Elle sortit du bureau et s'approcha des gars

- - Allez, on rentre ! On a le week-end pour nous vu qu'il n'y a rien de nouveau et qu'on n'est pas d'astreinte, dit-elle en souriant

- - Super, dirent les gars

- - Heu… Ça vous dirait d'aller prendre un verre ? Histoire de fêter cette première enquête ! proposa Castle

- - Pourquoi pas, dit Beckett, ce qui surprit ses partenaires

- - Je viens, dit Ryan

- - Moi aussi, ajouta Esposito

- - Si vous voulez, dites à vos femmes de nous accompagner !

- - Et on va où ? demanda Beckett

- - Le Old Haunt? dit Castle. On pourra même commander de quoi manger !

Etant tous d'accord, ils partirent tous ensemble. Avant de s'y rendre, Beckett déposa sa voiture devant chez elle et monta dans la voiture de Ryan.

Arrivés devant le Old Haunt, tout le monde sortit du véhicule. Alors qu'ils allaient descendre l'escalier qui menait à l'établissement, Beckett s'approcha de la rambarde pour s'y tenir. Castle s'avança pour lui offrir son bras, mais Esposito le bouscula et passa devant lui. C'est donc son bras que saisit Beckett. Ryan secoua la tête en voyant la scène. Il fallait qu'il lui parle.

Un taxi le sortit de ses pensées. Il se retourna et vit deux filles en sortir. C'était Jenny et Lanie. Il leur tendit ses deux bras et il entra dans le bar avec les deux beautés.

Castle avait choisi une table vers le fond, histoire qu'ils puissent discuter sans être déranger par les autres clients. Il prit leur commande et se dirigea vers le bar.

- Hey, bonjour patron, ça faisait longtemps ! Vous allez bien ?

- Oui, merci, Bryan. Je suis venu avec toute l'équipe du 12th. On vient fêter la résolution d'une enquête.

- Ouah ! C'est un grand jour. Je crois qu'on ne les a plus revus ici depuis au moins deux ans. Et votre amie, le Lieutenant Beckett, est aussi avec vous ?

- Oui, elle est là aussi

- Super ! J'ai lu dans les journaux ce qui lui est arrivé. J'en reviens pas qu'elle soit encore en vie. Je me rappelle la première fois que je l'ai vu. Je m'étais dit : pas possible qu'une fille aussi magnifique soit flic !

- Vous savez, tous les flics ne sont pas masculins, ventripotents… et mal rasés !

- Je sais. Mais j'ai vu d'autres flics femme, mais aucun ne ressemble à votre amie !

- …

- Sinon, vous buvez quoi ce soir ?

- On va commencer par des bières et après on verra.

- Entendu. Heu … Je ne sais pas si vous le savez, mais depuis quelques temps, du vendredi soir au dimanche soir, les gens peuvent danser. Quand j'ai voulu vous en parler, j'ai eu votre mère au téléphone qui m'a donné son accord. J'espère que cela ne vous pose pas de problème ?

- Non, c'est une excellente idée. Et ça marche bien ?

- A part quelques troubles fêtes, les clients ont l'air d'apprécier !

- Tant mieux ! Ce soir, on aura des renforts si besoin !

- Oui, ça m'évitera d'appeler la patrouille, si besoin ! Tenez, voilà votre commande et bonne soirée !

- Merci, Bryan

Il se dirigea vers leur table et remarqua que Ryan et Esposito s'étaient absentés. Il déposa les bières devant chacun de ses amis et posa les deux bouteilles en trop au centre de la table.

- Ils ont eu un besoin urgent, lui dit Jenny, voyant son regard

Ryan et Esposito étaient aux toilettes, mais rien à voir avec une envie pressante !

- Qu'est-ce qu'il te prend ? demanda Ryan

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Pourquoi tu te comportes comme ça avec Castle ?

- J'ai rien dit et rien fait !

- Ça, on peut dire que tu évites tout contact. C'est à peine si tu lui dis bonjour. Et là, tu le bouscules quand il veut aider Beckett !

- N'importe quoi !

- Oh, pas de ça avec moi. Ça ne prend pas. On doit lui donner une chance. Il est là pour l'aider.

