- Tu peux me faire confiance, je suis un vrai tombeau ! Je n'ai trahi ta confiance… On verra ça plus tard. Donc, l'année est passée et je n'avais toujours pas réussi à te mettre dans mon lit ! Et en plus, je l'ai terminé en faisant une énorme bourde : j'avais rouvert le dossier de ta mère, alors que tu m'avais demandé de ne pas y toucher. Tu m'en avais beaucoup voulu, au point de me demander de partir. Mais, je me suis excusé et tu m'as dit que je pouvais rester.

Au cours de la deuxième année, tu as découvert que je ne m'arrêterai pas après le premier livre et que notre partenariat allait continuer. Tu n'étais vraiment pas ravi, mais tu n'avais pas le choix. Cette année-là, j'ai failli arrêter par deux fois : la première, quand on m'a proposé d'écrire sur l'espion britannique mais au final, j'ai refusé. Et la deuxième, c'est quand un tueur te prenait pour Nikki Heat. Je t'avais mis en danger et ça je ne le voulais pas. Mais, tu m'as dit que je n'étais pas responsable de ce qu'un fou pouvait penser ! C'est cette année-là que j'ai découvert que t'avoir dans mon lit ne m'intéressait plus ! Je voulais plus. Je te voulais toi, et pas pour une nuit. J'ai eu cette révélation quand je t'ai vu embrasser ton collègue Demming. Sur le coup, ça m'a fait mal, mais je ne savais pas pourquoi. Et puis, j'ai compris : j'étais tombé amoureux de toi. Par la suite, à chaque fois que je le voyais dans le service, je sentais un sentiment de colère monté en moi. J'étais même jaloux quand tu acceptais le café qu'il te donnait. Car ça, c'était mon rôle, c'était notre rituel, rien qu'à nous deux. Tous les matins, je t'en apportais, juste pour te voir sourire. C'était notre façon à nous de dire bonjour. Pour moi, ça ressemblait au premier baiser qu'un couple se donne le matin au réveil… C'était idiot, hein ?

- Non, je trouve ça mignon, moi !

- Mignon ?

- Oui, c'est romantique !

- C'était peut-être romantique, mais ça ne t'a pas fait craquer pour autant. Mais, je pense qu'au début, tu n'y avais pas fait plus attention que ça. Mais au fil des années, ce café avait aussi pris de l'importance pour toi. Si un matin, je ne t'en apportais pas un, tu savais que quelque chose n'allait pas entre nous et tu passais une mauvaise journée !

Je continue.

Donc j'ai continué à te suivre et à t'aider sur tes enquêtes. Et en plus, je me rapprochais aussi des gars et de Lanie. J'avais l'impression de faire partie intégrante de votre équipe. De ton côté, tu commençais aussi à entrer dans ma vie privée : tu donnais des conseils à ma fille, tu m'en donnais aussi pour l'élever car elle devenait une adolescente et tu savais ce qu'il fallait faire. Ma mère aussi t'appréciait beaucoup. Elle ne t'avait vu que deux ou trois fois, mais tu étais déjà dans son cœur. Même mes ex-femmes n'y sont pas arrivées.

- En parlant d'Alexis et de Martha : tu devrais leur parler, surtout à Alexis

- Je sais, mais je les ai blessées et je ne sais pas …

- Je peux t'aider si tu veux…

- Tu es adorable ! Tu veux toujours aider, dit-il en lui embrassant les cheveux. Tu es toujours prête à faire passer les autres avant toi.

- Tout comme toi, d'après ce qu'on m'a dit ! Allez, continue…

- Donc l'année avançait. On a eu notre lot d'enquête, mais la plus dure fut celle où on a retrouvé l'assassin de ta mère. On a découvert qu'il avait été engagé pour le faire mais tu n'as pas pu savoir par qui, car tu l'as tué alors qu'il allait me descendre. Je m'en voulais énormément mais tu m'as dit que je n'étais pas responsable de ce qui s'était passé. En plus, ce jour-là tu m'as avoué que tu appréciais ma présence, car vu le métier que tu faisais, je le rendais plus drôle. Bien évidemment, tu m'as aussitôt menacé de mort, si je répétais ce que je venais de dire.

