Hey tout le monde ! Comme prévu, je reviens deux semaines après avec le chapitre 3. Ahah. Je vous avais manqué hein.
Sinon, merci pour vos reviews, vos followisations/favorisations et autres ! Vous êtes des licornes adorables.
Un chapitre encore un peu trop centré autour de Sam, avec son amie la secrétaire... Ne vous inquiétez pas pour Dean et Castiel. Ils auront des scènes... Ensemble bien assez tôt.
Bonne lecture !
TW: Présence d'une certaine violence verbale dans le chapitre.
Dans le jargon des Winchester, aussi appelé langage courant avec pas mal de mots grossiers et d'insultes à caractère blasphématoire ou sexuel, se faire virer des archives quarante minutes après y être entré s'appelle avoir l'impression que la secrétaire est une salope qui voulait coucher avec nous mais pas transgresser les règles.
En d'autres termes, le plus jeune des Winchester s'est retrouvé à la rue, sur le trottoir, à regarder la jeune femme fermer derrière lui. Pour être honnête, il aurait bien pu fuir loin - regarder une alpha se trémousser stupidement devant lui pour tenter de se le faire - s'il n'avait pas eu la conviction qu'interroger la jeune demoiselle pouvait être un atout.
Il a sorti les mains de ses poches, en a passé une dans la masse de ses cheveux: réflexe instinctif visant à distiller dans l'air ambiant une odeur inexistante. Comme si le vide clamait sa place. Le soleil couchant a disparu, désormais, laissant la place à un ciel mauve, bleuâtre qui tire sur le noir à des endroits. Un ciel de nuit délavé par les rêves des petits enfants. Un ciel couleur âme déglinguée. Sam ne peut s'empêcher de se dire que si, alors que M. - c'est l'initiale sur la carte - fait jouer les clés dans la dernière serrure dans un mouvement innocent de va-et-viens - à d'autres, hein, à d'autres - même la nuit a une odeur, pourquoi pas lui ?
"M.?
- Mélanie, corrige machinalement ladite Mélanie en se retournant. Peut-être croit-elle que son stratagème extrêmement complexe de séduction avec une clé dans une serrure a marché.
- Mélanie, bien sûr. Beau prénom."
Sourire des deux côtés. Flatté et sûr de sa réussite pour elle. Prétendument enjôleur pour lui.
"J'aurais voulu vous poser quelques questions... Concernant le travail, bien sûr. J'étais venu ici pour faire quelques recherches, mais je pense que vous ne verrez pas d'inconvénients à...
- Non, non aucun." Ses yeux ressemblent à deux trous noirs où papillonnent des étincelles étoiles d'envie et de luxure. Son odeur prend et étouffe les sens de Sam: comme on lui vaporisait simultanément du produit à nettoyer les meubles à la cire d'abeille et au citron rafraîchissant dans la bouche et par les narines.
Ne jamais sous-estimer le pouvoir du costume et des postes importants pour une femme de trente ou quarante ans en mal de sexe et fan de Cinquante Nuances - il voit un exemplaire dépasser de son sac. - .
Surtout quand il s'agit d'une alpha prête à vous sauter dessus en pleine rue.
Peut-être devrait-il reculer, s'enfuir, préférer continuer cette conversation au téléphone pour rester en sécurité. C'est ce que ses sens lui hurlent. Ses sens et son mal de crâne qui est toujours là, contre ses tempes, le long de son nez. Il l'entend à peine lui dire qu'ils vont aller dans un bar qu'elle connaît, un bar "très tolérant, je vous assure. Nous serons au calme.", il ne se rend pas compte qu'il la suit instinctivement. Ses chaussures frottent contre le béton du trottoir là où ses talons claquent - un pied devant l'autre, tchak tchak, et on recommence pour avancer comme il faut -. Il la suit. Et leur bruit dans l'instant est une sorte de pendule qui le guide. Un tic-tac de tchak tchak.
Il ne sait même pas son prénom. L'esprit embrumé, il passe sa main dans la poche de sa veste, sentant des contours familiers sous ses doigts... Ou peut-être le rêve-t-il. Il espère juste que non.
