Entre deux fiches de révision, des os fluffs et du français, beaucoup trop de français, je viens vous livrer un petit chapitre ...
Je ne sais pas du tout quand je pourrai poster le chapitre suivant - d'ailleurs on s'approche de la fin ! -, mais soyez en surs ... Je vais essayer de rester sur une base de 3 semaines au moins jusqu'en juillet. (j 'ai mon oral le 6. La joie.
Je respire littéralement la joie. )
Merci à tous pour les reviews, les follows et les favorites, vous êtes tous fabfabs.
Merci à Princesse Danaël de bien vouloir me corriger.
... Merci à Rimbaud.
Vous comprendrez.


Le livre ouvert entre deux Alphas a des airs de Révélations. Pour un peu, il pourrait presque s'agir de la Bible. C'est vrai, quoi. Des pages un peu abîmées par le temps, des mots aux consonances étranges et surtout... Des rimes. Bon, Dean n'est pas sûr qu'il y ait des rimes dans la Bible, mais l'effet est toujours le même.
Assez angoissant.
Castiel est assis à ses côtés. La pièce a depuis longtemps perdu de son odeur, de ses caractéristiques et même de ses couleurs. Elle n'est plus qu'une pièce dans laquelle ils tournent, fébriles dans un silence qui respire l'excitation, les pages d'un livre.
Une, deux, trois. Les poèmes se succèdent. Ici, des petits mots tremblent légèrement le long de la page. Là, les symboles - des accents, chose que la langue anglaise omet joyeusement et avec fierté - sur les lettres dansent et tournicotent comme de véritables personnes.
"Ton avis, Cas ? "

L'ange secoue la tête.
"Aucun signe de possession ou autre. Le livre est juste un livre. "

Mais oui.
Et les accents, ça bouge naturellement tout seul, les mots ça se ré-arrange de soi-même.
"Tu te fous de moi ? "
Pas du tout.
"T'as déjà vu un livre danser devant tes yeux, toi ? "
Castiel n'a jamais vu de livre danser, non, devant ses yeux. Il tourne les pages avec précaution, analysant chaque mot, chaque phrase et chaque virgule. Un livre normal, assurément, ne se mettrait pas à danser la samba à chaque fois que l'ange le touche.
Les poèmes défilent, comme des majorettes, comme des militaires, comme une file de gens mécontents. Castiel a mal au coeur. Peut-être parce que les mots bougent réellement ?
Il ne sait pas.

Castiel a mal au coeur. Les poèmes se succèdent. Ici, des jupons d'un tissu blanc dansent paresseusement le long d'une promenade, là une prostituée aux reins marqués d'un nom - la lumineuse Vénus, la Vénus de Lumière - sort d'un cercueil comme une renaissance de l'art poétique. La symbolique de la laideur en poésie ... Ou juste un délire anatomique d'un enfant pris dans la tourmente d'une guerre qui déchire son pays ?
L'ange se dit qu'ils auraient mieux fait de l'oublier, cette poésie. La danse des mots arrache sa gorge pour en faire une boule de fiel et de divers sentiments à renverser.
Vomir. Il a envie de vomir. A cause de l'odeur de la pièce, à cause de Dean trop près, à cause de ce livre.
A cause de poésies stupides qui n'en font qu'à leur tête.

Il se lève et respire un coup: la senteur de Dean s'engouffre dans ses narines pour le calmer, lui apporter un peu de repos ; elle le brûle jusque dans sa trachée, distillant une chaleur mortelle et venimeuse qui a, au moins, le mérite de réduire en cendres cette désagréable sensation de bile coulant à l'envers le long de ses cordes vocales.
"Castiel, j'ai trouvé. "

Les mots dansent un peu moins, sur cette page-là : ils se taisent pour écouter alors que Dean lit.

"A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d'ombre
... "
Le premier meurtre lui vient à l'esprit, au rythme du vers.
"Alec. Un A, formule le chasseur en parcourant rapidement les chenilles d'encre sous ses yeux. Corset velu... Ca, j'en sais rien. En tout cas, il avait bel et bien un corset, plus ou moins, et des mouches. Un corset de mouches. Pour la puanteur ...
- Sam ? "
Dean acquiesce. "Il avait l'air bien plus mal que d'ordinaire, et le gars nous avait mis en garde contre certaines odeurs. "

Un ange passe. Un silence éternel et réconfortant entre lui et Castiel. Leurs yeux se trouvent et s'affrontent pour s'avouer toute leur gratitude, toute leur affection et la désolation de n'avoir pas pu, dans leurs gestes, se le dire mieux que ça. Alors c'est rien aux yeux d'un observateur, mais quand l'odeur de l'humain devient plus douce, supportable et allume un feu autant le regard que dans le coeur de l'autre homme de la pièce, celui-ci se rapproche comme il peut.