- S'il avait été là quand il fallait…

- Tu y étais toi, et tu n'as rien pu faire ! Qu'est-ce que lui aurait pu faire ? Tu t'es toujours senti coupable de ce qui lui ait arrivé ! Et maintenant pour te déculpabiliser, tu t'en prends à lui. Si tu avais pris le temps de lui parler, tu saurais que lui aussi regrette. Il s'en veut énormément. Si tu l'avais écouté, si tu avais pris le temps de lui parler, tu saurais qu'il l'aime toujours. Mais non, tu lui tournes le dos. C'était ton ami, quand même ! Tu ne peux pas lui en vouloir pour un truc qu'il n'a pas fait.

- C'est quand même lui qui est parti, non ?

- Oui, mais tu ne sais pas pourquoi . Moi, j'ai discuté avec lui et j'ai appris des choses.

- Lesquelles ?

- Je ne te dirais rien. Si tu veux savoir, il va falloir que tu changes de comportement et que tu lui parles. Bon, maintenant on va rejoindre les autres.

- Ok

- Et pas d'embrouille ?

- Oui, j'ai compris mais je ne te promets rien pour ce soir. Il va falloir que je réfléchisse !

- Oui, ben, réfléchis pas trop longtemps !

- Entendu

Autour de la table, tout le monde discutait de tout et de rien. Ryan s'assit à côté de Jenny, Esposito, avant de s'asseoir à côté de Lanie, s'avança vers Castle et lui tendit la main. L'écrivain tendit la sienne avec le sourire.

Ils reprirent leur conversation une fois que les deux hommes eurent pris place. Ils évitèrent de parler de l'absence de Castle. Ils passèrent la soirée à se remémorer d'anciennes enquêtes depuis l'arrivée de Castle dans leur équipe. Ils parlèrent aussi de leur ancien Capitaine, Roy Montgomery. Beckett, elle, les écoutait. Elle découvrait ce qu'il s'était passé avant…Elle souriait quand elle entendait les facéties de Castle durant ces enquêtes…

Castle se leva pour aller chercher une nouvelle commande. Mais avant d'aller vers le comptoir, il demanda si ça les intéressait de boire de son whisky de collection. Ryan et Jenny, en bons irlandais, acceptèrent. Lanie et Esposito restèrent à la bière et Beckett, au jus de fruit. Il alla donc au bar, commanda les boissons que Bryan lui tendit et lui demanda s'il pouvait aller chercher une de ses bouteilles. Alors qu'il revenait vers leur table, deux blondes sulfureuses se plantèrent devant lui. Il leur sourit et les contourna pour continuer son chemin. Beckett avait suivi toute la scène et ne s'attendait pas à une telle réaction de Castle, vu ce qu'elle avait lu sur lui. Lanie se pencha vers elle et lui murmura à l'oreille :

- Ça fait longtemps qu'il ne s'intéresse plus aux autres filles. Je ne sais pas ce qu'il a fait pendant deux ans mais je constate qu'il n'a pas changé !

- Et ?

- Rappelle-toi ce que je t'ai dit et tu comprendras !

Castle refit ce qu'il avait fait la première fois et se réinstalla à côté de Beckett. Bryan arriva et lui donna la bouteille de whisky et de nouveaux verres. Il servit Ryan, Jenny et Castle puis retourna derrière son comptoir. Au bout d'un moment, les deux couples officiels se levèrent pour aller danser laissant Beckett et Castle seuls. Alors qu'ils étaient en train de discuter, un homme s'approcha de la table. Ils le regardèrent

- Vous désirez ? demanda Castle

- Inviter la jolie fille à danser !

- Non, merci, dit Beckett

- Allez ma beauté, ne te fais pas prier !

- Je vous ai dit non merci ! Et je ne suis pas votre beauté !

- Ne me dis pas que tu préfères ce nase à côté de toi, au lieu de moi ?

Castle allait se lever, quand Beckett le retint en lui saisissant le bras et se leva doucement. Elle contourna lentement la table. Les gars qui avaient vu la scène allaient intervenir quand les filles les retinrent pour qu'ils regardent ce qui allait se passer. Beckett s'approcha de l'homme. Alors qu'il avançait pour la prendre dans ses bras, elle lui en saisit un et le lui tordit dans le dos et le plaqua sur la table. Elle se pencha vers lui

- Je t'ai dit que je n'étais pas ta beauté et avant de parler de nase, regarde-toi dans une glace ! Le message est clair ou tu veux des précisions ?

