Ce chapitre m'aura fait pleurer. C'est bien la première fois que ça m'arrive. Je suis désolée, absolument désolée du retard que j'ai pu prendre. Principalement parce que j'ai découvert que je ne pouvais pas écrire de scènes de sexe sans tout foirer, ce qui m'a fait me poser de grandes questions sur 'MAIS COMMENT JE VAIS ECRIRE CET OMEGAVERSE'
Eheh. Vous verrez. Ca, et le fait que Kieren l'ordi a eu la gentillesse de me claquer trois fois entre les doigts alors que je n'avais pas sauvegardé.
DOnc, au programme : des gens meurent
Un peu de renseignements
Et des choses bizarres.
Je tiens encore à m'excuser du retard et à vous remercier, vous tous, de me lire, parce que ça y est, on a dépassé les 1000 vues. Vous n'imaginez pas combien je suis secrètement entrain de danser la tektonik (comment ce truc s'écrit) avec Girage la girafe et Monsieur Filou.
Vous êtes des petits poneys gentils. C'est un compliment, sisi.
Bonne lecture !
'RAS niveau interrogatoire. Où êtes-vous ? '
Envoyé.
'Dean, ça fait trois heures... Vous êtes où ? '
Envoyé.
Appel vers Dean, durée: 00:05
La main sur le téléphone, l'écran vide et la diode éteinte, au dessus de la glace, vers l'écouteur, Sam soupire. A quoi ça sert, très sérieusement, d'avoir un téléphone si l'on est même pas foutu d'y répondre quand on appelle ou qu'on y laisse des messages ? A quoi ça sert de décider de ne pas se séparer afin d'éviter de se prendre des refus, des portes qui claquent au nez voire des insultes si c'est pour ensuite planter l'être supposément à protéger en plein milieu ? Sam ne sait pas, ne comprend pas cette logique.
Il a bien une petite idée derrière la tête, bien sûr. Pourquoi se seraient-ils éloignés, eux deux justement, si ce n'était pour trouver leur 'communion intérieure' dans un lit ? Bien du genre de son frère ça, même si d'ordinaire, ses couilles passent un peu après la mission. La main sur le téléphone, Sam soupire et tente de le rappeler une dernière fois. Une tonalité, deux, trois. Six. Neuf. Douze. Il se dit qu'à la quatorzième, il raccrochera. Laisser un message n'a aucun intérêt. Et puis pour lui dire quoi ? Pour lui dire de le retrouver dans la rue, pour lui faire part de ce qu'il a trouvé ? Le RAS du début s'en est chargé pour lui.
Alors Sam marche dans la rue, téléphone en vibreur au fond de la poche. Il le sort toutes les deux minutes pour vérifier qu'il n'a rien reçu. Pire qu'un adolescent. Ses pas se font lents, suivent la lumière qui dégouline petit à petit autour de lui. Ses pas se font lents, comme englués dans du miel - ou de l'ambre caramel -. Il sent le monde autour. Un monde entêtant, un univers à part entière lié à celui, plus tangible, que les quatre autres sens créent. Un monde d'odeurs dont il commence à peine à connaître les règles.
Alors Sam marche dans la rue, les yeux inconsciemment mi-clos alors qu'il erre. Le terme est précis. Il erre. Quelques hommes, déjà bourrés - cette ville est un repère d'alphas aux veines engluées d'alcool et aux poumons colorés par le tabac, un vrai plaisir songe-t-il - se retournent quand il passe en traînant avec lui de l'ombre qui dégouline comme la lumière du jour. Les archives, il les a retournées de fond en combles, il n'est pas prêt de s'y glisser à nouveau.
En parlant d'archives...
