Ils travaillèrent d'arrache-pied. Durant plusieurs heures, ils fouillèrent le passé de la famille Strike, épluchèrent leurs comptes, leurs relevés téléphoniques. Pour faciliter leurs recherches, Ryan avait laissé son ordinateur à Castle pendant que lui travaillait sur celui d'Esposito. Ils étaient bien ensemble. Quand ils devaient attendre l'impression des documents, ou que les ordinateurs affichent les renseignements qu'ils demandaient, ils en profitaient pour prendre un café et discuter. Vers 20H, ils se commandèrent à dîner.

Ils s'installèrent dans la salle de réunion, où tous les documents se trouvaient encore depuis le matin.

- - Je vois que tu as toujours une préférence pour le chinois, dit Castle

- - Ouais, j'adore ça !

- - Et ta femme, elle aime aussi la cuisine chinoise ?

- - Disons qu'avec Jenny, c'est plutôt petits plats équilibrés à la maison. Mais de temps en temps, on se permet une petite entorse et on va au restaurant.

- - Tu es un homme heureux Ryan. Fais bien attention à elle chaque jour. Prouve-lui chaque jour que tu tiens à elle, qu'elle est tout pour toi, sinon un jour…

- - T'inquiète, Castle… Mais tu parles pour moi, là, ou tu parles pour… toi ?

- - Les deux. Ne fais pas comme moi. Il faut avoir le courage de parler, le courage de faire le premier pas… Et surtout, il ne faut pas abandonner…dit-il, alors qu'il fixait un point, au loin, à travers la fenêtre.

- - Hé, Castle, regarde-moi. Tu n'as pas abandonné Beckett.

- - Mais regarde-là ! Si je n'étais pas parti…

- - Elle serait quand même tombée ! Tu n'aurais rien pu empêcher. Espo était avec elle, et il n'a rien pu faire, alors toi ? Je ne sais pas ce qu'il y a eu entre vous et je ne veux pas le savoir, ce sont vos affaires. Je ne sais pas pourquoi tu es parti, c'était ta décision. Ce que je sais, c'est que Beckett ne t'a pas retenu. Tu as raison quand tu dis qu'il faut avoir le courage de parler et d'agir : mais aucun de vous n'en n'a été capable ! Que Beckett n'arrive pas à exprimer ses sentiments, passe ! Mais toi, tu es écrivain. C'est quand même un comble d'arriver à écrire des livres et d'être incapable de dire « je t'aime » à une femme ! En plus avec ta réputation d'hommes à femmes, tu aurais dû passer à l'acte, l'embrasser, tu aurais bien vu ce qu'il se passait !

- - Je l'ai fait !

- - Quoi ?

- - Je l'ai embrassé une fois, et je lui ai dit que je l'aimais, par deux fois !

- - Tu l'as embrassé ! Mais quand ?

- - Quand tu étais retenu avec Esposito par Lockwood. Il fallait faire diversion. Elle m'a dit que toute idée stupide serait la bienvenue. Alors je lui ai répondu que j'en avais une, et je l'ai embrassé !

- - Qu'est-ce qu'elle a dit ?

- - Elle m'a regardé, et elle m'a embrassé à son tour !

- - Et alors ?

- - Si tu savais : c'était époustouflant !

- - Non, je ne parle pas de ça. Après ?

- - Rien. On n'en a jamais reparlé. Quoique si, j'ai abordé le sujet la veille de la mort de Montgomery. Je lui ai dit que Lockwood allait la tuer, qu'elle n'avait aucune chance. Je lui ai dit de pensé aux personnes qui l'aimaient et à ses amis, comme moi. Alors, elle m'a demandé si c'était vraiment ce que l'on était, et je lui ai répondu que je ne savais pas ce qu'on était : on s'était embrassé, on avait failli mourir congelé, mais on n'en n'avait jamais parlé. Je lui ai même dit qu'elle se cachait derrière le meurtre de sa mère comme dans ses relations avec les hommes pour lesquels elle n'avait pas d'amour.

- - Et qu'est-ce qu'elle a dit ?

- - Qu'elle ne voulait pas me revoir !

- - Vu ce que tu lui as balancé, je pense que tu l'as blessé. En plus, elle a dû se rendre compte que tu la connaissais trop bien. Et ça, ça a dû lui donné un sentiment de faiblesse. Et quand tu lui as dit que tu l'aimais ?