C'est aussi cette année-là que tu m'as menti pour la première fois : je t'avais invité à venir passer un week-end avec moi dans les Hamptons. Tu as refusé en disant que tu devais te trouver un appartement, vu que le tien avait explosé. En fait, avec Demming, vous aviez prévu un week-end en amoureux. Quand je l'ai appris, j'ai été blessé. Alors, je t'ai annoncé que je ne serai plus au commissariat pendant tout l'été et que je partais dans les Hamptons afin d'écrire mon livre. Je ne t'avais pas dit, par contre, que je partais avec mon ex-femme, Gina. Mais tu l'as su quand elle est venue me chercher au commissariat. Je suis donc parti et je suis resté absent plus de trois mois.

A mon retour, vous étiez tous remontés contre moi. Je te passe ma deuxième arrestation puisque ça tu le sais déjà. Je t'ai reproché de ne pas avoir appelé, mais, c'était moi le fautif. J'étais rentré depuis un moment déjà et je ne vous avais pas donné signe de vie. Mais j'ai réussi à rentrer dans vos bonnes grâces. Avec Demming, vous vous étiez séparés. Et de mon côté, j'ai quitté Gina on ne s'entendait pas on passait notre temps à se disputer. Mais entre-temps, tu t'étais mise avec Josh. Je n'avais plus aucune chance : il était beau, et médecin, cardiologue il sauvait des vies. Je ne pouvais pas lutter contre lui. Mais lors de l'enquête sur la bombe sale, j'ai découvert que tu n'étais pas aussi heureuse que je pouvais le croire. Il participait à des missions humanitaires et donc il était souvent absent. Tu m'as avoué qu'au début ça t'allait car ainsi tu n'avais pas à te lancer dans une grande relation. Mais à force, ça t'a pesé. En fait, ce que tu cherchais, c'était quelqu'un qui t'aime et qui s'occupe de toi et à qui tu rendrais la pareille. Tu ne comprenais pas pourquoi tu n'avais pas droit à ce bonheur alors que tu ne demandais rien de bien compliqué ! J'aurai voulu te dire à ce moment-là que j'étais là, mais on a été interrompu.

Quand, j'y pense, à chaque fois qu'on a eu des moments où l'on allait aborder des sujets importants pour nous, on a toujours été interrompu ! A croire que le destin se jouait de nous !

Et puis le pire jour de ma vie. J'ai cru te perdre ce jour-là. Et ne voulant pas que tu me quittes sans savoir ce que je ressentais, je t'ai dit que je t'aimais. Je t'ai accompagné à l'hôpital, et pendant le trajet, je t'ai vu mourir. Si tu savais comme j'ai souffert.

Castle pleurait. Il frottait son menton sur la tête de Beckett.

- Chut, c'est du passé, je suis en vie, dit-elle en entrelaçant ses doigts à ceux de l'écrivain. Je vais bien !

- Oui, je sais, mais sur le moment… Et puis Josh est venu et m'as accusé d'être responsable de ce qui était arrivé, vu que c'est moi qui avait rouvert le dossier de ta mère.

Elle se redressa et se tourna vers lui, et lui caressa la joue

- Fais une pause, si tu veux. Je me rends compte que c'est difficile pour toi

- Non, je dois continuer, pour toi, dit-il en la prenant dans ses bras.

Elle resta blottie contre son torse puis se redressa

- Josh t'a accusé ? Alors qu'il m'a quitté juste après ?

- Je ne t'aurai jamais laissé, moi. Peu importe que tu es des cicatrices, elles font partie intégrante de toi. C'est la femme que tu représentes que j'aime, ce n'est pas ton corps. Bien, que tu aies un corps sublime, rajouta-t-il, avec un petit sourire sournois !

