Note d'auteur : Et voilà le final ! Il est beaucoup plus long que les précédents, pas loin de 6000 mots, mais j'espère qu'il vous plaira quand même^^

Et évidemment un grand merci à Madelline pour avoir corrigé toute cette fic, merci choupette :calin:


Chapitre 8

Un vent à décorner un Éruptif souffla toute la journée. Lorsque la nuit tomba, il sembla se calmer un peu, mais il suffit à Fiona d'ouvrir une fenêtre pour s'apercevoir qu'il était encore bien trop violent. Elle avait passé son temps au chevet de Tristan, interdisant l'accès de sa chambre à ses parents. Sachant à quel point cela devait être dur pour eux, elle était sortie toutes les heures pour les informer de son état, mais n'avait eu à annoncer que de mauvaises nouvelles. La santé du jeune garçon ne s'améliorait pas malgré tous les efforts de Fiona. Elle réfléchissait sans relâche à un remède qu'elle n'aurait pas expérimenté, elle songeait même à en inventer elle-même. Mais son expérience était trop réduite et le risque bien trop grand, elle ne pouvait pas se permettre de tester des remèdes sur l'enfant déjà si faible.

Elle ne dormit pas de la nuit, guettant une amélioration ou une aggravation de l'état de Tristan. Elle ne savait pas si elle devait en être soulagée, mais elle ne perçut aucun changement. Au moins il n'avait pas empiré… Mais le garçon respirait toujours aussi difficilement, il était pris de quintes de toux régulières que Fiona tentait de calmer à l'aide de potions. Elle entendit toquer à la porte vers quatre heures du matin et sortit, sachant déjà ce qu'elle aurait à dire aux parents de Tristan. Elle fut surprise de ne trouver que Mr Dingwall.

— Ma femme s'est enfin endormie, souffla-t-il. Comment va Tristan ?

— Il a l'air de s'être stabilisé, mais son état reste très critique, murmura Fiona sans oser le regarder en face.

— Vous faites de votre mieux, je comprends, répondit-il.

Ils restèrent un moment silencieux. Puis Mr Dingwall ajouta :

— Il n'y a aucun moyen de l'emmener à Ste-Mangouste ? Si nous transplanions tous avec lui, ça devrait fonctionner… Ou l'emmener à Poudlard, il…

— Non, le coupa Fiona en essayant de rester ferme. Tristan est très faible, un transplanage d'escorte risquerait d'aggraver son état de manière irrémédiable. Même si le vent se calme et facilite les déplacements, il nous faudra attendre l'arrivée des Médicomages. Quant à l'emmener à Poudlard, le problème reste le même, à la seule exception que l'on ne peut pas transplaner dans l'enceinte de Poudlard, et qu'il faudrait donc l'emmener par nos propres moyens, lui faire affronter le froid. C'est bien trop risqué.

Mr Dingwall s'appuya contre le mur, comme si le poids de sa tristesse et de son angoisse était trop lourd pour lui. Fiona n'osa pas lui manifester sa compassion par une main sur son épaule, elle trouvait ce geste déplacé envers quelqu'un qu'elle connaissait à peine. Elle se contenta de murmurer :

— Je vous promets de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour le soigner.

— Je le sais, répondit Mr Dingwall. Angus n'aurait pas fait mieux que vous, j'en suis persuadé.

— Et moi je n'en suis pas si sûre, souffla-t-elle avec tristesse. Il a tellement plus d'expérience que moi, je ne suis qu'apprentie. Vous savez comme moi qu'il a fait une grosse erreur en me laissant seule.

— Ne soyez pas si dure avec vous-même, répondit Mr Dingwall avec gentillesse. Vous êtes au chevet de Tristan depuis hier, vous avez fait tout ce que vous pouviez. Je pense que vous devriez aller dormir un peu, vous êtes épuisée et la fatigue ne vous aidera pas à y voir clair. Je m'occuperai de Tristan, j'ai retenu ce qu'il fallait faire, ne vous en faites pas. S'il y a le moindre problème, je vous enverrai un Patronus.

Fiona se demanda s'il serait réellement capable d'en créer un avec le chagrin qui devait l'accabler mais s'abstint de tout commentaire. Elle récupéra ses livres et prit congé sans attendre, impatiente de pouvoir se reposer un peu. Elle savait cependant que même avec le plus puissant des somnifères, elle serait incapable de vraiment dormir tant elle était tourmentée.

