Bientôt, nous nous retrouvâmes seuls, devant la porte du Royaume de la Moria. Porte close. Et, tandis que j'observais l'énigme en elfique qui ornait le linteau, j'entendis des cailloux tomber dans l'eau…

« Dites ami, et entrez… »

Mais au même moment, la surface de l'eau se rida. Lançant un regard furieux aux deux Semi-Hommes, je sortis mon arc, encochai une flèche, et tandis que le monstre émergeait :

« Si jamais on s'en sort, je vous jure que je vous tue ! »

La bête qui émergea alors semblait être une énorme pieuvre. Je commençai à décocher mes traits, Ellerina, Legolas et Elendil tirant à mes côtés. Je nous félicitai d'avoir fait partir les chevaux, le dernier, celui d'Arwen, disparaissant d'ailleurs au loin, caché même à la vue des elfes de notre Compagnie. Tout en tirant, je réfléchissais à l'énigme. « Dites ami, et entrez… » Flèche. « Entrez… » Une nouvelle plume près de ma joue. La tension de la corde sur mes doigts… « Dites ami… » Un nouveau trait disparut dans la chair de la bête, de moins en moins visible de par l'obscurité. « Ami… » Je fronçai les sourcils. « Dites ami… » Mais bien sûr ! Je courus alors près de la porte et murmure : « Mellon… ». Aussitôt, la porte de pierre tourna sur ses gongs, et j'appelai les autres.

« Vite, dans la Mine ! »

Je revins les aider, tandis que nous reculions vers l'entrée, mais soudain, alors qu'il ne restait que Frodon et moi à l'extérieur, celui-ci fut attrapé par la cheville et emmené vers la créature ! Je lançai un cri d'alerte, sortis mes dagues et me précipitai, criblant de coups de poignard le tentacule. Elendil vint m'aider, tandis qu'Aragorn, Legolas et Ellerina repoussaient le monstre avec l'aide de Boromir. Enfin, nous nous réfugiâmes tous dans la Mine, mais la bête fit s'effondrer l'entrée. Coincés ! Alors, je sortis mon pendentif. Une très fine chaîne d'argent ciselé, qui supportait un cristal d'opale, quasi transparent. Celui-ci émettait de la lumière… Ellerina repêcha également le sien, une améthyste, projetant de nouvelles ombres sur les parois. Legolas, le bras tendu devant lui, son cristal blanc étincelant, rajouta un peu d'éclat à la scène sombre. Gandalf, lui, pointa son bâton, qui émit une lumière, vers le fond de la Mine, et nous avançâmes. Mithrandir nous ouvrait la route, puis Aragorn et Arwen de suivre. Les Hobbits, au milieu, étaient protégés d'un côté par Legolas et Elendil, que je voyais discuter en me jetant de temps à autre un regard, et de l'autre par ma sœur Ellerina, ainsi que par moi-même. Gimli et Boromir fermaient alors la marche. Mais au fil des couloirs, nous faisions de macabres découvertes… Et Ellerina lâcha alors à voix basse et triste :

« Ce n'est pas une Mine… »

Le Nain, qui vantait déjà l'hospitalité de son cousin, s'arrêta brusquement. Je me mordis la lèvre. Mauvaise habitude, mais qu'y voulez-vous… Je murmurai alors :

« C'est un tombeau… »

En effet, partout, des corps jonchaient le sol. Des nains, des orcs. Et au lieu d'un bon accueil, seulement la tristesse, et le deuil… Je baissai la tête. Arwen murmura quelque chose à Aragorn, les yeux brillants de tristesse. Gimli, le visage figé, regarda autour de lui… Boromir gardait le silence. Les Hobbits, les yeux écarquillés, n'ayant jamais vu de morts de bataille auparavant, sous le choc, étaient pour une fois muets… Et mes frères, le visage impassible, avaient de la peine dans les yeux. Quant à Ellerina, sa main, crispée dans la mienne, me serrait si fort que des fourmis apparaissaient au bout de mes doigts…

Puis, au bout d'une demi-heure, à peu près, au loin, nous aperçumes une salle, qui au centre, comportait un cercueil de marbre… Je vis Gimli se précipiter vers ce caveau et tomber à genoux au pied du monument funéraire. Nous le rejoignîmes, et Elendil lut :

« Ci-gi Balin, Seigneur de la Moria… »

Gimli sanglota un peu plus encore, et je posai délicatement ma main sur son épaule en signe de réconfort. Je murmurai doucement une bénédiction elfique, et baissai doucement la tête. Puis j'attrapai la main d'Ellerina, et celle d'Elendil, et les serrai, fort. Je tenais tellement à eux…. Nous étions un trio, tous ensemble, là était notre place… Et si je les perdais, je ne saurais continuer. Ils étaient tout pour moi… J'écoutais Mithrandir lire le Livre des nains de la Moria, où étaient consignés leurs derniers moments, en frissonnant.