- - C'est le jour où elle a pris la balle su sniper.

- - Tu choisis bien tes moments pour lui dire toi ! Elle était inconsciente !

- - Oh, mais elle m'a entendu, je le sais. Elle m'a dit qu'elle avait oublié ce qu'il s'était passé, mais ce n'était pas vrai.

- - Elle t'en a parlé par la suite, alors ?

- - Non. Je l'ai su pendant l'enquête sur la bombe avec la journaliste. Pendant qu'elle interrogeait le pickpocket, il n'arrêtait pas de dire qu'il avait oublié à cause du traumatisme. Et là, elle a lâché le morceau : qu'elle avait reçu une balle en plein cœur et qu'elle se souvenait de chaque seconde ! J'étais derrière la vitre, à ce moment elle ne le savait pas !

- - Et vous en avez parlé après ?

- - Non, je suis parti.

- - Et voilà, encore une fois ! C'est à ce moment que tu aurais dû intervenir ! Tu vois, tu aurais dû intervenir à ce moment-là tu aurais dû demander des explications. Vous êtes aussi butés l'un que l'autre ! Et la deuxième fois ? Bien que maintenant je m'attends au pire !

- - La veille de mon départ.

- - Je comprends mieux. Tu aurais dû m'appeler, ou Lanie. On aurait peut-être pu la raisonner, on aurait… Oh, et puis laisse tomber. Ce qui est fait, est fait. Et maintenant, tu vas faire quoi ?

- - Après cette journée et ce qu'elle m'a dit, je ne sais pas trop quoi faire. Je suis sensé l'aider mais comment ? Les souvenirs que nous avons en commun ? Pourquoi me croirait-elle ? Elle pense que je suis le personnage qui est dans tous les magazines people…

- - Tu veux un petit conseil : refais ce que tu faisais il y a deux ans. Commence par le café ! C'est sa drogue !

- - Mais elle ne boit plus le même !

- - Justement ! Premier souvenir !

Ils se quittèrent tard ce soir- là. Tous les documents à lire étaient sur le bureau de Beckett et le reste était affiché sur le tableau blanc.

Castle était rentré un peu plus serein grâce à l'échange qu'il avait eu avec Ryan. Il avait toujours beaucoup apprécié le jeune homme : c'était l'élément calme de l'équipe. Il prenait le temps de réfléchir aux conséquences avant de se lancer dans quoi que ce soit. Tout le contraire d'Esposito : lui, c'était je fonce, et je réfléchis près. En fait, les deux hommes se complétaient. Quant à Beckett : pour n'importe quelle enquête, elle attendait d'avoir tous les éléments en mains avant d'agir mais quand il s'agissait de l'enquête de sa mère, elle perdait le contrôle, elle était incapable de réfléchir… Voilà pourquoi, elle était dans cet état.

Le lendemain au 12th

Beckett était arrivée de bonne heure. Elle avait regardé le tableau blanc tout en déposant ses affaires et noté qu'il avait été complété, puis avait souri en voyant le dossier que les gars avaient déposé sur son bureau. Elle se chercha un café et se cala sur sa chaise.

Quand elle ouvrit le dossier, Ryan lui avait laissé un message : « Castle m'a aidé pour les recherches ! ».

Vers 7H30, Castle arriva. Il voulait arriver tôt, peut-être pour pouvoir parler un peu avec Beckett, ou peut-être que si elle lui jetait le café à la figure, il aurait le temps d'aller se changer. C'est dans l'ascenseur qu'il se rappela qu'elle ne serait peut-être pas encore arrivée comme la veille.

Quand il sortit de l'ascenseur, il la vit. Elle était au téléphone

- - Ok, merci, vous la faites monter et mettez la en salle d'interrogatoire

- - Bonjour, dit Castle, avec un petit sourire et en lui tendant un café

- - Bonjour Castle. C'est quoi ?

- - Un café !

- - Je le vois bien que c'est un café. Mais pourquoi en ramener un, alors qu'on a une machine

- - Goûtez, vous verrez bien !

- - Castle, je…

- - Goûtez…

Elle attrapa le breuvage et le porta à ses lèvres. Castle l'observait.