Cependant lorsqu'elle entra dans sa chambre, l'épuisement fut le plus fort et elle s'écroula sur son lit, s'endormant aussitôt. Ce fut cependant un répit de courte durée, un cauchemar épouvantable la réveillant en sursaut une heure plus tard. Fiona se prit la tête dans les mains, bouleversée, et laissa enfin les larmes rouler sur ses joues, silencieuses. Comme un automate, elle se leva et descendit à la boutique. Elle n'avait pas de temps à perdre, de toute façon elle ne pourrait pas se rendormir. Elle se prépara une potion fortifiante et en but une grande rasade. L'effet fut immédiat, elle se sentit parfaitement réveillée et regretta de ne pas y avoir pensé avant de perdre une heure à dormir.

Elle savait d'ores et déjà ce qu'elle avait à faire, la seule chose vraiment utile en cet instant : créer de nouveaux remèdes. C'était son seul espoir, elle devait trouver comment soigner Tristan ou du moins le mener sur la voie de la guérison, en priant pour que les intempéries cessent bientôt et qu'on puisse lui envoyer des secours au plus vite.

Elle rassembla tous les ingrédients qui pourraient lui servir : l'anis vert, les bourgeons de sapin, le serpolet, la réglisse, l'ellébore, la sauge, le lierre, le sisymbre, le houx, la reine-des-prés, le tilleul, le miel, la pierre de lune et l'aigremoine pour la toux ; le saule, les chenilles, le sang de dragon et l'hysope pour la fièvre ; la bardane, le pus de Bubobulb, la belladone, les sangsues et la bourrache pour les plaques rouges ; le romarin, le jus de grenade, le cynorrhodon, l'ortie, les clous de girofle, l'asphodèle et la camomille pour redonner des forces.

Puis elle s'attela à son travail. L'esprit concentré, elle fit tous les mélanges qu'elle imaginait bénéfiques. Pus de Bubobulb, hysope et aigremoine pour essayer d'éradiquer tous les symptômes à la fois. Puis des remèdes spécifiques comme, comme houx et tilleul, ou bardane et sangsues, ou saule et sang de dragon, ou asphodèle et ortie… Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle attendait, il lui aurait fallu quelqu'un pour les tester, mais elle ne pouvait décemment pas les expérimenter sur Tristan, c'était bien trop dangereux.

Son regard se posa soudain sur un bocal, rangé dans un coin d'une étagère, comme si l'on avait cherché à le dissimuler aux yeux des gens. Elle s'en empara et nettoya d'un coup de baguette l'étiquette qui s'était encrassée comme si le pot était resté caché dans la poussière durant des siècles. Elle frissonna en voyant ce qui s'affichait : Aconit. Elle comprenait mieux pourquoi Angus ne le tenait pas à la portée de n'importe qui. Sa mémoire ne lui fit pas défaut, elle se récita les propriétés de l'aconit : « Aussi appelée Tue-loup en raison de sa dangerosité, l'aconit est un poison violent, elle entraîne la mort en paralysant les systèmes vitaux. Le seul antidote connu à ce jour est un autre aconit, l'Anthore, ou le bézoard qui est un antidote à quasiment tous les empoisonnements. »

Fiona demeura pensive. En d'autres temps, elle aurait reposé le pot loin d'elle, se lavant les mains une dizaine de fois pour enlever toute trace de poison. Mais cette fois, un étrange sentiment s'insinua en elle. Elle n'avait expérimenté que des plantes et ingrédients passablement inoffensifs, depuis le début, mais cela n'avait rien donné. Prenait-elle vraiment un gros risque en se servant de ce poison mortel ?...

Elle secoua la tête, se raisonnant. Évidemment qu'elle prenait un énorme risque ! Dans son état de faiblesse, Tristan serait tué sur-le-champ ! Il fallait être fou pour penser une telle chose… Et pourtant, n'avait-elle pas plusieurs fois qualifié Angus de « vieux fou », dans ses pensées ? Albus Dumbledore n'était-il pas qualifié de « vieux fou » lui aussi, dans certains articles publiés sur lui ? Il était pourtant le plus grand sorcier qui ait jamais existé… Alors fallait-il vraiment qu'elle voie la folie comme quelque chose de négatif ? Son frère lui avait souvent parlé cette fille, âgée d'un an de plus qu'elle, Luna Lovegood, qui semblait être une incarnation d'une douce folie. Aujourd'hui, elle avait une carte de Chocogrenouille à son effigie, pour le courage dont elle avait fait preuve dans la lutte contre Voldemort.

