Nous galopons. Trois jours maintenant. Nous suivons Gandalf, qui de nous tous, est celui qui connaît le mieux cette Terre. Je reste au niveau d'Ellerina, Elendil et Arwen, et nous passons de longs moments à discuter. De nous, de cette Terre, du Choix qu'il va nous falloir faire : partir pour Valinor, ou rester en Terre du Milieu… Et la nuit, nous mettons en place, avec Legolas et Aragorn également, le système qui nous permet, à tour de rôle, de nous reposer. Toujours les mêmes duos, généralement. Aragorn et Arwen, mais qui ne s'en doutait pas, Ellerina et Legolas, notre frère, et enfin, Elendil et moi. Gimli se mêle également souvent à nos conversations, et nous parle de son Royaume, sous la Montagne… J'apprends beaucoup de choses sur son peuple, et leurs travaux. Les mines d'or, d'argent et de pierres précieuses, les grandes salles, l'entraide des nains… Boromir, lui, reste dans son coin, ne parlant que peu, et, avec moi, seulement par monosyllabes, mots acerbes et insinuations perfides… Les Semi-Hommes se côtoient tous, parfois nous rejoignent, surtout Merry et Pippin, et Gandalf à l'avant reste seul.
Et, à l'aube du quatrième jour, il s'arrête, et nous pouvons, près d'un monticule de pierres dans une grande prairie, prendre un peu de repos. Alors, Boromir tente d'apprendre aux Hobbits à se défendre. J'observe Merry et Pippin en souriant. Ils sont attachants… Mais je regrette que Boromir, si agréable et sincère avec la plupart, soit si vil avec moi et si mesquin avec Aragorn… Je jette un coup d'œil alentour, pour surveiller le reste de la Communauté : Sam prépare à manger, en compagnie d'Ellerina, Aragorn observe la leçon d'escrime en riant et Elendil parle avec Gimli. Gandalf et Frodon, tous deux dans leur coin, semblent soucieux. Soudain, alors que les deux Semi-Hommes se jettent sur Boromir en riant, je vois un nuage, au loin. Legolas et Elendil l'ont également remarqué. Ellerina, qui lève à ce moment la tête, l'aperçoit. Et Aragorn, averti par Arwen, également. Alors, Gimli déclare d'un ton bourru :
« Juste un petit nuage… »
« Qui avance vite, et contre le vent. » murmure Elendil.
« Des Crébains du pays de Dain ! » hurle Legolas en signe d'alarme.
Alors, tout s'accélère. Ellerina éteint vite le feu, attrape Sam et se cache sous les pierres. Aragorn et Frodon, ainsi qu'Arwen, de même. Boromir prend Merry, et Legolas s'occupe de Pippin. Gimli est caché, Gandalf camouflé. Alors j'attrape le bras d'Elendil et nous nous jetons dans la pénombre du monticule de cailloux. Juste à temps, car les oiseaux, espions de Saroumane, passent à cet instant…
Nous attendons un moment, puis quand ils s'éloignent au loin, Mithrandir nous déclare :
« Des espions de Saroumane… »
Encore, toujours lui. Déjà avant qu'il ne trahisse, il y a soixante ans, quand il est venu ainsi que Galadriel à Imladris pour réunir le Conseil Blanc afin de parler à Gandalf, qui passait là avec la Communauté de Thorin Ecu-de-Chêne dans le but de faire traduire par mon père adoptif une carte, je ne l'appréciais pas. Je l'ai toujours trouvé prétentieux, peu à l'écoute du monde qui l'entourait. Il m'énervait. Mais là, il me donnait des envies de meurtre.
« Je vais me le faire celui-là ! »
Et Gandalf d'ajouter :
« Le passage par le sud est surveillé. »
Je dus retenir une réplique brûlante de sarcasme, évitant de lui cracher : « Non, vous avez trouvé cela tout seul ? Apprenez-moi donc, maître ! ». Mais la suite me fit bondir :
« Nous passerons par le Col de Caradhras ! »
« Gandalf, les Semi-Hommes mourront de froid ! »
Gimli alors proposa de passer par les mines de la Moria, royaume de son cousin. Mais j'avais un mauvais pressentiment. Je me rapprochai d'Elendil, et murmurai quelques mots à son oreille. L'air préoccupé, il fit un signe de tête affirmatif et je fus très inquiète. Dans les deux cas, il y aurait des difficultés… Alors, Gandalf lança :
« Non, maître Gimli, je n'emploierai ce passage que si je n'ai pas d'autre solution ! »
Alors il se remit en route, vers la montagne, un peu plus loin. Gimli boudait. Je m'inquiétais. Elendil réfléchissait. Et les Semi-Hommes marchaient, sans se plaindre… J'admirais leur courage. Nous marchions également, pour ne pas épuiser les chevaux, mais je ne pus les laisser plus longtemps lutter, quand nous entamâmes l'escalade de la montagne. Etant elfes, nous ne nous enfoncions pas dans la neige, mais les petits Hommes en avaient jusqu'à la taille… La tempête faisait rage, et une voix mauvaise tonitruait dans la montagne. J'avais perché Merry et Pippin sur mon cheval, Sam et Frodon étaient près d'Aragorn, et nous veillons sur eux, quand je compris. La voix danss l'air, celle de Saroumane. Qui tentait de déclencher une avalanche… Je n'eus que le temps d'enrouler les rênes autour de mon bras, de dire aux Semi-Hommes de s'accrocher, tout comme Elendil et Ellerina, à mes côtés, et de me jeter vers la paroi, le plus loin possible du vide, quand une épaisse couche de neige nous frappa de plein fouet. Alors tout devint noir.
