Yo tout le monde, et bienvenue/rebienvenue pour ce chapitre qui, je l'avoue, a été assez long à écrire. Bac blanc couplé à la perte de tous mes documents, dont le plot de cette fanfic (qui existe en deux versions) et que j'avais heureusement déjà imprimé...
Lol, la journée a été assez drôle.
Sinon, merci encore et toujours à tous pour me laisser des reviews, favoriser, follower, tout ça ...Je tente de vous répondre mais je passe déjà dix minutes à chaque fois à me rouler par terre de joie.
Bref, je vous laisse avec le chapitre quatre !
Bonne lecture, et remerciez Mia Suzuki-Sama pour sa bêta.
Même si je l'ai faite hurler. C'est pas moi. ;-;
Les yeux fixés sur un verre d'alcool - whiskey, sans doute. La taille et l'odeur correspondent -, les doigts refermés autour, l'autre main sur le comptoir, Dean se sent vaguement gagné par le désespoir et l'envie de tout balancer, de repartir de zéro et de recommencer. Trois jours, non quatre - sa montre indique minuit et quelques - qu'ils n'y comprennent rien. L'ange à ses côtés a disparu depuis une bonne dizaine de minutes.
Peut-être qu'on s'est trompés. Cette pensée le fige et le fait souffler, troubler de sa respiration l'alcool brun. Peut-être qu'il n'y a rien ici. Mais alors pourquoi la mort est-elle si spectaculaire ? Peut-être que ce n'est qu'un maniaque.
Et Dean se dit qu'ils sont peut-être ici pour rien. Il fait courir son souffle sur le rebord de verre, admire les ondulations du liquide avant de l'avaler, traînée de feu qui court et couvre sa gorge, son estomac et son esprit. L'alcool à cette heure de la nuit n'a rien de répréhensible pour le Winchester.
" Un oméga t'a fait défaut, mon beau ? "
Une ombre se glisse joyeusement, glorieusement à ses côtés. La commande défile.
"Non. J'attends juste qu'il revienne."
Le rire de la jeune femme à côté de lui -elle ne doit pas avoir plus d'une vingtaine d'années, selon les estimations du Winchester - sonne amer et hors du temps. Un léger accent français roule et teinte ses mots.
"Tu sais qu'il n'y a que les anges pour exaucer les prières et faire revenir les omégas qui vous font faux bond en plein rencard ?" Le mot ange fait sourire Dean.
"Oh, je crois que côté ange, je suis paré, y a pas à dire.
- J'te crois, j'te crois." Une main se tend. L'odeur de papier, de cuir et d'eau salée rappelle quelqu'un au Winchester. Quelqu'un qu'il ne peut pas identifier. "Mel.
- Dean.
- Alors, cet oméga ? "
Il secoue la tête.
" Il reviendra. Je connais Cas, il a simplement du aller respirer un coup dehors, ou..." Interroger des chats. Dégourdir ses ailes. Rien qu'il puisse expliquer à l'autre en face de lui, intervenu comme ça.
Alors Dean parle. Il raconte Castiel, il raconte leur rencontre fictive. Il raconte leurs déboires, leurs attentes. Toute la vie qu'il aimerait avoir avec celui qu'il aime, toute la vie dont il rêve la nuit et toute la vie qu'il n'aura jamais.
Au moment où les portes du bar se referment, le trentenaire est toujours seul devant. Aucun signe de Castiel. Alors qu'il commence à marcher pour rentrer au motel, un peu apaisé - attristé, aussi ? Pourtant lui-même sait très bien qu'il ne se le permettrait pas - par la conversation, il décroche son portable pour appeler l'ange. Une sonnerie, deux, trois.
Cas ne répond pas.
Son pas se presse un peu, ses doigts recomposent le numéro. Une sonnerie, deux trois. Aucune réponse cette fois-là. Il ne peut s'empêcher de sentir une vague de panique le submerger et l'emporter loin, vers les terres du doute et du pire possible.
"Allez, bordel, réponds, Cas."
Bonjour, vous êtes bien sur la messagerie du...