Il n'en fallut pas plus à Fiona. Elle n'était pas fataliste, mais voulait croire que le destin avait incité son regard à se poser sur le pot d'aconit. La folie n'était pas incompatible avec le courage et l'intelligence, elle en avait la preuve. Elle enfila des gants de cuir fin, pour ne pas que le poison rentre par la peau, et se remit à la préparation des remèdes. Elle décida de mélanger l'aigremoine, l'aconit, le sang de dragon et les sangsues, ne se fiant plus qu'à son instinct. Elle se demanda si Angus faisait cela parfois où s'il connaissait tous les remèdes existants sur le bout des doigts. Pourtant elle ne pouvait oublier toutes les modifications qu'il avait apporté à des remèdes répertoriés dans ses livres, c'était donc bien que lui aussi faisait sa petite cuisine parfois…

Lorsque la potion fut prête, Fiona en mit une certaine quantité dans une fiole qu'elle agita vigoureusement. Un précipité vert se forma. Fiona ne put s'empêcher de positiver, comme cela lui était si peu arrivé depuis quelques temps. Le vert n'était-il pas la couleur de l'espoir ? Elle-même trouvait complètement stupide de se fier à de vieilles superstitions, mais en cet instant, c'était une des seules choses auxquelles elle pouvait se raccrocher.

A cet instant, un éclat blanc fit son apparition dans la boutique et Fiona dut cligner des yeux tant il l'éblouit. Il ne lui fallut pas longtemps pour reconnaître un Patronus, sous la forme d'un échassier. L'oiseau parla mais ce fut la voix de Ian Dingwall qui sortit de son bec :

— Tristan est très mal, sa toux s'est considérablement aggravée, venez au plus vite !

Le Patronus disparut mais déjà Fiona avait rassemblé ses fioles et sortait de la boutique en courant. Elle était encore investie de la formidable énergie que lui avait conférée la potion fortifiante et courut sans s'arrêter jusqu'à la maison des Dingwall. Cette fois-ci, ce fut la mère de Tristan qui l'accueillit. Elle la mena sans attendre à la chambre du petit garçon. Son père était à son chevet, il semblait complètement paniqué.

— J'ai fait tout ce que vous m'aviez dit ! s'exclama-t-il comme pour s'excuser. J'avais tout retenu, mais ça ne marche pas !

Fiona lui fit signe de s'écarter et s'assit sur le matelas du malade. Tristan fut pris d'une quinte de toux et elle blêmit. Cette toux n'avait rien… d'humain ? Elle semblait un mélange entre le cri d'un chien blessé, le croassement d'un corbeau et le hurlement d'un bébé. Cette fois, elle en était certaine : cette maladie magique n'était pas répertoriée dans ses livres. Jamais elle n'avait vu ce symptôme, que ce soit dans les maladies moldues ou magiques.

Elle sortit la fiole de sa poche. Le liquide vert émettait comme une lueur dans l'obscurité de la pièce. Tristan continuait de tousser, elle ne pouvait ignorer les crachements de sang que cela provoquait. Elle posa une main sur son front et son cœur manqua un battement quand elle sentit la chaleur qui en émanait. Elle prit son courage à deux mains et enjoignit aux parents de sortir de la pièce. Elle avait besoin de tout le calme possible.

— Vous ne pouvez pas nous demander ça ! hurla Mrs Dingwall. Je veux être près de mon fils, il a besoin de sa mère !

— C'est impossible, répondit Fiona avec tout le calme dont elle était capable. Ce mal est sans doute contagieux, je ne veux pas que vous l'attrapiez, et il me faut du calme.

— Mais que vous apprend-on dans vos écoles d'apothicairerie ? s'écria la mère de Tristan. Vous ne savez même pas faire face à ce genre de situation sans calme ?

— Je regrette, vous ne pouvez pas rester ! s'exclama Fiona d'une voix ferme où perçait la colère. Votre présence ne m'aidera pas, et ne l'aidera pas non plus ! S'il vous sent angoissée près de lui, cela risque d'aggraver encore son cas ! S'il vous plaît, Mrs Dingwall, faites ce que je vous dis.

Heureusement, son mari vint au secours de Fiona. Il entoura les épaules de sa femme de ses mains et la força à s'écarter du chambranle de la porte. Fiona l'en remercia du regard, essayant de ne pas s'appesantir sur les pleurs de Mrs Dingwall. Elle referma la fenêtre et retourna au chevet de Tristan. Le petit garçon semblait complètement épuisé par sa quinte de toux. Fiona fit disparaître les taches de sang d'un coup de baguette.

— Tristan, tu m'entends ? demanda-t-elle d'une voix douce.

— J'ai mal là… souffla-t-il en désignant sa poitrine d'une main faible.

— Je sais, murmura Fiona en lui caressant les cheveux, soucieuse de le tranquilliser. J'ai préparé une potion, toute à l'heure. Et il faudrait que tu la boives, tu t'en sens capable ?

