Note : Oui ! Je l'ai fait ! J'ai réussi à trouver le temps de publier sans avoir à poser un jour de RTT !
Qu'est-ce que vos derniers retours me font frissonner... Quand je pense que cette histoire, publiée depuis plus d'un an (et dans ma tête depuis près de deux) se finit dans deux chapitres... J'hésite entre essayer d'exprimer combien cette aventure a été incroyable, ou rester dans un silence discret où brillerait tout le bonheur apporté par la conception de cette fic et ce lien que nous avons créée ensemble. Vous qui avez écrit des reviews, vous qui avez répondu à mes MP, vous qui êtes devenues mes amies, ou vous qui avez juste lu tous ces chapitres sans rentrer en contact avec moi mais dont je vois le nombre grandissant dans les statistiques... Vous toutes et tous, vous faites partie de Si Brave et Si Tranquille, et cette expérience n'aurait pas été possible sans vous. Alors, merci.

Beta : Et merci à Carbo Queen, bien sûr. Je t'adore, ma Carbo, tu es indispensable au bon fonctionnement de 'SomeCoolName' et je te dois énormément.


« John. »


Le sol et l'épaule et le froid.


« John. »

« Oh, merde... »

« John, reste avec moi. »

J'essaye.


L'envie de vomir, prenante, totale. Mais le manque de souffle et de force. Le torse humide. La main droite... Immobile. Pas encore un œil ouvert.

« Je suis là, John. »

Et moi, je suis où ?


C'est comme une lame qu'on tire hors de sa trachée. John grogne pour respirer. Il crache, son corps sursaute. Il ouvre les yeux, un à un. Il ne voit rien pour autant. C'est parce qu'il fait nuit. C'est aussi parce que sa tête implose de l'intérieur.

« Ne bouge pas. »

C'est Sherlock qui parle. Ça doit être sa tête au-dessus de la sienne. Ce n'est pas clair. C'est flou. Tout est flou.

« Sh... »

« Ne bouge pas, ne parle pas. Les secours arrivent. »

« Qu... »

« Ferme la. », impose le détective et cette fois, chaleur.

Chaleur au bout de ses doigts, contre sa paume. Sur son front, sa joue. Les mains de Sherlock le tiennent. Le maintiennent. John, lui, ne sent toujours pas sa main droite.


L'odeur est lourde. C'est ce qui le réveille. Il a envie de vomir. Il ouvre à nouveau les yeux et il fait encore nuit. Tout est si humide. Et il fait froid. Il est toujours allongé sur le dos et cette fois il comprend ce que son corps écrase : la centaine de fleurs violettes qui l'entourent. C'est ironique.

« Ma main... », articule-t-il en fermant et ouvrant ses yeux plusieurs fois pour essayer de faire le point.

Sa vision n'est toujours pas nette, mais il reconnait le visage allongé de son colocataire qui se penche au-dessus du sien. Les ombres creusées sur son visage font ressortir ses traits improbables. Sherlock ne dit rien, alors John (malgré la barre infâme qui brûle son dos de sa nuque à ses côtes) tourne la tête vers la droite. Il louche sur son épaule, descend le long du bras, mais ne trouve qu'une masse noire à la place de son poignet. Et ses doigts qui refusent toujours de bouger.

Sherlock l'enjambe, s'accroupit à sa droite et repousse avec force la masse informe. Un pan de tissu se retourne et lorsque John reconnait sur l'étiquette la forme d'un globe surmonté d'une couronne il comprend qu'il revoit enfin et que c'est Moriarty qui git à côté de lui. Sherlock attrape la main droite qu'il a dégagée entre les siennes et la masse pour faire circuler le sang.

« Est-ce que tu sens quand je fais ça ? »

Au bout de ses doigts, John sent la pression de ceux de Sherlock. Il sourit malgré lui et agite à peine la tête pour lui faire signe que oui.

« Arrête de bouger maintenant, je t'en prie. », murmure le détective avant de poser sa main sur le front de John.

Il ferme les yeux, une seconde, rien qu'une seconde, pour se reposer. Il s'évanouit tout aussitôt.


« Et vous tenez toujours vos promesses. »

« Toujours. »

« Sherlock... »

John s'étouffe, il sombre. Il a tenté de se redresser mais son corps refuse toujours de bouger. Ses yeux s'ouvrent et pleurent. Sherlock pose ses mains sur son visage. Il est derrière lui maintenant.