Le livre ouvert entre eux a des allures de Révélation. Sur eux, peut-être. Sur ce qu'ils chassent, plus sérieusement. Peut-être l'amie de Sam. Peut-être quelqu'un d'autre.
Dean reprend.

"E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles.
Le second ... C'était Dave. Un jeune.. D'où la candeur. Et son piédestal de glace ... Des glaciers fiers... La glace et l'idée d'un roi, sur un piédestal."
L'adrénaline, l'envie court dans les veines de l'alpha renié. Tout va se ranger. Elle fait danser ses membres, ses doigts le long des mots qui se débattent sous la fine pellicule de la page : il trouve un sens là où Sam n'y a rien vu. Il trouve un sens à ce qu'il n'avait pas forcément envie d'expliquer : surtout de la poésie française du XVIIIème.
Ses yeux verts sautent et courent au prochain mot, à la prochaine lettre. Ici, le E n'a aucune utilité, aucun rapport avec leur histoire. Dave ... Sauf le E de fin, peut-être. Peu importe. Ils comprendront plus tard, cette histoire de voyelles - à moins que ça ne soit que le titre du poème -.

"I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes
... "
Ah, la jeune fille suicidée en se lacérant le dos. Avec son couteau suisse de Suisse.

" I... La blessure avait la forme d'un I. Comme des 'lèvres belles ' riant... Non ? " C'est son ange ... L'ange, pas le sien, plus le sien, qui en fait la remarque. "Dans la colère ou les ivresses pénitentes... Un rire dans les ivresses pénitentes.. "
Et le bébé, hein, Cas ? Le bébé, tombé des bras ? Dean ne dit rien, réfléchit, tombe presque dans l'envie de prendre dans ses bras et de l'aider à se concentrer...
Ou pas.

Le chasseur soupire. "Je crois qu'au moins on a trouvé le modus operandi du psychopathe ou du machin qui fait ça... Ce n'est pas un vampire, ça ne ressemble pas... " Bravo, Sherlock. " Peut-être ...
- Un livre ensorcelé. "
Dean fait un bond en arrière une fois les mots dans son cerveau. Livre qu'il a touché. "Non, pas celui-là. Mais un autre ... Ce qui créerait des perturbations avec celui-ci. "
L'explication est confuse, et ça se lit au fond de ses yeux.

" Ce que je veux te dire, Dean ... C'est que la création d'un objet enchanté ou magique, quel qu'il soit, entraînera naturellement des perturbations avec les objets qui lui ressemblent ou qui le composent. Une des dérivations de cette idée est... La fluctuation, je crois. Ou tout du moins ce qu'il se passe lorsqu'un fantôme passe près d'un objet électrique. Comme votre cerveau utilise et produit de l'électricité, le leur aussi, et cela rentre en conflit avec les appareils.
- Donc ... Tu es entrain de me dire qu'une Sabrina ou une Witch en collant bleu et rose a fait ses petits tours de magie sur son exemplaire de livre et qu'il s'est mis à massacrer des gens ?!"

Les italiques s'entendent dans sa voix. Il n'a pas peur, il se demande juste quel serait l'intérêt d'enchanter un bouquin de poésie. Il soupire et se masse les tempes.

"Et qu'est-ce qu'on peut y faire, sérieusement ? Tu saurais le localiser ? "
Castiel répond par la négative, par un il faudrait... Mais il faudrait quoi ?
Il n'est pas sûr, lui-même, de savoir.