Tristan hocha mollement la tête et elle l'aida à se redresser sur ses oreillers. Les cheveux de l'enfant étaient collés par la sueur et les plaques rouges demeuraient sur son visage. Elle pria, plus fort qu'elle ne l'avait jamais fait, pour que la potion fût efficace. Elle avait l'impression de tenir la vie de Tristan entre ses mains. Et si la potion ne fonctionnait pas ? Si l'aconit le tuait ? Peut-être avait-elle mal dosé… Elle avait veillé à n'en mettre qu'une infime quantité, mais Tristan était si faible… Son cœur battait la chamade. Elle avait l'impression de jouer avec la vie du petit garçon. Il semblait si minuscule, si fragile. Angus lui avait dit un jour que c'était un enfant robuste, mais elle ne pouvait qu'en douter, en cet instant. Elle sortit par précaution le bézoard de son sac, au cas où.

— C'est vert… souffla Tristan avec une légère grimace.

Fiona s'efforça de sourire, pour le rassurer. Il fallait qu'elle lui montre qu'elle avait confiance en elle, qu'il n'avait rien à craindre, qu'elle savait ce qu'elle faisait. Elle déboucha la fiole et une légère fumée s'en échappa. Ses mains tremblaient tant elle appréhendait ce qui suivrait. Elle se demanda si une seule fois dans sa vie, elle avait eu aussi peur. Peut-être pendant la Bataille de Poudlard… Elle chassa cette pensée et fit apparaître un gobelet d'un coup de baguette.

— Tu m'apprendras à faire ça ? demanda Tristan d'une voix rendue rauque par ses quintes de toux répétées.

— Pas la peine, répondit Fiona en essayant de prendre une voix enjouée, tu apprendras ça à Poudlard, quand tu iras !

Elle sentit son cœur se serrer en pensant que si sa potion ne marchait pas, Tristan risquait de ne jamais pouvoir aller à Poudlard.

— J'ai déjà fait de la magie, tu sais, répliqua-t-il en se redressant. J'ai…

Mais il fut interrompu par une nouvelle quinte de toux. Le son qu'il émettait faisait froid dans le dos. C'était à la fois suraigu et grave, rauque et sifflant… Des gouttes de sang maculèrent le drap blanc, perlant sur le menton de Tristan. Fiona lui massa vigoureusement le thorax, ce qui réussit à le calmer un peu, mais sa respiration resta très sifflante. Ce son vrillait les oreilles de Fiona, elle ne pouvait pas le laisser dans cet état. Elle adressa une nouvelle prière silencieuse à toutes les divinités qui existaient et versa la potion dans le gobelet qu'elle tendit à Tristan.

— Bois ça, souffla-t-elle. Ça… ça va atténuer ton mal.

Sans même sembler douter, Tristan porta le verre à ses lèvres. Il le but à petites gorgées et Fiona fut soulagée qu'aucune quinte ne vienne l'interrompre. Lorsqu'il eut fini, il reposa le gobelet sur sa table de chevet et émit un petit soupir.

— Alors ? demanda Fiona, le cœur battant. Tu te sens mieux ?

Tristan la regarda, semblant réfléchir, avant d'ouvrir la bouche comme pour répondre. Mais à cet instant ses yeux se révulsèrent et il s'écroula sur ses oreillers, sans plus de résistance qu'une poupée de chiffon. Fiona se figea. Non… c'était impossible… Elle s'empara du bézoard et le mit de force dans la bouche de Tristan, mais aucun effet ne se fit sentir. Elle crut que son cœur allait s'arrêter.

— Tristan ? s'exclama-t-elle en le secouant par les épaules. Tristan, réponds-moi ! Tristan, est-ce que tu m'entends ?

La porte de la chambre s'ouvrit à la volée et Mrs Dingwall entra comme une furie dans la pièce.

— Mirabella ! cria Mr Dingwall. Mirabella, je t'en prie !

— Vous avez tué mon fils ! hurla la mère de Tristan. Vous l'avez tué ! N'essayez pas de nier, j'ai tout entendu !

Fiona recula, horrifiée. Mrs Dingwall se rua au chevet de Tristan et le prit dans ses bras, le serrant contre sa poitrine. Mr Dingwall la rejoignit, l'air aussi désespéré qu'elle. Il posa une main sur son épaule, visiblement désireux de la laisser profiter de son fils seule. Fiona se laissa tomber sur le sol, abattue. Comment avait-elle pu faire cela ? Elle était… elle était une meurtrière, elle avait fait boire à un enfant un remède dont elle ne connaissait pas les effets… Qui était-elle pour prétendre sauver des vies en jouant au petit chimiste ?

