Note d'auteur : J'ai beaucoup aimé écrire ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira aussi ! Encore un grand merci à Madelline pour ses corrections :)

Bonne lecture !

RAR Guest : Hm, non, ce n'est pas au programme, je ne vois pas bien le rapport d'ailleurs x) Contente que le début te plaise !


Chapitre 2

Angus précéda Fiona dans une pièce dont la porte donnait sur la boutique. Les senteurs qui en émanaient évoquaient tant de choses à Fiona qu'elle ne parvenait pas à les distinguer. Elle crut sentir de la menthe, de la lavande, du thym peut-être. Elle n'eut par contre aucun mal à reconnaître l'odeur du sisymbre qu'elle avait humée un peu plus tôt.

Elle entra dans la pièce et fut ébahie par le nombre de bocaux et de pot qui trônaient sur les étagères. Elle distingua des yeux dans un bocal en verre juste à côté d'elle. L'étiquette poussiéreuse et presque illisible indiquait Yeux de poisson fumeur. Elle regarda les autres pots, plusieurs étaient en argile et l'on n'en voyait pas le contenu. Elle se demanda machinalement si certains d'entre eux contenaient des poisons violents comme le venin d'Acromentule, ou de l'arsenic… Elle n'aimait pas manipuler ces choses-là, c'était bien trop dangereux.

— C'est ici que tu travailleras, dit soudain Angus. J'attends de toi que tu saches reconnaître chacun de ces éléments.

— Tous ? s'exclama Fiona. Mais il y en a des dizaines… Jamais je ne pourrai tout retenir !

— Dans ce cas, que fais-tu ici ? répliqua sèchement le vieil apothicaire, lui faisant immédiatement regretter ses paroles puériles. Retourne à tes études, et fais en sorte que l'on m'envoie quelqu'un de compétent !

Fiona rougit de honte. Comme première impression, c'était plutôt raté. Elle s'en voulait d'avoir réagi aussi spontanément et se promit désormais de calculer ses paroles. Le vieil homme semblait être quelqu'un de profondément irascible et colérique. Elle se demanda si Mrs Ketteridge n'avait pas perdu la tête quand elle avait parlé de son « bon fond »…

— Je me débrouillerai, souffla-t-elle, désireuse de faire oublier ses malheureuses paroles.

Angus marmonna quelque chose qu'elle ne comprit pas. Elle se dit que cette manie allait rapidement l'énerver, elle avait horreur des gens qui n'articulaient pas, en particulier lorsque c'était volontaire. Elle regarda une nouvelle fois le nombre de pots et bocaux de la pièce et retint un soupir de découragement. Elle ne voulait pas passer pour une paresseuse, encore moins pour une incompétente. Mais elle ne pensait pas en venant ici qu'on lui en demanderait autant… Elle croyait que son travail consisterait à aider l'apothicaire à préparer ses médications, tenir la boutique lorsqu'il s'absentait… Elle était loin d'imaginer tout le travail que cela demanderait…

— Les clients ne vont pas tarder à arriver, mais je ne veux pas que tu sortes de l'arrière-boutique.

— Pourquoi ? demanda Fiona, plus vexée que surprise.

— Tu as bien assez de travail sans avoir besoin en plus d'aller tenir la jambe de mes clients avec tes bavardages.

Fiona s'apprêtait à répliquer aussi vertement mais s'abstint. Elle ne comprenait pas l'initiative d'Angus, avait-il déjà honte d'elle ? Elle ne pouvait pas vraiment lui en vouloir, elle n'avait pas fait une très bonne impression et il devait déjà s'être forgé une opinion d'elle. Elle avait à cœur désormais de lui prouver qu'elle n'était pas la fainéante qu'il imaginait, et se promit de travailler dur pour pouvoir un jour espérer préparer des remèdes et diagnostiquer des maladies.

Angus sortit de la réserve lorsque la clochette sonna, annonçant un visiteur. Fiona jeta un discret coup d'œil et aperçut une vieille sorcière vêtue d'une cape aux couleurs criardes qu'on aurait crue taillée dans un rideau du plus mauvais goût. Fiona retint un petit rire. Elle ne se lasserait jamais du côté baroque et excentrique du monde sorcier. Pour avoir à quelques occasions fréquenté le monde moldu, elle avait pu constater la morosité et la platitude de ce dernier. Il y avait bien quelques Moldus habillés bizarrement, mais au contraire des sorciers, ils détonnaient dans leur société et paraissaient plus bizarres qu'originaux.

— Il me faudrait un cataplasme pour mes engelures aux mains, se plaignit la vieille sorcière. Elles me font tellement mal que je ne peux même plus exécuter un sort correctement ! Ni tricoter ! Voyez-vous Angus, j'ai une arrière-arrière-petite-fille qui vient de naître et j'aurais voulu lui confectionner un joli Quintaped au crochet, comme peluche…

— Je vois, marmonna le vieil apothicaire. Je vais vous préparer ça.

