Beckett arrivait devant le bâtiment. Elle n'avait plus qu'à traverser la route. Mais elle avait marché trop vite. Elle était tellement énervée qu'elle ne s'était pas rendu compte que ses jambes lui faisaient mal. Au moment où le feu passa au rouge, elle avança une jambe. Mais au moment de la poser au sol, celle-ci se déroba. Elle allait tomber quand deux bras puissants la rattrapèrent, l'empêchant de s'affaler sur le bitume. Les deux bras l'aidèrent à reculer et à s'assoir sur un banc qui se trouvait devant un arrêt de bus. Elle se retourna et vit que c'était le dénommé Castle qui l'avait empêché de tombé.
- - Qu'est-ce que vous faîtes là ? Vous avez fait votre déposition ?
- - Pas encore. J'avais besoin de prendre l'air. Mais j'y allais.
- - Très bien, allons-y
Mais au moment de se lever, impossible de faire un seul mouvement avec ses jambes.
- - Non, allez bouger ! dit-elle
- - Attendez, je vais vous aider.
- - C'est cela, tiens. Je n'ai pas besoin d'aide, surtout pas de la part de quelqu'un que je ne connais pas ou plus. C'est clair ?
- - Très clair.
Elle décida d'appeler Esposito
- - Beckett ? T'es où ?
- - Ecoute, j'ai présumé de mes forces. Tu pourrais m'apporter mon fauteuil ?
- - Pas de problème, mais t'es où ?
- - Devant le commissariat, devant un arrêt d'autobus, de l'autre côté de la route.
- - J'arrive.
- - Merci.
- - J'aurai pu aller vous le chercher, vous savez ? dit Castle
Elle ne répondit pas et sélectionna un nouveau numéro sur son téléphone.
- - Roger ? C'est Kate. Tu peux passer au 12th ?
- - …
- - Un problème avec mes jambes.
- - …
- - Dans combien de temps ?
- - …
- - Merci, je t'attends.
- - C'est qui Roger ? demanda Castle
- - ?
Elle vit Esposito sortir et se diriger vers sa voiture. Il prit son fauteuil et traversa. Arrivé devant Beckett, il le déplia et le plaça près d'elle.
- - Tu peux m'aider ? Je ne sens plus mes jambes.
- - Pas de soucis.
Il l'a pris dans ses bras et la déposa délicatement dans le fauteuil.
- - Merci Javier. Castle, on y va.
Esposito prit les béquilles et suivit sa boss et Castle. Arrivée à son bureau :
- - Ryan, Esposito, occupez-vous de monsieur Castle. J'ai des recherches à faire !
Au 12th
Assise devant son ordinateur, elle tapa le nom Castle. Il avait un dossier chez eux elle appela les archives
- - Ici, le Lieutenant Beckett. Pouvez-vous me monter le dossier d'un dénommé Castle ? Merci
Puis elle alla sur un autre site et fit de nouvelles recherches. Il y avait beaucoup de sites qui parlaient de lui. Aussi décida-t-elle de choisir le site officiel de sa maison d'édition. Tout y était. Il y avait un bref résumé de sa vie privée et tout le reste était consacré à sa vie publique. Il y avait des photos, beaucoup de photos. Et des articles de journaux, beaucoup d'articles.
Et là, elle tomba des nues.
Tout d'abord en lisant son histoire personnelle : Martha était sa mère et Alexis, sa fille.
Mais en lisant le reste, elle découvrit qu'ils se connaissaient depuis 6 ans. Qu'après avoir tué son héros dans la série de livres qu'il avait écrit, il avait écrit une nouvelle saga sur une jeune inspectrice de police de New York. Et d'après les articles de journaux, il se serait inspiré d'elle et que pour pouvoir faire ses recherches, il la suivait dans toutes ses enquêtes. Autre fait déconcertant, les articles parlaient tous d'un changement radical de comportement de l'écrivain. Lui, qui jusqu'alors, apparaissait avec une femme différente à son bras à chaque soirée et signait des autographes sur la poitrine des femmes, avait complètement changé. Il n'arrivait aux soirées qu'avec sa mère et sa fille, voire, d'après les photos, avec elle. Les journalistes sous-entendaient même qu'ils avaient une liaison. Sous-entendus démentis par l'écrivain ainsi que ses éditeurs.