- Non, c'est bon !

- Esposito, fous le dehors !

- Allez, mon gars, fallait pas embêter la dame !

Une fois le calme revenu

- Et si vous me montriez votre cave secrète, Castle

- Vous êtes sûre ?

- Oui

Il lui proposa son bras et elle s'en saisit. Elle fut surprise en voyant l'ouverture qui menait au bureau. Le sol s'inclina. Ils longèrent le couloir et se retrouvèrent au sous-sol. Ensuite Castle fit pivoter la bibliothèque. Elle lâcha le bras de Castle et s'avança vers le tunnel ainsi découvert. Elle n'en revenait pas. Ensuite Castle la guida jusqu'à sa cave secrète. Il lui raconta comment ils avaient trouvé ce trésor lors d'une enquête et comment, à l'issue, il avait racheté le bar. Elle ne disait rien. Elle l'écoutait, simplement. Puis, ils retournèrent dans la salle. Les autres s'étaient rassis et étaient encore en train de se raconter des souvenirs. Quand ils abordèrent l'enquête sur la momie, ils se firent une joie de raconter les blagues qu'ils avaient faîtes à Castle avec sa chaise et la machine à café. Castle leur fit remarquer que ce n'était pas si drôle et qu'ils n'étaient pas sympas de se moquer de lui. Beckett riait aux éclats rien qu'en imaginant les scènes. Elle riait tellement qu'elle n'arrivait plus à respirer.

La soirée tirant à sa fin, ils décidèrent de rentrer chez eux. Les deux couples remontèrent dans la voiture de Ryan. Beckett et Castle décidèrent de rentrer à pieds.

Ils avançaient doucement, toujours au rythme de Beckett. Il lui proposa une de ses béquilles mais elle refusa. Elle encercla le bras de Castle de ses deux mains et posa sa tête contre l'épaule de l'écrivain. Pendant tout le trajet, ils ne dirent pas un mot. Chacun profitant de ce moment.

Elle appréciait cette promenade nocturne dans New York. La ville était relativement calme. Et aussi étrangement que cela pouvait lui paraître, elle se sentait bien avec Castle !

Lui, il n'osait rien dire, par peur qu'elle se détache de lui. Il pouvait sentir son parfum de cerise qui s'échappait de ses cheveux. Il pouvait sentir la chaleur qui se dégageait de son corps. Il se rappelait leur baiser échangé, il se rappelait l'avoir tenu dans ses bras quand ils avaient failli mourir de froid. Mais c'était arrivé dans des situations extrêmes ! Mais il ne se rappelait pas d'avoir vécu des moments pareils. Et pourtant, il aurait aimé. Mais quand Beckett était en pleine possession de ses moyens, elle ne se laissait jamais aller, elle ne montrait pas ses sentiments.

Ils arrivèrent devant l'immeuble de Beckett. Elle se détacha doucement de lui. Il lui tendit ses béquilles.

- Merci, Castle, pour cette soirée

- Merci à vous, Beckett. Vous faites quoi ce week-end ?

- Je ne sais pas encore. Je pense qu'après mon réveil, j'irai faire un peu de sport dans le parc et après j'aviserai !

- Vous ne pouvez pas faire ça seule ! Vous avez dit que vous devez être accompagnée

- Je ne vais pas déranger les gars un samedi !

- Moi, je peux venir.

- Vous ?

- Vous savez, j'ai peut-être pas l'air comme ça, mais j'ai déjà fait du sport !

- Oh, je n'en doute pas !

- Alors à quelle heure ?

- Je ne sais pas, quand je serai réveillée et que j'aurai pris mon petit déjeuner.

- Ecoutez. Une fois levée, vous m'appelez et pendant que vous vous préparez, je vous ramène le petit déjeuner

- Vous y tenez vraiment ?

- Oui !

- Entendu ! Allez bonne nuit, Castle

- Bonne nuit, Beckett ! A demain !