Je n'émergeai que quelques minutes plus tard, le visage froid, et fouillai du regard les alentours, l'air inquiet. Personne. Alors, j'aidai ma jument à se relever, entraînant dans le mouvement les deux Semi-Hommes, tandis qu'Ellerina et Elendil refaisaient surface à leur tour. Legolas sauta d'un bond souple hors de la Neige, et une lueur sous l'épaisse couverture blanche nous fit remarquer Gandalf. Un Gimli à moitié transformé en glaçon fut tiré de la neige par mon frère, et j'aperçus Frodon et Sam non loin. Frodon maintenait avec soin l'Anneau contre lui, ne voulant pas perdre le Destin de notre Âge. Et je le comprenais. Mais en faisant une addition, ajoutant Boromir qui venait de réapparaître, je me rendis compte qu'il manquait quelqu'un. Oh non, pas ça… J'avais promis que nous rentrerions tous… Je me précipitai vers la falaise, ainsi qu'Aragorn et Elendil, qui en étaient arrivés aux mêmes conclusions. Là, suspendue au-dessus de l'abîme sur une mince saillie rocheuse, Arwen gisait évanouie. Alors, sans nous consulter, nous fîmes une échelle : Aragorn en haut, tenant Elendil, qui m'assurait moi. Je pris délicatement ma grande sœur dans mes bras, et ils me remontèrent. Awen commençait alors à remuer, mais je ne pus m'empêcher de penser à ce qui aurait pu se produire si elle n'était pas tombée sur la corniche, ou si la neige n'avait pas amorti le choc… Une fois de plus, je maudis Saroumane.
« Cet Istar va payer pour tout le mal qu'il a déjà fait, je le jure ! »
Puis Elendil affirma à voix haute ce que nous pensions tous, même si certains, comme Elendil ou moi, ayant fait des recherches à Imladris sur le Monde. Et ce passage était de ceux qui nous avaient marqués. Mais Gandalf s'obstina :
« Non, il faut continuer ! »
Alors, j'explosai, envoyant tous les Istari à Morgoth parr la route la plus rapide, et criai à Gandalf :
« Mithrandir, à la fin, que cherchez-vous ? Que nous nous tuions ? Parcce que si tel est le cas, vous êtes en bonne voie pour réussir ! La chance qu'a eue Arwen ne se reproduira pas ! Cette fois, j'approuve Gimli, passons par la Moria ! »
Alors le magicien me regarda, et nous continuâmes mentalement cette conversation. Moins les Semi-Hommes en sauraient sur le Balrog, mieux la Communauté se porterait.
Laurelin, tu sais ce que cache cette Mine…
Oui, je le sais. Mais nous n'avons plus le choix. Gandalf, aucun des deux choix n'est enviable… Mais si nous passons par le Col, alors les Hobbits n'y survivront pas. Regardez-les…
Finalementt, Mithrandir demanda l'avis du Porteur de l'Anneau et nous redescendîmes, vers les Mines de la Moria. Aragorn, sous le choc, serrait toujours l'Etoile du Soir contre lui, et sérieusement ébranlée, je m'étais rapprochée d'Elendil. Je tremblais. Non pas de froid, bien sur, mais de peur…. Finalement, mon ami me serra contre lui, je souris nerveusement et me calmai, peu à peu. Enfin, nous arrivâmes devant les Portes de La Moria, et là, il nous fallut relâcher les chevaux…. Je murmurai quelques mots à l'oreille de ma monture, ma compagne de toujours, ma Lune, et l'envoyai vers la Lorien. De là, je pourrais facilement l'appeler. Elendil, Aragorn et Ellerina firent de même, ainsi que Legolas. Le poney de Sam les suivit, et bientôt, nous nous retrouvâmes seuls, devant la porte du Royaume de la Moria. Porte close. Et, tandis que j'observais l'énigme en elfique qui ornait le linteau, j'entendis des cailloux tomber dans l'eau…
« Dites ami, et entrez… »
Mais au même moment, la surface de l'eau se rida. Lançant un regard furieux aux deux Semi-Hommes, je sortis mon arc, encochai une flèche, et tandis que le monstre émergeait :
« Si jamais on s'en sort, je vous jure que je vous tue ! »