En fin de page, il était signalé par la maison d'édition, qu'après une absence de deux ans, l'écrivain rentrait à New York pour la sortie de son quatrième Nikki Heat prévue d'ici 6 mois et que pour cet évènement, l'écrivain avait prévue de faire une annonce officielle. Mais ils ne savaient pas ce qu'il avait l'intention d'annoncer, ni pourquoi il avait disparu pendant deux ans.
Sur le site, il était aussi question de son « accident » à elle et même de l'évolution de son état de santé.
Elle en resta bouche bée !
Elle sursauta quand elle vit la personne des archives déposer le dossier demandé sur son bureau et quand une main se posa sur son épaule.
- - Eh ! Bonjour Roger
- - Bonjour Kate. C'est quoi le problème ?
- - Oh, je faisais des recherches et …
- - Moi, je parle de tes jambes !
- - Ah, oui, bien sûr ! Je suis allée dans le parc ce matin et à mon retour au poste j'ai failli tomber. Mes jambes tremblaient et je n'ai pas pu me remettre debout. Tu peux faire quelque chose ?
- - Je vais regarder ça. On peut aller où ?
- - Prenez mon bureau, vous serez plus tranquille, dit Gates et en plus vous pourrez baisser les stores des fenêtres.
- - Entendu. On y va ?
En passant, Beckett frappa à la vitre de la salle d'interrogatoire. Ryan sortit et elle lui dit que Castle ne devait pas quitter le poste tant qu'elle ne lui avait pas parlé. Il acquiesça et retourna à sa place. De son côté, Beckett rejoignit Roger dans le bureau de son Capitaine.
Une heure plus tard, elle ressortit du bureau debout, avec ses béquilles. Elle souriait. Sourire qu'elle perdit quand elle vit que Castle était assis dans le fauteuil à côté de son bureau.
- - Je te remercie Roger, de t'être déplacer et de m'avoir « réparé»
- - Il n'y a pas de souci. Je te l'ai déjà dit : à n'importe quel moment de la journée, tu m'appelles en cas de problème et je viens
- - Oui, je sais
- - OK. Bon à ce soir alors ?
- - Ce soir ?
- - Et oui, ce soir. C'était prévu, non ?
- - Oui, mais je pensais que…
- - Non, cette séance n'a rien à voir avec celle de ce soir. Donc, je t'attends ?
- - D'accord, je viendrais.
Il l'embrassa sur la joue et partit en lui faisant un clin d'œil, ce qui la fit sourire.
Castle n'avait rien manqué de la scène et paraissait irrité.
- - C'est votre nouveau petit copain ce Roger ?
Elle ne répondit pas.
Elle allait s'asseoir quand finalement elle se dirigea vers la salle de repos. Il la stoppa net
- - Les gars m'ont dit que vous aviez des questions à me poser avant que je parte. Si on pouvait faire vite ça m'arrangerait car j'aimerai aller me coucher !
- - Et moi, j'ai besoin d'un café. Donc, je reviens.
- - Attendez, je vais vous le chercher !
- - Pas la peine, je suis assez grande pour le faire moi-même !
- - Ah, c'est vrai ! La grande Kate Beckett n'a pas besoin d'aide. Elle peut se débrouiller toute seule ! Elle n'écoute pas les conseils des autres et fonce, même s'il y a du danger. On voit où ça vous a mené !
- - Quoi ?
- - Vous avez très bien compris.
- - Je ne vous permets pas.
- - Mais je m'autorise, moi. Je sais de quoi je parle.
- - Ah, oui. Mais peut-être que si mon équipier avait été là, je ne serai pas dans cet état. Mais apparemment, il avait fui, lui. La peur du danger peut-être ?
