Quand, le lendemain, Elendil vint me secouer, le soleil brillait dans le ciel. Je fus évidemment furieuse contre moi-même… Mais Elendil, venu peu après l'aube, avait pris le parti de veiller sur le Semi-Homme et de me réveiller en cas de besoin… Besoin qui ne s'était nullement fait sentir. Alors nous continuâmes à discuter en elfique, à mi-voix. D'Imladris, et de tous nos projets, ainsi que de nos préoccupations quant à l'Anneau… Finalement, le Seigneur Elrond entra dans la pièce, et simultanément, nous allâmes tous deux le serrer dans nos bras. Puis il s'intéressa au Semi-Homme, vérifia minutieusement sa blessure et décréta que son état s'améliorait. Nous allâmes alors prendre le petit déjeuner : pain beurré, fromages, pommes et autres fruits, ainsi que du poisson et des oeufs, exceptionnellement, pour les Semi-Hommes. Je mangeais avec appétit, tout comme Ellerina et Elendil, et quand nous eûmes terminé le repas, il déclara :

« Il faudrait envoyer des messagers aux autres peuples… Un Conseil doit avoir lieu, afin de décider du sort de l'Unique… »

Je me désignai pour partir à Vertbois, et Elendil m'y accompagna, notre père n'acceptant pas de me laisser partir seule. Puis nous partîmes, avec Ellerina et d'autres messagers de notre père, vers l'extérieur, et pour moi, le Royaume Sylvestre…

Un voyage long, à cheval, voilà ce dont je garde le souvenir. Un voyage agréable aussi. Parfois, pour nous reposer sans nous arrêter, nous montions tous deux sur un seul des deux chevaux, et l'un de nous s'endormait ainsi, bercé par le galop, blotti dans les bras de l'autre, qui galopait, enserrant le corps de l'autre de ses bras, tenant en main la bride de l'autre équidé. Un frère et une sœur… Un voyage instructif, car nous découvrions la Terre du Milieu autrement que sur nos cartes et dans nos livres… Un voyage plein de joie et de bonne humeur, de discussions et de rires. Un voyage comme j'en ai rarement vu. Un voyage qui, si celui pour l'Anneau était enfer, n'était que paradis. Un voyage qui me parut trop court, déception vite oubliée quand nous pénétrâmes dans la citadelle sylvestre.

Des arbres partout, luxuriants, aux couleurs vertes lumineuses et tendres. De nombreux fruits de toutes couleurs aux branches des arbres, et une architecture stylisée, à l'évidence toute récente. Nous entrâmes côte à côte dans la ville, nos chevaux, une jument gris perle très pâle et un étalon alezan, marchant au pas, flanc contre flanc. Mis à part un ou deux monstres, nous n'avions fait aucune mauvaise rencontre, et nous les avions, à deux, chassés sans trop de peine. Enfin, nous arrivâmes au palais et je m'inclinai devant Thranduil, roi des Elfes Sylvestres, Seigneur de Vertbois et… Mon père. Après une révérence, et un salut courtois d'Elendil, nous apportâmes au roi les nouvelles, et il appela Legolas, qui, représenterait, ainsi que trois autres elfes, le royaume. Mon frère ne broncha pas, me saluant poliment, ainsi qu'Elendil, souriant d'un sourire accueillant, ne montrant pas qu'il me connaissait très bien… Nous réglâmes alors les derniers détails et nous apprêtâmes à prendre congé, quand Thranduil me saisit par le poignet, avant de demander, troublé :

« Nous sommes-nous déjà rencontrés, jeune elfe ? »

Elendil, à mes côtés, se raidit imperceptiblement. Legolas de même. Je ne sais pas pourquoi j'ai fait cela, mais je mentis effrontément, très crédible, maîtrisant ma voix avec peine :

« Je ne pense pas avoir déjà eu cet honneur, sire. Je suis la fille du Seigneur Elrond et n'avais jamais quitté Imladris auparavant… »

Mais en réalité, je ressemblais beaucoup à ma mère, Yavana. La même peau dorée par le soleil, les mêmes cheveux bruns soyeux, les mêmes yeux chocolat en amande… Mais Thranduil, bien que peu convaincu, murmura :

« Si vous le dites… Votre nom ? »

« Morwën, majesté. »

Et un mensonge de plus… Morwën était le prénom de ma meilleure amie, non le mien… Nous prîmes enfin congé et quittâmes la cité à grande allure, ne regagnant la Vallée Cachée que deux jours plus tard, après cinq jours de chevauchée, pour moi et Elendil. Là, nous eûmes le plaisir d'apprendre que le Semi-Homme étant réveillé et à peu près rétabli, le Conseil pourrait avoir lieu dans l'après-midi. Ellerina et les autres délégations arrivèrent peu après, accompagnées des Hommes du Gondor, et des Nains. J'eus également le plaisir de retrouver un de mes mentors, Mithrandir, et finalement, fus invitée au Conseil, ainsi qu'Arwen, Ellerina et Elendil, décision que le Seigneur Elrond, par la suite, regretterait amèrement…

Nous nous séparâmes donc, et allâmes nous baigner, nous habiller et nous sustenter… Puis, vêtue de frais, je me promenai d'un pas lent dans la cité, jusqu'à la Salle du Conseil. Les elfes de Vertbois étaient déjà présents, et je serrai encore une fois Legolas dans mes bras, avant de rejondre ma place, en retrait du Seigneur Elrond, à sa droite, près d'Elendil. Puis le Semi-Homme arriva, accompagné de Mithrandir, et les Hommes du Gondor s'installèrent. Alors le Conseil commença.