Il se mit à parcourir les murs des yeux, les plissant de temps à autres comme pour mieux voir. Il sortit finalement une cagette dans laquelle se trouvaient… des pommes de terre ? Fiona le regarda faire, depuis sa cachette d'où elle ne pouvait être vue de la cliente. Il prit une pomme de terre, sortit un couteau de sa robe de sorcier, et découpa le légume en très fines lamelles. Il redécoupa ces lamelles jusqu'à en obtenir presque de la purée. Puis il prit un pot ventru sur une étagère et en sortit quelques feuilles que Fiona ne connaissait pas. Il les hacha très fines et les mélangea à la pomme de terre. Il sortit sa baguette, la fit tournicoter en marmonnant des paroles inaudibles, et l'étrange mixture se retrouva empaquetée dans deux grandes feuilles qui ressemblait à du chou.

— Appliquez ça sur vos engelures, et massez longtemps. Ça guérira en quelques jours. Si elles persistent, revenez me voir, je vous donnerai quelque chose de plus puissant.

— Combien je vous dois ? demanda la vieille en sortant une escarcelle de sous sa cape.

— Six Mornilles.

Elle lui tendit ses six pièces d'argent et sortit de la boutique d'un petit pas rapide. Une fois qu'elle fut hors de vue, Fiona surgit de la réserve et demanda :

— Qu'avez-vous mis dans son cataplasme ? Ces feuilles, qu'est-ce que c'était ?

— De l'ellébore, répondit Angus d'une voix étonnamment claire pour une fois.

Fiona fronça les sourcils.

— La pomme de terre et l'ellébore n'ont rien de magique… Même les Moldus peuvent faire ce genre de cataplasme !

Elle s'attira un regard foudroyant du vieil apothicaire qui répliqua vertement :

— Premièrement jeune fille, tu apprendras que tout ce que font les Moldus n'est pas à bannir. Et deuxièmement, c'est un ellébore particulier, que l'on ne trouve que dans quelques endroits gardés par la magie. Tu n'as jamais eu de cours de Potions ?

— Si, bien sûr !

— Alors tu vas me dire que la solution de force à base de sang de salamandre, de jus de grenade, d'ortie et de bile de tatou contient des ingrédients magiques ?

Fiona se mordit la lèvre. Elle avait encore dit une bêtise… Quand apprendrait-elle à réfléchir avant de parler ? Elle avait toujours été un peu impulsive et spontanée, on lui avait dit que cela lui porterait tort à l'avenir, elle ne pouvait que le constater. Elle s'en voulait, car cela la faisait passer pour une idiote bornée, ce qu'elle n'était pas. Elle avait été une très bonne élève à Poudlard, et avait fait honneur à sa maison, Serdaigle.

— Non, bien sûr, souffla-t-elle.

— Les ingrédients ne font pas tout dans une potion, encore moins dans un remède médicinal. C'est la façon dont on le prépare qui détermine ses facultés.

— Pourquoi met-on des ingrédients magiques dans certaines potions, alors ? demanda Fiona, curieuse.

— Certaines comme le Polynectar ou le Felix Felicis sont des philtres très puissants, ils ne peuvent pas être préparés avec pour seule base des ingrédients de type animal ou simple végétal. Dans le Polynectar on va trouver de la corne de Bicorne par exemple.

Il parut à Fiona qu'il s'était comme radouci, peut-être soulagé de la voir poser des questions. Et elle-même de son côté admirait la connaissance de son instructeur. Il semblait avoir réponse à tout, et elle se promit de ne pas se priver de le questionner. Il n'avait d'ailleurs pas l'air agacé par ses questions, sans doute était-il content de pouvoir partager son savoir avec une personne autre que ses clients habituels.

Des pas retentirent dans la rue et Fiona fila dans la réserve sans attendre l'ordre d'Angus. Lorsqu'ils seraient en meilleurs termes, elle lui ferait savoir ce qu'elle pensait de cette manie un peu vexante pour elle, mais pour l'instant elle préférait remonter dans son estime.

~o~O~o~

Un logement lui avait été attribué, c'était une petite chambre de bonne au dernier étage de la maison. Fiona avait eu l'agréable surprise de voir qu'elle était plutôt en bon état si l'on exceptait le miroir brisé, une vitre de la lucarne absente et un des pieds du lit qui avait été scié pour elle ne savait quelle raison mais qui rendait ce dernier bancal. Elle eut tôt fait de remédier à ce dernier problème en mettant un livre dont elle n'aurait pas l'usage en guise de cale. Puis elle calfeutra le trou dans la lucarne avec un linge et répara le miroir d'un coup de baguette. La pièce était chauffée, fort heureusement, et le lit plutôt confortable bien qu'un peu mou. Une lampe à pétrole était posée sur sa table de nuit et la lumière qu'elle diffusait était tout à fait correcte, en tout cas elle permettrait à Fiona de continuer à travailler même lorsque la nuit serait tombée.