Un silence de mort régnait dans le service. Tout le monde avait interrompu son travail. La dernière phrase de Beckett avait jeté un froid. C'est vrai que son équipier n'était pas là ce jour-là, mais elle ne savait pas que c'est Esposito qui l'avait accompagné et qu'il n'avait rien pu faire vu qu'il était inconscient au moment des faits. Personne ne lui avait dit. Esposito se le reprochait chaque jour. Son estomac se vrillait à chaque fois qu'il la voyait arriver le matin. Il se rappelait les douleurs qu'elle ressentait quand elle avait commencé à remarcher, ses cris, ses larmes… Les médecins étaient optimistes quant à sa récupération totale, mais le chemin restait encore long.
Castle se leva
- - Bon, puisque c'est ainsi, je rentre chez moi.
- - Vous restez ici. J'ai encore des questions à vous poser.
- - Vous n'avez qu'à demander à Ryan et Esposito, j'ai répondu à toutes leurs questions !
- - J'en ai d'autres. Suivez-moi dans la salle de repos.
Il ne la suivit pas. Il lui passa devant. Elle souffla. Elle prit les papiers qu'elle avait sur son bureau, le dossier de Castle et sa tasse vide et se dirigea vers la salle. Tout le monde la regardait et vu son air déterminé, ils savaient tous que l'entretien allait être dur.
Elle posa ses papiers sur la table centrale, se dirigea vers la machine à café
- - Elle fonctionne encore ? demanda-t-il
- - Oui, pourquoi ?
- - Non, comme ça. Toujours de la vanille dans votre café ? Avec un nuage de lait ?
- - Quoi ? Euh, non
- - Pourtant c'est comme ça que vous l'aimiez !
- - Eh, bien plus maintenant !
- - Vous avez oublié ça aussi ?
- - Ce n'est pas grave. Ce n'est qu'un détail sans grande importance. Et le café que je bois actuellement me convient très bien… Excusez-moi, je dois passer un coup de fil
Elle se retourna et appuya sur une touche mémoire
- - Allo, Martha, c'est Kate. Vous pouvez passer ce soir à la maison vers 20 H ? J'aurai besoin d'éclaircissement. Merci
Elle raccrocha et se retourna. Elle se dirigea vers la machine à café, récupéra sa tasse et vint devant la table centrale. Elle s'installa sur un des tabourets et regarda Castle
- - Pourquoi appeler ma mère ? demanda-t-il
- - Qui vous dit que c'est votre mère ?
- - Parce que ça parait évident. Et, si ma mémoire est bonne, et elle l'est, elle, vous ne connaissez pas d'autre Martha !
- - Peut-être que oui ou peut-être que non. De toute façon, c'est entre elle et moi et cela ne vous concerne pas.
- - Permettez-moi d'en doutez !
- - Pensez ce que vous voulez. Maintenant, expliquez-moi tout ça, dit-elle en étalant tous les papiers sur la table. Et votre dossier est plutôt épais pour un écrivain !
- - On en a déjà parlé ! Il y a six ans !
- - Dans quelles circonstances ? Et cette histoire de partenariat ? Et ces articles où on parle de vous et de moi, c'est quoi ? Des racontars ou la vérité ?
- - Ecoutez, ce qui s'est passé il y a six ans et durant les quatre années qui ont suivi, c'est de l'histoire ancienne pour moi. Je ne compte pas revenir dessus. Faites comme moi, tirez un trait sur le passé comme je l'ai fait.
- - Facile à dire. Comment, d'après vous, on peut oublier quelque chose dont on ne se souvient pas ?
- - Vous avez un avantage sur moi. J'ai mis deux ans pour essayer de tout oublier mais malheureusement ma mémoire est bonne. Et en plus, il faut que je me retrouve plonger dans une de vos enquêtes. Je ne dois pas être né sous une bonne étoile.