- - Pas mauvais ! dit-elle

- - Pas mauvais ! C'est votre boisson préférée, Beckett. Je ne sais pas s'il y en a encore ici, mais quand j'ai fait livrer la machine à expressos, j'ai rapporté du lait et de la vanille rien que pour vous.

- - C'est vous qui avait acheté la machine…

- - Il a bien fallu ! Si vous saviez ce que vous buviez avant ! On avait l'impression de boire de l'urine de singe plus un petit mélange d'acide… Ah, rien que d'y penser …

- - C'est bon, Castle, j'ai compris !

- - Vous avez raison. Pas besoin de se rappeler de ça ! Mais ce café, il faut vous en rappeler.

- - Pourquoi est-ce si important que je me rappelle que j'aimais le café avec de la vanille ?

- - Parce qu'il faisait partie de vous. Et aussi parce que …

- - Parce que quoi, Castle ?

- - Je vous en apportais un tous les matins avant et que j'aimerai recommencer. Voilà !

- - Entendu, vous pourrez m'en apportez un tous les matins ! Mais je doute que ça m'aide à retrouver la mémoire.

- - On ne sait jamais ! murmura-t-il. Bon, et qui est dans la salle d'interrogatoire ?

- - Une escort girl !

- - Quel rapport avec l'enquête ?

- - En arrivant ce matin, j'ai examiné tout ce que vous avez trouvé avec Ryan et …

- - Comment savez-vous…

- - Je sais … Sur les relevés téléphoniques, j'ai remarqué le numéro d'une agence d'escort girl.

- - Comment pouvez connaître le numéro d'une agence d'escort girl ?

- - Si vous saviez, Castle ! dit-elle en entrant dans la salle d'interrogatoire

- - Ben, oui, j'aimerai savoir !

- Bonjour mademoiselle. Je suis le Lieutenant Beckett et voici Mr Castle

- Je peux savoir ce que je fais là ?

- - J'y viens. Connaissez-vous cet homme ?

- - Pourquoi ?

- - J'enquête sur un meurtre. Donc soit vous êtes la personne qui me facilite la vie, soit vous me la compliquez en ne répondant pas à mes questions. Et croyez-moi, il ne vaut mieux pas me la compliquer

- - Vous pouvez la croire, mademoiselle, dit Castle, se rappelant qu'elle lui avait dit la même chose la première fois qu'il l'avait vu.

- - Ok, je le connais ce mec mais que par le boulot !

- - Qu'est-ce qu'il voulait ?

- - Il est bizarre ce type : il aime porter des vêtements de femmes, et toute la panoplie en plus ! Et il aime bien être frappé !

- - Vous y êtes allées un peu fort, dit Castle. Il semblerait qu'il boite !

- - Par accident, je lui ai enfoncé mon talon dans le pied, mais il allait bien quand il est parti

- - Il vous a dit quelque chose pendant que vous le frappiez ? demanda Beckett

- - Il voulait qu'on l'appelle Kenny, qu'on dise qu'il était méchant …

- - Vous pouvez dire exactement ce qu'il a dit, précisa Castle

- - Oui… « Je l'ai pas fait exprès »… « Je suis désolé maman »… « T'en vas pas maman »…

- - Merci mademoiselle, vous pouvez y aller.

Ils sortirent de la salle. Elle s'installa à son bureau et Castle sur sa chaise.

- - Bonjour, dirent les gars en arrivant

- - Bonjour vous deux dit Beckett

- - Salut, dit Castle

- - Hé, vous avez vu la bombe dans l'ascenseur, dit Esposito

- - Je te rappelle que tu es avec Lanie, Espo, et en plus elle est trop chère pour toi ! dit Beckett

- - Ne me dis pas que c'est une …

- - Non, une escort, dit Castle

- - Ouah !

En passant, Ryan fit un clin d'œil à Castle en voyant la tasse à café de Beckett. Celui-ci lui sourit, d'un air de dire qu'il avait raison.

- - Les gars, j'aimerai que vous alliez à Long Island, à l'ancienne adresse des Strike. Apparemment, la nurse habite toujours là-bas, dit Beckett

- - Et qu'est-ce qu'on doit découvrir ?

- - Trouvez-moi des infos sur la mort de leur mère. On n'a rien là.

