Le Hippie ouvrit difficilement les yeux. Son crâne lui faisait déjà souffrir le martyr. Il prit sa pauvre tête dans sa main et la massa. Il se surprit à légèrement paniquer en ne trouvant pas Laureen dans sa chambre. Elle devait être dans la chambre d'ami ou dans le salon. Le camé se redressa, mais une douleur intense apparue dans l'intégralité de ses jambes, de ses bras et de ses abdominaux. Le mouvement que son corps suffit à lui donner un début de nausée désagréable. Il tremblait tel un brin d'herbe sous une tornade. Le toxico se sentait agité, comme s'il ne pouvait plus du tout tenir en place. Dès qu'il se leva, ses jambes lâchèrent et il tomba. Son visage s'écrasa contre la moquette couverte de suie et de résidu de poudre. Le Hippie prit une grande inspiration sur le tapis en tentant désespérément de sniffer de la cocaïne, en vain. De plus, il ne s'agissait que de farine insignifiante. La personnalité en manque essaya de ramper par terre, mais la douleur dans ses bras et dans ses jambes le paralysait. Il avait besoin d'aide. Hippie sentit des larmes lui piquer les yeux. Il était si frêle, pâlot et faible…
Deux voix familières. C'est ce qui réveilla la jeune femme aux cheveux étranges. Une lumière l'aveuglait. Elle voulut se lever, mais des bracelets de cuirs la retenaient. Laureen était… attachée? Ses yeux s'habituèrent à la pièce. Elle était derrière dans une pièce blanche avec une grande vitre observation devant elle. Derrière la vitre il y avait un autre sosie de Mathieu Sommet vêtue d'un saros, de lunette ainsi qu'un d'un drôle de nœud papillon. Le scientifique parlait au Patron. «La gamine est réveillée, je m'en occupe.» La dite gamine gigota sur la chaise pour tenter de se libérer. L'homme en noir entra dans la petite pièce blanche, faisant ainsi contraste avec le décor. Il fit son ricanement lugubre en tournant autour d'elle tel un vautour.
« Bonjour, Laureen. T'es confortable?
- Non, répondit-elle d'une voix brusque.
- Sais-tu pourquoi tu es ici? Oh, gardes ta salive, je sais que tu l'ignores. Tu es ici aujourd'hui, parce que tu as, comment dire… "titillé" notre curiosité. Puisque le Prof possède la science infuse et puisque je suis très capricieux, nous voulons des réponses à nos questionnements… Même si tu n'en as aucune envie, tu ressentiras comme une obligation de nous dire la vérité. Si tu n'essaies pas de résister, ça ne sera pas long. »
La pauvre Laureen n'y comprenait rien. C'était une sorte d'interrogatoire? Pourquoi? Avait-elle fait quelque chose de travers? Le Patron mit la main sur son épaule, ce qui provoqua un frisson de frayeur à l'ancienne toxico.
« Testons l'efficacité du sérum de vérité sur toi en te posant la première question… »
L'homme en noir s'approcha de son oreille et dit d'une voix effrayante,
« Est-ce que je te fais peur?
- Très, répondit Green sans réfléchir.
- À quel point?
- Au point où j'ai l'impression d'avoir le monstre caché sous mon lit durant toute mon enfance devant moi. »
Merde… La jeune femme écarquillait les yeux. Elle répondait sans aucune hésitation. L'avaient-ils drogué?! Le criminel riait de satisfaction. Il s'arrêta devant elle.
« Nous voulons savoir qu'elles sont tes intentions, d'où tu connais notre créateur et qu'elle est le passé de cette étrange brûlure. »
Il effleura la cicatrice de son œil. Laureen grogna et lui lança un regard assassin. Elle ne supportait déjà pas les regards et les questions indiscrètes sur sa marque immense. Les réponses montèrent dans sa gorge comme une boule épaisse et douloureuse.
« Je ne suis ici que pour aider le Hippie avec son addiction à la drogue. C'est mon travail! Je voulais aussi revoir Mathieu, ça fait si longtemps que je ne l'ai pas vu… Quelques années déjà. Il me manquait et je voulais voir ses personnalités en chair et en os. Je n'y croyais pas. Enfin qu'à moitié! »
Plus elle parlait, plus elle se sentait libéré d'un poids physique. La boule dans son œsophage semblait se ramollir et devenir plus petite. Moins importante.
« En… ensuite, on se connait du même… d'un même… »
La jeune femme ne pouvait le dire. Elle se rappelait d'une promesse qu'elle avait faite à son ami. Ne pas parler de leur passé.
Le Patron fronça les sourcils et se pencha vers elle en appuyant sa paume sur sa cuisse. Green se cambra et glapit. Ses sens étaient comme multipliés par dix et le simple contact physique lui créa des frissons désagréables. Elle était comme droguée, alors c'était tout à fait plausible. L'homme en noir fit un sourire malicieux et souffla sa fumé sur le visage de l'ancienne toxico. Sa main baladeuse monta sur son pantalon, la faisant frémir de dégout.
« Continues, gamine… Tu as si bien commencé. Continues et j'arrête de te toucher », murmura-t-il d'une voix moqueuse.
