Note d'auteur : Voici le quatrième chapitre. Je l'aime un peu moins, bien qu'il fasse avancer le schmilblick, du moins de mon point de vue^^ Un grand merci à Madelline, encore une fois, pour ses précieuses corrections :)

Bonne lecture !


Chapitre 4

Le lendemain matin de sa visite à Mrs Ketteridge, Fiona sortit de la boutique pour aller s'acheter un petit déjeuner chez Honeydukes. Elle choisit un gros morceau de nougat et du chocolat fourré à la citrouille. Elle ne ressentit pas la moindre culpabilité à manger ces sucreries, après tout c'était l'hiver et il fallait bien qu'elle survive ! Et puis bien qu'elle connût désormais un pan de la vie d'Angus, sa compagnie n'en serait pas moins désagréable, aussi lui fallait-il de quoi se remonter le moral. Elle sortit de la boutique en mordant dans son nougat et en chantonnant un refrain de Noël. Elle sentait petit à petit une atmosphère de fête s'emparer de Pré-au-Lard, et cela la changeait de ses journées passées à travailler.

Alors qu'elle marchait d'un pas vif dans la grande rue marchande du village, elle fut percutée de plein fouet par quelque chose qu'elle ne parvint pas à identifier tout de suite. Ce ne fut que lorsqu'elle entendit : « Laissez-moi passer, mon chat s'est échappé ! » qu'elle comprit qu'il s'agissait d'un enfant, un petit garçon plus précisément. Elle se releva rapidement et le vit détaler, courant après une silhouette noire, rendue indistincte à travers les flocons de neige. Elle sortit sa baguette d'un mouvement souple avant de la pointer sur le chat et de s'exclamer :

Petrificus Totalus !

L'animal se figea et tomba dans la neige comme s'il avait été fait de pierre. Le garçon s'arrêta dans sa course, fit volte-face et regarda Fiona avec des yeux effarés.

— Qu'est-ce que vous avez fait ? Il est mort ?

Fiona rangea sa baguette avant de répondre gentiment :

— Mais non, ne t'inquiète pas. C'est un sort inoffensif, il est juste figé. On apprend ça à Poudlard, tu sais.

Cela sembla suffire à convaincre le jeune garçon qui se dirigea vers son chat d'un pas plus tranquille. Il le prit sous son bras et Fiona vit briller de colère les yeux de l'animal. Quelle frustration pour lui d'être pris au piège comme une vulgaire souris !

— Je vais te raccompagner, dit-elle, il fait froid et tu n'es pas assez habillé.

— Oui je sais, je suis sorti en courant. J'ai juste eu le temps de mettre mes chaussons.

Lorsqu'il éternua, Fiona enleva sa cape et la lui mit sur les épaules. Un banal rhume n'était pas difficile à soigner, mais long et pénible, et ce, quelque soit l'âge.

— Comment tu t'appelles ? demanda le garçon en s'essuyant le nez dans la cape.

— Fiona, répondit-elle. Et toi ?

— Tristan.

Il éternua à nouveau, et elle l'enjoignit à presser le pas. Pré-au-Lard n'était heureusement pas un village très étendu et ils arrivèrent bien vite à une jolie petite maison, dont le jardin était recouvert d'une épaisse couche de neige.

— C'est chez toi ?

— Oui, mes parents sont à l'intérieur. Viens, je vais te présenter !

Il ne lui laissa pas le temps de répliquer et la tira par la manche de sa main libre. Fiona ne protesta pas, elle n'était pas contre le fait de se réchauffer un peu. Il ouvrit la porte et sa mère sortit alors de la cuisine au pas de course. Elle portait une casserole dans laquelle une cuillère mélangeait toute seule une préparation quelconque.

— Le chat s'est encore échappé ? demanda-t-elle.

— Oui, mais Fiona m'a aidé à le rattraper, répondit Tristan en brandissant le chat encore figé.

— Fiona… ? répondit sa mère d'un air interloqué, avant d'apercevoir la jeune femme. Oh, c'est vous ? Enchantée, je suis Mirabella Dingwall.

— Papa est encore dans son bureau à fabriquer ses maquettes de bateaux magiques. Elles sont super, un jour je te les montrerai ! Elles s'envolent dans le ciel, et il les fait briller comme des étoiles. Il dit que ça vient d'un conte moldu que Grand-mère lui racontait autrefois. Il me l'a raconté une fois, mais je ne m'en souviens plus.