Samedi

Appartement de Beckett

Beckett venait de se réveiller. Elle regarda son réveil. Il était 8H. Elle resta allongée, repensant à la soirée de la veille. Elle sourit en se souvenant de toutes les anecdotes que ses amis avaient racontées. Elle sourit de nouveau

en se rappelant la manière dont elle était rentrée à son appartement. Elle avait apprécié le silence de Castle, elle avait apprécié avoir sa tête sur son épaule. Elle s'était sentie en sécurité avec lui. Jamais, depuis deux ans, elle n'avait ressenti une telle sensation. Ses amis et son père avaient été présents pour elle, l'avaient soutenu, l'avaient épaulé. Mais Castle : sans qu'elle ne dise quelque chose, il devançait ses besoins. En une semaine, il avait réussi à la cerner. Il s'était comporté avec elle naturellement, occultant son état physique. Il était le seul à ne pas lui demander chaque jour comment elle allait. Il agissait comme si de rien n'était alors qu'en fait, elle avait pu constater qu'il s'inquiétait pour elle. Elle s'en était rendu compte quand il lui avait demandé si elle avait pris son traitement !

Elle se leva. Elle allait prendre sa douche quand elle se rappela qu'elle devait l'appeler, puisqu'il lui avait proposé d'aller faire du sport avec elle. Elle sourit à nouveau. Elle prit son téléphone, composa son numéro, lui dit qu'elle l'attendait, et raccrocha.

Elle était en train de préparer ses affaires de sport, quand on sonna à sa porte.

Elle se dirigea vers son entrée et ouvrit

- Castle ! Mais qu'est-ce… Comment vous… Ça fait combien de temps que vous êtes devant chez moi ?

- Eh, bien, en fait…

- Je vous avais dit que je vous appelais !

- Je me suis dit qu'après la soirée, vous auriez peut-être réfléchi, et que finalement …

- Castle, je n'ai pas changé d'avis !

- Super ! Alors voilà le petit déjeuner : un grand café sans mousse, sans sucre et deux doses de sirop à la vanille, et des beignets aux pommes !

- C'est gentil, merci. Heu… Castle ?

- Oui !

- Je voulais prendre une douche …

- Allez-y, Lieutenant, je ne bouge pas d'ici !

Elle réapparu une demi-heure plus tard, vêtue d'un jogging et d'un sweat au logo du NYPD. Ils déjeunèrent en silence. Au moment de sortir, Castle se pencha pour prendre les béquilles, mais Beckett lui fit signe que non et lui prit le bras. Ils se dirigèrent vers le parc.

Une fois sur place, Beckett lui indiqua le chemin. Comme elle reprenait juste, elle devait y aller doucement. Donc elle choisit le parcours de santé le plus court. Ils s'arrêtèrent devant un banc. Beckett s'assit et retira son pantalon de jogging, puis son sweat. Elle portait un cuissard noir qui s'arrêtait juste au-dessus des genoux et un débardeur noir.

Pendant qu'elle faisait des étirements afin de s'échauffer, Castle ne put s'empêcher de remarquer toutes ses cicatrices : son épaule gauche, et ses deux jambes. Ça lui fit mal au cœur car il se rendit compte du calvaire qu'avait vécu la femme qu'il aimait. Elle remarqua son regard. Elle n'y vit pas du dégout mais de la peine, de la souffrance

- Hey, qu'est-ce qu'il vous arrive ? Ce ne sont que des cicatrices ? Je m'y suis habituée.

- Ce n'est pas ça le problème, mais je pense à toutes les souffrances…

- Je n'ai pas souffert, Castle ! Tout était cicatrisé quand je me suis réveillée.

- Mais la rééducation ?

- Au début, ça été difficile car je n'avais pas bougé pendant trois mois, mais mon corps avait fait le plus dur. Regardez ! Maintenant, je marche, et bientôt, je courrai. Alors qu'au départ, les médecins n'étaient pas très optimistes !

- Je ne peux m'empêch…

- Castle, vous êtes le seul, depuis longtemps, à ne pas avoir parlé de mon état. Et j'apprécie beaucoup. Vous ne m'avez pas fait sentir que j'étais faible à cause de mes blessures. Alors, s'il-vous-plaît, continuez. Car si vous faîtes comme les autres, je préfèrerai rester seule.

- Je vous le promets !

- Bon, on y va !

- On est parti !