Dans un grognement et une légère perturbation dans la senteur qui émane de lui, Dean se replonge dans la lecture.
"U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux
... Il compte tuer des vaches et des moutons ? "

Mais avec ça, rien qu'avec ça, il peut sentir une légère joie l'envahir. Ils ont la prochaine victime du livre ou du ... N'importe quoi qui vit dans le livre. Il prend un stylo, une feuille couverte de gribouillis au dos et sourit un peu, en écrivant sur le papier gris. Les mots coulent de l'encre et de sa bouche.
" Le U pourrait être une simple coïncidence... Comme pour Dave. On doit se focaliser sur ce qu'il reste du vers. Cycles, vibrements ... C'est pas plutôt vibrations ?
- On disait vibrements.
- Ca pourrait correspondre au son. Le son des mers ? Une sirène ? " Les hypothèses se bousculent. "Peut-être mieux. Mais ça a un rapport avec l'eau. Un rapport avec la paix aussi ... Est-ce qu'il compte en assassiner un dans une bibliothèque ou une école ? "

Dean se frotte les tempes.
"On est pas sortis de l'auberge, je te le dis ... "

~O~

La vie de Bill a toujours été très intéressante. Une vie parfaite, peut-être, aux yeux de beaucoup de personnes. Il se lève le matin, petit déjeune, se lave, se brosse les dents sous la douche pour économiser l'eau, part au travail, rentre du travail, dîne et se couche. Aucune distraction, juste la routine. Tous les jours, sa même petite routine. De quoi rendre pas mal de gens dingues, tout compte fait...
Mais à lui, à Bill, ça lui plaît. Un alpha qui se maintient à un rythme régulier et sain de vie, dans la petite ville de ... Ca ne peut qu'attirer les omégas. Et justement, ce Bill à la vie très intéressante n'est pas lié.

Bill n'est pas lié. Aussi, quand il rentre le soir, il n'y a pas de seconde paire de chaussures à côté de laquelle il peut poser les siennes, pas de seconde paire de charentaises bleues - la couleur des omégas, évidemment. Bill est assez conservateur - à côté des violines de la classe dirigeante à laquelle il appartient. Bill n'est pas lié, aussi quand il pousse la porte de son petit appartement au premier il n'y a personne. Personne à part ses chats, desquels il prend le plus grand soin parce qu'il en a quand même chié vingt ans pour en arriver là, et puis il l'a payé vingt briques son deux pièces plus loggia.

Des fois, la vie de Bill est un peu monotone. Il voudrait bien partir ou se casser, il en parle souvent. Fin bon, de toute manière, il peut pas, il lui reste à payer le lave vaisselle et la télé ! Alors partir, ça sera pour un autre jour.
Pour l'heure, il vient de se lever. Jour de congé, un peu plus tard, peut-être. Les horloges sont fourbes.
Au dessus de sa cafetière, sur le panneau en liège impeccable, il peut voir la couleur de la mer sur une carte postale. Un beau bleu-vert éclatant, photographie fanée qui le rend si content et le met de bonne humeur pour la journée.

La vie de Bill a toujours été intéressante. Celles de ses voisins, bien sûr, beaucoup moins.
" Qu'est-ce qu'elle peut être bruyante, mademoiselle Mélanie, lorsqu'elle rentre tard... " se dit-il à lui-même en contemplant la place derrière le papier abîmé. La cafetière bipe. "Je l'ai entendue se plaindre et faire traîner ses chaises tout le reste de la nuit, bouger son lit et sauter son matelas. Ca doit encore être son oméga. "

Parc'que naturell'ment, pour lui, une alpha ne peut s'approcher que d'un oméga. Il sort de sa cuisine pour monter tout doucement les marches qui mènent à la porte de sa voisine du dessus. Son poing se contracte alors qu'il frappe aimablement.
Oui, Bill a toujours été intéressant. Ses yeux restent fermement ancrés sur le visage de la femme qui, en face de lui, vient d'ouvrir. Si l'on était dans un de ces livres qu'il adore - romans sans grand intérêt, bon à s'essuyer aux toilettes mais on a les goûts qu'on a - , il pourrait dire qu'il s'agit d'une sublime créature dont les yeux reflètent les douleurs du passé, un léger déshabillé couvrant, voilant à peine son corps.
Sauf qu'elle est en tailleur débraillé, les cheveux flottant autour et qu'elle a l'air désemparée.

"Bonjour, Mélanie, commence Bill de sa voix posée - comme tout ce qu'il fait -
- Bill ! Bonjour ... Euh ... C'est un peu tôt, non ?

- Excusez-moi. Je... " L'homme s'arrête. Autour de lui, l'air se rafraîchit. Le temps commence à tourner, une odeur un peu âcre, délicieuse mais inconnue et inhumaine vient danser dans son nez.
" Vous ne trouvez pas que ça sent la mer ? "

La vie de Bill a toujours été très intéressante. Mais il était loin de se douter à quel point lui-même pouvait être si ordinaire.