« Un Anneau pour les gouverner tous. Un Anneau pour les trouver. Un Anneau pour les amener tous, et dans les ténèbres les lier, au pays du Mordor où s'étendent les ombres… »

Tandis que le seigneur Elrond prononçajt l'inscription de l'Anneau, je frissonnai. Heureusement, nul ne s'en aperçut, sinon ma sœur, qui de sa place à gauche du Seigneur Elrond, me sourit en signe d'encouragement… Soudain, je me rendis compte qu'en très peu de temps, la situation avait dégénéré. J'entendis Boromir proposer d'utiliser l'Anneau contre Sauron, puis Aragorn lui répondre que nul en ce Conseil ne pouvait maîtriser le pouvoir de l'Unique… Et Boromir rétorquer :

« Qu'est-ce qu'un… Rôdeur sait de ces choses-là ? »

Alors, je vis la colère crisper les traits de Legolas, Arwen, Ellerina et Elendil, mais je fus la plus rapide, et me levant d'un bond, je fis d'un ton tranchant :

« Ce n'est pas un simple Rôdeur. C'est Aragorn, fils d'Arathorn. Vous lui devez serment d'allégeance ! »

« Le Gondor n'a pas de roi, et il n'en a pas besoin ! Quand à votre présence à ce Conseil, je la réprouve, femme ! »

Le mot avait cette consonance si péjorative, avec lui… Je repris, d'un ton calme et froid :

« Vous n'avez pas le pouvoir de décider. Ni de la présence ou non d'Aragorn sur le trône du Gondor, ni de ma participation à ce Conseil… »

« Havo dad, Laurelin… » fit calmement Estel. Et j'obéis, sous le sourire goguenard de Boromir, gardant les yeux fixés dans les siens. La tension était palpable au Conseil… Puis le Seigneur Elrond ajouta :

« L'Anneau doit être détruit. »

« Alors détruisons-le ! » lança un nain, qui se leva alors, abattant sa hache sur l'Anneau. Celle-ci vola en éclats, sous les sourires moqueurs des autres elfes. Moi, je trouvais qu'il était courageux de tenter cela, car nul n'aurait pu dire ce qui lui serait arrivé…

« L'Anneau ne peut être détruit, Gimli fils de Gloïn, par aucun moyen en notre possession… Il fut forgé par Sauron dans les flammes de la Montagne du Destin, et il n'y a que là qu'il puisse être détruit. »

Boromir alors ajouta ses paroles démoralisantes concernant le Mordor, mais Legolas se leva :

« N'avez-vous pas entendu le Seigneur Elrond ? L'Anneau doit être détruit ! »

« Je préfère mourir que voir cet Anneau entre les mains d'un elfe ! » rugit Gimli.

Je ne pus m'empêcher de lancer un certain nombre de mots en langue des Hommes que je ne reporterai pas ici de peur qu'ils choquent nos lecteurs, tandis que Nains et Elfes se levaient, calomniant et insultant de plus en plus. Alors le Semi-Homme, Frodon, se leva, et, l'air effaré par cette bataille, lança :

« Je vais le faire ! Je vais le faire ! Je vais porter l'Anneau en Mordor… »

Tous s'arrêtèrent aussitôt, surpris de tant de courage du Semi-Homme, tandis que Gandalf, le visage fermé, une expression douloureuse sur le visage, gardait les yeux fermés. Je ne pus m'empêcher de craindre pour ce petit Homme, qui ne savait rien du monde extérieur et des batailles… De plus, il n'était pas encore complètement rétabli…

« Bien que… Je ne connaisse pas le moyen… » finit Frodon… J'eus de la peine pour lui. Il réalisait tout juste l'ampleur de la tâche qui désormais serait sienne…

« Et je vous aiderai à porter ce fardeau, Frodon Sacquet, tant que vous aurez à le porter… » fit Gandalf alors, souriant avec difficulté au jeune Hobbit.

Alors Estel, héritier d'Isildur et du trône du Gondor, Grands-Pas, Aragorn, se leva et alla s'agenouiller devant le jeune Semi-Homme et prit ses mains dans les siennes, fixant ses prunelles dans celles du Hobbit :

« Si par ma vie ou ma mort, je peux vous protéger, je le ferai… Mon épée est vôtre. »

« Et mon arc est vôtre ! » ajouta mon frère.