Bien que le parcours fût le plus court du parc, ils mirent plus d'une heure pour le faire. Ils auraient pu mettre moins de temps, mais à chaque étape, Castle tenait à rester à côté de Beckett. Donc, elle faisait l'exercice, et ensuite, elle attendait que Castle passe. Elle le trouvait adorable d'être aussi prévoyant pour elle. Pour deux exercices, il dut intervenir pour l'aider. Le premier fut « les pas de géants » : à chaque pas, il fallait tenir l'équilibre sur une seule jambe comme elle chancelait, Castle la maintenait. Puis, il y eu les barres de suspension : il fallait se déplacer de barre en barre avec les mains entre la cicatrice de son épaule et celle qu'elle avait sur le flanc droit suite à sa blessure du sniper, elle n'arrivait pas à rester suspendue elle tenta deux fois, refusant toute aide à la troisième tentative, Castle mit ses mains sur ses hanches, sans rien dire il la maintint de telle façon que ses bras soit suffisamment tendus mais aussi pour qu'elle puisse avancer au début, elle s'était un peu crispée, mais voyant qu'il ne bougeait pas, elle avait fait l'exercice.

Une fois le parcours terminé, ils retournèrent vers le banc. Apercevant un kiosque de vente de café, Castle alla en chercher deux. A son retour, il vit que Beckett faisait des étirements et massait ses mollets. Quand il arriva, Beckett se rassit. Il lui tendit son café et posa le sien sur le banc. Puis, il s'agenouilla devant elle, et commença à lui masser les mollets

- Castle, c'est pas la peine…

- Laissez-moi faire. Je le faisais à Alexis quand elle souffrait de crampes après ses séances de sport…

Le massage n'avait rien à voir avec celui que lui faisait Roger pendant ses séances de rééducation. Ce massage était doux, sensuel… Elle se détendit et ferma les yeux. Castle continuait, passant d'une jambe à l'autre, la regardant. D'aussi loin qu'il pouvait se rappeler, il l'avait rarement vu aussi détendue. Quand elle rouvrit les yeux, leurs regards plongèrent l'un dans l'autre. Ils ne bougeaient plus. Seules les mains de Castle continuaient leur va et vient machinalement. L'une s'était noyée dans les yeux bleus océans et l'autre dans les yeux verts émeraude ! Plus rien n'existait autour d'eux ! Ils restèrent ainsi un temps indéfini, jusqu'à ce qu'un bruit les fasse sursauter.

Castle se releva et s'assit à côté d'elle. Ils ne dirent rien pendant un moment, perdus dans leurs pensées.

Beckett ne comprenait pas ce qu'il se passait, ni pourquoi son corps réagissait ainsi. Elle avait l'impression que tout son corps voulait s'aimanter à celui de Castle. Et elle était incapable de l'en empêcher. Elle était physiquement attirée par lui. A chaque contact, elle sentait une douce chaleur l'envahir. Son cœur s'emballait.

A force de repenser à toutes les conversations qu'elle avait eues avec ses amis, ainsi qu'avec son psy, elle se dit qu'ils devaient avoir raison. Elle avait dû être amoureuse de lui avant. Et comme l'avait dit le Dr Burke, même si elle ne s'en rappelait, son corps oui !

Castle était aussi plongé dans ses pensées. Il voyait que Beckett se rapprochait de lui mais il ne comprenait pas comment en une semaine, elle pouvait déjà en être là. Il avait imaginé tous les scénarios possible pour redevenir ne serait-ce qu'un ami, mais là, il était bluffé. Il ne voulait pas précipiter les choses. Gates lui avait dit qu'il fallait aller doucement avec Beckett. Mais que devait-il faire si c'était elle qui précipitait les choses ?

Beckett remit son pantalon et son sweat et se leva d'un coup et commença à s'éloigner. Ce mouvement soudain sortit Castle de ses réflexions. Il se leva et lui attrapa le bras. Elle se dégagea et continua d'avancer. Il resta derrière elle, se demanda ce qu'il se passait. La matinée avait bien commencé, mais là il ne comprenait pas son comportement. Elle marchait très lentement en regardant ses pieds. Elle secouait sa tête, comme si en faisant comme ça elle remettait des idées en place, ou si elle pouvait faire réapparaître ses souvenirs. Mais rien ne venait. Elle se frotta la tête, puis elle la cogna

Castle la fit se retourner

- Arrêtez ça, Beckett. Vous allez vous faire mal. Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Je n'y arrive pas, j'ai beau essayé mais…

- Essayer quoi ?