Fiona sourit. Tristan lui plaisait beaucoup, il était vif et loquace, un petit garçon adorable. Il avait sans doute déjà dû effectuer son premier sortilège, il semblait avoir huit ou neuf ans. Mrs Dingwall lui était également sympathique, elle avait l'air plutôt excentrique, avec des habits complètement dépareillés et une coiffure étrange. Fiona ne s'attarda cependant pas, et prit rapidement congé pour retourner à la boutique, où Angus se demandait sans doute ce qu'elle fabriquait.

— Tu reviendras, dis ? s'exclama Tristan à son départ, alors que sa mère redonnait sa mobilité au chat – lequel s'enfuit dans la maison en crachant furieusement.

— Passe me voir à la boutique, si ta maman est d'accord, répondit Fiona avec un sourire.

Elle sortit du jardin, et se rappela un peu tard que si Angus était présent, il y avait peu de chances qu'elle soit autorisée à se montrer hors de la réserve. Elle haussa les épaules, et finit son nougat sur le chemin de l'apothicairerie. Comme elle s'y attendait, Angus l'attendait de pied ferme, et elle eut droit durant un quart d'heure à un discours sur la ponctualité, l'importance de sa présence, le fait qu'il aurait pu être malade et qu'elle aurait dû s'occuper de la boutique… Elle le soupçonnait de s'être en réalité inquiété pour elle, mais ne le lui fit pas remarquer. Elle savait de toute façon qu'avec son sale caractère il ne l'aurait jamais reconnu.

~o~O~o~

Quelques jours plus tard, vers une heure de l'après-midi, alors que l'échoppe demeurait déserte, Fiona entendit Angus l'appeler depuis la boutique. Elle soupira en posant un livre sur une petite table, se demandant ce qu'elle avait encore fait. Elle le trouva devant sa table de travail, plusieurs petits tas de feuilles ou d'ingrédients étranges devant lui. Elle se demanda si finalement elle n'avait pas rêvé et se préparait à retourner dans la réserve quand il lui demanda sans préambule :

— Si quelqu'un entre et te demande un remède pour les maux de ventre, que vas-tu lui préconiser ?

Un peu déstabilisée, Fiona répondit néanmoins d'une voix assurée :

— De boire une tisane d'achillée mille-feuille, en y ayant ajouté de la poudre de sangsue.

— Très bien, alors montre-moi.

Elle se demanda si le « très bien » était pour signifier qu'il enchainait ou pour la féliciter de la justesse de son propos. Elle ne s'attarda pas dessus et regarda les différents ingrédients présents sur la table. Bien sûr, il ne lui avait pas facilité la tâche en ne lui mettant que les deux ingrédients correspondants. Mais elle n'eut aucun mal à distinguer les feuilles de l'achillée, et les sangsues séchées. Comme lors des cours de potions à Poudlard, elle s'attela à son travail. Elle détacha les feuilles de l'achillée de leur tige, fit bouillir de l'eau, réduit les sangsues en poudre à l'aide d'un mortier et d'un pilon, mit les feuilles dans l'eau bouillante et laissa infuser quelques minutes, puis ajouta la poudre de sangsue qu'elle mélangea soigneusement au breuvage à l'aide de dix tours dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

Elle releva la tête vers le vieil homme qui visiblement ne l'avait pas quittée des yeux depuis le début de son travail. Concentrée, elle en avait presque oublié sa présence. Il s'approcha, examina le résultat obtenu avec suspicion, puis prit la cuillère qu'il porta à sa bouche. Elle attendit son verdict avec une impatience grandissante, se demandant quel reproche il trouverait à lui faire.

— C'est parfait, déclara-t-il simplement.

Fiona écarquilla les yeux, incrédule. Avait-elle bien entendu ? L'avait-il réellement complimentée ? Chez Angus, les éloges étaient comme les sourires, à peu près aussi fréquents que les éclipses de lune… et tout aussi mémorables.

— Je… vous demande pardon ? balbutia Fiona, encore abasourdie, et craignant d'avoir mal entendu.

— Oh, ne t'habitue pas trop vite aux compliments, rétorqua-t-il avec une petite lueur dans le regard qu'elle identifia comme de la malice. Je serai sans doute amené à te critiquer encore plus souvent que lorsque tu apprenais par cœur les propriétés des plantes… lorsque tu m'aideras pour les remèdes.

