Note : Fluctuat Nec Mergitur. Il est battu par les flots mais ne sombre pas.
Il y a tellement de choses à dire, à vous dire. Le 25 juin 2014, Gianandrea Noseda a dirigé l'orchestre de Paris sur Respighi, Bruch et Liszt. Depuis des mois déjà pourtant, l'envie d'écrire une case!fic était bien présente. Mais le projet ne s'est pas mis en place, les idées floues et les personnages sans but. À la place, Dans ta vie et dans ta chair s'est dessinée dans mon esprit. Les mois ont passé, l'envie s'est précisée. Entre la beauté étouffante de la musique et la grandeur de la salle remplie, les choses prennent forme : Si Brave et Si Tranquille sera l'histoire d'un meurtre commis lors d'un concert philharmonique.
Le plan se crée, les suspects aussi. Chacun a une place spéciale, dans le récit et dans ma vie. L'écho de certaines choses dont on ne parle pas. Et il y a ce thème principal qui devient un personnage à part entière, entre sexualité et enquête policière : le contrôle. Celui qu'on a sur les choses, celui que les choses ont sur nous. Celui qu'on a sur les autres, celui que les autres ont sur nous. Celui qu'on craint, celui qui nous échappe. Celui qu'on donne.
Si Brave et Si Tranquille est une histoire d'amour et de respect. Et rien de plus. Parce qu'il y a tant de façons d'aimer. D'aimer les autres et de s'aimer soi-même.
Vous êtes des milliers à avoir lu cette histoire. Une histoire qui a pris presque deux ans de ma vie. Une histoire corrigée à tour de rôle par trois personnes : Nathdawn et Kathleen Holson. Et Carbo Queen, que je remercie spécialement pour son temps, son énergie mais aussi pour son soutien, celui qui m'a aidé à me relever quand j'en ai eu le plus besoin.
Certaines et certains d'entre vous m'ont laissé une review ou un message privé. Et putain, comme je vous porte dans mon cœur. Parce qu'il y a écrire et publier. Et quand je publie, c'est comme si je parlais face à vous. Et si vous répondez, on crée un lien, autour d'une passion. C'est vraiment un luxe que je souhaite à tout le monde. Tout ici a été une merveilleuse aventure qui m'a permis d'apprendre et de connaître beaucoup de choses et de gens - dont certaines sont aujourd'hui de véritables amies. Maya Holmes, rencontrée au détour du chapitre 16, ce dernier chapitre est pour toi et pour ton anniversaire. Pour toutes ces choses qui nous unissent et pour être là, toujours. TMTC. Vraiment.
C'est sur SBST que, pour le moment, j'arrête d'écrire sur le fandom Sherlock BBC (REVIVAL JOSPIN 2002, DÉSO). Pour celles et ceux qui veulent me suivre, je vais me consacrer à mes projets Kingsman, à la lecture (si vous voulez me conseiller des fics ou vos fics, envoyez-les-moi par MP !) et aussi... à ma première histoire originale. Ça va me faire bizarre de ne plus écrire, de publier et d'avoir directement vos retours, mais c'est une nouvelle aventure dans laquelle je me lance avec plaisir.
Je finis cette note en vous exprimant toute ma tendresse d'avoir lu, d'avoir commenté et de m'avoir suivie dans cette histoire. Restez au top.
Merci, pour tout.
Il accélère, serre les poings qu'il balance autour de son corps et pose le pied sur la première marche :
« Sherlock ! », murmure John aussi fort que possible, le corps contorsionné pour tenter de voir le détective à travers la cage d'escalier.
Il remarque un bout de manteau noir flotter trois étages plus haut, avant que la tête bouclée ne fasse son apparition.
« Dépêche-toi ! »
John lève les yeux au ciel, ignore (encore) son souffle erratique qui brûle sa trachée à cause du froid et du fait que ça doit faire vingt minutes qu'ils courent, et se met à monter les marches quatre à quatre, puis deux à deux lorsque ses jambes lui ordonnent de ralentir.
En se réveillant ce matin, Sherlock et lui étaient persuadés de passer une nouvelle journée à interroger les joueurs du Crown Diamond sur leur connaissance commune assassinée en début de semaine. Tout ça pour une histoire d'argent, sans aucun doute, puisque Ronald Adair, 41 ans, a été tué d'une balle en plein torse vers 22h au pied de l'escalier de son immeuble, après être rentré du club où il avait gagné en une soirée pour plus de 12 000£. Sherlock s'est fait passer pour un nouveau joueur les premiers jours pour glaner assez d'informations et comptait trouver le coupable avant le weekend. Mais la chance leur avait souri lorsqu'un homme - dont ils n'avaient pu voir les traits exacts - s'était enfui en courant, en les voyant à l'entrée du club très privé. C'est lui qu'ils pourchassent maintenant, jusqu'à ce parking en plein air où John sent tous les muscles de son corps souffrir à chaque nouveau pas.