- - Qu'est-ce que vous cherchez ? demanda Castle

- - Un mobile !

- - Et toi, tu vas faire quoi ? demanda Ryan

- - Je vais aux archives centrales. Ils doivent avoir un dossier.

Les gars partirent donc en direction de Long Island et Beckett, accompagnée de Castle, prit le chemin des archives

- - Bonjour, Lieutenant Kate Beckett. Je vous ai appelé au sujet d'un dossier : l'affaire Strike

- - Tenez, le voilà, dit-elle en lui tendant une chemise en carton

- - La pochette est vide !

- - Cela remonte à 1974, petite demoiselle !

Oups, pensa Castle, en voyant le visage de Beckett se fermer. Elle n'aimait pas ce genre de familiarité !

- - C'est Lieutenant Beckett ! Où puis-je trouver l'inspecteur responsable de l'enquête ?

- - Il est mort !

- - Et John Clements ? demanda Castle

- - Qui ça ?

- - Le photographe ! Vous l'avez perdu lui aussi ? dit Castle, ce qui fit sourire Beckett

- - Non, tenez, voilà son adresse

Ils se rendirent à l'adresse indiquée

- - Tenez, Lieutenant, voilà les clichés qui vous intéressent. Vous voyez cette photo : c'est là qu'on a trouvé Mme Strike, et son fils était caché dans ce placard derrière elle. Imaginez ce pauvre enfant. La peur qu'il a dû avoir.

Et là sur le sol, le verre dans lequel elle a bu le poison !

- - Qu'est-ce que c'est sur la table ? demanda Castle

- - Si ma mémoire est bonne, c'était un sachet de biscuits apéritifs !

Ils se regardèrent et soudain

- - Nausées matinales ! Elle était enceinte, dirent-ils ensemble en se regardant

- - Oui, dit le photographe. Un peu plus de deux mois. Personne n'était au courant !

De retour au poste en fin de matinée, ils échangèrent tous leurs informations. En interrogeant l'ancienne nurse, ils apprirent eux aussi que Mme Strike était bien enceinte, mais ne l'avait encore dit à personne. Au moment de sa mort, elle était seule dans la maison avec son fils, sa fille étant allée aux courses avec la nurse. Elle se rappelait aussi, que pendant l'enterrement, la fillette avait donné son doudou à sa mère pour qu'elle ne soit pas seule dans le noir.

Ils étaient en train de récapituler tout ce qu'ils avaient sous les yeux, quand Beckett jeta un œil sur sa montre.

- - Bon, les gars, allez manger, il est l'heure !

- - Tu ne viens pas avec nous ? demanda Esposito

- - Non, je vais m'acheter un hot-dog et aller tranquillement à mon rendez-vous. Je vous retrouve plus tard. Ah, et après votre repas, ramenez-moi Mr Kenneth Strike.

- - Tu as encore des questions à lui poser ? osa Ryan

- - Non, les gras, c'est lui, l'assassin, dit Castle

Les gars regardèrent Beckett et Castle. Beckett acquiesçait de la tête en regardant Castle. Comme avant, ils avaient été sur la même longueur d'onde et avaient compris ce qu'il s'était passé, et résolu le meurtre. Esposito et Ryan se regardèrent et se dirigèrent vers l'ascenseur en souriant : ils venaient de se rendre compte qu'en à peine une semaine, la connexion entre Beckett et Castle s'était refaite. Tout du moins pour le travail !

Beckett et Castle les rejoignirent et ils sortirent tous ensemble du commissariat.

Remarquant que Beckett ne prenait pas sa voiture, mais sortait juste ses béquilles, il l'interpela :

- - Vous savez, si vous voulez manger avec les gars, vous pouvez. Je ne vous imposerai ma présence !

- - Non, Castle, je ne mange pas avec eux aujourd'hui. J'ai un rendez-vous. Et sachez que vous pouvez y aller, ça ne me dérange pas !

- - Et vous partez seule avec vos béquilles !

- - Castle, je suis une grande fille. Si je souhaite marcher, c'est mon droit. Et en plus, je ne vais pas très loin !

- - Je ne vous laisserai pas seule ! Je vous accompagne !

- - Ce n'est pas la peine Castle !

- - Peut-être, mais je viens quand même.

- - Vous ne me laisserez pas tranquille, quoi que je dise, n'est-ce pas ?