- Me rappeler. Me rappeler de vous, Castle. Je cherche et je ne vous trouve pas !

Il la prit dans ses bras car elle avait les yeux tellement brillants, qu'elle était au bord des larmes. Elle se blottit contre son épaule.

- Ça va aller, ça va revenir, vous devez être patiente.

- Patiente ? Ça fait deux ans que je patiente ! Et rien, nada ! Même mes amis ! Tout ce que je sais, c'est ce qu'ils m'ont dit. Je connais leur nom, mais je ne les connais pas ! Même moi, je ne me connais pas ! Lanie m'a dit que je m'appelais Kate Beckett mais qu'est-ce qui me dit que c'est vrai ?

- Faîtes confiance à vos amis !

- Mais je leur fais confiance. Regardez, même mon père, je ne le reconnais pas. Il vient me voir tous les dimanches pour me raconter ma vie d'avant. Mais rien ne surgit de ma tête ! Oh, j'ai bien des flashs de temps en temps, mais tout est flou. Je ne discerne rien : ni les lieux, ni les visages !

Et il y a vous… dit-elle en se détachant de lui

- Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Rien, rien ! C'est tout ce qu'on m'a raconté sur vous, sur nous. Et je ne sais plus quoi penser. Alors, je cherche et tout ce que je réussis à faire c'est vous blesser à la première occasion. Alors que vous faîtes votre possible pour mettre agréable.

- Ce n'est pas grave. Quoi qu'il arrive, je serai toujours là, je vous aiderai !

- Vous voyez, vous recommencez !

- Qu'est-ce vous voulez que je fasse ?

- Je veux que vous me parliez de nous. Je veux savoir. Je veux tout savoir !

Il s'écarta et avança droit devant lui. Il savait que ce jour arriverait. Mais il pensait que ce serait bien plus tard. Il savait qu'un jour ou l'autre, elle lui demanderait. Mais pas si tôt.

Il s'appuya contre un saule pleureur et se laissa choir.

Elle le rejoignit un peu plus tard et s'agenouilla devant lui, entre ses jambes.

- Hey, ma béquille m'a oublié ?

- …

- Castle ?

- Pardon ? Vous dites ?

- Castle, je me doute que ce n'est pas facile, mais parlez-moi, parle-moi

- Beckett, il ne faut pas. Pas maintenant. Gates m'a dit que si vous appreniez trop des choses…

- J'aurai mal à la tête ? Et alors ? J'ai un traitement, actuellement. Qu'est-ce qui est pire d'après toi ? Avoir mal au crâne, ou ne pas arriver à reconnaître les gens qui m'entourent, ne pas savoir ce que j'ai vécu avec eux, ne pas savoir ce que j'ai ressenti pour eux ?

Tu ne veux rien me dire ?…Entendu. Alors, je rentre. Mais ce ne sera pas la peine de revenir. Gates m'a dit que c'était à moi de décider, alors on ne se verra plus. De toute façon, tu me l'avais dit le premier jour où je t'ai vu : tu n'as plus rien à me dire !... Adieu

Elle se redressa et partit en larmes. Des gens la croisaient, mais elle ne les voyait pas. Elle avançait, tant bien que mal, aveuglée par le flot de larmes qui envahissait ses yeux. Ceux qui venaient d'assister à la scène pensaient que le couple venait de rompre. Elle arriva devant le banc où ils étaient au début, et s'assit le temps d'assécher ses yeux. Quand enfin ses pleurs cessèrent, elle releva la tête. Elle regarda autour d'elle. Au loin, elle vit Castle, toujours dos contre le saule pleureur. Elle se releva et reprit le chemin de son appartement.

Castle ne savait plus quoi faire. S'il lui parlait, il l'a perdait. S'il ne lui parlait pas, il la perdait aussi. C'était un vrai dilemme. Il ne voulait pas la perdre, il ne le voulait plus. Il avait vécu un enfer pendant deux ans, luttant jour après jour, pour l'oublier. Mais après une semaine passée avec elle, si elle partait, il ne survivrait pas.

Il se releva et se mit à courir. Il n'avait jamais couru aussi vite, mais là il rejoignait son destin.