~O~
Le bar semble un parfait cliché, alors qu'ils en poussent la porte. Damier à carreaux crème et blanc, presque trop propre pour être vrai au sol. Les meubles sont en bois, les sièges recouverts de cuir tanné brun chocolat. Les murs sont dans le même ton. Dans un coin, une radio diffuse des chansons datant des années 90. Oui, le bar est un parfait cliché, du ventilo' qui tourne au plafond dans l'air gelé de l'instant - faut bien entretenir les stéréotypes- aux deux-trois hommes dans la quarantaine qui se racontent des histoires dans des relents rassurants d'alcool.
C'est un parfait cliché, jusqu'à la première phrase qui passent les lèvres du plus grand d'entre eux:
"Eh bah alors Mel tu te ramènes avec un omega pour te sucer sous la table pendant que tu finis bourrée ?! Eh, faut pas croire que tout le monde ferait ça ! Lieu public, ma p'tite. "
Ce sont les premiers mots que Sam entend quand il pose un pied dans le bar prétendument tolérant.
Pour la tolérance, on repassera.
Ils ont marché pendant cinq minutes, dans un silence triomphant pour elle et douloureux pour lui. Il ne se souvient pas du nom des rues empruntées, de l'heure à laquelle ils sont partis. Un coup d'oeil à sa montre, alors que Mélanie lui dit de ne pas faire attention, qui lui indique qu'il est déjà huit heures trente.
Il a l'impression qu'il ne dormira pas cette nuit.
"Ne vous en faites pas...
- Sam. Sam ... " Son nom sonne curieusement faux, quand il le donne. Ce qui n'est pas plus mal, vu qu'il l'est.
" Sam..." répète-t-elle en faisant rouler le nom sur ses lèvres, ce qui lui donne un air vague de caniche prédateur. "Vous voulez boire quelque chose ?"
Il est content de tenir l'alcool, et de ne pas être suffisament éloigné du bar pour pouvoir voir les mains de Mélanie sur le verre, et vérifier qu'on ne tente pas de l'embarquer on ne sait où.
Il n'aurait pas pu aller chercher par lui-même de toute manière.
"Mélanie, demande-t-il alors qu'elle se rassoit et après l'avoir remerciée, j'aurais à vous poser quelques questions, concernant les récents évènements.
- Récents événements ? " Ses yeux papillonnent très vite autour de la pièce. "Vous parlez de la mort de Alec ...? C'est ça ?
- Exactement..."
Voilà ce qu'il lui manquait. Le nom du mec. Dans un souci d'éthique, ou peut-être oubli bureaucratique, ils n'avaient rien eu.
Alec.
Ca sonnait série télé.
" C'est donc ça que vous cherchiez chez moi, note-t-elle désappointée." Bah non, bien sûr, notre rencontre a été écrite dans les étoiles et je suis venu pour que tout nous ramène à ce moment précis où nous nous avouons notre amour éternel et indéfectible.
Bien sûr qu'il était là-bas pour ça.
"Je ne le connaissais pas plus que ça... Mais il est vrai que c'est difficile pour quelqu'un de sa condition... Pardon, de votre condition de vous trouver un travail et de mener une vie dans cette ville... S'il avait eu un Alpha pour le protéger, ou du moins s'était lié avec quelqu'un, je ne dis pas. Mais là, Alec...
- Alec était une merde, l'interrompt une voix - la même que tout à l'heure -. Tu le savais et pourtant ça t'a pas empêchée de coucher avec, hein ?"
Apparemment, dans cette ville, la notion de ne pas connaître plus que ça se rapproche plus de celle de Dean que de celle de Sam. Pour illustrer cet exemple, Dean au début de sa relation avec Castiel ne le connaissait pas plus que ça.
"Eric, je...
- Non, ta gueule. " Le dénommé Eric s'approche d'eux: grand, la quarantaine sans doute, il force le Winchester à respirer par à-coups irréguliers. Bordel, que ce type pue ! Et pas le bon type de puanteur - si, si, ça existe - qui indique une incompatibilité des dynamiques, mais simplement une odeur dégueulasse. Bois pourri.