Fiona mit un moment à comprendre ce qu'impliquait cette phrase. Des remèdes ? Elle allait enfin cesser de passer ses journées à s'abimer les yeux sur des vieux livres, et passer aux choses intéressantes ? Elle n'en croyait pas ses oreilles…

— Je vais travailler avec vous dans la boutique maintenant ?

— Oui, répondit-il, son impassibilité et froideur retrouvées.

Les paroles de Mrs Ketteridge lui revinrent en mémoire. Ce n'est pas de vous qu'il a honte, c'est de lui. Il ne voudra jamais admettre auprès de ses clients qu'il n'est plus capable de tout faire tout seul. C'est pour cette raison qu'il ne veut pas que l'on vous voie avec lui. Il n'a pas à répondre aux questions de cette façon. Et elle se demanda si enfin il avait accepté l'idée de ne plus être aussi autonome qu'auparavant, ou s'il allait trouver une excuse auprès de ses clients pour justifier sa présence dans la boutique.

— Je ne sais pas quoi dire… murmura-t-elle, à la fois ravie et anxieuse à l'idée que la santé des habitants de Pré-au-Lard dépende en partie de son savoir faire.

— Nous allons passer un accord, alors, dit-il. Lorsque les clients te demanderont la raison pour laquelle tu es ici, tu leur répondras que j'ai accepté que tu passes quelques temps ici pour observer le métier d'apothicaire, et que je te laisse préparer quelques remèdes pour te familiariser avec…

— Pardon ? s'exclama Fiona, l'interrompant vivement. Il en est hors de question ! Je ne suis pas une simple petite stagiaire, je suis votre assistante ! Quand allez-vous finir par admettre que vous avez besoin de moi ?

Elle se tut et fixa Angus avec défi. Ne pas trahir son secret, d'accord, mais se dévaloriser pour aider un vieil homme aussi hargneux et peu commode, c'était une autre affaire ! Elle le vit soupirer, il ne s'était visiblement pas attendu à ce qu'elle proteste. N'avait-il donc aucun souvenir de sa jeunesse, de l'importance que l'on pouvait accorder au fait d'être mis en avant, de se sentir utile ? Avait-il donc toujours été si égoïste ?

Elle repensa à sa femme qu'il avait perdue, et à ce que lui avait dit Mrs Ketteridge. Elle se rendit compte avec tristesse que s'il avait été un jour plein de joie de vivre, de gaieté et de générosité, son épouse avait emporté tout cela avec elle. Et Fiona regretta de n'être pas née vingt ou trente ans plus tôt, pour pouvoir connaître cet Angus vif et joyeux qu'elle avait entrevu dans les paroles de Mrs Ketteridge. Elle imaginait un jeune homme aux cheveux noirs, aux yeux plus vifs et perçants que ceux d'un aigle, à l'allure dégingandée, toujours enclin à plaisanter et jouer de sa gaieté pour réconforter les malades…

— Je sais que la pitié des gens doit être quelque chose de difficile à endurer… dit-elle en se radoucissant.

— Non tu ne sais pas ! hurla soudain Angus. J'ai perdu ma femme, il y a vingt ans, à cette même époque de l'année ! Et la pitié, je l'ai vue, je l'ai vue dans le regard des gens, quand on l'a enterrée… quand…

Il ne finit pas sa phrase et Fiona le vit s'appuyer les étagères alors qu'il portait une main à son visage, comme pour cacher qu'il pleurait alors que les saccades de sa respiration et les tremblements de ses mains trahissaient son émotion. Fiona ne savait plus où se mettre. Merlin savait à quel point Angus pouvait être agaçant, à quel point elle pouvait parfois avoir envie de lui tordre le cou. Mais le voir pleurer comme un enfant au souvenir de sa défunte femme faisait fondre tout le ressentiment qu'elle pouvait nourrir à son égard. Évidemment qu'elle ne pouvait pas se rendre compte de ce qu'il avait enduré. La colère fit place à la compassion quand elle s'aperçut qu'il avait vécu pendant quinze ans avec cette amertume, ce chagrin, et cette haine des gens qui s'étaient apitoyés sur son sort alors qu'il aurait simplement eu besoin de cette gaieté qu'il avait su donner à tous ces gens lorsqu'il les avait soignés.

Elle s'approcha et osa poser une main sur l'épaule du vieil homme. Puis elle se dirigea vers l'escalier qui menait à sa chambre en soufflant :

— C'est bon, j'accepte.