Elle reprit sa position et il l'enserra de nouveau

- Je suis passé te voir quelques jours plus tard après que le médecin ait donné son accord pour les visites. Et là, tu m'as annoncé que tu ne te souvenais pas de ce qui s'était passé. En fait, tu me mentais. Et tu m'as demandé de te laisser un peu de temps pour guérir mais tu m'as dit que tu m'appellerais. Tu ne l'as jamais fait. Tu es réapparu après trois mois. Si tu savais l'enfer que j'ai vécu pendant cette période ! Tu as débarqué pendant la dédicace du quatrième Nikki Heat. Et ça m'a mis en colère : te voir arriver comme ça, alors que tu n'avais pas donné de nouvelles ! Et alors, tu m'as expliqué ce qu'il se passait au plus profond de toi et qu'il te fallait du temps pour que tu puisses enfin avoir la relation que tu voulais avec un homme. Alors, je t'ai laissé du temps, je t'ai attendu. Il est vrai que notre relation a changé par la suite : tu étais plus taquine, plus joueuse ! Et puis, j'ai découvert ton mensonge. Alors je me suis éloigné de toi. Je ne t'ai plus apporté de café le matin, je ne te parlais quasiment plus sauf pour une enquête et j'ai même ramené une hôtesse de l'air avec moi !

- Une hôtesse de l'air ?

- Oui, mais il ne sait rien passé. Depuis Gina, je n'ai plus jamais eu de femme avec moi !

- Tu veux dire que depuis plus de quatre ans…

- Oui, c'est ce que je veux dire. Je t'attendais, simplement. Puis, tu m'as annoncé que tu suivais une thérapie depuis que tu avais été blessée et que la guérison était proche. Tu voulais que je sois là à ce moment et je t'ai dit que moi aussi je voulais être là. Jusqu'à cette fameuse enquête…

Beckett se dégagea de son emprise et se dirigea dans la cuisine pour chercher de quoi boire. Elle ramena une bière pour Castle et choisit un jus de fruit pour elle. Castle était toujours étendu sur le canapé, le regard dans le vide. Elle lui caressa la joue tout doucement pour qu'il reprenne ses esprits et lui sourit. Elle lui tendit sa bière.

- Tu n'as pas beaucoup parlé, dit-il

- Je t'écoutais !

- Et, ça va ?

- Ça complète ce que les autres m'ont raconté et ça comble les vides ! Ça confirme ce qu'ils ont sous-entendus ! Et toi ?

- Plutôt de te parler de mes sentiments aujourd'hui, j'aurai mieux fait de te les avouer à ce moment-là. Que de temps perdu !

- Tout n'est peut-être pas perdu. Mais, il faut que tu termines l'histoire

- Cette partie va être difficile.

- Prends ton temps, je suis patiente

- En parler, c'est rien, mais la manière dont tu vas réagir… Tu ne voudras plus me voir après.

- Mais qu'est-ce que tu as pu faire de si terrible ?

- Je t'ai trahi sur la chose à laquelle tu tenais le plus au monde : l'affaire de ta mère !

- Comment as-tu pu me trahir ? C'est toi qui la relancé ! Tu m'as aidé à coincé Lockwood, tu l'as même empêché de me tuer…

- En fait, ma trahison c'est quelque chose que je t'avais caché !

- Qu'est-ce que tu m'avais caché ?

- En fait, avant que le Capitaine Montgomery se fasse tuer, et avant que tu apprennes qu'il était impliqué dans l'affaire, il avait envoyé un dossier à un homme de confiance pour qu'il continue de te protéger comme lui l'avait fait. Il ne voulait pas que tu sois tuée. Mais le dossier est arrivé trop tard. C'est pour ça que tu t'es fait tirer dessus. Quand il l'a eu, il a fait en sorte que plus personne ne s'en prenne à toi. Mais il avait besoin d'aide. L'accord qu'il avait passé sous-entendait que, pour que tu restes en vie, tu n'enquêtes plus sur le meurtre de ta mère.

- Et, il comptait s'y prendre comment pour m'y empêcher ? Attends… Ne me dis pas…

- Si, tu as compris. Il fallait que je t'empêche de…

Trop tard, elle était déjà debout, lui tournant le dos.

- Et ensuite ? dit-elle, sur un ton incisif

- Quand on a eu cette dernière enquête, j'ai tout tenté pour t'orienter sur d'autres pistes. Mais c'était sans compter sur la ténacité d'Esposito. Et toutes les preuves accumulées nous ramenaient au meurtre de ta mère. L'homme qui te protégeait m'a appelé pour me dire qu'il fallait que je t'arrête. Alors, je suis allé chez toi, pour te demander d'arrêter. Mais tu n'as rien voulu savoir. Alors je t'ai dit que comme je ne voulais pas assister à ta mort, que je ne voulais plus revivre ça, je partais. Et c'est ce que j'ai fait.