Ce type est pourri, vermoulu, dévoré de l'intérieur.
Mélanie tente une approche pour le calmer. Elle s'est quand même faite insulter plus tôt. Debout, face à lui, elle le défie du regard.
Conflit de pouvoir. L'air se charge d'odeurs inquiétantes aux narines du seul Bêta présent: joie, anticipation, soif de sang. La dernière le fait reculer instinctivement.
Ca, il connaît.
"Non, pas ma gueule. Je suis libre, aux dernières nouvelles, de sortir avec qui je veux.
- Sortir ? Toi, sortir ? A part sortir tes doigts de ton cul, te trouver un Oméga... Je pense que tu voulais dire...
- Ferme là, Eric. "
Sam pense à s'interposer. Il se redresse - quasiment deux mètres de haut, une ombre qui envahit la salle. Dangereuse, inodore si ce n'est peut-être l'impression qu'il dégage - et pose une main sur l'épaule du quarantenaire qui continue d'argumenter à coups de salope, baiseuse de bêtas et autres affirmations qui donnent l'impression qu'il a dû passer dans ses draps.
" Q'est-c'qu'il me veut, l'autre, là ? "
Sa voix roule et résonne comme un coup de tonnerre, l'éclair prêt à frapper.
"Calmez-vous.
- ... Un bêta ? " Eric part dans un rire hystérique. "Un bêta, sérieusement ? T'as pas assez de petites putes comme ça, faut que t'en ramène encore un ? "
La main de Sam le démange. Elle est si près de sa joue. Il lui suffirait de frapper, frapper tellement fort que ça en ferait taire les odeurs qui tourbillonnent et hurlent autour de lui. Il suffirait qu'il parle encore.
Il suffirait que Sam se laisse aller à la violence. Ce genre de personne l'énerve tellement.
Sa main quitte l'épaule de l'Alpha, il lance un regard à Mélanie "je vous rappellerai" et sort. Il titube un peu, élan blessé. Le bon côté des choses, c'est qu'il n'est pas loin du motel. Le long du trottoir - un pas en décalé de l'autre, il avance plus ou moins - il compose machinalement le numéro de son frère.
"Dean ? Je crois avoir quelque chose. Tu es rentré ?
- Ah, Sam... Hum... Je crois pas que je serai au motel ce soir. " La voix lui parvient à moitié étouffée. Et il n'est pas sûr de vouloir savoir pourquoi. "Plein de choses à dire. "
Il soupire.
"Entendu. Je t'envoie un message avec ce que je sais, d'accord ? "
Ca a déjà coupé.
Sam pousse la porte de leur chambre aux couleurs déroutantes - l'impression que tout un estomac se referme autour de lui -. Sa tête le tue et lui donne envie de s'exploser contre un mur. Il referme derrière lui, sort un flacon de cachets contre la fièvre, les douleurs de tête et autres trucs indiqués en capitales sur le carton. Qu'importe ce que ça soigne. Il fait un rapide détour par la douche, enfile un vieux tee-shirt et un sous-vêtement au hasard.
Lumières éteintes, règle à côté du lit - vieille habitude -, il s'affale au milieu des couvertures et des coussins.
Sa tête pèse trente tonnes, son corps n'est plus qu'un simple filament brûlant. Au moins, dans cette pièce nettoyée chaque matin, il n'y a rien, aucun bruit autre que le tic-tac de sa montre. Il n'y a aucune odeur, hormis celle émanant des affaires de Dean faiblement.
Rien qui ne lui dise de partir.
Rien qui ne soit à lui.
Avant de sombrer dans un sommeil à la limite du comateux, Sam se dit qu'il faudra envoyer un message à son frère demain matin, le retrouver, lui expliquer. Qu'il faudra retourner voir Mélanie, comprendre ce que Eric entendait, comprendre leur problèmes avec les bêtas peut-être.
Au moins la rappeler.
~O~
Sam ne l'a pas rappelée.
Elle ne l'a pas contacté.