~O~
Sam tourne en rond dans sa salle de bain. Il a fouillé de partout, placé du sel là où il n'est même pas sensé en placer. Ce qui inclut en faire couler dans les canalisations. Il a fouillé de partout, reniflé - à bonne distance - les shampooings, les parfums, les capotes et le rideau de douche. Il a soulevé le tapis rose bonbon rose croutasse dégueulasse de genou d'enfant éraflé, cherché pour de possibles ampoules de parfum ou d'encens cassés. Aucun machin, aucune simple trace d'un quelconque objet olfactif non identifié. Rien.
Nada.
Et toujours ce mal de tête poignardant l'arrière de son crâne, ses sinus et ses tempes. Toujours ce mal de tête qui roule dans sa caboche et jamais ne s'arrête. Et toujours ces odeurs qui grandissent et emplissent sa tête d'un cri illusoire. Le Winchester voudrait se boucher les narines au parpaing, se colmater les canaux nasaux au goudron et se remplir la gorge de ciment. Devenir une maison illusion pour ne plus sentir.
Et quand il s'installe sur le canapé, sorti de la salle de bain, téléphone dans la main et télécommande sur la cuisse, il se demande si il ne ferait pas mieux de se murer les yeux aussi.
Originellement, Sam n'a jamais rien eu contre les documentaires. Animaliers, historiques, rien. Il a toujours aimé cela.
"Les secrets de l'infériorité Beta"
... Il passera, merci.
La seule chaîne qu'ils reçoivent ici gratuitement a l'air d'être la chaîne locale. Quelque chose avec, comme il a pu le constater, un salariat composé de 97% d'alphas, le reste d'omégas. Et c'est la même tendance de partout dans le reste de cette satanée ville. Quelques omégas qui circulent dans les rangs des alphas, mais aucun beta.
Alors après, ce genre de programme télé, ça ne le remue pas plus que ça. Allongé sur les coussins défoncés, il grogne un peu. Même ici, l'odeur de la salle de bain vient le tourmenter. Nouvelle, indescriptible. Elle l'enfouit dans un nuage de coton qu'il voudrait éloigner de lui.
Au fond, se questionne-t-il, pourquoi les betas étaient-ils tellement refoulés, où qu'ils aillent ? Il était vrai que ces derniers temps ils avaient principalement visité les villes du sud - états réactionnaires, états aveuglés, états de cons, ou peut-être états dans la raison, qui était-il pour juger à par l'un des opprimés ? - mais jamais le chasseur n'avait pu comprendre d'où venait ce rejet. Même lorsqu'ils "montent" sur les états du nord, l'absence d'odeur de Sam et sa stature - indépendante de son statut de beta, par contre, il est un géant de nature - leur attire forcément des commentaires, des regards et des soupirs.
Sam a interrogé Castiel, une fois, sur la raison de cette haine. Peut-être qu'un ange aux six millénaires derrière lui aurait pu lui expliquer.
Il n'a récolté qu'un simple 'Nous sommes tous égaux aux yeux de Père, et je ne comprends pas comment il est possible d'envisager de pousser une dynamique sur le côté en faveur d'une autre. "
Merci, Castiel. Il lui a été très utile.
"Sam, j'suis rentré. Dis, t'aurais vu..."
La voix de son frère le tire de sa rêverie - de sa douloureuse rêverie - et les yeux de l'aîné s'arrondissent de surprise.
Dean sent. Ca se voit tout de suite sur son visage. Il sent quelque chose. Une odeur anormale, une odeur qui n'a aucun rapport avec cet endroit. Une odeur sans rapport avec son frère, une odeur bien trop sucrée, douce et à la fois enivrante.
Dean sent l'odeur que Sam redoute. Et apparemment, au grognement instinctif qui s'échappe de ses lèvres, ça ne lui plait pas plus que ça. Dean sent ce que son frère traîne depuis la salle de bain. Ce qui teinte la brume de ses yeux d'une couleur d'inquiétude.
"Sam ? " Ses mots ne sont pas hésitants: ils sont en putain d'équilibre au-dessus d'un précipice sur un cheveu de chauve.
"Je sais que t'es pas bien, et tout ça quoi... Mais je pensais que quand on était pas bien, on ramenait pas n'importe qui pour se le faire dans un coin de la chambre.