Elle avait tué un enfant. Jamais elle ne serait apothicaire, jamais ! Angus avait fait la pire des erreurs en la laissant seule, elle n'était bonne à rien, elle aurait mieux fait de rester dans son école, inconnue de tous, invisible… Elle quitterait Pré-au-Lard dès le lendemain matin, elle ne pouvait plus rester ici, pas dans ces conditions. Et ce serait bien le diable si elle réussissait à partir sans se faire accabler d'injures et de sortilèges, elle les aurait bien mérités de toute façon…

— Qu'est-ce que…

Fiona releva la tête, la vue brouillée par les larmes. Elle distingua Mr Dingwall agenouillé devant son fils et sa femme. Cette dernière avait visiblement cessé de sangloter. Sans doute avait-elle épuisé toutes ces larmes depuis tous ces jours qu'elle pleurait pour son fils. Fiona se redressa, les jambes flageolantes.

— Tristan ? Tristan, tu m'entends ? souffla Mr Dingwall.

Il donna quelques tapes sur les joues de son fils. Gardait-il encore espoir, après cela ? Fiona essuya les larmes qui brouillaient sa vision, même si en cet instant elle aurait préféré être aveugle pour ne pas voir cette horrible scène. Et sourde aussi, pour ne plus entendre le sifflement de la respiration de Tristan, elle n'en pouvait plus de ce son.

La réalité s'abattit alors sur elle. Tristan respirait ? Elle se précipita vers lui, alors que Mr Dingwall s'écartait pour la laisser passer. Elle crut que son cœur allait bondir hors de sa poitrine lorsqu'elle vit le petit garçon cligner des yeux. Il remua un peu et sa mère le décolla d'elle pour le laisser respirer.

— Tristan ! s'exclama Fiona. Tu vas bien ?

— J'ai… beaucoup dormi ? demanda l'enfant d'une voix encore rauque.

Mais il ne put en dire plus car sa mère le serra alors contre elle de toutes ses forces. Fiona s'en laissa tomber par terre. Vivant… elle ne l'avait pas tué… Elle savait qu'elle n'aurait pas dû autant se réjouir car peut-être que sa potion n'avait en rien amélioré la santé de Tristan, mais elle ne se sentait plus de joie. Elle avait cru si fort un instant que tout était perdu…

Elle laissa Mr et Mrs Dingwall serrer tour à tour leur fils dans leurs bras avant qu'ils ne s'écartent pour la laisser approcher. Elle put lire dans le regard de Mr Dingwall toute la gratitude du monde et ne put se résoudre à le tempérer en lui disant que tout était loin d'être résolu, il avait l'air bien trop heureux. Mrs Dingwall en revanche évitait son regard, mais Fiona ne lui en tint pas rigueur, qui était-elle pour reprocher à une mère de s'être inquiétée pour son fils ?

Scrupuleusement, elle fit un léger bilan de santé de l'enfant. Prenant sa température, elle put constater avec une joie non dissimulée qu'elle avait considérablement baissée. Elle était loin d'être revenue à la normale, mais c'était très encourageant. Puis elle observa les taches rouges. Elles étaient toujours là, mais semblaient se résorber. En tout cas, leur couleur était bien moins vive. Son appréhension monta lorsqu'elle entreprit d'écouter la respiration de Tristan. Il suivit ses instructions lorsqu'elle lui demanda d'inspirer à fond ou de tousser. Elle entendait encore un sifflement, mais rien à voir avec celui qu'il émettait plus tôt. De même, sa toux était encore rauque, mais à des années lumières de l'horrible son presque inhumain qu'il produisait avant.

— Alors ? demanda Mr Dingwall alors qu'elle inspectait sa gorge, ses oreilles et son nez.

— Tristan n'est pas encore guéri, répondit Fiona qui ne souhaitait pas leur mentir. Mais son état s'est beaucoup amélioré, en tout cas je suis optimiste ! Je…

Elle fut interrompue par une violente étreinte venant de derrière elle. Elle crut au début que Mrs Dingwall essayait de l'étrangler, avant de se rendre compte que c'était sa manière de la remercier et sans doute d'essayer de se faire pardonner ses accusations injustifiées. Lorsqu'elle se libéra de son emprise, Fiona fit apparaitre un verre d'eau qu'elle donna à boire à Tristan. Puis elle enjoignit ses parents à sortir de sa chambre avec elle. Lorsqu'ils eurent refermé la porte, Mrs Dingwall demanda :

— Que lui avez-vous donné ? Vous avez finalement trouvé de quelle maladie il s'agissait ?