« Tout va bien, John. »

« Moriarty, Mor... »

« N'y pense plus. »

À sa droite, la masse noire n'a toujours pas bougé. John lutte contre le poids à l'intérieur de son corps qui tente de le faire s'évanouir à nouveau et plisse les yeux. Il distingue un peu mieux un bras, le dos voûté et la nuque à l'angle impossible. Allongé dans les fleurs de Reichenbach, à quelques mètres du corps sans vie de Jim Moriarty, John comprend que c'est vraiment fini.


Du bruit et du monde. Ça bouge sous lui. Il bouge. Pas seul, bien sûr. Des infirmiers. Où est Sherlock ?

« Tension en chute. 6/10... »

« La hanche... »

« Hémorragie interne. »

Il veut leur faire signe qu'il entend, qu'il est conscient. Quand il retrouvera la force. Il tourne la tête. Le masque à oxygène le gène. Il fait trop blanc. L'ambulance. John veut voir Sherlock. Il laisse tomber sa main volontairement. Chaleur.


« Je suis là. »


« ... Pas de température. On le transfère en traumato dès que le médecin revient. »

Au chaud, au moins.


John ouvre les yeux. Les deux. Il fait nuit mais il reconnait le lit où il est. C'est un lit d'hôpital. La télé dans le coin lui confirme cette première impression. La perfusion plantée dans sa main droite est le dernier indice dont il a besoin. Il regarde à sa gauche la grande fenêtre qui donne sur la capitale. D'où il est, il voit le London Eye éclairé. C'est ironique comme, dans toutes les grandes villes, il faut finir à l'hôpital pour avoir les meilleures vues. Il continue son inspection de la pièce. Son dossier est posé sur la table de chevet. Il le prendra quand il aura la force d'utiliser ses bras. Ce qui l'intéresse de toute façon, c'est le siège posé près du lit. Il plisse des yeux, car dans la pénombre c'est difficile d'être sûr, mais il semble qu'une veste est posée dessus. La sienne ? Non, c'est plus grand, c'est... un manteau noir.

John sourit.


« Je dirais, encore trois semaines d'immobilisation pour la fracture de votre poignet droit, en somme. Pour votre hanche on a fait une ostéosynthèse avec une pose de vis et de plaques pour souder l'ensemble... Enfin, je ne vous fais pas un dessin, vous êtes médecin vous aussi. »

John a un rictus qu'il voudrait plus ironique. Le chirurgien poursuit.

« Vous allez rester avec nous encore un bon mois. Et pour les antidouleurs et la morphine, une infirmière va bientôt passer pour tout vous expliquer. »

La porte s'ouvre et Sherlock fait son apparition, son téléphone à la main. Il semble hésiter à ressortir lorsqu'il voit le médecin mais ses yeux se posent automatiquement sur ceux ouverts de son colocataire alors il reste. Il s'approche, range son téléphone dans la poche de son pantalon (le même qu'hier, plein de terre et sali par l'herbe).

« Il en a eu de la chance, votre ami. Une chute de cette hauteur là, c'est un vrai miracle qu'il s'en soit sorti. »

« John Watson est un miracle. », répond le détective comme une évidence.

Le médecin les regarde une dernière fois, note quelques mots sur le dossier de John qu'il repose sur la table de chevet et repart. Sherlock s'approche à son tour, pose une main sur la tête de lit et se penche en avant.

« Comment te sens-tu ? », demande-t-il en couvrant de son regard John qui a un demi sourire.

« Vivant. »

« Ce qui est plutôt une bonne chose. »

« On peut dire ça. », rit-il cette fois.

Ils se regardent et ne parlent pas, parce qu'il y a tellement de choses à dire qu'ils ne savent pas quels mots choisir. Sherlock trouve la solution, puisqu'il se penche et pose ses lèvres sur celles de John. Depuis combien de temps ne se sont-ils pas embrassés ? Trop longtemps. C'est ça ce qui importe vraiment : trop longtemps. John ferme les yeux, entrouvre les lèvres et laisse la langue de Sherlock caresser la sienne. Leurs gestes sont lents, doux. John gémit. Sherlock pose ses doigts contre sa joue et caresse à peine la peau blessée. John grimace.