- Oh ta gueule. "
Le plus jeune envoie un coussin de leur canapé-lit - motel de grand standing, attention - à la figure de son frère.
S'il tentait de détourner la conversation de la nouvelle présence olfactive autour d'eux, c'est totalement raté. A une heure de matin et des brouettes passées, le blond-chatain - les cheveux de Dean sont un mystère à part entière - pousse d'un coup de coude les grandes jambes de son frangin et s'installe à l'extrémité. Aucun moyen de trouver d'où vient cette odeur. Aucun moyen de comprendre pourquoi il a si simplement et purement l'impression qu'un oméga s'est assis là où il est assis, l'impression qu'un oméga s'est penché sur son frère, l'a enseveli dans une odeur sucrée que le beta ne peut - ou n'a pas voulu - refuser.
"Sam... " tente-t-il, à peine gêné. L'alcool, les conversations avec les dingues dont on ne sait rien de plus que le nom dans les bars, ça aide à désinhiber.
"Sam, écoute. Sérieusement. Si tu voulais qu'on te laisse... J'veux dire, avec Cas, je comprends que ça puisse être frustrant. Je vais pas non plus te brider dans ce genre de truc. Juste, tu sais, les aérosols ça existe. Ou tu peux éviter de me mentir, aussi.
- ... Les aérosols ou te mentir ?" Il a du mal à y croire, Sammy. Il cligne des yeux, une fois, deux, trois. "Non mais..."
Il part dans un éclat de rire.
"Tu crois franchement que je me suis tapé une oméga pendant que vous étiez... Dean ! "
Voir son frère rire lui ferait presque monter la joie au cerveau, à l'alpha de cette famille... S'il n'y avait cette odeur, sur lui. S'il ne prenait pas aussi mal les mensonges.
"Alors c'est totalement normal qu'une odeur typiquement oméga se tape l'incruste sur ton corps. A moins que tu ne te sois mis mystérieusement à sécréter des odeurs de bonbons par tous les pores de ton corps ? Hein, tu t'appelles Betaribo ?
- Dean.
- Nan parce que dans ce cas je propose qu'on ouvre une confiserie au bunker, attends.
- Dean.
- Et puis même peut-être qu'il sera possible de faire des tartes. Chez Betaribo et associés : tartes et fraises tagada.
- Dean.
- Quoi ?! "
A moitié hilare, à moitié flottant dans la douleur, le jeune Betaribo - autrement connu sous le nom de Sam - lui refourgue sur les genoux un portable vibrant.
"Cas appelle. "
~O~
"Cas ? Bordel de merde, t'étais où ?! Je t'ai déjà expliqué que la moindre des choses, quand tu te barres, c'est de m'avertir. "
Dean, le téléphone contre son oreille, s'énerve franchement. Trop d'alcool tue le self-control qu'il peut éventuellement avoir sur lui-même dans la plupart des circonstances. Trop d'alcool, ou la disparition à minuit, comme une Cendrillon angélique, d'un alpha trop cher à son coeur.
Alors bordel il a le droit d'hausser la voix.
La conversation tient en peu de mots, pourtant. Une adresse lancée d'une voix rauque, un est-ce que ça va, au moins ? qui ne trouve pas de réponse autre que le bip de fin d'appel et un long soupir. Tout l'être du chasseur au téléphone désormais sonnant dans le vide d'un échange trop court est rempli de rage, de haine et d'un sentiment bouillant qui affine ses sens et fait trembler les contours des meubles et du visage de son frère.
Il la retient, du mieux qu'il puisse. Ne pas hurler, ne pas se défouler sur Sam en lui balançant à la gueule des insultes toutes plus variées les unes que les autres. Surtout que Sam n'a pas bougé d'un pouce. Les yeux fermés, ses cheveux reposant sur l'accordoir avec sa tête, il ressemble à un homme-poupée oublié là. Si ce n'est l'odeur qui continue de se dégager de lui.
Le coeur de Dean se serre légèrement. Son frère travaille autant qu'eux depuis trois jours. Mais il se heurte sans doute à plus de difficultés que son aîné. Ce dernier se relève du canapé défoncé.
"Sam ?"