- - Mais pourquoi vous m'en voulez autant ? Qu'est-ce que je vous ai fait ?
- - Rien… Vous ne m'avez strictement rien fait.
- - Et, pourquoi vous n'étiez pas là ce jour-là ? Où étiez-vous ? Parce que d'après ce que j'ai trouvé vous étiez mon équipier. Donc vous auriez dû être auprès de moi.
- - On s'était séparé la veille… Et je n'ai rien su par la suite… souffla-t-il dans un murmure
Il se leva et se dirigea vers la sortie
- - Je n'ai pas fini
- - Moi, si. Toutes ses questions n'ont rien à voir avec l'enquête.
- - Je veux savoir, hurla-t-elle dans le couloir alors qu'il se dirigeait vers l'ascenseur. Et ses sous-entendus sur notre soi-disant partenariat qui ressemblait plus à une liaison qu'autre chose, c'est vrai ?
- - Croyez ce que vous voulez !
- - Vous devez me répondre.
- - Je ne vous dois plus rien. Plus rien depuis deux ans. Mais si vous voulez des réponses, demandez donc à vos amis ici présents. Ils connaissent la vérité. Tenez, parlez avec votre chère amie, le docteur Parish. Elle sait tout de vous, vos moindres secrets. Mais moi, je n'ai plus rien à vous dire. Au revoir.
Nouveau silence. Beckett regardait tout autour d'elle. Les regards étaient fuyants, personne n'osait la regarder. Face à leur réaction, elle comprit que ce que venait de dire Castle était vrai. Ils savaient et n'avaient rien dit. Mais qu'est-ce qu'ils cachaient ? Et pourquoi ? S'ils avaient eu une liaison et avaient rompus, ils auraient pu lui dire. Ce sont des choses qui arrivaient fréquemment. Non, ça devait être plus grave. Elle fut interrompue dans ses réflexions par le téléphone elle regarda l'appelant.
- - Lanie, tu tombes bien, j'ai des questions à te poser.
- - Sur la tête ?
- - Oui, ça aussi. J'arrive.
Elle choisit d'y aller en fauteuil. La conversation avec la légiste risquait d'être longue et difficile.
A la morgue
- - Hey ! Un problème ?
- - Non, pourquoi ?
- - D'habitude, tu ne prends ton fauteuil que pour aller sur les scènes de crime.
- - J'ai un peu forcé ce matin !
- - Oh !
- - Et la tête ?
- - Oui, la tête. Je peux te dire d'ores et déjà que le mobile du crime n'est pas le vol !
- - Ah, oui ? Tu peux dire ça rien qu'en voyant une tête ?!
- - Non, je peux le dire grâce à ce que j'ai trouvé !
Elle lui montra un collier en diamant
- - Attends, il était où ce collier ? Dans le carton ? On l'aurait vu quand même !
- - Non, vous ne pouviez pas le voir. Elle l'avait au fond de la gorge. On lui a enfoncé
- - OK ! Donc ce n'était pas un vol… Sinon, autre chose ?
- - Oui. D'après l'étude de sa dentition, elle est d'origine russe.
- - Et ?
- - C'est tout. J'ai envoyé tout ce que j'avais à Ryan et Esposito. Peut-être qu'ils trouveront son identité en recherchant dans les dossiers de l'immigration.
- - Entendu.
Beckett semblait perdue dans ses pensées. Elle réfléchissait sur la meilleure façon d'aborder le problème Castle avec son amie. Celle-ci lui tendit la perche
- - Qu'est-ce qui se passe ? Un problème avec l'enquête ? Tu as mal aux jambes ?
- - Non, rien de tout ça. Tout va bien et l'enquête, eh, bien, c'est une enquête comme les autres.
- - Alors, qu'est-ce qui ne va pas ?