- - Vous avez tout compris !

Ils traversèrent la route, et de l'autre côté entrèrent dans le parc.

- - Vous commencez par votre rendez-vous, ou par le hot-dog ? demanda Castle

- - Le hot-dog ! J'ai faim !

- - Vous avez pensé à votre traitement !

- - Comment…

- - C'est Gates qui me l'a dit, et je dois veiller à ce que vous le preniez !

- - Ah, je vois ! Elle me fait surveiller !

- - C'est pour votre bien. Elle s'inquiète pour vous, apparemment !

- - Je sais. Il faut dire que sans Lanie, Ryan, Esposito et Gates, je ne m'en serai jamais sorti. Sans compter votre mère et votre fille

- - Et je n'aurai jamais assez de toute une vie pour les remercier ! dit-il en s'éloignant un peu pour acheter deux hot-dog

Il lui tendit le sien. Il lui prit une des béquilles afin de lui libérer une main pour qu'elle puisse le prendre, puis la seconde et lui tendit le bras. Elle le regarda et hésita :

- - Je ne vais pas vous manger, vous savez ! Je serai votre béquille !

Elle sourit et lui prit le bras. Ils continuèrent de traverser le parc. Castle marchait lentement, adaptant son pas à celui de son équipière. Beckett, quant à elle, était un peu perturbée : le contact de son bras sur celui de Castle lui avait procuré une drôle de sensation. Tout son corps avait tremblé et elle avait ressenti une douce chaleur l'envahir. Quelque chose en elle, lui disait qu'elle pouvait lui faire confiance. Elle était encore en train d'analyser ce qui lui arrivait quand ils sortirent du parc.

- - De quel côté ? demanda Castle

- - Oh, il suffit de traverser. Je dois aller en face

Castle reconnut le bâtiment : c'était celui du Dr Burke. Ils traversèrent, entrèrent dans le bâtiment. Ils montèrent à l'étage du Dr Burke. Une fois arrivés, Beckett le remercia mais il lui répondit qu'il l'attendrait. Quand le Dr ouvrit sa porte, Beckett entra dans son bureau. Avant de refermer, il salua l'écrivain et lui sourit.

- - Bonjour, Kate

- - Bonjour, docteur

- - Alors comment allez-vous ? Je vois que vous vous déplacer sans béquilles !

- - Je vais bien et Roger a dit que je pouvais marcher sans béquilles dans les endroits sûrs, les endroits où je peux me retenir !

- - Je n'ai pu m'empêcher de remarquer que monsieur Castle vous accompagnait !

- - Quand il a vu que j'allais traverser le parc seule, il a tenu à venir avec moi ! Et je n'ai pas pu m'en dépêtrer. Il est aussi têtu qu'une mule, voire plus.

- - Et ça vous gêne ?

- - Vous savez, ça fait une semaine maintenant que je l'ai en permanence dans les pattes, alors je m'y suis faîte.

- - Ça vous gêne qu'il soit revenu ?

- - Au début, peut-être, mais maintenant, j'apprends à le connaître. Et puis, il n'est pas mauvais pour enquêter, je dois l'admettre !

- - On dirait que quelque chose vous dérange ?

- - Je me demande pourquoi il se montre si gentil avec moi ? On a passé une semaine ensemble. Je ne me suis pas gênée pour le rabrouer, j'ai même été un peu dure, et il est resté malgré tout, il n'a rien dit. Il ne s'est même pas mis en colère. Il devance mes envies de café, il fait des recherches jusque tard dans la soirée…

- - Et ?

- - Je ne comprends pas. S'il est parti à cause de moi, à cause de ce qu'on s'est dit, alors pourquoi agit-il ainsi ?

- - Peut-être qu'il se sent responsable ? Peut-être qu'il veut juste vous aider ?

- - Mais ce n'est pas logique. Si vous êtes en colère envers quelqu'un, vous ne faites pas tout pour être auprès de lui. Vous préférez l'éviter !

- - Mais apparemment, Kate, c'est ce qui est déjà arrivé et il est revenu.

- - Oui, mais notre rencontre n'a été dû qu'à un hasard ! Il avait juste a donné son témoignage ! Il n'avait pas besoin…

- - Je pense qu'il n'y a que lui qui pourra répondre à ces questions ! Et vous en êtes où de votre enquête ?