Pas de réponse. Il passe sa main devant ses lèvres, sous son nez: souffle régulier, il a du s'endormir entre temps. Dean vérifie l'arme à sa ceinture, prend garde à ne pas déranger le beta qui dort profondément sur le canapé, d'un sommeil bercé par les anges sans aucun doute, et referme la porte du motel doucement.
Il sait qu'il ne dormira pas ce soir. Alors il espère qu'au moins Sam aura la décence de faire des rêves pour eux deux.
~O~
Sam a seize ans.
Dans une chambre de motel, il écoute Dean chantonner "But the best for you" de Scorpions. Renversé sur un canapé, un livre dans les mains, il réfléchit.
Ca fait deux ans qu'ils essayent, à chaque fois qu'ils sont en ville, d'aller voir un docteur pour lui.
Ca fait deux ans que tous disent la même chose.
Ca fait deux ans que Sam connaît la réponse, intransigeante, la réponse qui fait soupirer son père et qui amène dans les yeux de son frère une goutte de compassion.
Deux ans que Sam essaye de leur expliquer que 'c'est rien' et qu'il 'peut vivre parfaitement comme ça'. Deux ans que le jeune Winchester sent enfin peser sur lui des regards lourds du poids des préjugés. Deux ans, c'est pas rien, surtout quand on a quatorze ans et que l'on est pas forcément capable de supporter les hostilités d'un monde qui veut nous descendre ou tout du moins nous pendre.
Deux ans qu'il a un statut défini définitif.
~O~
Une sonnerie, deux, trois. Castiel ne répondra pas au téléphone. Il voit le nom de Dean s'afficher sur l'écran. Il sait qu'il est à côté. Il sait qu'il est là. Mais le cordon de police, la lumière bleutée tourbillonnante d'un gyrophare de voiture officielle, et son badge qui scintille sous la lune, les étoiles et la froideur pâle de la nuit lui soufflent déjà qu'il n'a pas besoin de lui indiquer sa position.
D'ailleurs il sent déjà son odeur familière se glisser à ses côtés. Une odeur teintée de dégoût, de colère et de peine, tandis qu'à leurs pieds s'étend une flaque d'eau grandissante.
"C'est pour ça que tu m'as appelé ?
- Je pense que l'on a bien fait de rester. "
Les morts ne sont pas des mots. Les morts ne devraient pas porter de mots. En cette journée qui débute à peine, les yeux verts tombent sur de la neige. Une neige épaisse et douce, qui recouvre le sol à dix centimètres d'eux. Une neige disposée en un parfait cercle, cinq traits semblant aléatoires de peinture rouge écarlate dessinent un pentacle inversé. Non, pas de peinture rouge, se corrige le Winchester.
Ses yeux remontent le long de la pointe principale de l'étoile. Le coeur en pentagone l'attire irrésistiblement.
"Bordel de merde."
C'est un pilier de glace, recouvert de rubans rouges, filaments de sang. C'est un pilier de glace haut d'une vingtaine de centimètres, rendu acier par la lumière de la lune.
C'est un autel où repose, sacrifié à l'étoile tombée, un corps enturbannant l'endroit de son sang glacé.
~O~
Sam a seize ans. Un énième docteur. Un énième diagnostic.
Et toujours le même. Dean a sa main sur son épaule. Son père tend la main vers lui.
'Donne-la moi, Sam.'
~O~
Dean regarde l'ange à coté de lui. Le vent glacé de trois heures du matin les décoiffe. L'agent de service s'approche derrière eux. Des gants, une carte qui se tend entre eux.
"Son nom ?
- Dave.
- Dynamique ? "
Soupir de l'officier.
"Jugez-en par vous mêmes..."
~O~
Sam a seize ans. Il tend sa carte d'identité à son père.
Sam a seize ans. Il regarde sa carte d'identité se faire immoler dans les doigts de son père.
'Personne ne saura, Sam.'
Personne ne saura, Sam, qu'elle est ta dynamique.
Personne ne saura que tu n'es pas.
Personne ne saura, Sam.
Personne ne saura qu'en bas de la carte utilisée pour la dernière fois, celle de Sam Meine, descendue en flammes, il n'y avait simplement pas le mot beta.