La boulle dans sa gorge grossissait, l'empêchant presque de respirer. Elle pouvait trouver une manière de contourner sa réponse. De répondre en lui parlant seulement de son propre passé.
« J'ai rencontré Mathii parce qu'on avait le même psychologue. »
Laureen était incapable de mentir, du coup elle disait la semi vérité. Peu convaincu, il hocha néanmoins la tête. Le criminel fit promener ses doigts sur la gorge de la femme jusqu'à sous son menton. Elle ferma les yeux en frissonnant. Maintenant, il voulait entendre parler de sa cicatrice? Non.
« Je ne parlerai pas de ma cicatrice. Tu as beau fouiller mon esprit, violer mon intimité et ma vie privé et creuser dans mon passé, tu ne sauras rien à propos de ça. Personne n'en saura jamais rien.
- Écoutes gamine, joues pas la dure avec papa. Tu vas me dire gentiment ce qui se cache de si important derrière cette blessure, sinon, je vais arrêter d'être gentil.
- Oh, tu l'étais? Je ne savais pas quel c'était une forme de politesse chez vous de droguer, kidnapper puis ligoter quelqu'un… »
Le Patron lui attrapa les cheveux en grognant. Le cœur battait trop fort dans la poitrine de la mystérieuse fille. La sueur coulait sur son front, elle sentait le besoin de tout déballer. Sa brûlure la piquait, elle se sentait comme mal. Son estomac était durement noué et sa gorge, serrée. Son inquisiteur lui tirait ses dreads pour lui faire cracher le morceau. Ça faisait mal! Elle dégluti difficilement. Résiste, Laureen… Résiste! se disait-elle. Tu ne dois rien dire à propos de ça, peu importe ce que ce connard fera ou dira. Ces encouragement mentaux lui faisait du bien et lui donnait du courage. Green fit un petit sourire en grimaçant un peu, sentant la poigne de l'homme en noir se resserrer sur sa chevelure. Elle avait l'impression qu'il allait lui arracher. Le Prof, quant à lui, semblait impatient et pensif. Il fouillait dans d'étranges dossiers.
« Alors miss, maintenant, cesse de résister et parles-nous de ton œil. Tu iras beaucoup mieux et ça sera plus court…
- Qu'est-ce qui sera plus court? »
Le Patron s'était rappelé comment le sérum de vérité marchait. Il stimulait les hormones sexuelles pour libérer les pensées ou un truc comme ça. Il fit un sourire pervers et fit glisser sa main dans son cou, vers son décolleté. La femme se cambra en fermant les paupières. Elle serra la mâchoire. Elle était tellement plus sensible. Chaque caresse picotait et elle n'avait qu'une envie, tout déballé. Comme sa bouche ne laissait toujours pas échappé d'information, l'homme en noir ouvrit doucement ses cuisses.
« C-c'est une brûlure par acide! »
Il acquiesça et quitta la pièce pour revenir aux côtés du scientifique. Laureen regardait ses pieds qui devenaient flous. De l'eau parcourait ses pommettes et de petits spasmes désagréables lui venait au dos. Soudain, un énorme bruit retenti et fit tourner les têtes des deux hommes et de la femme. Celle-ci entendait des paroles criées, étouffées derrière les murs. De l'autre côté de la vitre, le Patron semblait furieux. Il ouvrit la porte et alla détacher Green. Le Hippie se trouvait là, inconscient devant la porte du laboratoire.
Laureen attendait le réveil du camé avec impatience. Dans le salon, on entendait Mathieu engueuler ses deux personnalités qui avaient fait une belle connerie. La jeune femme avait eu si peur pour elle et surtout pour ses secrets. Personne ne connaissait son passé et c'était très bien comme ça. Elle ne voulait pas que ce soit un criminel pervers et un scientifique fou qui en apprennent sur sa vie personnelle. À la limite, Hippie aurait pu le savoir. Elle y réfléchissait un peu, mais abandonna vite l'idée. Le pauvre, même pourvu de toute la bonne volonté du monde, il aurait pu dévoiler son histoire pour un simple gramme de crack. Peut-être qu'il aurait pu résister à la drogue, seulement pour l'écolo…? Celle-ci secoua la tête. Qu'est-ce qu'elle allait imaginer là? Qu'elle était spéciale ou plus importante pour le Hippie? Cela la fit rougir tandis qu'elle caressait les cheveux du légume encore évanouit. Ses cernes sombres taillaient son visage blanc. Ses joues creusent inspirait la pitié à son amie Green. Elle eut envie de le serrer fort dans ses bras, mais à la place, elle épongea un peu sa peau extrêmement blafarde d'eau fraiche. Il se réveilla au contact froid. Il n'arrivait pas à rien répondre. Il semblait vraiment mal. Laureen lui avait préparé un mélange de hash et de canabis. Ce qu'elle faisait avec lui, ce n'était pas un sevrage brusque. Elle voulait qu'il diminue le LSD, la coke… Bref, les drogues dures.