Fiona hésita. Seraient-ils contents d'apprendre qu'elle avait préparé un remède au hasard, mettant en péril la vie de leur fils ? Non, sans doute pas. Aussi choisit-elle soigneusement ses mots :

— J'ai réfléchi à ce qui pourrait éradiquer tous ses symptômes, et j'ai ajouté un ingrédient très puissant qui a sans doute contribué à la réussite du remède.

— Et c'est… ? demanda Mr Dingwall.

— De l'aconit, répondit Fiona, pâlissant un peu en voyant le regard effaré de la mère de Tristan. Je sais, c'est un poison violent, je le sais aussi bien que vous, mais comme tout poison, comme l'arsenic, l'if ou la digitale, à petite dose il a des vertus curatives. Et un bézoard est un antidote assez puissant pour le contrer. Je savais ce que je faisais.

Ce qui n'était pas tout à fait vrai, mais si elle devait le leur avouer un jour, ce serait après le rétablissement complet de Tristan. Son explication sembla leur suffire, cependant. Elle étouffa soudain un bâillement, se rendant compte à quel point la peur et l'anxiété l'avaient épuisée. Elle prit alors congé, leur indiquant ce qu'ils avaient à faire pour Tristan, et leur disant qu'au moindre problème ils lui envoyaient un Patronus.

Elle rentra à l'apothicairerie. Les rues étaient déjà animées mais les gens semblaient étrangement tristes. Sans doute étaient-ils pour la plupart au courant du triste état de Tristan. Elle vit leurs regards s'éclairer lorsqu'ils la croisaient, mais baissa la tête pour ne pas les inciter à venir lui parler. S'ils voulaient des nouvelles, ils iraient les quérir eux-mêmes auprès des Dingwall, elle ne souhaitait qu'une chose : dormir. Lorsqu'elle fut enfin dans sa chambre, elle se laissa tomber sur son lit sans même se déshabiller et sombra dans un lourd sommeil sans rêve.

~o~O~o~

Elle fut réveillée plusieurs heures plus tard par la clochette de la boutique. La tête encore embrumée, elle descendit et sourit en voyant que c'était Mrs Ketteridge qui l'attendait. La vieille dame lui adressa un sourire éclatant et s'exclama :

— Je voulais être la première à vous féliciter ! Je reviens de chez les Dingwall, ils m'ont tout raconté. Ce que vous avez fait pour Tristan… c'est prodigieux, vous pouvez être tellement fière de vous ! Pour tout vous dire, peu de gens croyaient encore à sa guérison.

Fiona ne savait pas où se mettre. Elle était touchée par ces compliments, mais elle n'avait fait que son travail, rien de plus. C'était son devoir d'aider les malades, elle n'avait pas à être remerciée pour cela.

— Angus serait si fier de vous, murmura Mrs Ketteridge, le regard brillant. Je crois qu'il ne pouvait pas rêver d'une meilleure apprentie. Mais dites-moi… ce remède, comment l'avez-vous trouvé ?

Fiona sourit, sachant que la vieille dame ne se formaliserait pas de ce qu'elle lui répondrait :

— J'ai eu de la chance…

Mrs Ketteridge lui adressa un petit clin d'œil.

— Ce n'est pas de la chance, Fiona, c'est du talent, tout simplement. On ne fait rien au hasard dans votre métier, vous savez bien vous-même que c'est votre intuition qui vous a guidée pour préparer ce remède. Et ce n'est le fruit de rien d'autre que votre talent, croyez-moi.

Fiona sentit des larmes de gratitude lui monter aux yeux. Elle n'aurait pu rêver meilleur compliment… Alors sans réfléchir elle se jeta dans les bras de Mrs Ketteridge en murmurant un « Merci ». La vieille dame lui rendit son étreinte avant d'ajouter :

— Préparez-vous à être submergée de visite aujourd'hui, tout le monde voudra avoir votre version de l'histoire, ne les décevez pas. Vous savez raconter des histoires, au moins ?

Fiona éclata de rire, sans vraiment savoir pourquoi. Mais rire faisait tellement de bien… Elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu'elle avait ri comme cela, ça lui semblait si lointain. Elle salua Mrs Ketteridge et le bonheur accrocha à ses lèvres un sourire éclatant qui n'était pas près de la quitter.