Elle se retourna vers lui et s'agenouilla devant lui

- Et c'était qui cet homme ? demanda-t-elle

- Je n'ai jamais su. Il me contactait par téléphone. Je ne l'ai rencontré que deux ou trois fois.

- Donc tu sais à quoi il ressemble ?

- Je n'ai jamais bien vu son visage. La dernière fois qu'il m'a contacté, c'était pour l'enquête sur le Maire. Cette affaire était un piège monté contre toi : car si le Maire perdait sa place, je perdais donc mon passe-droit au poste, et toi tu te retrouvais toute seule. Je n'aurai plus été là pour t'empêcher d'enquêter sur ta mère et ils auraient pu te tuer, puisqu'une part du marché n'était pas remplie.

Elle reprit sa place entre ses jambes, mais s'installa face à lui. Il ne la regardait pas. Il attendait sa décision. Elle posa sa main sur sa joue, et lui fit tourner la tête pour qu'il la regarde. Ses yeux bleus étaient remplis de larmes qu'ils retenaient, tout comme ses yeux verts émeraude.

- Pourquoi tu as pris autant de risques ? Tu aurais pu te faire tuer, tu t'en rends compte ? Tu étais un obstacle pour eux.

Il la regardait surpris. Il ne s'attendait pas à cette réaction.

- Je voulais te protéger et peu m'importaient les risques

- Mais tu as une fille. Qu'est-ce qu'elle serait devenue sans toi ?

- Je sais tout ça. Crois-moi. J'avais tourné le problème dans tous les sens. Mais finalement, j'ai opté pour cette solution.

- C'était un mauvais choix. Tu n'as pas le droit de te mettre en danger comme ça pour moi !

- Tu en as fait autant pour moi !

Le ton montait

- Oui, mais moi, j'étais et je suis un flic ! Toi, tu es un écrivain ! Quand j'ai reçu ma plaque, j'ai aussi accepté le fait que je pouvais être tuée. Ce n'est pas ton cas !

- Je te ferai remarquer que même si je n'étais pas flic, je t'ai quand même sauvé la vie une paire de fois !

Elle se mit à rire.

- Je ne vois pas ce qu'il y a de si marrant…

- Tu ne vois pas la tête que tu fais…

- Qu'est-ce qu'elle a ma tête ?

- Tu es mignon quand tu boudes

- Je ne boude pas, je suis en colère !

- Et pourquoi tu es en colère ? Parce que je t'ai dit que tu n'étais pas flic ou parce que tu avais pris une mauvaise décision ?

- Je suis en colère parce que je t'ai laissé tomber ce jour-là, je suis parti. J'aurai dû insister, j'aurai dû répondre aux appels du 12th. Si j'étais resté, tu ne serais pas…

- Hey… Chut. Tu avais raison, je n'aurai jamais dû y aller. Ryan aussi avait raison : j'aurai dû prendre des renforts. Mais, je n'ai écouté personne. La seule personne qui doit se sentir coupable ici d'avoir agi bêtement : c'est moi. Tu n'y es pour rien. Tu m'entends ? Pour rien !

Il la regardait. Décidément, cette femme était pleine de surprise. Puis, il la vit se pencher vers lui et elle l'embrassa. Ce n'était pas un baiser fougueux, non, il était doux, plein de tendresse. Elle s'écarta de lui, mais, à son tour, il s'approcha d'elle et lui rendit le même baiser. Quand ils se séparèrent, il la serra dans ses bras, respirant ses cheveux. Ils restèrent un moment comme ça, sans bouger.

C'est Beckett qui s'écarta.

- Qu'est-ce que tu sais d'autres ?

- Qu'est-ce que tu veux savoir ?

- Qu'est-ce que tu sais encore sur moi ? Tu m'as dit pour le café. Il y a autre chose ?