- - Ce soir le coupable sera en cellule !

- - Et avec vos collègues. Comment s'est passé le retour de Mr Castle ?

- - Avec Ryan, assez bien, mais Esposito est très remonté contre lui. Il lui adresse à peine la parole : juste bonjour, bonsoir ! Vous voyez. A les voir, on ne dirait pas qu'ils étaient amis avant.

- - Avec le temps, les choses devraient s'arranger !

- - Hm…

- - Kate ?

- - …

- - Kate, vous m'écoutez ?

- - Hm…Oui, bien sûr

- - A quoi pensez-vous ? Vous me semblez bien loin aujourd'hui !

- - A rien de particulier

- - Kate ?

- - Je pensais à ce qu'il s'est passé dans le parc avec Castle !

- - Oui ?

- - Pour traverser le parc, il m'a proposé son bras pour marcher

- - Oui ?

- - J'ai finalement accepté

- - Oui ?

- - Vous allez trouver ça idiot !

- - Dites toujours

- - J'ai ressenti une drôle de sensation à son contact. Vous savez ? Comme si on était connecté d'un coup ! Comme si mon corps trouvait ça normal !

- - Et ?

- - J'ai réfléchi à tout ce que vous m'avez dit, ainsi que Lanie, et je me demandais…

- - Oui ?

- - Est-ce que mon corps, ou…

- - Ou ?

- - Mon cœur pouvait se souvenir de ce que je ressentais avant ?

- - Oh !

- - Vous voyez, c'est idiot ! Je vous l'avais dit. Comme si le corps ou le cœur avait de la mémoire ! N'importe quoi !

- - Non, Kate, ce n'est pas idiot ! Vous savez le corps humain est une machine complexe. Certes la mémoire réside dans le cerveau. Mais c'est la mémoire de ce que vous voyez, que vous lisez, que vous apprenez… Mais quelle partie de notre corps… Quel organe est capable de ressentir, d'éprouver des sensations… Les sentiments que vous avez éprouvés avant votre accident sont toujours présents en vous. Ils n'ont pas disparu. Comment avez-vous fait pour nous faire confiance, à vos amis et à moi ?

- - Je ne sais pas, je le sentais, je le savais… C'était évident

- - Ce n'est pas votre cerveau qui vous l'a dit, puisqu'il ne s'en souvient pas ! Vous nous avez fait confiance, car au plus profond de vous, vous le saviez ! C'était un sentiment.

- - Vous voulez dire que j'aime toujours Castle ?

- - Je ne sais pas Kate. Il n'y a que vous qui pouvez le savoir. Est-ce que vous éprouvez quelque chose pour lui ?

- - Vous plaisantez ! Je ne le connais que depuis une semaine. On ne peut pas tomber amoureuse de quelqu'un en si peu de temps !

- - N'oubliez pas que vous étiez amoureuse bien avant aujourd'hui !

- - Vous voulez dire que mon corps…

- - Oui Kate, c'est ce que je veux dire

- - Et qu'est-ce que je dois faire ?

- - A vous de me le dire !

- - Vous savez, vous ne m'aidez pas là !

- - Agissez normalement, et surtout ne vous posez pas trop de questions, vous l'avez trop fait avant et c'est pour ça que vous étiez venue me voir, il y a trois ans. Laisser faire et voyez où ça vous mène !

- - Mais je ne sais plus rien de lui !

- - A vous d'apprendre à le connaître. En attendant que votre mémoire revienne, faîtes-vous de nouveaux souvenirs ! Autorisez-vous à être heureuse ! Plus que n'importe qui, vous savez que la vie ne tient parfois qu'à un fil !

- - Oui, ça je le sais. Bon, je vais y aller. Je vous remercie docteur.

Elle sortit du bureau. Castle se leva, s'approcha d'elle et lui tendit le bras, tandis qu'il tenait les béquilles dans son autre main. Elle allait lui demander de lui rendre ses cannes, quand elle se rappela ce que venait de lui dire le docteur, et prit son bras. La voyant partir ainsi, le docteur ne put retenir un sourire.

Ils retraversèrent le parc en direction du commissariat. Quand ils arrivèrent au bureau, Strike se trouvait déjà dans la salle d'interrogatoire. Castle ramena deux cafés, et en donna un à Beckett. Elle s'en saisit en lui souriant.