~o~O~o~

Mrs Ketteridge ne s'était pas trompée. Ce jour-là et le suivant, les visiteurs se firent plus nombreux que jamais. Beaucoup prétextaient un mal complètement bénin pour le seul plaisir de discuter avec elle et de savoir tout ce qui s'était passé. En d'autres temps, Fiona se serait agacée de cette tendance aux commérages, mais elle n'était pas d'humeur à s'énerver, aussi assouvissait-elle avec plaisir leur curiosité.

Elle passa voir Tristan plusieurs fois. Son état s'était beaucoup amélioré, mais il continuait de tousser et sa respiration de demeurait sifflante, il avait besoin d'un Médicomage qualifié, les compétences de Fiona ne suffisaient pas à le guérir complètement.

Enfin, trois jours après que Fiona eut fait boire son remède à Tristan, les intempéries se calmèrent. Il était loin de faire un temps radieux, mais Fiona reçut un hibou de Ste-Mangouste lui disant que deux Médicomages se déplaceraient dans la journée pour s'occuper de Tristan. Elle s'empressa d'aller annoncer la nouvelle aux Dingwall. Tristan, qui s'était levé pour la première fois depuis son début de rétablissement, leur adressa un regard inquiet :

— Je vais aller à l'hôpital ? Ils vont me faire des piqûres ?

Fiona reconnut bien là les préoccupations des enfants et sourit en lui caressant les cheveux.

— Ils te soigneront, surtout, tu seras bientôt complètement guéri ! Tu verras, je suis sûre que ce ne sera pas long, ne t'en fais pas.

— Et puis nous passerons te voir tous les jours, ajouta son père. Aussi longtemps que tu le souhaiteras, ce sera comme si tu étais à la maison.

Tristan esquissa une petite grimace qui ressemblait à un sourire, l'air peu convaincu.

Les Médicomages arrivèrent dans l'après-midi. Ils se présentèrent à l'apothicairerie et Fiona les accompagna chez les Dingwall. Ils auscultèrent Tristan, demandant des précisions à Fiona et aux parents de l'enfant sur son état de santé. Lorsqu'ils apprirent ce qui s'était passé, ce qu'avait fait Fiona, un des Médicomages, une femme d'environ trente ans, se tourna vers elle et lui dit avec un air admiratif :

— Vous lui avez sauvé la vie, miss Cornfoot. Je peux vous assurer que sans votre intervention, il ne serait plus là aujourd'hui. Vous pouvez être fière de vous, vous êtes une apprentie très talentueuse.

Fiona rougit, très embarrassée par tous ces compliments venant d'une sorcière si expérimentée.

Les deux Médicomages emmenèrent Tristan accompagné de ses parents. Ils avaient installé le jeune garçon sur une sorte de civière et transplanèrent avec lui. Mr et Mrs Dingwall transplanèrent tout de suite après, non sans adresser un nouveau regard très reconnaissant à Fiona qui les salua d'un geste de la main. Elle soupira, ne revenant pas encore des compliments de la Médicomage. Elle avait sauvé la vie de Tristan… C'était une notion qu'elle avait encore du mal à concevoir. Et elle se demanda ce qu'en dirait Angus lorsqu'il rentrerait…

~o~O~o~

— Il faut dire que tu as été à bonne école ! répondit le vieil homme après avoir écouté le récit de Fiona.

Celle-ci ne put retenir un sourire. Angus était revenu quatre jours après le départ de Tristan. Il avait reçu une lettre de Mrs Dingwall durant son voyage, lui expliquant tout ce qui s'était produit, mais avait tenu à entendre de nouveau l'histoire, cette fois de la bouche de Fiona. Il pouvait dire ce qu'il voulait, elle la voyait la lueur de fierté qui brillait dans les yeux du vieil apothicaire.

— Je t'avais bien dit que tu t'en sortirais, ajouta-t-il avec un sourire. Je ne suis pas fou au point de laisser mon apothicairerie à une incompétente.

— J'en ai douté plusieurs fois, rétorqua Fiona.

— C'est normal, je suis passé par là moi aussi. Mais je savais que tu t'en sortirais. Oh bien sûr, je n'avais pas prévu qu'une tuile pareille te tombe dessus, il faut croire que tu attires les ennuis, mais quoiqu'il arrive je te faisais confiance.

Fiona ne savait que dire. Venant d'Angus, ces compliments la touchaient bien plus que venant de n'importe qui d'autre.

— Tu as beaucoup de talent. Peu d'apprentis ou même d'apothicaires chevronnés auraient pu oser préparer un remède à l'instinct comme tu l'as fait. Et utiliser un ingrédient comme l'aconit… Tu as pris un énorme risque, mais je crois que Tristan Dingwall peut t'en être reconnaissant.