Ses doigts glissent sur les touches du téléphone, hésitant. Mélanie pourrait avoir connu le jeune homme, non ? Officiellement, il était enregistré comme oméga, mais il n'empêche que, même dans une ville où la population consiste majoritairement en alphas d'une quarantaine d'années avec, sans doute, leur carte dans un club de 'non mais oubliez moi les autres dynamiques, moi je et rien d'autre ne compte. '
comportement que, il faut l'avouer, son frère avait un temps adopté avant Castiel, les omégas restent mieux traités et acceptés que les bêtas.
Mais alors où sont-ils...?
Son odeur coule le long de la grande rue principale - une odeur qui fait se tourner deux ou trois jeunes ricanants, plein d'hormones, de chambres pleines de mouchoirs et sûrement des jeux vidéos culturels sans la culture dans la console - et semble se mêler à l'ombre qui colle aux maisons. A midi, il n'y en a presque pas. A midi... Déjà ? Les rues sont vides d'agitation, hormis les quelques gens tout autour déjà cités, les ombres inexistantes des maisons et Sam qui ne sait pas où aller.
Les rues sont vides d'agitation, hormis celle qui bout dans le crâne de Sam.
Mélanie pourrait avoir connu Dave. L'idée trotte dans la tête du plus jeune Winchester, alors que ses pas le mènent instinctivement vers la bibliothèque, son ombre autour de ses chaussures comme une seconde peau cadavre qu'il traînerait derrière lui. La jeune femme trotte dans sa tête. Elle n'est pas belle, il l'a déjà dit. Elle est juste... Eh bien, une sorte de contact dans cette ville. Un contact qui a sans doute essayé de le mettre dans son lit, mais un contact.
Un jeune homme le bouscule et le dépasse, sans s'excuser, comme s'il ne l'avait pas vu. Comme s'il n'avait pas vu un mec de deux mètres de haut marcher d'un air paumé entre les maisons, sur le trottoir et même sur la route alors qu'il traverse pour atteindre l'autre côté. Peu importe.
Autour de lui, les ombres forment comme une haie qui semble l'accompagner où qu'il aille. L'air est mixé des différentes odeurs autour de lui, plus une autre qu'il ne parvient pas à démêler. La nuit, peut-être. La nuit ou l'attente.
La nuit latente qui occupe les coins sombres où dansent des ombres.
Sam pousse la porte de la bibliothèque, se dirige après une courte hésitation vers les rayonnages concernant les dynamiques. Pas bien compliqué, il y a un gros panneau rouge et or avec la Pyramide - symbole ordinairement banni dans les cités civilisées. Encore une confirmation que ce ne sont que des connards par ici. - sur un fond couleur bois café.
Il s'assoit sur une chaise, dos au mur, entre le rayonnage oméga et celui des bêtas, là où théoriquement les thêtas devraient avoir leur place. Il prend un livre, au hasard. Les omégas: de l'ingérence à l'indépendance.
Joyeux.
La relation alpha-oméga et possibles effets secondaires des autres couples sur les enfants.
Toujours aussi joyeux. Par réflexe, curiosité peut-être, il l'ouvre au hasard.
"Les omégas, par leur nature encline à la soumission, à leur incapacité à prédire la durée et l'intensité de leur cycle de fertilité... " Cette expression est dégueulasse, Sam ne peut que le dire et se l'avouer. " ne sont pas en mesure de choisir un être avec lequel se lier. La décision d'une relation saine et équilibrée est donc prise par l'alpha du couple qui, avant le premier rapport, mord à la nuque son oméga avant d'en prendre possession pour engendrer un enfant.
Il arrive cependant que des couples de même dynamique se forment - hormis le cas des amalgames bêtas/bêtas, considérés comme normaux dans la sphère de la troisième dynamique ( se référer au chapitre 14 ) - entraînant ainsi des dérèglements dans le système de procréation et dans le peuplement. Les lois de 1850 prévoyaient la mise à mort des membres d'un du couple et le lien forcé - cette pratique ayant été abolie par les édits de 1945.