Les Tambours viennent des profondeurs. Ils arrivent. Nous ne pouvons plus sortir…

Soudain, une énorme cacophonie de pierre et de métal en chute libre résonna dans la pièce, brisant le moment de recueillement. Je jetai un regard derrière moi, et soupirai. Pippin, toujours lui, qui avait réussi à faire tomber un squelette en armure avec un poids de pierre dans un puits… Gandalf, furieux, marmonna :

« Jetez-vous dedans la prochaine fois, cela nous débarrassera de votre stupidité ! »

Mais il y avait plus important… Mon ouïe elfique révélait le résonnement des tambours sous nos pieds, une petite vibration dans le sol. J'avertis vite la Communauté, puis sortis mon arc, tandis qu'Aragorn et Boromir bloquaient la porte… Et finalement, des pas firent trembler le sol…

« Ils ont un troll des cavernes ! » murmura Aragorn, tandis que nous encochions tous une flèche.

Les plumes me chatouillaient la joue, la corde exerçant sa pression familière sur le bout de mes doigts. Je me concentrai sur la porte, qui s'ébranla alors sous les coups de massue du troll. Et aussitôt une brèche créée, cinq flèches furent tirées à travers le mince interstice laissé par les éclats de bois… On entendit un bruit de heurt, un gargouillis sanglant, puis le silence. Et un nouveau coup du troll, une nouvelle flèche, une autre brèche. Jusqu'à ce que, finalement, la porte cède et livre passage à nos ennemis. Alors, inconsciemment, notre cercle se resserra encore un peu. Je sortis mes dagues, tout comme mes amis, effleurant leurs lames des miennes dans un son métallique. Je ne montrais pas ma peur, mais je la ressentais bel et bien… La peur pour mon frère, mes sœurs, mon meilleur ami, et frère à la fois, mes amis… Et soudain, les orcs se précipitèrent vers nous. J'évitai un coup, tournai, esquivait, frappai, tranchai, sans réfléchir, suivant mon instinct. Dans les combats, je ne voyais plus rien, sinon mon ennemi. Ma survie. Et le temps passa. Une minute, deux, trois… Dix… Puis, après une parade, je me retrouvai dos à dos avec Ellerina. Je connaissais ses mouvements aussi bien que les miens, et nous nous comprenions sans parler, alors nous continuâmes en duo, protégeant chacune les arrières de l'autre. Soudain, une lame fila droit vers mon cœur. Je pus esquiver, mais l'acier ouvrit une longue esfilade sur mon bras gauche. Je plantai rageusement ma lame dans le corps de l'orc, puis la retirai, et le corps tomba à terre. Alors je vis Legolas s'élancer, et je compris sa manœuvre. Faisant de même depuis notre terrain un peu surélevé, je bondis lestement et grimpai sur le dos du troll. J'y arrivai en même temps que mon frère, nous eûmes un sourire de connivence, puis il encocha une flèche. Je fis de même, le regardai. Il hocha la tête, et nous tirâmes. Le troll tituba, et je m'appliquai à tenir mon équilibre, puis, tandis que le corps du géant basculait en avant, je pris la main de Legolas et nous sautâmes, tandis que les derniers ennemis tombaient au sol, morts. Mais à ce moment-là, je sentis brusquement ma tête tourner, et me serais effondrée si Elendil ne m'avait pas rattrapé…

Nous courrions dans la Mine, poursuivis. Je jetai un coup d'œil derrière moi et vis un halo de feu, ainsi qu'une ombre… Le Balrog… Puis nous atteignîmes le pont de Barad-Dûr, et traversâmes tous, sauf Gandalf… Puis un éclat blanc, les flammes envahissant toute ma vision, et la chute d'un corps dans le vide, le pont brisé.