« Merde, même mon menton me fait mal. Je peux avoir un miroir ou je vais me faire peur ? »

« Ce ne sont que des égratignures. », le rassure Sherlock en prenant place à ses côtés sur le lit.

« Des égratignures plus une hanche et un poignet fracturés, et une hémorragie interne. »

Sherlock ne commente pas ces légers détails. À la place il trace un chemin improbable dans les mèches blondes. John comprend que même son crâne doit être parsemé de blessures.

« Raconte-moi... »

« Ce qu'il s'est passé avant ou après que tu décides de jouer les super-héros ? »

John a un demi-sourire, les sourcils froncés. C'est bien, même à moitié mort son Je t'emmerde silencieux est toujours aussi efficace.

« Vous êtes d'abord tombés sur le toit de l'aile Est. Je crois que tu t'es évanoui à ce moment là car Moriarty a essayé de se relever et a trébuché. Il vous a fait basculer. »

« Il est... »

« Ah oui, définitivement. »

John hoche la tête et inspire, même si même respirer est douloureux.

« Tu n'as rien ? », finit-il par demander et ça fait sourire Sherlock.

« Moi ? Non, je n'ai rien. »

« Alors, c'est bien... », soupire-t-il en fermant les yeux.

Ils restent silencieux. Il faut dire que le scop à côté d'eux fait un boucan ridicule. Le corps de John est lourd et la souffrance sous-jacente. Il ne réalise même pas le nombre de médicaments qu'on lui a injectés pour qu'il ne devienne pas fou de douleur. Ça l'aide aussi à accepter l'immobilité forcée.

« J'ai compris, tu sais... », finit-il par avouer d'une voix rauque.

Sherlock ne dit rien. Alors, John poursuit.

« Tout ce que tu as fait. Pour moi. »

« Dors, maintenant. », murmure Sherlock, sa main reprenant sa place sur le front qu'il caresse.


Les premières quarante-huit heures, on interdit à quiconque d'entrer dans la chambre de John. Il y a même deux policiers qui gardent sa porte. Il le sait parce qu'il entend les infirmières glousser avant d'entrer. Ils ne lui en parlent pas pour ne pas l'inquiéter, mais il connait la procédure. Bien sûr, il n'y a que Sherlock qui se fiche des consignes et qui fait des aller-retours dans la chambre avec le même aplomb qu'un prince en son royaume. Ça amuse John (du moins, quand la morphine n'est pas si forte qu'elle l'abrutit).

La première fois que Sherlock ramène quelque chose à John, c'est un couteau suisse. John ne comprend pas bien, il pense même que les médicaments le font doucement halluciner. Mais Sherlock dit que ça lui semblait être un Cadeau pratique et John a la confirmation qu'il ne rêve pas, car même drogué son esprit ne serait jamais aussi improbable que son colocataire.

L'après-midi, Sherlock apporte un énorme bouquet de fleurs, car C'est ce que les gens font quand un proche est à l'hôpital, apparemment. John a longuement regardé les grandes fleurs blanches, un sourire qu'il a voulu aussi discret que possible aux lèvres et l'a remercié. Lorsque l'infirmière est venue vérifier sa température, et s'est exclamée d'horreur « Mais qui vous a offert des chrysanthèmes ? », Sherlock a compris que ce n'était pas les bonnes fleurs à ramener à quelqu'un qui n'était pas mort.

Le soir même, quand John s'est réveillé après sa douzième sieste de la journée, il y avait très exactement trente-quatre bouquets dans sa chambre, tous composés de fleurs différentes.

Mais pas des violettes de Reichenbach. John peut fermer les yeux.


« John Hamish Watson. », soupire une voix grave.

L'appelé ouvre un œil et découvre au bout de la pièce Gregory et Elisa, main dans la main, qui s'approchent à pas feutrés.

« Salut... », leur sourit-il en écrasant son pouce sur la petite télécommande molle pour relever un peu plus le dossier de son lit.

Elisa s'approche la première, glisse de ses doigts fins ses mèches bouclées derrière ses oreilles pour ne pas en avoir sur sa joue, hésite quelques secondes et se penche pour embrasser celles du docteur. Elle sent la lavande et même avec le nombre ridicule de bouquet qui l'entoure, John peut le sentir. Elle se recule juste assez pour le regarder dans les yeux avant de murmurer d'une voix tendre par sa sincérité :

« Ça fait plaisir de te voir. »

« Moi aussi. », répond-il en la laissant lui serrer la main avant qu'elle ne se recule.