Quand il est allé aux archives, la tête toujours aussi lourde, on lui a simplement dit qu'elle ne travaillait pas ces jours-là. Depuis deux bons jours, il fait la navette entre le bâtiment et la chambre de motel.
Mais rien.
Il a tenté d'ouvrir des portes, de poser des questions aux autres. Mais toujours la même réponse négative, poussant à le repousser. Toujours le même "Un bêta doit se taire" dans tous les sens. Dans tous les registres. Toujours le même "casse-toi" qui tourne comme une lourde rengaine autour de lui.
Toujours cette impression de casser le monde autour de lui.
De son côté, Dean n'a guère plus de chance. On aurait pû penser qu'avoir un ange à ses côtés serait bénéfique pour les recherches. En un sens, il est vrai que la prestance de Castiel, son assurance à lui et le fait qu'ils soient tous les deux Alphas leur ouvrent des portes qu'on aurait claquées au nez de Sam.
"Cas, je te jure que si j'entends encore un commentaire sur les bêtas, je flingue celui qui le dit."
Ils ont passé en revue tous les lieux que leur victime fréquentaient. Qui se résumaient essentiellement à la supérette du coin, sa maison et l'église - détail apprécié par Castiel.
Ils ont interrogé les rares personnes qui le connaissaient. Et qui le connaissaient sans vouloir l'exploser contre un mur. Ce dernier critère avait soigneusement réduit le nombre de personnes innocentes à deux: Mélanie et la mère du pauvre Alec.
A contrario, ils étaient désormais une cinquantaine avec des gueules de joyeux psychopathes à être susceptibles d'avoir orchestré ce bordel.
Pas besoin de se demander, alors, pourquoi Dean avait décidé de passer sa soirée dans un bar à picoler.
"Jte dis qu'on y arrivera pas, Castiel. Cinquante baraques à examiner, des mecs tous plus louches les uns que les autres... Et Sam qui n'a rien de suspect sur ce gars ou la ville. On est dans la merde. "
A l'aide d'une gorgée d'alcool difficilement avalée, il se voit forcé d'admettre:
"On s'est peut-être trompés. Y a rien ici."
~O~
Face à un miroir, Sam se tient la tête. Il entend des voix qui résonnent et s'entêtent. Les odeurs autour de lui n'ont cessé de s'amplifier, ces derniers jours. L'odeur du savon bon marché, sur le porte-savon, à sa droite, investit douloureusement le canal nasal et incendie son cerveau. C'est une douleur permanente dans laquelle il vit, tente de survivre et de s'endormir chaque soir. Elle a commencé à leur arrivée. C'est une douleur permanente qui coule de ses narines à sa gorge, lui embaume d'une manière inconnue tout ce qu'il connaît. Ici une fleur s'exacerbe et veut sa mort. Là, son frère le fait reculer sous l'odeur de cuir qu'il dégage. C'est une douleur permanente qui l'isole progressivement. Olfactivement.
C'est une douleur permanente que celle de devoir supporter, minute après minute, les odeurs l'assaillir et vouloir l'assommer.
Il s'asperge le visage d'eau froide, qui coule le long de sa peau brûlante. Pour un peu, il entendrait dans sa tête la voix d'un ancien squatteur dont il s'est débarrassé il y a quasiment deux années. Le savon le brûle et le fait tanguer.
Mais ce n'est rien comparé à l'odeur nouvelle qui vient se frayer un chemin jusqu'à son nez.
Une odeur curieusement humaine, un peu entachée de charbon, un peu trop glacée à son goût. Comme de la cendre froide sur une fleur pas encore éclose.
Elle est là. Une simple odeur, comme un fragment de personnalité qu'il n'arrive pas à saisir. Elle est là, pendant un instant à peine.
Un instant où il oublie sa peine.
Il regarde autour de lui, inquiet de ne pas être seul. Mais qui pourrait venir investir la chambre de motel, la salle de bain, les deux protégées contre tout ce qu'il est possible de repousser avec du sel, des marques à la craie et autres artifices.
Personne.
Et l'odeur disparaît.