Les étages défilent et bientôt John n'entend plus que ses pas dans la cage d'escalier. C'est fou comme Sherlock n'est pas particulièrement sportif mais à quel point l'adrénaline suffit à lui donner des faux airs d'Usain Bolt. Y'en a qui courent pour fuir le danger, ça existe quelque part sur terre. C'est juste que Sherlock et John ne sont pas de ces gens-là. Le médecin plonge une main dans la poche de sa veste et lâche une insulte contre lui-même en réalisant que son colocataire a pris son arme, sans qu'il ne s'en rende compte. Et comme s'ils étaient mentalement connectés, il entend à l'étage du dessus des coups résonner.
Il accélère sur les dernières marches, pousse la porte jaune et se précipite contre le mur à côté de Sherlock qui attend que celui qu'ils poursuivent arrête de tirer pour tenter de le viser à son tour.
« Probabilité de nos chances de survie ? »
« Moyennes. Il ne lui reste plus que deux balles. »
« Je dirais plutôt hautes alors. », se réjouit John, en sortant déjà son téléphone pour prévenir Lestrade qu'ils ont arrêté le meurtrier d'Adair.
Sherlock hausse un sourcil, enfonce sa main gantée dans la poche intérieure de la veste en toile de John et en sort sa carte bleue qu'il pince de deux doigts avant de la laisser dépasser du pan de mur derrière ils sont réfugiés. Une détonation et Sherlock rend à John ce qu'il reste de sa carte qui n'était déjà pas bien grande à la base. Au moins, il ne lui reste plus qu'une balle.
Ils regardent autour d'eux pour tenter de comprendre le plan de l'étage, pour attraper le meurtrier. John a peut-être une idée, alors il ouvre la bouche, se tourne vers Sherlock et les deux se figent. Ils entendent le bruit d'un moteur qui gronde et ça, ce n'était pas prévu. Sherlock fait un pas sur la gauche, lève l'arme à la hauteur de son regard, tend les deux bras et tire un premier coup qui ricoche contre l'enjoliveur, un deuxième contre la portière arrière et la voiture grise tourne derrière un mur épais sur lequel est écrit Sortie.
« Putain... », soupire John en rejoignant Sherlock au milieu du passage.
Il passe sa main sur sa mâchoire, regarde autour d'eux les impacts de balles et sort cette fois son téléphone de sa poche. Un simple message à Lestrade pour lui donner leur position puis ils se posent contre le capot d'une voiture en attendant. L'alarme s'enclenche. L'attente va être longue.
« Vous ne pouvez pas le décrire ? »
« Entre un mètre soixante-dix et un mètre quatre-vingt. Un jean noir et des chaussures épaisses. Une veste grise et un bonnet de la même couleur. Moins de quarante ans vu la souplesse de ses gestes... », peste Sherlock, lui qui n'a pas plus d'indices à donner à Lestrade.
Il y a Elena et Lucy de la balistique autour d'eux qui extraient avec minutie le reste d'une balle incrustée dans le mur. D'une main, John déconseille à un bleu de s'appuyer contre la Ford au système de sécurité capricieux et Lestrade croise les bras contre son torse :
« Alors, il vous a vus à l'entrée du Crown Diamond et s'est juste enfui ? »
« Il me connaissait. », réfléchit tout haut Sherlock en scrutant les gestes d'Elena.
« Ça sera simple de demander plus de renseignements au club, peut-être des joueurs l'ont vu partir en courant et nous donneront son nom. »
« Oui parce qu'il est assez intelligent pour m'échapper mais assez stupide pour donner son vrai nom ; réfléchis, Gregory, je t'en prie. », grogne Sherlock en levant les yeux au ciel, la main déjà tendue pour récupérer le petit sachet en plastique présenté par la policière.
« On dit il mais on ne sait même pas si c'est un homme ou une femme... », intervient John en s'approchant du petit groupe.
Lestrade fronce les sourcils et jette un œil à Sherlock qui n'esquisse pas un semblant de réponse. Ils n'en savent rien, c'est vrai et ça les conforte un peu plus dans l'idée qu'il faudrait qu'ils commencent à prendre cette histoire au sérieux.