- Oh…Je sais que tu aimes la cuisine chinoise et l'italienne…Je sais que tu utilises un shampoing à la cerise…Je connais chaque expression de ton visage…

- Ah, oui ?

- Oui ! Quand tu te concentres sur un dossier, tu as une veine qui ressort, juste ici, au-dessus de ton œil gauche, dit-il en joignant le geste à la parole. Tu te frottes le front avec le dos de la main droite quand tu es fatiguée ou quand tu viens d'annoncer une mauvaise nouvelle… Quand tu es énervée, tu attrapes tes cheveux à l'avant de ton front et tu les passe en arrière…Pour distraire les gens que tu interroges, tu passes une mèche derrière ton oreille, ce qui te laisse quelques secondes pour savoir comment tu vas orienter tes questions… Il y a aussi ta façon de froncer les sourcils, de te mordre l'intérieur de la joue ou la lèvre inférieure…

- Ouah, c'est flippant !

- J'ai passé quatre années à t'observer. Je connais la moindre courbe de ton corps. Je serai capable de te reconnaître au milieu d'une foule. Bien que même les yeux fermés je pourrais te trouver car il y a comme une connexion entre nous !

Elle se blottit à nouveau contre lui. Il la serra dans ses bras. Elle se détendit et allongea ses jambes sur le canapé. Elle poussa un long soupir et s'endormit. Castle l'embrassa su le front et rejoignit lui aussi les bras de Morphée. Toutes ces émotions les avaient éreintés. Mais il était heureux : la femme, qu'il aimait, était dans ses bras et c'est elle qui avait fait le premier pas.

C'est une sonnerie de téléphone qui les réveilla. Beckett grogna. Elle se redressa et se saisit du téléphone et appuya son dos contre celui de Castle.

- Bonjour, papa

- …

- Non, rien, je dormais

- …

- Demain, je ne sais pas…

- …

- Un pique-nique au parc ?

- …

- D'accord, papa, à demain

Elle raccrocha.

- Pique-nique ? demanda-t-il

- Oui, mon père veut qu'on profite du beau temps. Ce sera agréable. Tu viendras avec nous ?

- Si tu veux

- Evidemment, que je veux !

- Et si on allait profiter de cette fin de bel après-midi pour aller se promener ?

- Bonne idée. Mais d'abord, je vais me changer

- Et moi ?

- On peut passer chez toi après !

- Entendu.

Elle passa un jean et mit un petit haut noir fin, qui cachait la cicatrice de son épaule, mais qui mettait malgré tout ses formes en valeur. Puis, elle se rendit dans son entrée et enfila une paire de baskets. En se relevant après avoir ses lacets, elle fut prise de vertiges et manqua tomber. Mais Castle, qui l'observait, la rattrapa.

- Hey, attention, dit-il inquiet

- C'est rien. Je me suis relevée trop vite, c'est tout

- J'aimais bien quand tu mettais tes talons. Ça te donnait une allure sexy !

- Sexy ?

- Oui, sexy

- Eh bien, il va falloir te contenter de chaussures sans talons haut, sauf à de très rares moments, dorénavant.

- Ah !

- J'aime bien les talons hauts, mais je n'ai plus le droit d'en mettre, à cause de toutes les fractures que j'ai eu

- Désolé.

- Ne sois pas désolé. Tu ne pouvais pas le savoir. Bien, je suis prête.

En sortant, elle se saisit d'un petit gilet qu'elle jeta sur ses épaules. Une fois dehors, Castle héla un taxi pour se rendre à son loft. Il monta se changer. Pendant que Beckett l'attendait, elle tendit au portier une enveloppe et lui demanda de la remettre à Martha ou à Alexis. Puis, elle appela son père pour lui dire de prévoir pour cinq ou six personnes pour le pique-nique. Elle venait à peine de raccrocher que Castle apparaissait. Il s'était habillé comme elle : un jean et un T-shirt noir, avec un sweat jeté sur ses épaules. Elle sourit en le voyant. Une fois sortis de l'immeuble, Castle lui entoura les épaules et Beckett passa son bras autour de ses hanches et déposa sa tête sur son épaule.

Ils marchaient au hasard, silencieux, appréciant juste le moment présent.