Dans le cas où un oméga en viendrait à se lier avec un bêta, une connexion extrêmement faible en résulterait, entraînant chez l'oméga des troubles de plus en plus importants au niveau sensoriel, organique et génétique, augmentant au fil du temps.
Il est vivement conseillé aux alphas connaissant des omégas dans cette situation de les pousser à briser leur lien pour le bien de l'oméga.
Il arrive que des enfants soient engendrés de la liaison d'un oméga et d'un bêta - ou, plus rarement, d'un alpha et d'un bêta -, perturbant ainsi l'équilibre génétique. Peu d'entre eux survivent, le peu vivant est alors majoritairement identifié comme bêta. Aucun Alpha, à ce jour, n'a été identifié comme fils de l'union d'un bêta et d'un alpha ou d'un oméga.
Sam grogne et referme le livre. "Ramassis de conneries, oui ... "
~O~
Des fois, le nombre de saloperies, d'idioties et même de choses appuyées par des données scientifiques erronées dans un seul et même bouquin est stupéfiant. C'est ce qui occupe la tête de Sam, à l'instant. C'est tout juste ... Terrifiant.
"Sam ? Quelle surprise..."
Une voix qui danse dans l'air. Sam regarde en l'air. Blond, la trentaine, un sourire à décaper les étoiles pour s'en recouvrir les cheveux... Un air curieusement familier, sur lequel il ne peut pas remettre un nom. Dans sa tête, l'instant résonne un peu comme une chanson de rock piquante... Où l'on demande l'aide d'un ange.
"Oui, nous nous connaissons ?
- ... J'étais votre médecin, il y a une dizaine d'années. Nous nous sommes vus une vingtaine de fois. Je n'oublie pas facilement mes patients. " Le sourire sur les lèvres du médecin ramène le Winchester dix ans en arrière.
"Oh, oui, bien sûr. Que faites vous ici ?
- Funérailles. Un des patients que je suivais.
- ... Dave ... ? "
Le visage jovial qui, décidément, dit quelque chose au jeune homme, s'éclaire sombrement. Comme quoi, c'est possible.
" Exactement. Vous le connaissiez ?
- ... Oui. On se parlait, de temps en temps, par Internet.
- Ah ! Vous êtes lequel ? "
Et c'est à ce moment là que le téléphone de Sam sonne. Sauvé par le gong... Ou, tout du moins, parce le son d'un gong. Ses sonneries de portable sont tellement imaginatives. Après un regard désolé vers le blond en face de lui, il lui fait bien comprendre qu'il faut qu'il réponde.
"Allô ?
- Sam, faut que tu viennes.
- Pourquoi ?
- On en a encore un de mort sur les bras. "
~O~
"Mais non, voyons, c'est très clair, messieurs. "
Il y a un cadavre, aux pieds de Dean. Une marque sanglante dans le cou de ce dernier le démange, coule d'un sang rouge écarlate et éclatant pour tacher le col de sa chemise, mais il n'y prête même pas attention.
Tout ce qu'il voit, pour l'instant, c'est la jeune femme effondrée devant lui. Ses cheveux blonds, coupés courts, font autour de sa tête comme une auréole luisante, de l'or coulant sur le sol de l'allée où ils étaient, plus tôt, avec Castiel. Elle est allongée sur le ventre, la tête tournée dans un angle impossible vers le ciel. Très L'Exorciste et sa scène culte.
Le long de son dos rigidifié par la mort, une plaie s'étend. Une grande cicatrice rouge sanguinolente, déversant encore un peu de liquide rouge et visqueux le long des vêtements déjà trempés de sueur et autres sucs humains, comme une seconde colonne vertébrale - que l'on voit poindre, par endroits, narguant d'un bout de vertèbre par l'ouverture qui rit, infâme, à l'arrière, comme des dents mal rangées dans la bouche d'un nouveau-né -. Une cicatrice béante, droite comme un I dont la tête serait le petit point hilare.