- - Parles-moi de Castle
La légiste ne s'y attendait pas. C'était un sujet qu'elle avait occulté volontairement pour éviter à son amie de souffrir. Mais, quand elle l'avait vu sur la scène de crime, elle avait tout de suite su que la journée serait pénible, autant pour elle que pour son amie. Elle réfléchit à ce qu'elle pourrait dire et finalement proposa d'aller manger un morceau dans leur restaurant, le Rémy's. Beckett accepta.
Elles prirent la voiture de la légiste pour s'y rendre.
Chez Rémy's
Arrivée sur place, Lanie demanda au patron une table à l'écart afin qu'elles puissent discuter tranquillement. Il les conduisit à un box situé au fond du restaurant, offrant une grande intimité. Le patron enleva une chaise pour que Beckett puisse s'attabler avec son fauteuil et Lanie se mit dos au paravent. Elles dirent au patron qu'elles prenaient comme d'habitude. Il s'éclipsa pour préparer leur commande. Un serveur leur apporta de l'eau. En attendant, elles papotèrent de tout et de rien : de la météo, de ce qu'elles avaient prévu de faire pendant le week-end, et surtout d'Esposito. Car depuis un an, ils s'étaient remis ensemble et tout semblait aller pour le mieux.
Le patron leur déposa leur commande et les laissa seule. Elles continuèrent de papoter, enfin surtout Lanie qui essayait de reculer le moment fatidique. Mais :
- - Alors ? demanda Beckett
- - Alors, quoi ?
- - Tu te fous de moi ? Castle ? Qu'est-ce que tu sais et que tu ne m'as pas dit ? Arrête de me protéger. Ce n'est pas parce que j'ai été cassée de presque partout que je vais m'effondrer. J'ai le droit de savoir, même si ça fait mal.
- - Je sais tout ça, Kate, mais je ne voulais pas te faire souffrir, ni les autres. C'est moi qui leur ai dit de ne rien dire. Je l'ai même demandé à Martha et Alexis. Ce sont sa mère et sa fille. Mais elles voulaient tellement être avec toi et t'aider. Elles t'ont toujours beaucoup apprécié, tu sais.
- - Je sais pour Martha et Alexis. Je l'ai découvert ce matin en faisant des recherches sur l'ordinateur. J'ai appelé Martha pour qu'elle passe chez moi ce soir.
- - Oh ! Bien.
- - Mais tu ne m'as toujours rien dit sur Castle. Alors, accouche !
- - OK ! Je vais te résumer tes quatre années avec monsieur Richard Castle !
A ces mots, une tête se redressa derrière le paravent. Elles ne l'avaient pas vu en arrivant. Mais l'écrivain était là. Vu l'heure, il avait décidé de venir grignoter un morceau. Il ne s'attendait pas à ça. Mais il décida de rester pour savoir ce que la légiste allait dire sur lui.
- - Bon, ça remonte maintenant à six ans.
- - Ça, je sais !
- - Laisse-moi parler, tu veux ?
- - Hm…
- - Bien. La première fois que tu l'as rencontré, c'était pour une enquête. Un tueur reproduisait les scènes de crime de ses livres avec Derek Storm. Tu es allée le chercher pendant une soirée de promo. Celle de son dernier livre. Il venait de clôturer sa saga en tuant son héros. Quand tu l'as interpelé, il a cru que tu voulais un autographe. Mais bon, passons. Pendant l'interrogatoire, il n'a pas arrêté de te faire du charme ce qui t'a passablement énervement. Sans parler de son côté gamin on aurait dit un enfant de 5 ans dans un magasin de jouets. Il t'avait même demandé des photos de la scène de crime pour les montrer à ses potes les écrivains ! Tu croyais t'en être débarrassé, mais il s'est incrusté sur l'enquête et grâce à l'appui du Maire, il a pu te suivre sur les autres. Par contre, dès l'interrogatoire, il a réussi à lire en toi du premier coup. Il a su pourquoi tu étais entrée dans la police. Il s'était juste trompé en pensant que c'était ton père car il avait vu que tu portais une montre d'homme. C'est toi qui lui as parlé du meurtre de ta mère.