Je me relevai en sursaut, ne me stoppant pas assez vite pour éviter le visage d'Elendil au-dessus du mien, mais juste assez pour le ralentir… Mes lèvres atteignirent la commissure des siennes, et j'eus un moment de flottement avant de les ôter. Lui aussi. Je regardai à droite, à gauche… Non, personne n'avait vu, sauf Ellerina, qui étant ma confidente, le savait de toute façon déjà… Puis je vis Frodon se relever en titubant, et Elendil m'expliqua que le troll l'avait frappé de son épieu, heureusement bloqué par la chemise de mithril du Hobbit. Il m'apprit également que j'avais passé dix minutes inconsciente… Puis il me regarda dans les yeux et me demanda :

« Tu vas bien ? »

Je lui souris, encore un peu secouée par ma vision, puis répondis :

« J'irai mieux quand nous serons tous sortis d'ici… »

Il opina. Comme tous les elfes, il n'aimait pas les espaces clos, et l'idée de cinq tonnes de pierre au-dessus de nos têtes ne l'emballait pas vraiment… Mais il demanda ensuite :

« Qu'as-tu vu ? »

Que répondre à cela ? Je ne voulais pas raconter ce que j'avais vu, alors je lui lançai avec tout l'humour que je pus rassembler, bien que mes yeux fussent toujours aussi sérieux :

« Spoilers… »

Puis je criai au groupe de courir, car d'autres ennemis pourraient arriver. Alors, moi en tête, nous courûmes vers le pont. Je n'étais jamais venue dans la Mine auparavant, mais la vision montrait le chemin à suivre… Bien sûr, le reste de la Communauté ne pouvait pas savoir cela, mais ils me suivirent quand même… Soudain, alors que nous étions à mi-chemin, j'entendis un grand bruit, et vis une lueur orangée de feu briller au bout d'un couloir derrière nous… Mon sang se glaça et je hurlai aux autres :

« Courez ! »

Evidemment, tout le monde suivit cette injonction très utile, et au bout d'une dizaine de minutes d'un sprint acharné, nous atteignîmes le pont. Je le traversai rapidement, évitant de regarder la lave en contrebas, bientôt rejointe par mes amis et mes Compagnons. Sauf un. Et mon cœur se serra quand je vis Gandalf faire face au Balrog, silhouette immobile, frêle, sur le pont, face à la créature… Tous s'étaient stoppés, horrifiés. Je pris Aragorn et Elendil à part, et leur murmurai :

« Continuez. Il faut continuer ! »

Ils ouvrirent la bouche, mais je posai un doigt sur les lèvres de chacun, eus un petit sourire et murmurai :

« Allez-y ! Vite ! »

Puis je courus rejoindre Mithrandir sur le pont. Je savais que c'était du suicide, mais j'étais responsable de ce qui arrivait… Gandalf me lança un bref regard et m'enjoignit de rejoindre les autres, mais je refusai aussitôt, et alors que la bête faisait claquer son fouet de feu e d'obscurité, je levai les bras en guise de protection, Gandalf brandissant son bâton. Sous l'effet de nos magies combinées, un dôme blanc se forma, bloquant efficacement l'attaque. Mais je savais que nous ne tiendrions pas longtemps… Le Balrog fit claquer à nouveau son fouet, encore et encore. Le bouclier faiblissait, et il s'évanouit finalement, s'évaporant dans l'air… Alors que la bête s'apprêtait à lancer un dernier coup, j'entendis Mithrandir crier :

« VOUS NE PASSEREZ PAS ! »

Puis il abattit une dernière fois son bâton, et je vis les fissures du pont… Je le vis s'écrouler juste devant Mithrandir, et le Balrog de s'effacer dans l'obscurité… Alors Gandalf se retourna lentement, appuyé sur son bâton… Je me relevai lentement, et m'avançai vers lui, avec un fin sourire… Sourire qui se transforma vite en cri d'horreur quand je vis le fouet, qui, claquant une dernière fois, s'enroula autour de la cheville de mon mentor et l'attira vers le vide… Je me précipitai et l'attrapai par les poignets, couchée au-dessus de l'abîme, mon visage penché vers le gouffre…

« Pars… »

Je ne pouvais m'y résoudre… Comment pourrais-je lui tourner le dos, tandis qu'il restait suspendu au-dessus de l'abîme, accroché à la saillie rocheuse, par ma faute ? Je secouai la tête en signe de dénégation, les yeux pleins de larmes… Puis je fus rejointe par Elendil, qui m'attrapa par le bras, et me tira en arrière, tandis que Gandalf restait accroché là… Juste quelques secondes, le temps de nous crier :

« Fuyez, pauvres fous ! »

Puis il bascula dans l'ombre. Elendil, le visage ravagé par la douleur, m'entraîna vers le groupe, tandis que retentissait le cri de Frodon, auquel je fis écho :

« NOOOON ! GANDALF ! »