Castle n'en revenait toujours pas. Il pensait, qu'après les révélations qu'il allait lui faire, il la perdrait pour toujours. Et elle était là, dans ses bras. Elle l'avait juste embrassé, un tout petit baiser doux et tendre, mais cela lui suffisait. Ce baiser signifiait qu'elle était à lui. Et jamais, il la laisserait partir.

Beckett ne pensait à rien, elle. Enfin, à rien de particulier. Elle était juste bien. Elle repensait à ces deux petits baisers échangés et aussi à la sensation de sécurité qu'elle avait ressentie quand elle s'était blottie dans ses bras. Elle avait apprécié ce doux moment d'intimité. Elle sourit. Elle souriait car à chaque fois qu'ils croisaient des passants et que des hommes la regardaient, elle sentait Castle se crisper et resserrer son bras sur ses épaules. « Chasse gardée ! » se dit-elle. Mais, elle ne s'en était pas rendu compte mais elle faisait exactement la même chose quand c'était une femme qui faisait un sourire à Castle. Et Castle souriait aussi à chaque fois qu'elle resserrait un peu plus ses hanches.

Sans vraiment faire attention, ils arrivèrent dans le petit parc où Beckett aimait se retrouver. Les balançoires étaient occupées et Castle la fit asseoir sur un banc.

- Tu dois te reposer un peu. Tu as commencé le sport aujourd'hui et on a beaucoup marché, dit-il

- Je ne suis pas en sucre, tu sais

- Oh, je sais. Mais si je ne fais pas attention à toi, tu ne penseras jamais à te ménager. Et je ne veux pas que tu fasses une rechute. Avec tous les progrès que tu as faits pour en arriver là, avoue que ce serait dommage de revenir en arrière ?

- J'avoue. Tu sais que ce parc, c'est le premier endroit où je viens me réfugier dès que j'ai besoin de réfléchir. Je ne sais pas pourquoi. C'est ici que Lanie vient me chercher dès que je disparais. Elle m'a demandé pourquoi je venais ici étant donné que c'est plus une aire de jeu qu'un parc, alors que je pourrais aller dans Central Park. Mais je lui ai dit que je ne savais pas. Mais que quelque chose faisait que je m'y sentais bien. D'un autre côté, ça l'arrange que je vienne ici, car dans Central Park, elle aurait du mal à me retrouver !

- Tu vois cette librairie là-bas ?

- Oui

- C'est là que je faisais la dédicace de « Frozen Heat » !

- Et tu veux dire ?

- Oui, c'est dans ce parc, qu'on est venu discuter, que tu m'as expliqué ce qu'il se passait. On s'était assis sur ces balançoires !

- Voilà pourquoi je fixais toujours l'autre balançoire !

- Viens.

Les balançoires venaient de libérer et il l'invita à s'asseoir. Il prit place à côté d'elle. Ils se retrouvaient dans la même position que ce jour-là. Castle se rappelait chaque phrase qu'elle lui avait dite. Beckett fit pivoter sa balançoire et fit de même avec celle de Castle. Elle se pencha, et il fit de même, et ils échangèrent un petit baiser. Puis, ils restèrent front contre front, se regardant sans dire un mot, plongés dans leur bulle. C'est une petite main qui les ramena au présent. Ils sourirent et se levèrent.

Ils reprirent leur chemin.

Quand Castle la sentit frissonner, il se rendit compte qu'il commençait à se faire tard. Il l'aida à enfiler son gilet et ils prirent le chemin de retour. Ils repassèrent par le loft car Beckett lui avait fait comprendre qu'elle ne voulait pas qu'il la quitte. Donc il récupéra un petit sac avec des affaires de rechanges, puis ils repartirent pour son appartement.

Une fois sur place, Beckett se fit couler un bain. Elle proposa à Castle de ranger ses affaires dans la penderie de sa chambre et lui dit qu'il pouvait faire comme chez lui pendant qu'elle allait se délasser. Castle rangea donc ses affaires et en profita pour faire un tour de l'appartement. Il nota que chaque objet ou petit bibelot avait été choisi et placé avec goût. Comme il était plus petit que son loft, il en fit vite le tour. Il s'arrêta devant la bibliothèque. Alors qu'il regardait les livres rangés avec soin et une certaine logique, il sentit deux bras l'enserrer derrière lui. Il prit ses mains et les caressa tendrement.