Toute la première année, il t'a donc suivi, observé afin qu'il puisse, comme il le disait lui-même, donner du piquant à son personnage. Mais ces théories farfelues, son comportement sur les scènes de crime… Il arrivait tout heureux quand tu l'appelais pour une enquête, il ne semblait pas se soucier de la victime. Il était juste content qu'il y ait un cadavre. Plus d'une fois, tu as dû lui rappeler que la victime était une personne et qu'il pourrait au moins montrer un peu de respect.
Je crois que cette année-là, ce qui t'a énervé le plus, c'était son côté play-boy, sa réputation…
Un jour, il a fait livrer la machine à café dans le service car le café était infect chez vous. Même là, tu as refusé de l'utiliser. Tu t'y es risquée un soir où tu étais seule au bureau. Mais il t'a surprise. A croire qu'il avait un sixième sens pour tout ce qui te concernait.
Tu n'attendais qu'une chose : qu'il termine son livre et qu'il s'en aille ! Il a failli d'ailleurs : il a reçu une proposition pour écrire un roman sur le grand espion anglais mais il a refusé quand sa maison d'édition lui a commandé trois nouveaux volumes sur Nikki Heat.
Ce qu'il n'a jamais su, c'est que tu étais une fan de ses livres. Tu as toute la collection, certains exemplaires en double. Tu as même fait la queue pendant des heures sous la pluie rien que pour avoir une dédicace. Ne me regarde pas comme ça ! Vérifie ta bibliothèque et tu verras !
Castle sourit à cette évocation de cette première année de partenariat. Il n'avait rien oublié. Par contre, il ne savait pas qu'ELLE avait tous ses livres. Il lui avait dit un jour qu'elle était un mystère pour lui et que malgré le temps qu'il passerait avec elle, il ne parviendrait jamais à percer tous ses mystères ! Les souvenirs remontaient à la surface. Tout ce qu'il avait essayé d'oublier, lui revenait en mémoire. Il ne voulait pas, il ne fallait pas. Il avait tout fait pour. Même si le résultat n'était pas parfait, il s'en était accommodé et avait pu revenir chez lui sans penser à ELLE. Il ne prononçait même plus son nom. Par peur. Seulement par peur. Il ne souhaitait qu'une chose : partir, quitter ce restaurant, mais elles le verraient et sauraient qu'il avait tout entendu. Il dut se résigner à entendre la suite.
- - Et après ? demanda Beckett. Que s'est-il passé ? Pourquoi il est parti ?
- - Je continue, attends. Les trois années suivantes, il a complètement changé. Et pourtant, tu ne voulais plus le voir !
- - Pourquoi ?
- - Il avait réouvert le dossier de ta mère et avait trouvé de nouveaux éléments. Tu n'as rien voulu savoir car tu pensais qu'il l'avait fait pour satisfaire sa curiosité morbide, pour étoffer son roman. Et toi, tu ne voulais plus te replonger dans ce cauchemar, tu ne voulais pas voir l'assassin s'en tirer en passant un accord avec un quelconque procureur. Il s'est excusé et tu as accepté qu'il revienne.
Et donc pendant ces deux années, on vous a regardé évoluer avec les gars. Il ne faisait plus la fête, il n'avait plus de « bimbo » à chaque bras, il est devenu plus adulte. De ton côté, tu t'es mise à sourire, à apprécier ses blagues et tu as découvert le vrai Richard Castle. Pas l'homme connu, mais l'homme privé. Sa fille est même venue te voir pour te demander des conseils. Quant à sa mère, elle t'appréciait beaucoup car grâce à toi, son fils devenait enfin l'homme qu'elle espérait qu'il soit.