Il tourne la tête et regarde Gregory, de l'autre côté du lit, les bras croisés contre son torse et les yeux sombres. Il semble contenir une colère que John ne peut que comprendre.

« Dans quel état tu t'es mis... », grogne Lestrade en secouant la tête, comme un père engueulant son fils.

« Je sais... », rit John de bon cœur, pour tenter de détendre l'atmosphère.

« T'aurais pu crever. Merde, Sherlock et toi auriez pu crever. Ça vous a effleuré l'esprit à un moment donné ou comme deux petits cons que vous êtes, vous avez réellement cru que ça pouvait bien se passer ? », cette fois sa voix porte à s'en cogner contre les murs. Il a posé ses poings fermés contre ses hanches et tout dans son attitude rappelle le DI qu'ils n'ont pas pensé à appeler avant d'aller affronter Moriarty.

« Gregory... », appelle Elisa d'une voix ferme, mais son compagnon ne l'entend même pas.

« Putain j'étais chez vous ! J'étais, littéralement chez vous, puis à cent mètres, dans ma voiture et vous avez préféré prendre un putain de taxi pour aller dans ce putain d'observatoire pour aller voir seuls ce putain de psychopathe ! Vous auriez pu crever ! », hurle cette fois Gregory dont les yeux se révulsent et la porte s'ouvre en grand.

C'est Sherlock qui vient d'arriver. Il fait deux pas, analyse la situation en quelques coups d'œil et fronce les sourcils, ce qui pousse le DI dans ses retranchements.

« Ah et te voilà toi ! Parfait je vais pouvoir vous engueuler en même temps et vous dire à quel point vous commencez à me... »

« Gregory, je t'en prie, parle moins fort, John a besoin de se reposer. », appelle Sherlock d'une voix qui n'invite à aucune discussion.

Il s'avance dans la pièce, pose la vingtaine de magazines qu'il a ramenés sur la table de chevet de son colocataire, sourit à Elisa à qui il dépose un baiser sur la joue avant de se pencher vers John qu'il embrasse sur les lèvres. John ouvre grands les yeux, à défaut d'ouvrir la bouche. Sherlock l'embrasse au moins cinq secondes, ce qui parait être cinq secondes de trop vu qu'il y-a-des-gens-dans-la-pièce-qui-les-regardent et se recule pour ainsi faire découvrir à John que tout le monde est aussi surpris que lui. Sauf Sherlock. Bien sûr.

« Tu... mh... Ça va ? », demande John, sans vraiment savoir s'il faut qu'ils en parlent ou qu'ils fassent comme si de rien n'était.

Avec un peu de chance, c'est passé inaperçu que le seul détective consultant au monde vient d'embrasser à pleine bouche son blogger.

« Oui, bien sûr. Mrs. Hudson va passer dans l'après-midi. Elle va me ramener des vêtements. »

John hoche la tête et remarque que Sherlock porte toujours le même costume plein de terre.

« Tu n'es toujours pas rentré chez toi ? », l'interroge Lestrade, soudain beaucoup plus calme.

« Non. »

Sherlock tire une chaise vers le lit au centre de la pièce et invite d'une main les nouveaux venus à en faire de même. Elisa répond à l'invitation tandis que Lestrade s'approche enfin de John. Il pose sa main sur la sienne (la seule qui n'est pas maintenue par un plâtre impressionnant) et serre une fois. Et bien sûr, comme ils sont des mecs, aucun mot n'est prononcé. Elisa lève les yeux au ciel.


En moins de quatre jours, John est persuadé que tout Londres est venu lui rendre visite. Il y a eu d'abord Gregory et Elisa, puis Mrs. Hudson et sa triple-douzaine de scones que Sherlock et lui ont offerts aux infirmières. Est venue le lendemain Molly, qui est restée la journée et avec qui ils ont parlé de voyages et de rugby. Andy est passé une heure à peine, pas assez pour que John comprenne ce qu'elle lui trouve.