Beckett venait de sortir du parc, et s'apprêtait à traverser quand on lui saisit le bras

- Venez, lui dit Castle. Vous avez oublié ta béquille

Elle allait lui dire de la laisser mais quand elle vit son regard, elle comprit qu'il allait lui parler. Ils retournèrent à son appartement. Une fois à l'intérieur, il lui dit qu'il devait passer chez lui pour se changer. Elle allait lui parler, quand il lui promit de revenir aussitôt après. Pendant ce temps-là, elle pouvait prendre sa douche et se changer elle aussi. Une demi-heure après, il était de retour. Il avait mis un nouveau jogging, tout comme elle. Il avait rapporté des plats chinois et italiens. Elle choisit chinois et sortit une bouteille de chianti. Le repas se fit en silence. Elle regardait Castle et voyait bien qu'il réfléchissait à ce qu'il devait faire. Quand ils eurent terminé, ils débarrassèrent la table, lavèrent les quelques couverts, puis s'installèrent sur le canapé, côte à côte.

Il lui demanda ce qu'elle savait exactement sur leur ancien partenariat. Elle lui raconta tout ce que ses amis lui avait narré, y compris les propos du Dr Burke. Elle ne lui cacha rien. Puis elle parla de ce qu'elle avait trouvé sur internet.

Il la regarda. Elle en savait beaucoup. Maintenant, c'était à lui de raconter sa version. Mais, la sienne, la leur, c'était leur version personnelle. Et à l'issue de ce qu'il allait lui dire, il la perdrait. Ca, il en était sûr.

- Maintenant, c'est à toi, de me donner ta version !

Il fut surpris, elle le tutoyait. Depuis quand ? Il n'avait pas remarqué.

- Je vais le faire, mais je ne pourrai jamais si tu me regardes comme ça !

Elle lui tourna le dos. Elle l'entendit bouger. Elle sentit une jambe passé derrière elle, puis deux mains l'attirèrent. Elle se retrouva le dos plaqué contre le torse de Castle. Une fois bien calée, elle prit les deux mains de l'écrivain et les plaça devant elle. Ils étaient bien ainsi installés. Aux battements de cœur qu'elle ressentait dans son dos, elle savait que Castle se débattait avec ses démons intérieurs. Elle ne dit rien et attendit patiemment qu'il commence.

- Bon, quand faut y aller ! Pour commencer, tes amis ne t'ont pas menti. Mais, comme je suis écrivain, je vais commencer par le début.

- Tout a commencé, il y a six ans. J'étais à une soirée de promo pour mon dernier livre sur Derek Storm, et je ne savais pas sur quoi j'allais écrire, quand tu es apparue pour m'interroger sur deux meurtres qui s'étaient inspirés de mes livres. Pendant l'interrogatoire, je n'ai pas pu m'empêcher de te faire du charme : après tout c'était mon image d'homme public, et ça marchait toujours avec les jolies filles mais pas avec toi je dirai que ça a même provoqué l'effet inverse. J'ai proposé mon aide et on a résolu l'enquête. Quand tu m'as dit au revoir, je n'avais qu'une idée en tête, te revoir. Alors, j'ai appelé mon ami le Maire et il est intervenu pour que je sois sur tes enquêtes et que je puisse m'inspirer de toi pour ma nouvelle saga.

- J'ai commencé à lire le premier volume. Mais tu aurais pu choisir un autre nom ! C'est un nom de prostitué, ça !

- Je sais, tu me l'as déjà dit !

- Ah, oui !?

- Oui, comme quoi, il te reste quelque chose ! Je reprends. Je dois reconnaître que notre première année a dû être difficile pour toi. Car bien que je respectais ton travail, je le prenais un peu à la légère, je me permettais de plaisanter, de sortir des blagues. Et un soir, tu m'as parlé de ta mère, de son meurtre. Et là, j'ai découvert que tu étais profondément blessée. C'est à compter de ce soir-là que tu as commencé à me révéler des choses sur toi.

- Tu en sais tant que ça sur moi ?

- Disons que je sais beaucoup de choses. Je sais pourquoi tu portes la bague de ta mère sur une chaine autour de ton cou, pourquoi tu portes la montre de ton père à ton poignet. Je dirais que j'en connais même plus que Lanie, et pourtant elle te connaît bien.

- Oh ! Va falloir que je fasse attention à ce que dis alors !