On a même pensé que tu allais sauter le pas. Il t'avait proposé de venir passer un week-end dans les Hamptons. Toute la semaine, il t'a relancé. Mais tu as toujours refusé. A la fin de l'enquête, alors que tu venais de quitter de ton petit ami et qu'on avait organisé un pot de départ pour lui car il comptait s'absenter tout l'été, tu l'as pris à part. Je ne sais pas ce que tu lui as dit mais tu n'as pas pu finir car son ex-femme est arrivée et ils sont partis ensemble. A la tête que tu as faite à ce moment-là, on a tous compris ce qui se passait. Les trois mois qui ont suivi ont été pénible pour nous. Tu étais d'une humeur exécrable, tu n'avais pas la tête au travail, tu restais les yeux fixés sur sa chaise et tu soupirais.
- - Quelle chaise ? Celle qui est à côté de mon bureau ?
- - Oui, celle-là. En plus, tu veillais à ce que personne ne vienne s'assoir dessus. Quand il n'était pas là, tu déposais des dossiers dessus.
- Et puis, il est revenu en automne. Ou plutôt, tu l'as arrêté en automne.
- - Qu'est-ce qu'il avait fait ?
- - Rien. Il était juste au mauvais endroit, au mauvais moment. Pendant l'enquête que tu faisais, tu l'as trouvé près d'un cadavre, une arme à la main. Vous avez fait un pari : s'il trouvait la solution avant toi, il pouvait rester dans le cas contraire, il partait. Et tu as tout fait pour qu'il trouve la solution. Nous sommes les seuls au courant il n'en n'a jamais rien su. Tu le voulais à tous pris à tes côtés. Bien qu'à l'époque, tu avais un petit ami !
- - Qui ça ?
- - Un médecin, un cardiologue !
- - Pourquoi je ne l'ai jamais vu ? On s'est séparé avant …
- - Non, tu étais encore avec à ce moment-là. En fait, Josh, il se nommait Josh Davidson, t'a laissé tomber quand tu as été blessée au cimetière.
- - Ouah ! Grand monsieur !
- - Oui, tu l'as dit.
- - Et malgré ton absence de trois mois après la fusillade, et bien qu'il ait été particulièrement fâché contre toi, Castle était toujours là.
- - Qu'est-ce que j'ai fait pendant ces trois mois ? J'étais où ?
- - Tu étais partie chez ton père. Tu avais besoin de réfléchir à ta vie, à ta relation avec Castle.
- - Ma relation avec Castle ? Tu as dit qu'on n'avait pas de liaison !
- - C'est vrai ! Mais quand le sniper t'a tiré dessus, Castle t'a avoué qu'il t'aimait. Mais tu t'étais tellement blindé le cœur pour ne plus jamais aimer, par peur de perdre la personne que tu aimerais comme tu avais aimé et perdu ta mère, tu lui as dit que tu ne te souvenais pas de ce qui s'était passé au cimetière. Il l'a découvert par accident. Tu as révélé ton secret lors d'un interrogatoire. Et il se trouvait juste derrière la glace sans tain. Il a été profondément touché car il a cru que ses sentiments pour toi n'étaient pas partagés.
- - Mais pourquoi croyait-il que je pouvais ressentir quelque chose pour lui ?
- - En fait, quand tu étais revenu après tes trois mois d'absence, tu lui avais parlé du mur que tu avais construit à l'intérieur de toi depuis la mort de ta mère, et que tant que ce mur existerait, tu ne pourrais vivre pleinement une relation intime avec quelqu'un.
- - En effet, avec une déclaration pareille. Donc tu me dis que j'étais amoureuse de Castle ?
- - Oh, je crois que tu étais la seule à ne pas le savoir, ou à ne pas vouloir te l'avouer. Tout le commissariat était au courant, même Gates. Mais elle, elle croyait que vous étiez déjà en couple et que vous jouiez la comédie au bureau.
- - Et après mon aveu sur mon mensonge ?
- - Castle a recommencé : il est arrivé sur une scène de crime avec une hôtesse de l'air, après avoir fait une virée à Las Vegas. Mais ça n'a pas duré. Et puis, il a fait comprendre à Pelmutter, alors que vous étiez devant un cadavre, que c'était sa dernière enquête.
- - C'est là qu'il est parti ?