Et puis, contre toute attente, Benjamin Cox est venu avec sa mère. Ils ont apporté à John un livre sur les légendes médiévales, qu'il n'aurait jamais acheté mais qu'il a dévoré le reste de la soirée. Mike Stamford aussi est venu. À tous ces gens là, on a prétexté une mauvaise chute lors d'une visite d'un immeuble en construction. On n'a pas parlé de Moriarty, de la façon dont John l'a poussé dans le vide pour en finir avec lui une bonne fois pour toute. Pour sauver Sherlock. Et Londres à la fois.

À vrai dire, ils ne parlent jamais de lui. C'est parce que son visage hante John à chaque fois qu'il ferme les yeux, qu'il ne supporte pas d'entendre son nom lorsqu'il est éveillé. La journée, malgré la douleur, il arrive à rire, à s'amuser de l'histoire de Mrs. Hudson qui n'arrive pas à se débarrasser de ses souris ou de l'humour unique de Benjamin. Le soir, il se réveille en sueur, la bouche serrée à retenir derrière ses dents des hurlements qu'il n'arrive pas à pousser. Sherlock lui tient la main, littéralement, en l'air. C'est psychologique, mais ça permet à John de croire qu'il ne sombre plus, qu'on l'a rattrapé. Que la douleur qui vit maintenant dans son corps depuis qu'il s'est écrasé contre le sol n'a jamais existé.

Aujourd'hui, ça fait trois semaines que John est immobile dans ce lit. Sherlock dort quelques nuits par semaine au 221B. Pas ce soir. Il est là quand, à minuit, le visage de John est couvert de sueur et de larmes, et c'est sa main qui passe un gant froid sur son front. Pour une fois, John réussir à desserrer la mâchoire.

« Je n'arrive pas à me l'enlever de la tête, tu sais... », grogne-t-il comme un animal, en secouant lentement son visage.

« De quoi... ? », demande Sherlock d'une voix très basse.

« C'est que des flash, mais ça revient. On vient de toucher le sol et je suis au-dessus de Moriarty. J'arrive à me redresser et il me regarde. Il sourit. Il me sourit et il y a tout ce sang dans sa bouche. Sur ces dents. Je les vois. Rouges. Si rouges. Et je sais pourquoi il sourit, je sais pourquoi, je s... »

John est à bout de souffle. Il ferme les yeux, secoue la tête, sa mâchoire se paralyse à nouveau. C'est son inconscient qui le protège et refuse qu'il sorte ces mots trop durs pour être avoués.

« Pourquoi est-ce qu'il sourit ? », l'interroge Sherlock.

John rouvre ses yeux avec toute la peine du monde.

« Parce qu'il a compris. Parce qu'il aurait pu crever en tombant mais qu'il a été conscient encore quelques secondes, quelques secondes et il a compris, que toi et moi, que nous... »

La chaise de Sherlock racle le sol et son corps se penche vers John. Il le couvre de ses bras, embrasse ses yeux, ses tempes, son front et ses lèvres.

« Il n'a pas pu comprendre. », dit Sherlock.

John hausse lentement sa main encore alourdie par le plâtre et serre contre lui le corps du détective. Ils se tiennent l'un à l'autre, s'embrassent et se murmurent des mots sans en distinguer la différence. Les lèvres de Sherlock déposent des baisers aussi délicats que des prières, sur tout son visage, son cou. Chaque respiration qui se répercute sur sa peau murmure à l'âme même de John toute cette adoration qui les unit, tout ce qu'il fait qu'ils en sont là, maintenant. Tout ce que Moriarty n'a pas compris.

« Il n'aurait jamais pu comprendre. »

La bouche de John se referme mais cette fois, elle n'est pas âpre d'être remplie de souffrances indescriptibles. Sherlock repousse le livre que John n'a pas retiré de son lit en s'endormant, et prend place à côté de lui. John bouge comme il le peut pour lui faire de la place. Sherlock est trop grand, son corps se recroqueville maladroitement et sa main se pose sur le torse couvert du drap bleu qu'on retrouve dans tous les hôpitaux du monde.

John ferme les yeux et dans son esprit s'efface, lentement, l'image du visage de Moriarty, les yeux fermés, la bouche scellée.

« Reste avec moi. »

« Toujours. »

C'est au quatorzième étage du King's College Hospital, contre les lèvres de Sherlock qu'à partir de ce soir-là, John Watson ne gère plus.

Il vit.