Je fermai les yeux, me mordant la lèvre jusqu'à sentir un goût métallique dans ma bouche. Mon frère partait… Legolas… Non… A côté de moi, Ellerina et Arwen restaient là, figées, craignant pour nos deux amis, frères, compagnons de toujours… Une larme roulait sur la joue d'Arwen, qu'elle essuya rageusement. Ellerina, elle, était plongée dans un apparent mutisme, mais dans ma tête résonnait son cri mental de désespoir… Je coupai vite le lien, submergée par cette souffrance, prête à sombrer…

« Et ma hache ! » conclut Gimli.

Cette phrase me ramena à la réalité, et je n'hésitai qu'une seconde avant de me lever, Ellerina, Elendil et Arwen faisant de même dans une synchronisation parfaite. Alors d'un même mouvement, nous allâmes nous poster devant le Semi-Homme. Agissant la première, Ellerina murmura :

« Et un deuxième arc se joindra à vous, ainsi que la Nature… »

Autour d'eux, quelques volutes de lierre et de vigne sortirent du sol, et le soleil sembla briller davantage… Puis ce fut le tour d'Elendil. Je dus réprimer un cri de protestation. Je ne voulais pas qu'il parte, c'était trop risqué !

« Ma lame est vôtre, Frodon Sacquet… Et si je dois mourir pour vous protéger, je le ferai. »

Je lui enjoignis silencieusement de se taire, et tandis qu'il se postait près de Legolas et d'Ellerina, posai un genou au sol, avant de prendre ses mains dans les miennes. Enfin, je murmurai d'une voix douce :

« Vous êtes petit, Frodon Sacquet, mais vous êtes courageux… »

« J'aj peur, je suis terrifié, pas courageux… »

« Le courage n'est pas de ne jamais avoir peur… Il s'agit d'affronter nos peurs pour ceux que nous aimons… Jeune Semi-Homme, sachez que peu importe l'endroit, ou le temps, nous serons tous là… »

Je posai ma main sur son cœur, puis indiquait les différentes personnes à ses côtés. Enfin, je finis :

« Mes dagues sont vôtres. Et si pour vous protéger je dois mourir, alors je le ferai… »

Et Arwen fnit, tandis que j'allai me poster entre mes frères avec Ellerina :

« La lumière de l'Etoile du Soir vous accompagnera toujours, Frodon Sacquet, quelque soit l'épreuve… Alors ne désespérez pas… Car l'Espoir est la dernière chose qui s'éteint dans le cœur des Hommes… »

Et elle se posta près d'Aragorn. Le Seigneur Elrond nous fixa tour à tour, et je vis que ses yeux brillaient de larmes contenues. Il voyait partir deux de ses enfants, et trois autres qu'il avait élevés comme tels, en comptant Estel… Puis Boromir se joignit à la Compagnie, ainsi que Sam, Merry et Pippin, les Hobbits. Finalement, mon père adoptif déclara, maîtrisant le tremblement de sa voix :

Treize compagnons… Vous formerez la Communauté de l'Anneau… »

Puis le Conseil prit fin, et chacun s'éloigna de son côté. La plupart allèrent se préparer et j'allais les rejoindre, quand je vis le Seigneur Elrond s'éloigner rapidement par les chemins cachés. Je décidai alors de le suivre et vis que ses épaules tremblaient sous l'effet de ses sanglots… Je m'approchai alors et le pris dans mes bras, en silence, des larmes silencieuses coulant également sur mes joues.

« Ne partez pas… Cette quête n'est pas la vôtre… » supplia-t-il, en parlant d'Elendil, Arwen, Ellerina et moi. Les larmes dans sa voix et ses pleurs qui trempaient mes cheveux faillirent me faire craquer, mais je murmurai :

« Ada, cette quête est aussi la nôtre… Nous reviendrons tous. Je te le promets. Tout ira bien. »

Mais je ne savais pas encore à quel point la vie me détromperait cruellement, sur ce dernier point… Il me serra alors contre lui, les yeux pleins de larmes, et je lui rendis avec force son étreinte… Puis j'allai me préparer et revins pour le Départ… Là, notre père nous enlaça une dernière fois, serrant son fils dans ses bras, et il murmura à chacun de nous, après nous avoir relâchéss :

« Revenez-moi tous… »

Alors une larme solitaire roula sur ma joue, tandis qu'Arwen, serrée contre Estel, fondait en larmes et cachait sa tête dans son épaule… Elendil tremblait un peu, et Ellerina pleurait également en silence, mais nous essuyâmes nos larmes d'un air rageur et je murmurai en retour, déterminée :

« Nous reviendrons tous ! Je le promets ! »

LEXIQUE :

Havo dad : Assieds-toi/ Asseyez-vous