- - Non ! A la fin de l'enquête, il a dit que le coupable devrait suivre une thérapie pour pouvoir s'en sortir. Et c'est là que tu lui as annoncé que depuis ta blessure, tu en suivais une. Qu'avec l'aide de ton psy, tu avais enfin accepté tout ce qu'il s'était passé ce jour-là, y compris la déclaration de Castle, et que ton mur était sur le point de s'écrouler. Et tu lui as fait comprendre que tu aimerais qu'il soit là. Donc il est resté.
- - Et alors ? On était ensemble ?
- - Non, toujours pas !
- - Pourquoi ? Peut-être que finalement je ne l'aimais pas ?
- - Oh, si ! Crois-moi Kate ! Ça nous faisait même flipper cette tension amoureuse qu'il y avait entre vous ! Rien qu'avec la force de vos sentiments, il y avait assez d'énergie pour éclairer la ville pour les dix années à venir.
- - Allez, arrête de dire n'importe quoi !
- - Je ne plaisante pas Kate ! Vous n'aviez pas besoin de parler pour communiquer : vous discutiez avec vos yeux. Et quand vous utilisiez les mots, vous passiez votre temps à finir les phrases de l'autre. De vraies âmes sœurs. Et votre mot, votre code, qui résumait toutes les promesses que vous vous faisiez !
- - Quel mot ?
- - « Always ». C'était votre façon à vous de vous dire que quoi qu'il se passe vous seriez toujours là l'un pour l'autre.
- - Alors pourquoi ? Que s'est-il passé ?
- - Je ne sais pas. Personne ne sait. Enfin si, une personne sait ce qui est arrivé.
- - Qui ?
- - Toi.
- - Moi ?
- - Oui, toi. Tu es arrivé un matin au poste et tu as annoncé que Castle ne faisait plus partie de l'équipe.
- - Comment je pouvais le savoir ?
- - Personne ne sait. On pense que tu as du le voir la veille, et que là quelque chose s'est passée entre vous. Mais on n'a jamais su quoi. Et on n'a pas pu demander à Castle puisqu'il était déjà parti !
- - Mon Dieu ! Qu'est-ce que j'ai pu lui faire pour qu'il me déteste à ce point ?
- - Il ne te déteste pas.
- - Tu plaisantes. Tu as vu son regard ? Et son agressivité envers moi ? Il aurait eu des fusils à la place des yeux, il m'aurait tué. Je ne sais pas si j'étais amoureuse de lui, mais crois-moi, ce n'est pas près d'arriver. Le proverbe a bien raison : c'est dans les ennuis que l'on reconnaît ses vrais amis.
- - J'ai l'impression d'entendre ce que tu me disais à cette époque-là !
- - Tu rigoles ?
- - Non ! A chaque fois que tu avais un souci quelconque avec Castle, tu réagissais de la même façon. Tu montais sur tes grands chevaux, mais au final, tu lui pardonnais toujours. Comme lui avec toi. Il est toujours revenu.
- - Il n'est pas revenu ce jour-là ! Ni après d'ailleurs !
- - Non, il n'est pas revenu. Il n'était plus là.
- - S'il avait été là …
- - Il serait intervenu. Il aurait fait quelque chose. Il t'a sauvé la vie tellement de fois, que même là il aurait tout tenté !
- - Je n'aurai jamais dû y aller seule, sans renfort.
- - Mais tu n'étais…
- - Quoi ? Qui était avec moi ?
- - Je ne sais pas…
- - Lanie… Vas-y, parle.
- - Il s'en veut tellement, tu sais. Il se le reproche toujours. Il fait des cauchemars toutes les nuits.
- - Tu veux dire que c'est Esposito qui était avec moi ?
- - Oui. Mais il a été pris par surprise et s'est retrouvé inconscient.
- - D'accord. Bon, allez, on rentre au poste.
- - Kate ?
- - Lanie, tu me ramènes ou je rentre seule ?
- - Je te ramène.