- Tu sais que tu as de très bons livres, dit-il en lui indiquant toute une rangée de livres dont l'auteur était un certain Richard Castle.

- Il paraît qu'il est pas mal, mais je dois tous les relire. J'ai commencé le premier Nikki Heat. Ça a l'air bien, le taquina-t-elle

- Comment ça, ça a l'air bien ! Sache qu'à sa sortie, l'auteur a reçu une critique plus qu'élogieuse ! dit-il en se retournant.

- Ouais, c'est juste un polar ! continua-t-elle

- Juste un polar ! Sache que je n'ai jamais écrit un tel roman avant de te connaître, je n'ai jamais été autant inspiré ! Et les suivants sont de véritables hymnes à l'amour que je te porte !

- Lanie avait raison !

- Qu'est-ce qu'elle a voir là-dedans ?

- Elle m'a juste dit que si on te taquinait sur quelque chose qui te tenait à cœur, tu t'emportais aussitôt et tu fonçais tête baissée !

- Ah, ah, très drôle ! bouda-t-il

- Et maintenant, tu boudes ! Ça aussi elle l'a dit !

- Il va falloir que j'aie deux mots avec elle. Tu as peut-être perdu la mémoire, mais la nouvelle est pas mal elle retient beaucoup de choses et pas forcément les meilleures !

- Et encore, tu ne sais pas tout, dit-elle en se mettant sur la pointe des pieds pour l'embrasser, avant d'aller dans sa cuisine

- Et qu'est-ce que je ne sais pas ?

- Oh, tant de choses Castle, tellement de choses. Et si tu allais te doucher pendant que je fais réchauffer les plats chinois que tu as rapportés ?

Il s'inclina, sachant très bien qu'il n'aurait pas gain de cause. Il alla donc prendre sa douche et passa une tenue décontractée. Quand il sortit, il trouva Beckett dans la cuisine en train de surveiller les plats qui réchauffaient. Il l'enlaça par derrière et l'embrassa tendrement dans le cou. Elle se retourna, l'embrassa à son tour, et se blottit dans ses bras. La sonnerie du four les surprit.

Comme un vieux couple, ils mirent la table et mangèrent en silence. Ensuite, ils s'installèrent sur le canapé pour une soirée DVD dans les bras l'un de l'autre.

La séance terminée, Beckett se leva et se dirigea vers sa chambre. Castle fit de même, mais alors qu'il se dirigeait vers la chambre d'amis, elle lui prit la main et l'emmena avec elle. Elle s'allongea et lui fit signe de venir à côté. Il s'allongea donc sur l'autre côté du lit. Beckett se retourna vers lui et vint se blottir contre lui. Elle le regardait tout en lui caressant le visage.

- Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda-t-il

- Je veux connaître chaque trait de ton visage !

Elle se hissa légèrement, lui embrassant le front, les joues, le bout du nez, le menton, puis déposa un léger baiser sur ses lèvres, qu'il lui rendit. Puis, elle déposa sa tête sur son épaule, se blottit contre son torse, et passa une de ses jambes au-dessus d'une des siennes. Ainsi calée, elle s'endormit dans ses bras. Castle remonta doucement le drap pour qu'elle n'ait pas froid et la serra un peu plus. Il lui donna un baiser sur le dessus de la tête. Il n'en revenait. Il ne l'aurait jamais cru aussi. Elle, la femme d'action, qui était capable de faire peur aux pires des criminels, devenait fragile en femme amoureuse. On dirait une petite fille. Il avait compris que pour le moment elle n'était pas encore prête à passer à l'étape suivante, mais étrangement, il n'en ressentait pas le besoin. Il avait la plus belle femme au monde dans ses bras, et il ne voulait pas lui faire l'amour, il n'en ressentait pas le besoin.

Lui, le grand Richard Castle, l'homme à femmes ! Tout ce qui lui importait, c'était d'être avec elle. Et elle était là, dans ses bras.

C'est sur ces pensées, qu'il s'endormit à son tour.