Fiona sourit et posa la question qui lui brûlait les lèvres :

— Vous savez de quelle maladie il s'agit ? Je ne l'ai trouvée dans aucun de vos livres…

— Oui, c'est normal. Elle est très rare, et je n'en ai eu connaissance qu'en feuilletant un vieux grimoire. Je n'ai pas pensé à la répetorier, et je me rends compte aujourd'hui combien cet oubli a été grave. Il s'agit de la Toux de la Bean Sith. Mais toi qui viens d'Irlande, tu dois connaître ça sous le nom de Bean Si, ou Banshee.

— Je sais que c'est une sorte de spectre annonciateur de mort, répondit Fiona. On dit que son cri est un mélange des sons les plus affreux. Quel rapport avec Tristan ?

— C'est la toux que produit le malade qui a donné ce nom à cette maladie. Tu m'as dit toi-même qu'elle n'avait rien d'humain et t'avait fait froid dans le dos. Il s'agissait de cette maladie.

— Où se trouve le grimoire qui en parle ? demanda Fiona.

— A Poudlard, répondit Angus avec un sourire malicieux. Dans la Réserve de la Bibliothèque. Je vais demander à Mrs Pomfresh de m'y donner accès pour que je puisse le recopier, ainsi que quelques autres que je ne possède pas et qui me seraient bien utile dans des cas comme celui-là.

Fiona acquiesça. Angus ajouta soudain :

— Pendant mon voyage, j'ai discuté avec d'autres apothicaires, et lorsque j'étais au Pays de Galles, l'un d'eux m'a fait connaître une plante magique qu'il vient d'inventer, et qui, si elle est correctement utilisée dans une potion particulière, redonne une énergie considérable. Il m'en a vendu un pot, je vais donc la cultiver.

Fiona réfléchit à ce que cela impliquait.

— Vous n'avez plus besoin de moi, si vous retrouvez assez de force pour tout faire tout seul ? demanda-t-elle.

— Disons que si tu le souhaites, tu peux retourner dans ton école pour finir tes études. Je pense que tu es un peu trop jeune pour t'enfermer dans une apothicairerie avec un vieux grincheux comme moi, tu risquerais de finir par me ressembler… dit-il avec un sourire malicieux.

— Mais j'aime ce métier ! protesta Fiona. J'ai plus appris avec vous qu'en deux ans d'études !

— Crois-moi, plus les années vont passer, plus tes études vont devenir passionnantes, tu apprendras bien des choses que je ne sais pas. Mais je peux te faire une promesse…

— Laquelle ? demanda Fiona.

— Lorsque le temps viendra pour moi de cesser définitivement ce métier, c'est toi qui prendras ma succession si tu le souhaites. Je ne vois pas qui serait mieux placé pour ce travail, et les habitants de Pré-au-Lard seront sans doute ravis de voir une jeune femme dynamique remplacer le vieil ours casanier que je suis.

Elle ne trouva pas les mots pour répondre. Dire qu'un mois plus tôt, il lui laissait entendre qu'elle n'était bonne à rien, et aujourd'hui il la voyait comme son successeur…

— Considère ce mois que tu viens de passer comme… un perfectionnement de ton apprentissage. Je ne te donne pas de délai pour partir, prends le temps qu'il te faut. Mais crois-moi, c'est bien mieux pour toi.

Il resta silencieux un instant avant d'ajouter d'une voix à peine audible :

— J'aurais été fier que tu sois ma fille.

Fiona sentit sa gorge se serrer. C'était plus qu'elle ne pouvait en espérer. Mais désireuse de ne pas rester sur cette note mélodramatique, elle répondit d'une voix malicieuse :

— Il paraît que j'étais infernale quand j'étais petite. Je pense que vous vous en seriez mordu les doigts !

Angus éclata alors de son rire étrange, semblable au croassement d'un corbeau et Fiona l'imita, heureuse de cette complicité qui s'était établie entre eux deux, alors que quelques temps plus tôt rien n'aurait pu le laisser présager. Oui elle allait reprendre ses études, oui elle allait quitter l'apothicaire, mais jamais, jamais elle n'oublierait Angus Wenlock, le vieil homme qui lui avait tant appris.


Note de fin : Voilà, tout est bien qui finit bien :) Avouez, vous y avez cru au trépas de Tristan ! J'espère que ce chapitre final, bien que très long vous aura plu, en tout cas j'ai beaucoup aimé l'écrire ! Merci à tous ceux qui ont suivi cette fic, qui l'ont reviewée et la revieweront, j'ai un autre texte sur Fiona que je publierai dans quelques semaines, je vous y retrouverai peut-être !

Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à commenter ! :)