Le Geek était au parc. Il ne sortait jamais parce qu'il avait peur de tout le monde. Il jouait sur son gameboy, seul sur le banc de parc. Le gamin avait quitté l'appartement, car tout le monde se criait dessus. Ça le stressait, le pauvre. Il avait presque fini son niveau de mégama. Il appuyait habilement sur les boutons. Trois jeunes garçons se placèrent devant lui. Le petite était si concentré qu'il ne vit pas le trio. Le plus grand lui arracha la machine des mains en riant d'un air mauvais.
« À quoi tu joues, punaise? »
Un blondinet tira sur son t-shirt de Capitaine America.
« Les super-héros, c'est pour les bébés!
- Ouais! Et ta casquette est pourrie! »
On lui enleva son couvre-chef d'une manière violente. La victime fixait ses pieds. Que faisait-il pour s'attirer tout le temps des problèmes et des insultes? Cela venait sans doute de lui… On lui répétait toujours qu'il était une erreur, un bug, une tâche sur le tableau de la vie qu'on devait enlever. Peut-être avaient-ils tous raison… Le Geek se couvrit les yeux pour pleurnicher pitoyablement.
« Tu fais le bébé?
- Non, il est homo!
- Ah, c'est pour ça qu'il est tout seul! Ils sont où tes parents? Ils t'ont abandonné en voyant ton visage? Je les comprends!
- Personne ne voudrait de toi comme ami! »
Sur la dernière phrase, le plus grand éclata le gameboy sous son pied tandis que les autres donnaient des coups de pieds dans les jambes du pleurnichard. Comme chaque fois, personne n'allait le sauver.
Lorsque qu'il rentra, les genoux en sang et son jeu-vidéo en miette. Mathieu buvait un café à la table, en gueulant encore sur le Patron et le Prof. Le Geek s'avança et tout le monde se tu.
- M-Mathieu… Mon gameboy et mon jeu de mégaman… ils…
Le susnommé se retourna avec une expression de colère intense. Il se leva brusquement et jeta les pièces de la machine brisé par terre en lui criant : « TU NE PEUX PAS FAIRE ATTENTION AUX CHOSES QUE JE T'ACHÈTE?! JE NE T'EN PRENDRAI PAS D'AUTRE! MAINTENANT, VA DANS TA CHAMBRE ET JE T'INTERDIS DE JOUER! » Le petit garçon couru dans sa piaule, blessé par l'attitude de son créateur. Il sanglotait en se jetant sur son lit. À ce moment, le criminel aurait voulu lui changer les idées, au gamin, mais il ne pouvait quitter. Le Panda passa devant la porte du Geek. Il s'arrêta en entendant le petit pleurer. Il pleurait tout le temps, mais là, il semblait vraiment mal. L'ursidé cogna à sa porte, deux petits coups pour ne pas l'effrayer.
« Geek… Ouvres-moi, c'est Maitre Panda. »
De l'autre côté, le susnommé se colla contre le bois qui les séparait.
« T-tu vas me gronder aussi?
- Non, Geek. Je ne suis pas là pour te gronder. »
La porte s'ouvrit, mais le gamer était déjà de retour sur son lit. La pièce était plongée dans le noir, ce qui était anormal, puisqu'il en avait une peur bleu. Le chanteur alla le rejoindre sur le lit. Il sanglotait tellement qu'il semblait avoir de la difficulté à respirer. Il se retourna afin de faire face à son ami en kigurumi. Les genoux du petit saignaient, comme s'il était tombé.
« Geek, on t'a encore intimidé, n'est-ce pas? Je sais que Mathieu est dur, il a déjà les nerfs à vif. Je l'ai entendu et… il ne voulait surement pas être aussi méchant avec toi…
- NON! IL N'EN A RIEN À FOUTRE DE MOI! MÊME SI JE PLEURE! MÊME SI JE CRIS À L'AIDE! JAMAIS IL NE VA ME CONSIDÉRER COMME UNE PERSONNE! JE NE SUIS QU'UNE VICTIME! QU'UNE VERMINE SUR QUI ON SE DÉVERSE! PATRON, HIPPIE, MATHIEU ET MÊME TOI, PANDA! TU NE CESSES DE ME PRENDRE EN PITIER! MAINTENANT, LAISSES-MOI MOURRIR ICI ET TOUT LE MONDE SERA CONTENT!»
Le pleurnichard, resté trop longtemps silencieux, explosa comme un volcan. Il balançait ses amis en peluche au bout de ses bras, comme s'il leur en voulait, à eux aussi. Sa voix mignonne, timide et mâchonnée laissait place à des rugissements de colère. Il s'en donnait mal à la gorge. Le pauvre en avait marre. Il ne voulait plus être ce qu'il était. Il ne voulait plus être fragile, faible, sensible, peureux, victime, timide et soumis. Blessé et sous le choc, Panda le laissa seul.
Et si…
Et si le Geek devenait fort, insensible, courageux et respecté? S'il devenait ainsi? Il ne serait plus agressé par le Patron, ni tabassé par le Hippie, ni engueulé par Mathieu, ni prit en pitié par le Panda… Le gamer sécha ses larmes. L'heure du changement était venue.