- - On y va ? demanda-t-elle

- - Je vous suis

Ils entrèrent dans la salle

- - Bonjour, monsieur Strike

- - Lieutenant !

- - Comment va votre pied ? Votre sœur nous a dit que vous aviez été agressé par un gars de la mafia russe

- - Ma sœur a beaucoup d'imagination. En fait, un malfrat a voulu me prendre mon portefeuille et quand il m'a bousculé je me suis tordu le pied. Rien de bien méchant !

- - Je ne sais pas si mes collègues vous l'ont dit mais notre enquête est sur le point de se terminer.

- - Vous avez trouvé le coupable ?

- - Je pense. Savez-vous que nous avons rencontré ce matin votre ancienne nurse en allant à votre ancienne adresse ?

- - Qu'est-ce que vous êtes allée faire là-bas ?

- - Nous avons découvert que votre mère était enceinte au moment de sa mère !

- - Si c'est le cas, personne ne le savait !

- - Votre sœur le savait !

- - N'importe quoi !

- - Elle a mis son doudou dans son cercueil. Votre nurse a pensé que c'était pour que votre mère ne soit pas seule dans le noir. Mais, en fait, il était destiné pour le bébé.

Et vous le saviez aussi ! Elle avait des nausées, le matin. Et vous vous êtes rappelé que pour votre sœur, elle en avait déjà souffert. Et vous l'avez tué ! Ce n'était pas un suicide. Et c'est ce qu'Ilona allait révéler dans son prochain livre !

- - Dans le cas où se serait vrai, comment elle l'aurait su ?

- - C'était votre amie à Chase, dit Castle. Dans un univers difficile, loin de la famille. Et avec tout ce qui se passait là-bas, il n'est pas difficile que l'alcool aussi devait être présent. Et un soir, un peu ivre, vous vous êtes épanché sur son épaule. Vous avez oublié, jusqu'à ce qu'elle parle de son idée pour son livre. Et là, vous avez pris peur. Car la seule personne qui est restée proche de vous, c'est votre sœur. Vous ne vouliez pas qu'elle le sache.

- - Vous ne pouvez rien prouvé !

- - Croyez-moi ! Maintenant que nous connaissons la vérité, je le prouverai, affirma Beckett

- - Vous ne trouverez rien

- - Très bien. Je vais faire venir votre sœur, je dois lui parler.

- - Attendez. Vous n'allez pas lui dire. Elle va me détester. Je vous en prie.

- - Rédigez vos aveux et je ne lui dirai rien. Vous pourrez vous justifier comme vous le voudrez. Et si vous avez besoin d'aide, demandez à Mr Castle, il vous trouvera une histoire qui tiendra la route !

- - Très bien, dit Strike en rédigeant ses aveux.

Castle et Beckett sortirent de la salle

- - Joli coup de bluff, dit-il

- - Non, je savais qu'il ne voulait pas que sa sœur soit au courant pour leur mère. Elle pourra le pardonner pour Ilona. Mais pour leur mère, elle n'aurait pas pu. Et c'est la seule famille qui lui reste.

Elle alla s'asseoir à son bureau et commença à rédiger son rapport. Castle ramena des cafés et s'assit sur sa chaise.

Il la regardait. Sans le savoir, elle avait exactement les mêmes mimiques qu'avant : sa façon de froncer les sourcils, de se mordre l'intérieur de la joue, de se frotter le front… Castle s'en souvenait parfaitement et les trouvait toujours aussi touchantes. Il sourit. Il resta là, sans bouger.

Quand elle eut fini, et que les gars eurent terminés, elle regroupa les documents, les mit dans le dossier, et ramena le tout à Gates

- - Voilà, affaire classée ! dit Beckett

- - Déjà ! Bravo.

- - Ça n'a pas été facile, mais une fois la piste de la mafia écartée, tout s'est mis en place

- - Qui a eu l'idée d'écarter la mafia ?

- - Castle.

- - Pourquoi ?

- - Le modus operandi ne correspondait pas à la mafia.

- - Bien, donc on peut dire que vous êtes en week-end. Alors profitez-en, et toi pense à te reposer !

- - D'accord. Bon week-end à toi aussi !