« Je pense qu'on en sait plus que prévu sur notre meurtrier... »
Sherlock tend entre Gregory et John le sachet où ont a été récupéré ce qu'il reste d'une des balles, un sourire fasciné aux lèvres.
« Tu penses que six impacts de balles vont nous suffire à trouver qui est le salaud derrière tout ça ? », demande le DI, apparemment bien peu impressionné.
« Oh non, Gregory, nous n'avons pas six impacts de balles dans cette pièce, mais sept. », conclut Sherlock en s'approchant d'un pas, avant de coller le sachet contre l'épaule droite de John qui sursaute, le flash de l'image de sa cicatrice la plus récente agressant ses yeux. « Balle chemisée à bout rond de 7,62mm. Un type de balle typiquement militaire que John a connu de très près il y a quelques mois. »
« Sherlock... », souffle John en regardant les morceaux de cupronickel en miettes posés contre sa veste.
« Tu penses que... », commence Lestrade en ouvrant grand les yeux, mais Sherlock les interrompt tous deux, le visage illuminé par une satisfaction extrême qui étire ses lèvres.
« Que le meurtrier de Ronald Adair est la même personne qui a tiré sur Philipp Sherrer et John ? Affirmatif. Eh bien, qui aurait pu croire qu'une banale histoire de jeux de cartes truqués serait aussi réjouissante ? »
Au rez-de-chaussée, il y a l'aspirateur de Mrs. Hudson qui grogne avec mollesse. Au premier étage, dans la chambre du bout du couloir John finit de faire son sac. Il ne sait pas bien combien de temps Sherlock et lui vont partir pour le nord de l'Angleterre, là où le meurtrier de Philipp Sherrer et Ronald Adair a été vu hier matin. Il ne leur faisait pas peur au début, jusqu'à ce qu'ils comprennent son lien avec Moriarty - qui, bien qu'étant présentement en cendres dans une petite boîte somme toute assez kitch, reste un nom auquel ni John ni Sherlock n'aime à penser. John tire sur la fermeture éclair et pose le sac près du chauffage avant de quitter la pièce. Dans le salon, il rejoint Sherlock qui range des papiers - qui n'ont sans doute aucun lien avec l'enquête en cours mais John ne se préoccupe plus de ce genre de détails. L'esprit du détective est assez vaste pour se concentrer à la fois sur un double homicide, la composition chimique d'un rouge à lèvre et le feu qu'il maintient en vie dans la cheminée depuis le début de la soirée. John s'approche jusqu'à son fauteuil dans lequel il se laisse tomber en poussant un long soupir.
« Ça va ? », demande Sherlock en le regardant par-dessus son épaule.
« Oui. Juste un peu de fatigue. »
« Nous partons demain à 5h. », lui répète-t-il, de peur que John ait une demande bassement humaine comme avoir une nuit de sommeil complète ou toute autre chose tout aussi futile.
« Ça ira. », confirme le médecin en hochant la tête.
Sherlock pose la pochette qu'il a remplie de tickets de caisse à la droite de son bureau et vient à son tour s'asseoir près de la cheminée. Il s'installe dans son fauteuil et accepte sans un mot les pieds que John pose sur ses genoux. John, lui, a fermé les yeux, sa tête soutenue par son poing. Les jambes tendues, il se soulage un peu des courbatures nées de leur course-poursuite après le meurtrier, la veille. La prochaine enquête ne s'annonce pas simple. Ce n'est pas quelque chose qu'ils retiennent particulièrement. En attendant, John profite encore de la chaleur de leur salon, du thé qui l'attend sur la petite table en bois à sa droite et de la main de Sherlock qui a glissé sous sa chaussette pour caresser sa cheville avec douceur.
Au premier étage du 221B de Baker Street, tout est pareil. Au détail près que tout est différent. Et le quotidien se construit ainsi. Il s'articule autour d'un amour qu'on n'exprime pas par les mots mais par les gestes. Par les regards et par les corps. Par le lâcher-prise et par la confiance. Et même si beaucoup de choses ne se contrôlent pas, il y a le reste. Un monde sans forme et sans limite où se cachent l'imprévu et toutes ces choses qui font la vie. Celle que John embrasse chaque jour et chaque nuit. Sans plus jamais tenter de la dompter.
Il glisse les doigts à l'intérieur de son pull à col roulé et frotte doucement sa peau de ses ongles.
John Watson n'a plus peur de demain et d'ailleurs, puisqu'aujourd'hui et pour toujours, il y a Sherlock Holmes.