Et c'est ce qu'elle fit.

Durant une longue semaine, elle ne quitta pas l'arrière-boutique, écoutant attentivement les propos des clients, et ce que l'apothicaire leur prescrivait. Bien souvent, elle avait été amenée à annoter ses livres afin de retenir les « astuces » d'Angus. Elle ne l'avait jamais vu consulter aucun ouvrage lorsque ses clients venaient, il devait connaître les moindres symptômes et remèdes correspondants sur le bout des doigts. Elle se demandait si elle parviendrait elle aussi un jour à ce genre de prouesses… Il n'y croyait qu'à moitié, persuadée que jamais sa mémoire ne serait capable de contenir autant de connaissances. Mais elle n'avait pas de honte à se référer aux livres. Ne pas pouvoir tout retenir d'un domaine n'était pas une marque d'ignorance, et puis elle soupçonnait Angus de ne vivre que pour son travail. Il n'avait probablement jamais été marié ni n'avait eu d'enfants. Il était de ces personnes que l'on n'imagine pas jeunes, que l'on ne voit qu'âgées et pleines à la fois de sagesse et d'une sorte de rancœur à l'égard du monde.

Elle s'acharna à apprendre par cœur les propriétés de toutes les plantes et autres ingrédients, à savoir lesquelles il ne fallait surtout par marier et celles au contraire qui unies favorisaient une guérison. Chaque jour elle espérait, en montrant ses connaissances, voir une once de fierté dans le regard d'Angus, mais celui-ci restait distant et froid, considérant sans cesse que ce n'était pas assez, qu'elle ne deviendrait jamais apothicaire à part entière si elle se limitait à cela. Au début Fiona avait protesté, s'était défendue, disant qu'elle faisait de son mieux. Mais les jours passant, elle avait compris qu'il était inutile de chercher à gagner l'estime du vieil homme tant qu'elle n'aurait pas accompli tout ce qu'il souhaitait. Elle passait parfois des nuits entières, à la seule lueur d'une lampe à pétrole ou de sa baguette à lire des livres d'herboristerie, à comparer ses manuels de botaniques et les notes qu'elle avait prises dans la journée.

Une semaine après son arrivée, elle avait l'impression d'avoir ingurgité plus de connaissances qu'elle ne l'avait fait dans toute sa vie. Pourtant elle en avait appris des choses durant ses études, mais jamais on ne lui avait demandé d'être aussi pointilleuse. Et le peu d'encouragements du vieil apothicaire faisait qu'elle se décourageait petit à petit. Elle avait la désagréable impression que jamais elle n'arriverait au niveau qu'il exigeait, qu'il ne démordait pas de son opinion de départ sur elle. Elle mourait d'envie de lui prouver qu'il se trompait lourdement, mais ne voyait décidément pas comment. Elle ne comprenait pas pourquoi il exigeait d'elle qu'elle reste dans la réserve. Elle pensait qu'au contraire il serait bien plus bénéfique pour son apprentissage qu'elle soit à ses côtés pour voir ce qu'il faisait, à quelles occasions et pourquoi.

Elle éprouvait désormais une violente rancœur à l'égard du vieil homme en plus de son découragement. Elle qui pensait que devenir l'assistante d'un apothicaire serait palpitant, elle s'était lourdement trompée. Pour se défouler, elle médisait silencieusement contre Angus, se persuadant qu'un homme aussi désagréable n'avait jamais dû être marié et que s'il l'avait été sa femme avait dû le détester profondément. Cela la consolait un peu d'imaginer que s'il la détestait autant – parce qu'il la détestait c'était évident – c'était parce qu'il avait sans doute été persécuté par les autres. Elle l'imaginait élève à Poudlard, bouc émissaire des autres élèves. Et bien malgré elle, cela la soulageait. Elle n'aimait pas être médisante et aussi méchante, mais c'était le seul moyen qu'elle avait trouvé pour ne pas devenir complètement folle en la compagnie du vieil homme. Et elle se demandait si à force de le fréquenter, elle ne risquait pas de devenir aussi acariâtre et antipathique que lui…

La semaine suivante débuta par un matin gris et froid. Fiona soupirant en ouvrant sa fenêtre. Elle s'annonçait aussi terne et déprimante que la précédente…


Note de fin : Ouais, Angus c'est pas Jo le rigolo comme dirait l'autre... J'espère que ça vous a plu, tous les avis sont les bienvenus !

Merci d'avoir lu et à dimanche pour la suite :)