"Je vous le dis, moi, elle s'est suicidée, point."
Des fois, le nombre de saloperies, d'idioties et même de choses appuyées par des données scientifiques erronées dans un seul et même diagnostic est stupéfiant, juste stupéfiant. Mais bon, après, le Winchester n'est pas là pour juger...
N'empêche que s'éventrer le dos, superbe oxymore, n'est pas la meilleure manière de se suicider.
Dean raccroche son téléphone et jette un coup d'oeil à Castiel, dans un coin. Interrogé par les flics de l'endroit, il a au coin de ses lèvres une trace de sang et dans sa nuque une marque de dents. Sa chemise est sortie de son pantalon, ses cheveux dansent en bataille dans l'air de l'après-midi et sa voix résonne dans l'air. Son odeur est agressive, brûlerait presque les sinus des autres autour. Pour le Winchester, aucune autre senteur n'a jamais autant eu sur lui un effet répulsif et désolé.
Un effet à lui donner envie de partir et de tout remballer. Il tente de trouver sur le cadavre devant lui un seul et unique signe, n'importe quoi : une marque de morsure, un trou de trop au niveau des oreilles, un bouton de chemise déchiré, n'importe quoi. Il a l'impression de voir des éclats argentés briller entre ses ongles, mais quand il s'agenouille, il constate que ce n'est que son imagination. Rien, juste rien.
Le vide cache toujours quelque chose de plus important que du vide.
"Dean ? "
L'ombre de son frère projetée sur la morte ne le fait curieusement pas se relever. Dans le fond, on peut entendre monsieur le médecin expliquer en long, en large et en travers pourquoi cette jeune femme a apparemment mis fin à ses jours en se poignardant le dos avec, mesdames et messieurs, un couteau suisse venu directement de Suisse.
"Est-ce que l'on peut m'expliquer pourquoi apparemment cette jeune femme ... Tu saignes ? "
Le jeune homme se penche et essuie d'un doigt le sang qui coule de la nuque de son grand frère. Un frisson le parcoure. Souvenirs d'autres temps, d'un autre sang qui coule le long de ses doigts. Dean sursaute violemment, grogne, un grognement instinctif qui fait se retourner la plupart des hommes présents.
Merde.
Pour la discrétion on repassera.
"... Et donc, je disais, la jeune femme, avec son couteau suisse de Suisse très exactement ... "
~O~
"Trois meurtres sans rapport. Deux hommes, une femme. Un bêta, un thêta et une oméga. Entre 18 et 40 ans.
... Toute cette histoire n'a aucun sens. "
Sur une table de bois verni, un annuaire est ouvert, à la lettre I. Un collier, porteur du signe du Sagittaire - une flèche, curieusement peinte en bleu marine - est posé là, la pointe pointant vers un nom qui est celui de l'ange qui rit, en bas, le dos en sang et un enfant qui tombe de ses bras alors qu'on la transporte à la morgue. Un foetus blanchâtre et desséché, qui fait frémir Sam tout autant que les autres.
La voix de l'inspecteur, mêlée aux réflexions de Castiel, résonne avec les roues de l'ambulance - corbillard qui s'en va.
"Tout ça n'a aucun sens."
Et pourtant, dans une odeur de sang, l'ombre qui s'est confortablement installée dans la nouvelle place entre Dean et l'ange, dans cette distance qu'ils essayent de garder, la présence semble rire et se moquer d'eux.
Se moquer de l'évidence placée juste sous leur nez.
Se moquer de ce qui leur arrive dessus à toute allure, de ce contre quoi ils ne pourront pas lutter.
Se moquer du sang qui va couler, de l'instant qui va trembler, de la raison qui va vaciller.
Là-haut, sur la table de bois rongé, verni pour faire un plus bel effet, l'annuaire se referme dans un bruit de pages déchirées.
De toute manière, personne n'est là pour l'écouter.