En montant les marches, elle vit Angus découvrir son visage, et lui adresser un regard reconnaissant. Fiona esquissa un petit sourire, contente que cette fois-ci, ils ne se soient pas quitté en mauvais termes. Elle rentra dans sa chambre et s'affala sur son lit. La journée était loin d'être finie, et elle se demanda si après ce qui s'était passé, Angus serait capable d'accueillir les clients sans faillir à son masque d'homme froid et impassible. Elle laissa la porte ouverte, afin d'entendre tout ce qui se passait en bas, et alla chercher dans sa valise un roman, premier livre ne traitant pas d'apothicairerie qu'elle lisait depuis très longtemps. La neige tombait toujours dehors, à petits flocons. Les heures défilèrent, et peu après que cinq heures eurent sonné, elle entendit la clochette de la boutique, signalant que quelqu'un entrait. Elle entendit la voix d'Angus et se prépara à descendre au cas où il aurait besoin de quelqu'un pour fabriquer des remèdes, mais la voix fluette qui lui répondit la fit sourire :

— Non m'sieur, je voudrais juste voir Fiona, s'il vous plaît !

Fiona posa son livre et descendit les escaliers sans attendre. Lorsqu'il la vit, Tristan lui adressa un immense sourire et lui tendit une petite boîte.

— Tiens, c'est un cadeau. C'est pour te remercier pour l'autre jour ! Je l'ai fait tout seul.

Fiona lui embrassa une joue et le vit grimacer, ce qui ne l'étonna guère. Elle avait un frère, et savait à quel point les garçons pouvaient être réticents aux démonstrations d'affection en public. Elle ouvrit la petite boîte et y trouva une étrange sculpture, visiblement faite en terre cuite et peinte ensuite.

— Je sais, c'est un peu mal fait, marmonna le petit garçon. En fait là c'est toi, dit-il en désignant une silhouette habillée de vert avec une choucroute orange sur la tête. Là c'est Hengist, ajouta-t-il en montrant une masse informe et noire que Fiona devina être le chat. Et là c'est moi, termina-t-il fièrement en pointant une petite silhouette.

— C'est très joli Tristan, répondit Fiona, merci beaucoup.

— C'est là que tu travailles ? Ma maman vient ici quand je suis malade, elle m'oblige à boire des trucs dégoûtants, et ne veut jamais me dire ce qu'il y a dedans. Ça doit être à base de bave de crapaud, et de venin d'araignée géante !

— On appelle ça des Acromentules, rectifia Angus. Et je doute que tu aies déjà été assez malade pour que ton état nécessite un remède à base de venin d'Acromentule.

Tristan sembla se ratatiner sur place et Fiona adressa un regard de reproche au vieil apothicaire qui ne s'attarda pas et retourna dans la réserve en maugréant.

— Je dois rentrer, Maman va s'inquiéter, mais je reviendrai te voir ! Tu viendras me voir aussi, de temps en temps ? J'ai…

Il fut interrompu par une petite quinte de toux et Fiona grimaça. S'il y avait bien une chose qui l'inquiétait par-dessus tout, c'était d'entendre un enfant tousser. Fort heureusement, il s'arrêta très vite. Elle n'avait perçu aucun sifflement, et aucun bruit rauque pouvant annoncer une infection respiratoire. Elle lui ébouriffa les cheveux, et il se sauva, en lui adressant un dernier sourire derrière la petite fenêtre de la porte.

— C'est le petit Dingwall, non ? demanda Angus. Je l'ai soigné une fois, quand il était encore tout petit. Robuste, comme gamin, il s'est remis en un rien de temps, là où d'autres que lui auraient eu besoin de soins beaucoup plus intensifs.

Fiona sourit : cela ne l'étonnait guère, Tristan était visiblement un petit garçon en excellente santé, capable de se remettre de n'importe quelle maladie. Elle songea à la femme d'Angus qui n'avait visiblement pas eu cette chance, et se promit solennellement de tout faire pour qu'une telle tragédie ne se reproduise pas à Pré-au-Lard tant qu'elle serait présente.


Note de fin : Je suis désolée pour cette fin, mais je ne sais pas pourquoi, dès que dans une de mes histoires - originales ou non - le protagoniste rencontre un gamin, il faut que ce dernier lui offre un cadeau le représentant... Ce serait intéressant à psychanalyser comme manie, remarquez x)

J'espère que vous avez aimé malgré tout, et vos commentaires sont les bienvenus ! :) Merci d'avoir lu et à lundi pour la suite !