui qui se laisse guider !
Sherlock n'a jamais contrôlé John. Il ne l'a jamais forcé. Il lui a appris à lâcher prise.
Le soir du concert, Denosa n'a pas conduit Sherrer. Sherrer ne le regardait même pas.
Moriarty n'a été à aucun moment maitre de cette histoire. C'est Sherrer, depuis le début, qui est le point central.
Un homme qu'on ne voit pas. Gentil et peut-être un peu transparent. De ces gens sur lesquels on ne s'arrête pas. Un homme sur lequel ils n'ont même pas enquêté avant d'avoir fait le tour de la vie de sept innocents. Un homme qui a tourné la tête pour se regarder et qui a brisé avec ce simple geste tout le pouvoir et la mise en scène d'un assassin.
Parce que tout le monde a oublié que Sherrer existait.
Mais jamais Sherlock n'a oublié que John existe. Il ne l'a jamais oublié. Alors John s'avance, si brave et si tranquille qu'il est. Un pas, un autre. Rapides. Tout son corps s'écrase contre celui du meurtrier et il entend l'arme cogner le sol au même instant où leurs jambes basculent contre le garde-corps. C'est finalement quand il entraine Jim Moriarty avec lui dans sa chute qu'il comprend la réelle définition du mot contrôle.
